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L'expression « engin blindé » regroupe une grande diversité de matériels : chars de combat, véhicules blindés légers, automoteurs d'artillerie et, plus généralement, la plupart des véhicules de combat. C'est dans ces dernières catégories qu'est née l'idée de véhicule blindé, essentiellement avec l'invention de l'automobile. Mais la notion de protection est bien plus ancienne, et l'on peut évoquer, bien avant la chevalerie médiévale, la cavalerie lourde des cataphractaires parthes et sarmates ou les éléphants des guerres puniques.

Les Débuts de l'Automitrailleuse

Pour comprendre l'invention des véhicules blindés, il faut revenir à la période préindustrielle de l'Europe, au cours du XVIIIe siècle, marqué en sa fin par de grandes inventions, comme la machine à vapeur de Watt, les ballons des frères Montgolfier et le télégraphe de Chappe. La révolution industrielle puis le décollage économique qu'elle provoque voient des techniques se développer, dont l'automobile. Reposant sur le principe inventé par l'ingénieur français Nicolas Joseph Cugnot (1725-1804) en 1770, les premiers véhicules automobiles performants ne voient réellement le jour qu'au lendemain de la guerre de 1870.

Dès 1896, une automobile Panhard & Levassor a été utilisée en location par l’armée pour le transport de l’état major lors de manœuvres. Au printemps 1899, l’engouement général pour l’automobile atteint également l’armée. L’achat de trois véhicules est acté et donne lieu à la création d’une compagnie d’ouvriers d’entretien à Vincennes. C’est à ce moment qu’intervient le capitaine GENTY, le véritable créateur de l’automitrailleuse en France.

Aux États-Unis, dans l'Illinois, le lieutenant-colonel Royal Page Davidson expérimente, dès le printemps 1899, une mitrailleuse automatique montée sur un véhicule léger à trois roues de la marque Duryea, s'émerveillant de la capacité de tir, de l'effet de surprise et de la rapidité de l'action. À la même période, l'armée britannique étudie un système mis au point par le colonel Dundonald consistant en une mitrailleuse Maxim montée avec un bouclier blindé sur un chariot à deux roues tracté par un cheval.

En France, vers 1902, l'armée crée un détachement d'automobilistes militaires, commandé par le capitaine Genty, chargé de prendre en compte tous les problèmes liés aux véhicules automobiles militaires, tant dans l'instruction de conduite que dans l'entretien, la maintenance et l'emploi. Lorsque la société Panhard et Levassor produit une automobile de 24 chevaux atteignant 70 kilomètres par heure, le capitaine Genty en achète une pour le compte du détachement d'automobilistes militaires et y adapte, à l'arrière, une mitrailleuse Hotchkiss : ainsi naît la première automitrailleuse légère française.

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La Panhard et Levassor de 24 cv lui est confiée et avec elle il effectue des reconnaissances, des marches d’approche ou des manœuvres d’exploration qui n’ont déjà plus rien à voir avec les simples missions de liaison jusqu’alors confiées aux automobiles. Cette voiture se prête fort bien à ces usages, sa puissance lui donnant une vitesse sur route d’environ 70 km/h pour un rayon d’action de 250 km. Haute sur pattes, elle ne craint pas les inégalités du terrain et son cadre en bois armé indéformable lui assure souplesse et solidité.

Très peu de temps après, en 1906, poursuivant des études dans le domaine du blindage, la société Charron, Girardot et Voigt (CGV) propose un véhicule entièrement blindé, surmonté d'une tourelle fermée et armé d'une mitrailleuse. Peu adapté aux déplacements en tout-terrain, inconfortable pour l'équipage confiné, ce véhicule avait un prix de revient près de huit fois supérieur à celui d'une automobile normale.

En 1911, plusieurs automitrailleuses non blindées sont commandées chez Panhard & Levassor et expédiées au Maroc. Le général LYAUTEY, commandant la division d’Oran réclame une “mitrailleuse automobile” pour faire face aux troubles du Maroc. Le capitaine GENTY et sa Panhard-Levassor se mettent en route le 7 décembre 1907 et sont à pied d’œuvre le 18 décembre. Le 4 février 1908, 4000 km ont été parcourus par l’automitrailleuse depuis sa mise en service.

