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Le mythe de Deucalion et Pyrrha est un récit fondateur de la mythologie grecque, explorant les thèmes de la destruction, de la renaissance et de la résilience humaine. Ce mythe se retrouve notamment dans les Métamorphoses d'Ovide, un poème de 12 000 vers hexamétriques dactyliques rédigés en l’an 1. Le déluge de Deucalion est raconté au livre 1, vers 313 à 415.

L'Origine du Mythe

À l’origine, le mythe du déluge de Deucalion est un mythe. La première apparition de ce mythe se trouverait dans le texte du pseudo Appolodore, auteur de la Bibliothèque, texte rédigé entre le 1er et le 2e siècle de l’ère courante. La Bibliothèque est une sorte d’abrégé de la mythologie grecque.

Selon le pseudo-Apollodore (Livre I, 7, 1-2), Prométhée mélangea de l’eau et de la terre, et créa les hommes. Il leur donna ensuite le feu, qu’en cachette il déroba à Zeus, dans un roseau creux. Quand Zeus s’en aperçut, il ordonna à Héphaïstos de clouer le corps de Prométhée sur le mont Caucase, qui s’élève en Scythie. Prométhée resta ainsi enchaîné de très nombreuses années ; et chaque jour, un aigle fondait sur lui et dévorait son foie, qui, la nuit, repoussait. C’est de cette façon que Prométhée payait la faute d’avoir volé le feu, jusqu’au jour où Héraclès le libéra.

Le Déluge et le Salut de Deucalion et Pyrrha

Prométhée avait un fils, Deucalion, roi du territoire de Phthie, et époux de Pyrrha, fille elle-même d’Épiméthée, et de Pandora la première femme. Quand Zeus décida de faire disparaître la race des hommes de bronze, Deucalion, sur le conseil de Prométhée, construisit une arche, et y embarqua tout le nécessaire, puis il y monta avec Pyrrha. Du ciel, Zeus déversa une pluie interminable, et submergea la quasi-totalité de la terre de Grèce : tous les hommes furent anéantis, à l’exception de quelques-uns qui s’étaient réfugiés sur les sommets des montagnes proches. Les monts de la Thessalie restèrent isolés, et toutes les régions, en dehors de l’isthme et du Péloponnèse, furent submergées par les eaux. L’arche de Deucalion navigua, ballottée par les flots, neuf jours et neuf nuits durant ; à la fin, elle s’immobilisa sur le mont Parnasse.

Ovide amène alors son lecteur en Béotie, où ont échoué sur les cimes du mont Parnasse les seuls humains survivants, Deucalion et Pyrrha. Là une montagne élève ses deux sommets vers les astres ; son nom est le Parnasse, et ses cimes surpassent les nuages. Deucalion échoua en ce lieu - la mer en effet avait tout recouvert - , transporté avec sa compagne [Pyrrha] sur un petit radeau. Ils invoquent les Nymphes Coryciennes, les divinités de la montagne, et Thémis la prophétesse, qui alors y rendait des oracles. Jamais on n'a vu homme meilleur que lui, ni plus épris de justice, jamais femme plus qu'elle n'a été respecteuse des dieux.

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Quand la pluie cessa, Deucalion sortit et offrit un sacrifice à Zeus protecteur des fugitifs. Alors le dieu lui envoya Hermès, chargé de lui transmettre ce message : quoi qu’il voulût, cela lui serait octroyé. Et Deucalion demanda de pouvoir avoir des hommes. Jupiter, les voyants pieux et justes, décide de mettre fin au déluge. Le retour à la normale est décrit avec autant d’imagination que la catastrophe. (1, 313-347) Lorsque Jupiter voit qu'une vaste étendue d'eau submerge le monde, que, de tant de milliers d'hommes, il n'en subsiste qu'un seul, que, de tant de milliers de femmes, il n'en reste qu'une seule, tous deux innocents, tous deux adorateurs de la puissance divine, il disperse les nuages et, une fois les brouillards écartés par l’Aquilon, il montre au ciel les terres, et aux terres le ciel.

La mer renonce à sa colère, le maître de l'océan pose son trident et apaise les eaux ; dressé sur l'abîme, les épaules couvertes de pourpre marine, Triton au teint bleu de mer est convoqué et reçoit l'ordre de souffler dans sa conque sonore et de faire refluer à un signal donné enfin les flots de la mer et les fleuves : celui-ci saisit sa trompe creuse en spirale, qui s'élargit depuis sa volute inférieure, cette trompe qui, dès qu'elle reçoit en pleine mer le souffle du dieu , emplit de sa voix les rivages qui s'étendent du levant au couchant. Alors, dès que la bouche ruisselante du dieu à la barbe humide toucha la conque gonflée d'air, sonnant l'ordre de la retraite, toutes les eaux de la terre et de l'océan l’entendirent, et l'ayant entendue, les eaux furent contraintes de se retirer.

