Pendant la Seconde Guerre mondiale, Perpignan a été le théâtre de nombreux événements marquants, notamment en raison de l'occupation allemande et de la présence de la Sipo-SD. La citadelle de Perpignan a joué un rôle central comme lieu de détention et de torture pour les résistants, les Juifs et les fugitifs.
Les prisonniers furent détenus dans les casernes construites au XIXe siècle dans l’enceinte de la citadelle : celle du nord-est à proximité du bastion Sainte-Barbe ; celle, casematée du sud-ouest. Pour s’y rendre, les prisonniers devaient traverser la grande cour du palais des rois de Majorque puis le couloir sous la grande salle de Majorque. Mais, en aucun cas, les prisonniers ne furent incarcérés dans les locaux les plus anciens qui servaient d’entrepôts.
De nombreux prisonniers y séjournèrent et y furent torturés : résistants des Pyrénées-Orientales ou venant de l’extérieur et arrêtés dans le département, Juifs arrêtés dans le département, fugitifs qui tentaient de franchir la frontière franco-espagnole et capturés par les Allemands (Douane, Sipo). Ils étaient ensuite transférés vers des camps de concentration en Allemagne, via celui de Royallieu, à Compiègne (Oise).
Karl Forster, chef de la Sipo-SD de Perpignan, supervisait la répression dans l’ensemble des Pyrénées-Orientales. C’est lui qui faisait arrêter les personnes internées à la citadelle. Selon une statistique partielle, très incomplète, établie en mai 1948 par la police judiciaire de Montpellier d’après les indications de Joseph Rous, président départemental de la FNDIR, 270 personnes furent arrêtées entre décembre 1943 et août 1944.
Parmi ceux qui furent exécutés ailleurs, après avoir été incarcérés un moment à la citadelle de Perpignan, nous signalerons quelques noms dont nous avons eu connaissance et qui sont l’objet de notices biographiques. Nous savons que, avant de parvenir dans la ville où ils furent exécutés, certains d’entre eux transitèrent par d’autres lieux d’incarcération comme le quartier allemand de la prison Saint-Michel de Toulouse (Haute-Garonne), également lieu d’exécution. Par ailleurs, beaucoup de déportés depuis Perpignan séjournèrent à Toulouse avant d’être transportés à Compiègne.
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Ce fut le cas de Jean Pagès, de Prats-de-Mollo, agent de réseaux (Sainte-Jeanne, Alibi-Jean de Vienne) qui fut torturé par la Sipo-SD à Perpignan. Après son séjour à la citadelle, il fut déporté à Mauthausen.
Louis Esparre, agent du réseau SR-Air arrêté à Perpignan le 18 décembre 1942 d’après son dossier du SHD (Caen), le 21 selon d’autres sources.
Le 24 mai 1944, vers 17 heures, les cinq FTPF perpignanais Pierre Auriol, Gabriel Hispa, Roger Menuisier, Joseph Sauri, Pierre Stoll furent arrêtés après que ce dernier, capturé par les Allemands - qui se trouvaient à proximité attablés à la terrasse du Soldatenheim du boulevard Wilson - et durement "interrogé" eut parlé, peu de temps après le coup de main contre la trésorerie générale située sur ce même boulevard. Transférés à la citadelle, ils y furent durement torturés.
Comme cette "affaire" ne mettait pas en cause les troupes d’occupation, la Sipo-SD ou la douane allemande et était purement "française", ils furent livrés à l’intendance régionale de police de Montpellier (Hérault) où ils furent à nouveau torturés. Condamnés à mort par la Cour martiale du secrétariat d’État au maintien de l’ordre, ils furent exécutés à la butte du stand de tir la Madeleine à Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault) le 11 juillet 1944.
Comme les détenus n’étaient pas jugés à Perpignan par un tribunal militaire, il n’y eut pas d’exécutions connues.
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Un tableau anonyme, de grandes dimensions, a longtemps été oublié dans une remise. Il est exposé (2017) à un emplacement peu visible d’une pièce de la Maison du combattant, caserne Gallieni de Perpignan. Il est peu accessible, accroché à plusieurs mètres du sol de la pièce. Il représente les tortures subies par Gilbert Brutus telles que les a imaginées son auteur. Le résistant y est représenté dans une posture de martyr qui rappelle celle de saint Sébastien, à la manière des peintres depuis la fin du Moyen-Âge.