Dès 1902 l'entreprise Charron.Girardot.Voigt étudie des automitrailleuses. Le modèle présenté au Salon de l'Automobile de cette année est le premier engin blindé français connu. En fait de blindé, il s'agit de l'adaptation d'un baquet blindé à la place des sièges arrières d'une voiture ordinaire. Avec le concours du commandant Guye, l'entreprise C.G.V présente au ministère de la guerre le modèle 1906, son premier modèle d'automitrailleuse blindée.

La Première Guerre Mondiale et les Évolutions

La situation au Maroc reste très tendue et la ministère commande 3 nouvelles automitraileuses qui seront livrées dans un délai record qui vaudra à la société Panhard&Levassor de recevoir une citation de la part du ministre des armées. En août 1914, l'armée fait de nouvelles commandes. Le modèle 1915 a une carrosserie différente disposant d'un blindage plus épais et d'une meilleure ventilation du radiateur.

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En Août 1914, quelques unités de cavalerie française sont équipés de Peugeot AM. Dans les premiers stades de la guerre de mouvement, ils ont pu montrer leur plein potentiel dans le soutien de l’infanterie dans des raids derrière les lignes ennemies, mais déjà en 1915, avec la stabilisation du front, ces véhicules ont montré leurs limites en étant reléguée aux patrouilles sur les routes principales.

L’automitrailleuse Renault ED de 1915 est l’un des premiers véhicules blindés français, conçu pendant la Première Guerre mondiale. Elle a été utilisée principalement pour des missions de reconnaissance, de patrouille et parfois de soutien à l’infanterie. L’automitrailleuse White TBC est un blindé français conçu à la fin de la Première Guerre mondiale. Produite très tardivement, l’automitrailleuse ne joue qu’un rôle très limité avant le 11 novembre 1918 mais jusqu’en 1933 il s’agit de la principale automitrailleuse de la cavalerie française.

Les automitrailleuses White servent sur de nombreux théâtres. Présentes en France, certains rejoignent l’Allemagne pendant l’occupation de la Rhénanie. Elles sont déployées au Maroc, notamment pendant la Guerre du Rif, au Levant, en particulier pendant la grande révolte syrienne où plusieurs sont perdues ou encore en Indochine. La police de la concession française de Shanghai en rachète plusieurs d’occasion dans les années 1920.

Le Garford-Putilov est un exemple frappant de l’expérimentation des véhicules blindés durant la Première Guerre mondiale, combinant un châssis de camion américain avec l’armement russe pour créer un véhicule lourdement armé et blindé. Le plus réussi des premiers véhicules blindés russes était la gamme de véhicules blindés Russo-Balt. La plupart d’entre eux montaient des mitrailleuses, mais quelques canons montés.

L'Entre-Deux-Guerres et les Nouvelles Conceptions

En 1922, la société Panhard et Levassor participe avec l’armée au programme AMC n°1. Un châssis d’utilitaire de 20 CV est destiné à recevoir une carrosserie blindée. 60 exemplaires sont construits sous le nom d’AMC 165 puis AMC 175 avec suspension renforcée, ils serviront jusqu’en 1945. Avec le programme de 1923, Panhard et Levassor réapparaît dans le groupe des constructeurs d’engins de combat.

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En 1926, un blindage partiel est monté sur un châssis d'une Panhard 16 cv. Les essais de cette conversion permettant de transformer les véhicules de réquisition en engins de combat ne sont pas concluants. En 1928, un blindage complet est monté sur le même châssis mais les transformations qui en découlent ne permettent plus la modification rapide d'un véhicule civil.

Avec celui de 1931, il y prend une place prépondérante, grâce à un brillant ingénieur ; M. Louis DELAGARDE qui innovera en estimant qu’une automitrailleuse étant un engin spécial, doit être construit spécialement et non pas en partant d’un véhicule de série. En février 1934, la direction de la Cavalerie adopte ce véhicule sous le nom officiel de “AMD Panhard modèle 1935” mais il sera plus connu sous le nom de la nomenclature maison “Panhard 178” ou sous son sobriquet “La Pan-Pan”.