Désormais la mer a un littoral ; les fleuves ont retrouvé leur lit, et se calment ; on voit ressortir les collines ; la terre émerge ; les sols s'accroissent tandis que décroissent les eaux ; après de longs jours, les forêts montrent leurs cimes dénudées et conservent de la boue collée à leurs feuillages. L'univers était rendu à lui-même. Lorsqu'il vit le monde désert et les terres désolées plongées dans un profond silence, Deucalion fondit en larmes et s'adressa à Pyrrha : « Ô ma soeur, ô mon épouse, toi la seule femme survivante, compagne unie à moi par un sang commun, par notre cousinage, et puis par le mariage, nous voici maintenant unis aussi par le danger ; sur toutes les terres qui voient le soleil se lever et se coucher, nous deux constituons toute la population ; le reste appartient à la mer. Mais même aujourd'hui je ne suis guère sûr de notre survie ; maintenant encore les nuages terrifient mon esprit. Si tu avais été, sans moi, arrachée aux destins, que ressentirais-tu en ce moment, pauvre malheureuse ? Seule, comment supporterais-tu la peur ? Qui consolerait tes maux ? Pour ma part, crois-le bien, si toi aussi la mer te possédait, je te suivrais, ô mon épouse, et moi aussi elle me posséderait. Puissé-je un jour, grâce à l'art de mon père, reconstituer des peuples et insuffler des âmes à la terre que je façonnerais ! Aujourd'hui le genre humain repose sur nous deux, ainsi l'ont décidé les dieux : nous restons les échantillons humains ».

L'Oracle de Thémis et la Création d'une Nouvelle Humanité

Désespéré par la solitude, Deucalion prend conscience du rôle que les dieux ont fixé à leur couple pour effectuer le renouvellement de l’humanité. Pieusement, les deux rescapés apprennent de l’oracle de la déesse Thémis qu’ils doivent jeter derrière eux les os de la grande mère. D’abord hésitants, ils déduisent, après réflexion, que la grande mère est la terre et que ses ossements sont en fait des pierres. (1, 348-394) Il avait fini de parler, et ils pleuraient. Ils décidèrent d’invoquer la puissance céleste et de chercher l'aide d'oracles sacrés. Sans attendre, ils gagnent ensemble les eaux du Céphise, troubles encore, mais empruntant déjà leurs routes familières. Alors, ils puisent de l'eau, en aspergent leurs vêtements et leur tête, puis tournent leurs pas vers le sanctuaire sacré de la déesse : le faîte de son temple était sans éclat sous une mousse répugnante ; ses autels étaient toujours debout, mais sans foyers allumés. Dès qu'ils eurent atteint les degrés du temple, tous deux se prosternèrent, tête inclinée vers le sol ; tremblants, ils baisèrent la pierre glacée et dirent : « Si de justes prières peuvent vaincre et attendrir la volonté divine, si la colère des dieux se laisse fléchir, dis-nous, Thémis, quel artifice peut réparer le malheur de notre race et, dans ta grande bonté, viens à l'aide de notre monde submergé. »

La déesse fut émue et rendit un oracle : « Éloignez-vous du temple, voilez-vous la tête, dénouez la ceinture de vos vêtements et jetez derrière vos dos les ossements de votre grande mère. » Ils restèrent longtemps interdits. Et Pyrrha, rompant le silence, prend d'abord la parole ; elle refuse d'obéir aux ordres de la déesse et d'une voix tremblante implore son indulgence : elle redoute d'outrager l'ombre de sa mère en jetant ses os en tous sens. Cependant, tous deux repensent aux paroles obscures de l'oracle au sens secret et caché ; ensemble ils les tournent et les retournent. Puis le fils de Prométhée apaise la fille d’Épiméthée et la rassure par ces paroles : « Ou mon intuition m’abuse, ou (pia sunt nullumque nefas oracula suadent !) magna parens terra est : lapides in corpore terraeossa reor dici ; iacere hos post terga iubemur. »

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La Métamorphose des Pierres

Suit la description de la métamorphose en hommes et en femmes des pierres lancées respectivement par Deucalion et Pyrrha. (1, 395-415) Zeus donna son accord ; Deucalion commença alors à ramasser des pierres et à les jeter derrière lui : les pierres lancées par Deucalion devinrent des hommes, et celles lancées par Pyrrha devinrent des femmes. Depuis lors, par métaphore, les peuples ont pris leur nom λαός (làos) de celui qui signifie la pierre λαας (làas). Le mot λαας désigne une pierre lancée par un guerrier ou en général, se dit d’une pierre tombale.

Coniugis augurio quamquam Titania mota est, spes tamen in dubio est : adeo caelestibus ambodiffidunt monitis ; sed quid temptare nocebit ?Descendunt : uelantque caput tunicasque recinguntet iussos lapides sua post uestigia mittunt. Saxa (quis hoc credat, nisi sit pro teste uetustas ?)ponere duritiem coepere suumque rigoremmollirique mora mollitaque ducere formam. Mox ubi creuerunt naturaque mitior illiscontigit, ut quaedam, sic non manifesta uideri forma potest hominis, sed uti de marmore coeptanon exacta satis rudibusque simillima signis. Quae tamen ex illis aliquo pars umida sucoet terrena fuit, uersa est in corporis usum ;quod solidum est flectique nequit, mutatur in ossa quae modo uena fuit, sub eodem nomine mansit, inque breui spatio superorum numine saxamissa uiri manibus faciem traxere uirorumet de femineo reparata est femina iactu. Inde genus durum sumus experiensque laborumet documenta damus qua simus origine nati.

Ainsi, Deucalion et Pyrrha sont considérés comme les ancêtres de l'humanité nouvelle, née des pierres et de leur foi. Le mythe de Deucalion et Pyrrha offre une perspective sur la capacité humaine à surmonter les épreuves et à reconstruire un monde meilleur à partir des vestiges du passé.

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