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Le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, était à Berlin le jeudi 22 septembre, pour sa première visite officielle en Allemagne. Dans l’attente du Conseil des ministres franco-allemand, qui se tiendra en France fin octobre, Sébastien Lecornu et Christine Lambrecht ont orienté leur discussion sur le partage de leurs visions stratégiques et sécuritaires.

Les récentes déclarations de Vladimir Poutine, qui a décrété la mobilisation partielle des réservistes, ne laissent pas entrevoir une désescalade du conflit en Ukraine. Alors que la guerre fait rage, certains territoires contrôlés par les forces russes, ou favorables à ces dernières, ont organisé des « simulacres de référendum » pour accélérer leur rattachement à Moscou, sans aucune légitimité internationale. « Personne ne pourra s'exprimer librement et pour nous, cela ne jouera aucun rôle », affirmait Christine Lambrecht.

L’agenda d’aide et d’accompagnement de Kiev va donc continuer, au niveau de la cession d’équipements, de la formation ou encore de la maintenance du matériel. Cela implique une coordination nécessaire entre Européens, pays de l’OTAN et nations du format « Ramstein », groupe d’Etats mis en place pour apporter le soutien nécessaire à l’Ukraine.

Les deux ministres ont également insisté sur l’exigence des Européens en matière de sûreté nucléaire, en référence aux combats autour de la centrale nucléaire de Zaporijia, la plus grande d'Ukraine mais actuellement contrôlée par les Russes. Si l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a pu se rendre sur les lieux, début septembre, la situation reste préoccupante du fait des combats environnants. Si l’attention médiatique se porte en ce moment sur le conflit ukrainien, ses répercussions atteignent le monde entier et notamment l’Afrique.

« C’est bien sûr la question de la présence de Wagner qui vient s'ajouter à la pression des groupes armés terroristes au Mali et dans un certain nombre d'autres pays. La sécurité du Sahel, il faut le redire, a un impact direct sur la sécurité des Européens de manière globale », rappelait le ministre des Armées. « L'Allemagne et la France ne sont pas en guerre mais nous donnons du matériel à l'Ukraine », rappelait Sébastien Lecornu.

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La question de la reconstitution des stocks d’armes et de munitions, commune aux deux pays, nécessite des ajustements sur lesquels Paris et Berlin travaillent de concert. En juin dernier, l’Allemagne s’est dotée d’un fonds spécial de 100 milliards d’euro pour moderniser ses forces armées et répondre à la nouvelle donne sécuritaire. Une première étape avant de consacrer 2% de son PIB à sa défense, dès 2023. En augmentant ses crédits, Berlin se donne les moyens de revoir le format et la posture de sa défense, tout en envoyant un message clair à Poutine. La France, quant à elle, prépare sa prochaine loi de programmation militaire.

Dans quelques jours, Sébastien Lecornu se rendra au Parlement, où il présentera un budget en augmentation de trois milliards d’euros pour l’année prochaine. Une hausse nécessaire afin d’accompagner la « transformation de nos armées tous azimuts », en adéquation avec la mise en place d’une économie de guerre via la Base industrielle et technologique de défense (BITD). Sébastien Lecornu a également évoqué la réserve opérationnelle.

Bien que différentes en de nombreux points, les armées françaises et allemandes sont complémentaires. « Sur les enjeux sécuritaires communs, la coopération opérationnelle existe et doit être accentuée », déclarait Sébastien Lecornu. Instrument clé du partenariat entre Paris et Berlin, la Brigade franco-allemande (BFA) va donc probablement connaître quelques évolutions. Fondée en 1989, la BFA est une unité binationale composée de 5 600 soldats, dont 40 % de Français et 60 % d’Allemands.

Afin de renforcer son intégration au sein des forces de l’OTAN, les deux ministres ont ainsi demandé à leur état-major respectif de réfléchir à des propositions de planification. Le Système de combat aérien du futur (SCAF), un temps en suspens, a bien été confirmé par les deux ministres. Ce programme symbolise à lui seul la convergence stratégique entre les deux pays. « C’est un projet prioritaire car nous avons besoin de cette innovation », soulignait Sébastien Lecornu. Une nécessité pour la régénération de nos équipements qui concerne également le char Leclerc. « Nous nous sommes accordés sur les prochaines étapes, notamment sur le projet de char du futur. Des propositions nous serons faites dans les jours qui viennent. Je rappelle que nous avons un Conseil des ministres franco-allemand à la fin du mois d'octobre.