L’engin pèse huit tonnes, est armé d’un canon AC de 25 mm et une mitrailleuse de 7,5. En 1939, Panhard & Levassor présente un engin assez révolutionnaire sous le nom de « automitrailleuse Panhard 201″une commande de 600 exemplaires est prévue avec éventuellement un armement plus puissant.

La Seconde Guerre Mondiale et l'Après-Guerre

Dès la Libération, la France voulut reprendre le combat aux côtés des Alliés avec du matériel d’origine nationale, et en 1945 la Panhard 178 est remise en fabrication avec un moteur de 4 cylindres. Ce modèle sera l’AMD 178 B, équipée d’une tourelle fabriquée par Fives-Lille et armée d’un canon de 47 mm SA 35, baptisée FL 1.

En 1951, le PANHARD EBR, véritable révolution technique fait son apparition, cet engin exceptionnel synthétise toutes les technologies alors accumulées depuis des décennies, ainsi trente années durant demeure-t-il sans équivalent dans le monde militaire des engins blindés de reconnaissance. La construction symétrique qui permet des fonctions de marche dans chaque sens de circulation, une vitesse sur route de plus de 100 km/h, une grande mobilité en tout terrain grâce à ses essieux supplémentaires, les roues centrales qui se relèvent par commande hydraulique.

Le moteur Panhard 12 H 6000 S est un douze cylindres à plat refroidi par air, très compact et qui s’insère sous le plancher. Ce groupe propulseur dérive du moteur à deux cylindres des Dyna. Mais bien sûr, ce qui fait la particularité de l’EBR c’est sa capacité à rouler indifféremment dans les 2 sens avec les mêmes performances. L’EBR peut évoluer en 2,4 ou 8 roues motrices. Ses 4 étranges roues centrales dites « agricoles » servent aux franchissements difficiles ou à le tirer de l’enlisement. Il est équipé d’une boîte variée 4 vitesses et d’une boîte courte 4 vitesses.

Le PANHARD AML, automitrailleuse légère (AML) équipa l’armée de Terre française au cours des années 1960. Elle était proposée avec un mortier (AML 60) ou un canon (AML 90). La France les a aujourd’hui remplacées mais de nombreux pays africains en possèdent encore. Le Panhard AML 60/90 est un blindé léger dont la transmission 4×4 permanente lui procure une exceptionnelle mobilité. Elle dispose de deux portes latérales et son moteur est en position central arrière. Le conducteur prend place à l’avant et la tourelle abrite le chef de char et le tireur.

L’AML 90 évolua elle aussi donnant naissance à l’AML 90 Lynx. Le VBL (Véhicule Blindé Léger) à été mis à la disposition de l’armée Française en 1990 , son étude et sa mise au point avaient commencé en 1980. Dernier-né de la gamme Panhard, le « PVP » (« Petit véhicule protégé ») a été commandé par l’armée française en 2004 avec des livraisons dès 2008. En 2005, les entreprises Auverland et Panhard fusionnent, donnant naissance à Panhard General Defense. En 2011, Panhard développe un nouvel engin blindé à la conception innovante dans le cadre du programme Scorpion lancé par la Direction générale de l’Armement française nommé Combat Reconnaissance Armoured Buggy (CRAB). En 2012, elle est rachetée par Renault Trucks Defense (groupe Volvo) pour environ 60 millions d’euro.

Tableau Récapitulatif des Modèles Panhard

Modèle Année de Production Armement Principal Caractéristiques
AMC 165/175 1922 Mitrailleuse Châssis utilitaire blindé
AMD Panhard modèle 1935 (Panhard 178) 1935 Canon AC de 25 mm, Mitrailleuse de 7,5 mm Véhicule spécialement construit, 8 tonnes
AMD 178 B 1945 Canon de 47 mm SA 35 Remise en fabrication après la Libération
PANHARD EBR 1951 Canon de 75 mm Marche avant/arrière, 8 roues motrices
PANHARD AML 60/90 Années 1960 Mortier (AML 60) ou Canon (AML 90) Léger, transmission 4x4

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