Le tableau représente de façon réaliste, les traits du visage de Gilbert Brutus et les proportions de sa carrure d’athlète (ce fut un rugbyman réputé). Visiblement, il le connaissait bien. Les uniformes de ses bourreaux sont vraisemblables. Par ailleurs, au fond à gauche, l’état de la cour du palais des rois de Majorque est, d’après Jean-Philippe Alazet, celui des années 1943-1944. Si ce n’est pas un chef d’œuvre, il présente une valeur documentaire, ayant sans doute été réalisé peu après la Libération.
D’après Jean-Philippe Alazet et Jean-Bernard Mathon (en 2017, conservateur des antiquités et objets d’art des Pyrénées-Orientales, responsable du Centre de conservation et de restauration du Patrimoine du conseil départemental), il mériterait d’être déposé et examiné de près, ce qui permettrait de savoir peut-être qui était son auteur.
Juste après la Libération, la citadelle, prise en mains par les FFI, abrita pendant quelques mois les collaborationnistes arrêtés et détenus dans l’attente de leur libération ou de leur jugement. Ils furent ensuite transférés en 1945 au camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales).
Le conseil général des Pyrénées-Orientales acquit définitivement le palais en 1948 et entreprit alors de longs travaux de restauration d’un monument, aujourd‘hui parmi les plus prestigieux de Perpignan. Le reste de la citadelle demeure à ce jour (2017) propriété de l’Armée.
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Le samedi 19 août 1944, les Perpignanais sont réveillés par une série d’explosions. Les dépôts de munitions de la chapelle des Carmes et du Serrat d’en Vaquer viennent de sauter. La soldatesque vert-de-gris a reçu l’ordre d’évacuation. Tôt dans la matinée, dans une équipée vengeresse, quatre militaires allemands ont saccagé l’atelier de composition de L’Indépendant du Midi.
Le 20 août, en fin d’après-midi, Édouard Chichet, gérant de L’Indépendant du Midi, et René Brousse, directeur par intérim, sont gagnés par un profond désarroi. Par une ordonnance du même jour, le préfet Latscha, conformément aux délibérations de l’Assemblée consultative d’Alger, et aux ordres du Gouvernement provisoire de la République française, vient d’interdire l’impression et la publication de L’Indépendant du Midi et, simultanément, d’autoriser « la publication d’un journal d’information dont l’administration est confiée au comité départemental de Libération ». Son titre : Le Républicain du Midi.
Le dernier numéro de L’Indépendant du Midi (depuis juin 1942) sort le vendredi 18 août. Dès le lundi 21, dans ses murs, avec son personnel et sur ses machines, paraît le premier numéro du Républicain du Midi, sous-titré « Organe du Comité départemental de Libération ».
Au fil des semaines, la nouvelle feuille s’étoffe et assoit sa jeune notoriété. Les élections municipales d’avril-mai 1945 brisent le pseudo-consensus né de la Résistance, faisant du Républicain du Midi l’otage des stratégies électorales opposées de Camille Fourquet, président du CDL, et Louis Noguères, éminente personnalité locale et nationale, secrétaire fédéral de la SFIO.
Le 20 juillet 1945, sur décision du ministère de l’Information, Élie Julia, féal de Noguères, devient le directeur du Républicain du Midi, désormais sous-titré : « Grand quotidien régional d’information ». Le 31 juillet, Fourquet démissionne de la présidence du CDL, lequel disparaît le 1er octobre suivant. Désormais, Noguères a la voie libre.
Charles-Emmanuel Brousse, petit-fils d’Emmanuel Brousse, l’imprimeur de L’Indépendant de 1868, et Édouard Chichet, petit-fils par alliance de Lazare Escarguel, l’un des refondateurs du même Indépendant en 1868, niant l’accusation de collaboration avec l’ennemi, ne se résignent pas à la disparition de « leur » journal. S’appuyant sur l’ordonnance du 5 mai 1945 qui vise « à faire juger par les tribunaux normalement compétents les entreprises sur lesquelles pèse une présomption de culpabilité », au grand dam de Noguères, ils demandent le 21 juin l’ouverture d’une information. Un avis favorable tombe le 15 octobre suivant.