L'Allemagne et la Révolution Technologique des Drones

Déterminé à faire de l'Allemagne la première force militaire conventionnelle d'Europe, le gouvernement compte largement sur ses traditionnels géants industriels, mais pour les start-up du secteur, Berlin doit au plus vite effectuer un vrai virage vers les drones high-tech. Le défense redevient une préoccupation majeure en Allemagne. Le chancelier Friedrich Merz a promis des centaines de milliards d'euros d'investissements afin de répondre à la fois à la menace russe, jugée évidente depuis l'invasion de l'Ukraine, et aux États-Unis qui ne veulent plus financer des pans entiers de la sécurité européenne.

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Mais pour les jeunes pousses de la tech, si le conflit en Ukraine a illustré une chose, c'est que le progrès technologique en matière de drones est devenu le nerf de la guerre. Que ce soit pour frapper, larguer des projectiles, ravitailler ou espionner, ces appareils autonomes et sans pilote sont relativement bon marché. Ils sont capables de détruire des systèmes adverses bien plus chers, en ne risquant que les vies de l'ennemi. Et leur efficacité et leur autonomie vont s'accroître avec les avancées de l'intelligence artificielle.

Chez leurs fabricants, on espère que le gouvernement allemand va réaliser le caractère révolutionnaire de ces technologies, et les placer au centre de l'armée de demain. "Clairement, on a accordé une importance excessive aux systèmes traditionnels", assène auprès de l'AFP Gundbert Scherf, cofondateur de Helsing, start-up allemande lancée en 2021 qui livre des drones d'attaque à l'Ukraine. L'Allemagne risque-t-elle de rater une révolution technologique? "J'espère que les normes des dépenses vont changer, qu'on passera d'un ratio de 99% pour les systèmes traditionnels et 1% pour les systèmes autonomes, à quelque chose de plus équilibré", poursuit le responsable de la société dont la valeur a été estimé à 12 milliards d'euros.

Stark, autre nouveau venu fondé l'an dernier, reconnaît un progrès mais pointe aussi les lenteurs actuelles. "L'approvisionnement (militaire) en Allemagne est en train de changer, et ça c'est vraiment positif", explique Josef Kranawetvogl, un haut responsable de Stark, qui compte parmi ses investisseurs le milliardaire controversé de la Silicon Valley, Peter Thiel, proche de Donald Trump. "Nous sommes très bons en Europe pour écrire des documents stratégiques, mais il nous faut plus de mise en oeuvre, on doit rester dans la course, on doit aller plus vite", dit-il.

Certains observateurs extérieurs partage cette analyse, pour eux, l'Allemagne risque de rater une révolution technologique, son armée ayant déjà connu son lot de scandales d'équipements obsolètes ou inadaptés. La "planification (des militaires) est à la traîne par rapport à l'essor inexorable des systèmes autonomes et sans pilote", ont récemment écrit l'historien britannique Niall Ferguson et Moritz Schularick, président de l'Institut IfW Kiel. Pour eux, l'Allemagne doit prendre garde à ne pas se retrouver avec "les armes de la dernière guerre, au lieu de celles de la prochaine".

Les Poids Lourds Traditionnels Contre les Petits Drones

Face à ces nouveaux venus, on trouve les poids lourds de l'industrie de l'armement, qui emploient des dizaines de milliers de personnes et sont ancrés depuis des décennies dans le paysage politico-économique allemand. Le PDG de Rheinmetall, numéro un du secteur dont l'activité a été fortement stimulée avec la guerre en Ukraine, estime que le temps de l'armement traditionnel n'est pas révolu. Selon lui, il faudra de tout : des drones high-tech certes, que son groupe produit d'ailleurs, mais également beaucoup de chars, de canons, de munitions classiques.

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"Sans véhicules blindés, il est impossible de défendre un pays ou de repousser un agresseur", a jugé Armin Papperberger lors d'une rencontre récente avec des journalistes étrangers à laquelle un journaliste de l'AFP participait. Pour lui, une guerre impliquant l'Otan "serait très différente de ce qu'on voit actuellement en Ukraine". "Les drones y joueraient un rôle moins significatif qu'actuellement", se risque-t-il à prévoir.

Côté gouvernement, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le ministre de la Défense a évoqué 10 milliards d'euros d'investissements dans les drones dans les prochaines années. Or, selon des documents auxquels le site Politico a eu accès, l'enveloppe des dépenses prévues pour 2024-2034 est de 377 milliards d'euros. Dont quelque 88 milliards pour des sociétés dans l'orbite de Rheinmettall.

Un porte-parole du ministère allemand de la Défense n'a pas souhaité commenter ces chiffres, mais défend les armements traditionnels.

Tableau Récapitulatif des Investissements Allemands dans la Défense

Type d'investissement Montant estimé (en milliards d'euros)
Fonds spécial pour la modernisation des forces armées 100
Dépenses prévues pour 2024-2034 377
Investissements dans les drones 10
Sociétés dans l'orbite de Rheinmetall (2024-2034) 88

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