Sans poudre, pas d’obus. Pour remédier à un goulet d’étranglement qui ralentit la production européenne, le groupe français Eurenco rouvre à Bergerac (Dordogne) une usine de poudre propulsive pour obus afin de faire face à la pénurie liée au conflit en Ukraine, et satisfaire la volonté de reconstituer une filière souveraine en la matière.
Héritier de la Société nationale des poudres et explosifs (SNPE), Eurenco, leader européen des explosifs, propulseurs et combustibles militaires, a investi 50 millions d’euros dans ce nouvel outil de production et bénéficié d’un soutien de 10 millions d’euros de la Direction générale de l’armement (DGA). « C’est la vitrine de ce qu’il convient de faire (…) quand il y a une gestion de crise et qu’il faut être un peu imaginatif », se félicite pour sa part Sébastien Lecornu.
Arrêt de la production en 2007 « pour de mauvaises raisons, des décisions ont été prises [par l’Etat actionnaire] de se séparer de quelques éléments de souveraineté et notamment la filière poudre », selon le ministre. En pleine période de baisse des budgets de défense partout en Europe, les commandes étaient trop peu importantes.
Dès 2025, 1.200 tonnes de poudre propulsive y seront produites chaque année. Les 1.200 tonnes de poudre produites chaque année à Bergerac permettront de remplir 500.000 charges modulaires, glissées dans le canon derrière l’obus pour le propulser. Cela correspond à « 95.000 coups complets », selon Eurenco.
Un « coup complet » est constitué d’un obus, fabriqué en France par Nexter, et de charges modulaires propulsives produites par Eurenco. En fonction de la distance à atteindre - 40 kilomètres pour un canon Caesar -, il faut jusqu’à six charges modulaires par obus tiré.
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Eurenco fabrique dans l'Ouest des charges modulaires d'artillerie qui sont utilisées pour propulser les obus. Une fois ce programme achevé, en 2025, l'entreprise sera en mesure de produire chaque année 1.200 tonnes de poudre couvrant les besoins en capacité des 500.000 charges modulaires qu'elle fabrique déjà.
Les travaux de terrassement de l’usine sont désormais terminés, et les bâtiments seront sortis de terre à la fin de l’année. « Il aura fallu moins de deux ans pour mettre en place cette usine, d’habitude, on parle de 4 à 5 ans pour monter en capacité », explique le PDG du groupe public, Thierry Francou, à l’occasion d’une visite mardi du ministre des Armées Sébastien Lecornu.
Moins dépendre des aléas à l’étranger La France, qui pousse les industriels de défense à produire plus et plus vite pour répondre à la nouvelle donne internationale, veut également renforcer sa souveraineté en créant des capacités de production nationale afin de moins dépendre des aléas à l’étranger.
Le leader européen des poudres et explosifs, Eurenco, n'a pas attendu l'appel du président de la République à passer à une « économie de guerre » pour accélérer la modernisation de ses installations dans l'Hexagone.
« Cet investissement viendra compléter notre chaîne de production pour disposer d'un outil industriel souverain et d'un savoir-faire stratégique pour nos armées et celles de nos alliés », explique son président, Thierry Francou.
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La France reste le troisième exportateur mondial de matériel de défense. Elle "dispose d’une industrie capable d’assurer la quasi-totalité des équipements nécessaires à son armée" souligne Benoit Rademacher, directeur du domaine Armement et Économie de défense de l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire.
Selon leur importance et leur place dans la chaîne de sous-traitance et leur spécialisation, on peut dénombrer entre 2 000 et 4 000 entreprises en lien avec la défense, ce qui totalise un chiffre d'affaires de 30 milliards d'euros, pour plus de 210 000 emplois.
Cette BITD a tendance à se transformer, ou à être complétée par une BITC, qui intègre les entreprises en lien avec la cyberdéfense et les nouvelles attaques ou déstabilisations passant par la cybercriminalité. Cette BITD est portée par neuf grands groupes industriels, comme Safran, Dassault, Naval Group, etc...
| Site | Investissement | Capacité de production (2025) |
|---|---|---|
| Bergerac | 50 millions d'euros (Eurenco) + 10 millions d'euros (DGA) | 1 200 tonnes de poudre propulsive (500 000 charges modulaires) |
| Sorgues | 60 millions d'euros (sur 4 ans) | Doublement de la taille de l'unité de production, nouvelle unité de fabrication d'hexogène |
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