Le 7 mai 1946, la Cour d’appel de Montpellier prononce une ordonnance de classement. « Il résulte de l’information que les dirigeants des deux sociétés (L’Indépendant et l’Imprimerie du Midi) n’ont jamais eu l’intention de favoriser les entreprises de l’ennemi contre la France et de nuire à la défense nationale ».
En ce printemps 1947, Louis Noguères ne peut comprendre et moins encore accepter cette décision de justice. En effet, elle oppose les tenants socialistes d’une légitimité née de la Résistance et de la Libération, et les bénéficiaires d’un non-lieu accordé à un journal de la « collaboration », issu de la droite modérée d’avant-guerre.
Premier numéro de L’Indépendant le 18 avril 1950. Le vieux quotidien perpignanais reparaît le mardi 18 avril 1950 sous le titre : L’Indépendant du Matin. Le même jour, Le Républicain du Midi publie son dernier numéro. Le 1er août, L’Indépendant du Matin devient Le Journal Indépendant, « Grand quotidien républicain d’information ».
Opposée à la construction d'une base secrète de l'armée, pile sur l'emplacement de l'éventuelle halte TGV, la ville a voté deux avis défavorables notifiés en préfecture et en appelle au ministère de la Défense. La colère gronde à Riveslates fermement décidée à affronter l'armée sur le terrain de son projet d'implantation planifié pour 2017 au sein du camp militaire Joffre.
La création, rappelons-le, porte sur un entrepôt national de munitions destiné à abriter l'ensemble des stocks réservés aux opérations spéciales des forces armées françaises. Un dépôt "hight-tech pour une implantation classée Seveso", rappelle Jean-Pierre Cot, adjoint en charge de l'urbanisme à la mairie de Rivesaltes. Un bâtiment, surtout, prévu dans le couloir de l'aéroport, pile à l'emplacement du projet de halte de la Ligne à grande vitesse Montpellier-Perpignan (LNMP) dont le tracé, arrêté depuis 1995, "a dû être rectifié par SNCF-Réseau sur demande militaire expresse".
"Nous rejetons cette modification en bloc", explique l'élu rapporteur de deux délibérations récemment adoptées par le conseil municipal et notifiées fin septembre à la préfecture des P.-O. Deux avis défavorables émis à l'unanimité. Le premier vise directement l'option des services secrets. "Aujourd'hui, et pour les besoins notamment du Centre parachutiste d'instruction spécialisée (CPIS), l'Armée a prévu d'installer un dépôt de munitions sur le périmètre du Projet d'intérêt général (PIG) du TGV tel que défini depuis 1995 et approuvé dès 2001. Elle bafoue tout le travail fourni en terme de plan d'aménagement par la collectivité depuis 20 ans", dénonce dans un des écrits Jean-Pierre Cot avisé du dessein de chantier militaire en 2013.
Les services du secrétaire d'État aux Transports Alain Vidalies sont en effet éminemment concernés par la requête et par la seconde motion défavorable votée par l'assemblée municipale de Rivesaltes. Qui s'est ainsi prononcée contre le nouveau tracé de la LNMP, "présenté le 19 juin dernier par un technicien de la Chambre d'agriculture après validation par SNCF-Réseau. Cette variante ne respecte plus le PIG de 1995, elle raie de la carte l'éventualité d'une gare locale et elle passe en plein cœur du secteur AOC viticole", ont retenu les conseillers communaux.
Désireux de provoquer une révision à la fois du schéma ferroviaire et du programme de l'armée afin que "les deux projets puissent un jour cohabiter sans interférence". Faute de quoi, Rivesaltes n'hésitera sûrement pas à intenter tous les recours possibles et imaginables. Ses délibérations donnent clairement le ton, révélatrices de l'ambiance plus que jamais explosive qui règne sur le dossier du tronçon LGV de Montpellier à Perpignan.
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