Envie de participer ?
Bandeau

En Allemagne, depuis la victoire en février 2025 de la droite conservatrice de la CDU (Union chrétienne-démocrate d'Allemagne) aux élections législatives, c'est l'incertitude qui domine, notamment sur les sujets climatiques et sur le Green Deal européen.

Les conséquences systémiques de la décision du tribunal fédéral allemand des finances le 26 février de retirer à Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne) son statut d'organisation d'utilité publique en Allemagne n'ont pas tardé à se faire sentir.

Les conservateurs de la CDU et de la CSU réclament désormais que l'association de défense de l'environnement Deutsche Umwelthilfe (DUH) perde à son tour ce label précieux, qui permet à ses donateurs de défiscaliser une partie de leurs dons.

Ceux-ci ne sont en outre pas soumis à l'impôt sur les sociétés. « Le législateur doit réviser les critères du statut d'association à but non lucratif, affirme, dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, Stefan Müller, directeur du groupe CSU au Bundestag.

Nous avons besoin de règles plus strictes afin d'éviter les abus, comme dans le cas des aides environnementales ».

Lire aussi: Tarifs paintball Île-de-France

La multiplication l'automne dernier des interdictions de circuler en ville obtenues par la DUH a renforcé l'aigreur des deux partis conservateurs qui craignent le mécontentement de leur base électorale.

Lors de son congrès en décembre à Hambourg, la CDU avait exigé une telle révision des critères d'éligibilité et souhaité que les fonds budgétaires fédéraux qui devaient être versés à l'association soient bloqués.

Les budgets futurs ne devraient plus non plus prévoir d'enveloppe pour cette dernière.

Une telle décision aurait néanmoins besoin de l'accord des sociaux-démocrates avec lesquels gouvernent la CDU et la CSU, ce qui est loin d'être le cas.

La ministre de l'Environnement soutient au contraire la DUH : « Qu'elle exerce le droit de poursuivre en justice peut ne pas plaire à tous, mais nous sommes en démocratie », a souligné Svenja Schulze dans l'hebdomadaire Bild am Sonntag.

Lire aussi: Explications et conseils : ajuster un plomb

Les deux partis frères voient cependant dans les déboires d'Attac un nouveau moyen de fragiliser la Deutsche Umwelthilfe.

En effet, le tribunal fédéral allemand des finances a motivé sa décision en estimant que « le fait d'influencer les décisions politiques et de façonner l'opinion publique ne remplit pas une fonction d'utilité publique ».

Un jugement qui pourrait s'appliquer à nombre d'associations à but non lucratif.

« Le droit d'utilité publique ne doit pas dégénérer en un instrument pour limiter les organisations de la société civile qui travaillent de manière désintéressée pour une société juste et le bien commun », souligne Stéphanie Handtmann, administratrice d'Attac en France dans un communiqué.

Le directeur général de DUH, Jürgen Resch, a déclaré de son côté que l'administration fiscale venait de confirmer le statut d'association à but non lucratif et ce, jusqu'en août 2023.

Lire aussi: Astuces pour charger un chargeur Airsoft

Malgré la crise climatique de plus en plus urgente, a déclaré la Deutsche Umwelthilfe (une des plus importantes ONG environnementales allemandes), les politiques climatiques prévues par la CDU/CSU et le SPD ramènent l'Allemagne au niveau de stagnation écologique des années Merkel, en particulier dans les domaines du bâtiment et des transports.

"La coalition s'est ouvertement engagée à mettre en œuvre la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments [qui prévoit que l'Europe atteigne un parc immobilier entièrement décarboné d'ici 2050] de la manière la moins ambitieuse possible", a déclaré Barbara Metz de DUH.

Metz fait référence à la Wärmewende, ou transition vers le chauffage propre, c'est-à-dire l'abandon progressif du chauffage à base de combustibles fossiles à l'échelle du pays.

En ce qui concerne la Wärmewende, poursuit Mme Metz, le pire des cas s'est produit. L'abolition de la loi sur le chauffage est fatale pour la protection du climat et l'accès à un chauffage abordable.

Il semble que l'option choisie par le nouveau gouvernement soit la construction de nouvelles centrales à gaz.

Le plan consiste à construire jusqu'à 20 GW de capacité de centrales à gaz d'ici 2030 afin de créer le cadre permettant l'installation massive de technologies de capture et de stockage du carbone.

Fridays for Future n'a pas ménagé sa colère : « Quiconque développe et promeut aujourd'hui de nouvelles infrastructures de combustibles fossiles à grande échelle prépare un avenir où nous serons de plus en plus dépendants des combustibles fossiles tout en renforçant les autocrates ».

Même si l'Allemagne peut se réjouir de la modernisation de son système ferroviaire, le nouveau gouvernement ne s'engage pas à corriger des années de négligence qui font des transports le secteur le plus en retard en termes de réduction d'émissions.

Une fois de plus, l'Allemagne ne touchera pas à une mesure pourtant évidente qui, de l'avis des expert·e·s, permettrait de sauver des vies et de réduire les émissions : une limitation de vitesse à 130 km/h sur les autoroutes allemandes.

Les tests de l'Agence allemande de l'environnement (UBA) montrent qu'une limitation universelle de la vitesse à 130 km/h sur les autoroutes allemandes permettrait de réduire les émissions de carbone d'environ 1,9 million de tonnes par an.

En outre, d'innombrables milliards d'euros de la nouvelle dette allemande seront consacrés à la construction d'autoroutes nouvelles, meilleures et plus grandes. Pas vraiment une mesure visant à décourager les déplacements en voiture...

Dans le même ordre d'idées, la subvention annuelle de 450 millions d'euros pour le diesel agricole est de nouveau sur la table - une aubaine pour les agriculteur·ice·s allemand·e·s qui sont descendu·e·s dans la rue il y a plusieurs années pour protester contre sa suppression progressive.

La liste des mesures réellement susceptibles de promouvoir la neutralité climatique tout en étant socialement bénéfique est longue et bien connue.

L'une des plus évidentes est la taxation des grandes fortunes, qui sont les plus responsables de la crise climatique. Mais avec la CDU/CSU, pro-business et pro-riches, cela ne risque pas d'arriver.

Financement controversé des ONG par l'Union Européenne

La Commission européenne admet avoir utilisé des fonds européens censés « lutter contre le changement climatique » pour financer des ONG de gauche et des organisations climatiques dans le but de faire taire les voix des conservateurs européens dans le cadre d’une opération d’influence secrète.

Les fonds proviennent du programme LIFE, censé financer des initiatives environnementales et doté d’un budget total de 9 milliards d’euros depuis 2014.

Le programme LIFE est un instrument de financement dédié aux projets environnementaux, de conservation de la nature et d’action climatique, mais certains fonds ont plutôt été utilisés pour attaquer les voix conservatrices et eurosceptiques, selon le journal autrichien eXXpress.

Selon des documents internes, les campagnes ciblées ont été conçues en coopération entre les agences de l’UE et les ONG climatiques, y compris la planification des critiques qui seraient ciblées.

« Nous considérons cela comme une erreur manifeste de la part de responsables et d’organisations de l’UE », a déclaré à eXXpress Peter Liese (CDU/Allemagne), porte-parole du groupe conservateur PPE pour la politique environnementale, ajoutant que « l’utilisation abusive des fonds européens doit cesser ».

Selon la Commission européenne, des changements doivent désormais être apportés au programme LIFE pour éviter de futurs excès.

Des lignes directrices interdisant le lobbying subventionné par les institutions européennes ont déjà été introduites à l’automne 2024 - mais ce n’est que maintenant que les abus sont confirmés publiquement.

Seul un tiers des organisations et ONG qui ont reçu des fonds du programme LIFE divulguent ouvertement leurs revenus et la manière dont les fonds sont utilisés, ce qui a donné lieu à des critiques pour manque de transparence.

Les ONG ont reçu pour instruction de se concentrer sur les critiques du Green Deal, tels que les députés européens conservateurs, les politiciens nationaux ou les partis (les partis autrichiens FPÖ et ÖVP sont probablement parmi les cibles) qui résistaient aux réglementations climatiques strictes.

Par exemple, le Bureau européen de l’environnement (BEE), un important réseau d’ONG, est accusé d’avoir pour mission d’influencer les décisions du Parlement européen en ciblant les législateurs qui s’opposent à des lois environnementales ambitieuses, comme la Renaturierungsgesetz (loi sur la restauration de la nature).

Il semble que le financement de bon nombre de ces ONG par la Commission européenne soit assorti de conditions : les ONG devaient aligner leurs campagnes sur les objectifs politiques de la Commission, notamment en neutralisant l’opposition en menant des opérations de « lobbying fantôme », en élaborant des campagnes pour influencer l’opinion publique et faire pression sur les décideurs contre les critiques du Green Deal.

L’EEB, par exemple, aurait dû fournir « au moins 16 exemples » de la manière dont son lobbying a rendu les lois de l’UE plus strictes, ce qui implique un effort délibéré pour contrer la résistance des législateurs conservateurs.

Les ONG ont exploité leurs partenariats avec les médias et leur plaidoyer public pour amplifier leurs attaques.

tags: #environnement #ONG #rôle #dans #la #CDU

Post popolari: