Les armes à feu soulèvent de nombreuses questions au quotidien pour les professionnels des musées.
La neutralisation d’une arme est une problématique en pleine reconsidération dans les institutions muséales ces dernières années. En effet, même si auparavant la démilitarisation de l’armement était systématique, aujourd’hui les musées s’interrogent. Les modifications qu’elle entraîne sur les objets sont irréversibles, ce qui ne permet pas de conserver l’objet dans son état original et va donc à l’encontre de la mission déontologique principale de la conservation.
Les armes démilitarisées possèdent au moins un poinçon, généralement gravé sur les parties métalliques. Ce poinçon va permettre de savoir quelle entreprise a procédé à la neutralisation.
Lors de la démonstration, sera pris l’exemple le plus connu : celui du Banc National d’Epreuve de Saint-Etienne. Il est désormais possible de demander un duplicata de certificat de neutralisation si l’arme n’est pas délivrée avec son certificat lors de l’acquisition.
Il est important de pouvoir retracer l’histoire de l’arme surtout dans les circonstances actuelles où une arme pourrait avoir servi lors d’événements.
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La réglementation est stricte en ce qui concerne la possession, la conservation et l’exposition d’armement face à un public et si vaste qu’il est aisé de s’y perdre. Après un retour sur l’origine des armes à feu et leur évolution jusqu’à aujourd’hui en France, la première partie de la formation proposait de faire le tour des points essentiels des réglementations française et européenne.
La réglementation, valable pour les institutions comme pour les civils, classe les armes à feu et l’armement en 4 catégories en France :
La réglementation européenne classe l’armement en seulement trois catégories, la catégorie D étant ajustable pour chaque pays.
Ce classement est intéressant premièrement pour l’inventaire car cela va permettre de s’interroger sur les différents attributs d’une arme (modèle, année de fabrication, taille et qualité du canon, munitions, etc.) qui vont par la suite définir son affiliation à une catégorie. Mais plus important encore, connaître la catégorie de chaque arme détenue permet de tenir le cahier de police, document rempli par le chargé des collections, qui permet de faire état des lieux des différentes armes conservées et exposées en cas de contrôle.
Si lors d’un contrôle, le musée n’est pas en mesure de présenter les catégories d’armes et des équipements ainsi que les documents qui y sont liés, la préfecture peut décider de saisir les objets mais également de les détruire.
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Lors de cette formation on apprendra que les musées peuvent se protéger d’une manière simple. En effet, même s’il est décrété qu’un musée peut acquérir et conserver de l’armement de catégories A, B, C et D, l’institution peut demander une autorisation de détention au préfet pour l’ensemble de l’armement présent dans les collections.
On apprendra également qu’en fonction des relations que la structure détient avec son préfet les choses peuvent prendre des tournures bien différentes !
Il est important en premier lieu de vérifier que l’arme n’est pas chargée, ni dans le magasin d’approvisionnement ni dans le canon, par un contrôle visuel des chambres. Si un transport doit avoir lieu, l’arme doit être divisée en deux parties qui seront soit transportées dans deux véhicules différents et sous mallettes scellées, soit dans le même véhicule avec un verrou pontet sur la détente et sous mallettes scellées.
Une fois arrivé au musée et traité, il est obligatoire de retirer une pièce du mécanisme de mise à feu avant sa mise en réserve. Une fois la pièce retirée et l’objet hors d’état de nuire, la pièce doit être mise dans un sachet et placée dans un coffre avec la référence de l’arme à laquelle elle appartient.
L’absence de neutralisation complique une des missions essentielles d’un musée qui est le prêt et le dépôt des pièces de collections.
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Johanne Berlemont du Musée de la Grande Guerre, confiera aux participants qu’ils ont décidé de ne plus prêter les armes à moins qu’il s’agisse de structures françaises réputées qui peuvent donner une garantie concernant la sécurité ainsi qu’une autorisation de détention.
Depuis deux ou trois ans existe une sensibilisation à l’armement dans les institutions muséales. Le retrait d’une pièce du mécanisme de mise à feu est devenu la première condition à la mise en exposition devant un public d’une arme non neutralisée.
En dehors des conditions de sécurité il existe aussi des interrogations sur les meilleures manières de présenter des armes à feu face à un public. Montrer ses plus belles pièces risquerait de susciter de la fascination pour un bel objet plus que de diriger un visiteur vers un discours.
Johanne Berlemont nous explique qu’avant l’ouverture du Musée de la Grande Guerre, la question de la présentation de l’armement était essentielle car il était un point d’ancrage d’une grande partie du discours. Le musée a donc choisi trois moyens de présentation différents en fonction du rapport que le public peut avoir avec l’arme à feu.
La première méthode a été le mannequinage très réaliste, avec des corps à l’échelle 1 et des visages moulés sur des personnes existantes. Cette présentation permet non seulement de montrer un ensemble complet d’uniforme, matériel et armement d’un soldat mais également de donner une attitude, un mouvement. Les armes n’ont alors pas été fixées pour qu’elles puissent être tenues dans les mains ou rangées sur l’épaule dans un souci de réalisme.
Présente en grande partie dans le musée, elle est un atout majeur dans le parcours de visite de l’espace d’exposition permanente. Le mannequinage abstrait est quant à lui un moyen de montrer un ensemble mais qui ne suggère l’humain que par l’assemblage des pièces. L’arme est souvent exposée debout, dans la continuité avec le bras, et elle est fixée dans le sol.
Enfin l’arme peut être exposée seule, sans contexte d’appartenance à une unité afin de se concentrer sur l’objet en lui-même et de pouvoir l’approcher de plus près.
Au Musée de la Grande Guerre, 40% des visites annuelles sont représentés par les scolaires. Pour les médiateurs en charge des groupes il est essentiel d’avoir un discours teinté en matière d’armement. En effet, il est difficile pour un médiateur d’évincer la fascination des enfants pour les armes à feu ou encore les chars qu’ils ont l’habitude de voir dans les jeux vidéo ou les films.
Mélanie et Charlotte du Musée de la Grande Guerre expliquent l’attrait des enfants pour certaines vitrines en particulier, par exemple celles des armes de poing qui sont plus accessibles en taille et plus présentes dans l’imaginaire collectif. Elles parlent également du côté humain qui est totalement exclu dans les questions des enfants qui sont plus portés sur l’authenticité des objets ou l’aspect scientifique de fonctionnement.
C’est pourquoi elles décident d’utiliser le corps dans l’espace d’exposition comme outil de compréhension. Par exemple, placer deux adolescents de tailles différentes à côté des vitrines et leur demander de tendre le bras afin de voir les différences d’échelle face aux armes. Plusieurs manipulations permettent de soulever des poids afin de se rendre compte du poids des différentes armes et de se mettre à la place du soldat.
Elles expliquent également qu’après la visite de « la salle des armes » (nommée ainsi par les enfants qui reviennent régulièrement) elles dirigent généralement le groupe vers la salle « corps et souffrance » afin d’aborder le sujet des impacts physiques et psychologiques. La liaison entre les deux se fait avec la plus grande subtilité et les enfants sont prévenus avant l’entrée dans chaque salle de ce qu’ils vont voir, les sujets qui vont être abordés afin qu’un enfant puisse signaler s’il ne souhaite pas visiter une salle.
Les matières nucléaires, l'amiante, les carburants et lubrifiants, les munitions et produits explosifs et les armes peuvent être présents dans des collections techniques, industrielles et mécaniques de nombreux musées. Ceci semble assez loin du monde muséal habituel et, parfois, ces questions sont abordées soit avec une certaine indifférence, par méconnaissance du sujet, soit, au contrainte, de manière excessive en raison de peurs, d'émotions ou de réactions instinctives ou subjectives, voire de parti-pris.
Le mot fait parfois peur par ce qu'il véhicule donc il est nécessaire d'être précis. Il faut faire la différence entre matière nucléaire et matière radioactive.
Il convient néanmoins de prendre des précautions pour la conservation et la manipulation des objets de musée qui contiennent de tels produits. Cette matière se trouve principalement dans les objets d’instrumentation comme les cadrans d'horloge, de montre, de boussole, de tableau de bord... Il s'agit de la substance verte ou jaune luminescente qui permet d'utiliser ces équipements ou instruments la nuit ou dans la pénombre.
Le tritium a été largement utilisé jusqu'à la fin du XXe siècle et se retrouve aujourd'hui dans de nombreuses collections de musée. Il ne présente pas de danger particulier lors d’exposition et de manipulation sauf si le boîtier et/ou le verre de protection est absent ou cassé (risque de poussière) ou s’il est stocké en très grande quantité dans un lieu unique et clos.
Cette matière, citée ici de manière générique, est présente dans de nombreux matériels médicaux, de laboratoire, mais aussi dans des moteurs, des engins de transport ferroviaire, des avions... En effet, l'uranium est très dense : 1 mètre cube d'uranium pèserait de l'ordre de 19 tonnes. Ceci permet l'alourdir un objet de manière significative tout en lui gardant de petites dimensions ; ainsi les gouvernes de profondeur du Boeing 747 contiennent de l'uranium.
Cette matière se trouve surtout dans les musées aéronautiques conservant des aéronefs de la deuxième moitié du XXe siècle. Généralement, la présence d'uranium est mentionnée dans la documentation technique. Ces matières nucléaires sont suivies par l'Institut de radioprotection de sureté nucléaire (IRSN).
Elles doivent faire l'objet, par le musée détenteur, d'une inscription dans un registre journal dans lequel sont indiqués les mouvements des objets : entrée dans les collections, prêts, restauration... Il est présent dans de nombreuses collections techniques et modernes de musées sous forme d’alliage mais en dose de peu d'importance.
La soudure à l’argon ou l’électricité se fait avec des baguettes de tungstène associé à du thorium ce qui explique la présence de ce dernier dans les moteurs, les carrosseries, les équipements mécaniques et techniques. Le thorium ne présente pas un danger particulier pour le personnel ou le visiteur. Il y a néanmoins une obligation de tenir un registre-journal et, au-delà d'un certain seuil, de transmettre un compte-rendu annuel à l’IRSN.
La question de la gestion des collections contenant de l'amiante est aujourd'hui l’une des plus sensibles qui se pose aux responsables de musée. Le texte-clé en matière d’amiante est le décret n°96-1133 du 24 décembre 1996.
En règle générale, le public est peu concerné par la présence de l’amiante. En revanche, le personnel d'entretien des collections et les restaurateurs sont particulièrement concernés. En cas de doute sur la présence d'amiante dans des collections, il convient de faire réaliser une expertise.
Il est évident qu'il ne faut jamais laisser de carburant (essence, gasoil, kérosène) dans les moteurs aussi bien pour les collections exposées qu'en réserve. La question des lubrifiants est plus complexe. Une couche de lubrifiant dans les mécanismes d'un moteur constitue une excellente protection pour la corrosion. Mais ceci n'est vrai que pour du court terme car à la longue les huiles et graisses deviennent pâteuses puis durcissent.
S'il n'y a pas de protection et si les conditions de conservation ne sont pas draconiennes (en particulier température et humidité relative) la corrosion s'installe et pour la traiter il faut démonter les mécanismes. Il en est de même pour les circuits hydrauliques (qui contiennent de l'huile) ; sans liquide les mécanismes s'affaissent, se grippent et se corrodent. En outre certaines huiles sont particulièrement dangereuses pour la santé.
Tous les responsables de collections dans les musées qui peuvent accueillir ce type d'objets doivent garder à l'esprit que tout objet inconnu est susceptible d’être dangereux : cartouche, obus, mines… En cas de doute, il convient de prendre contact avec les services de déminage de la protection civile via la préfecture du lieu.
Avant la Révolution, posséder une arme était le privilège de la noblesse ; après la Nuit du 4 août 1789, en détenir une devient le symbole de la Liberté et de l'Égalité. Chaque citoyen pouvait être propriétaire d'armes à feu puisque la défense de la Nation reposait sur la volonté des citoyens et la chasse n'était plus le privilège de la noblesse. Il en est ainsi durant tout le XIXe siècle et le premier tiers du XXe siècle.
Dans les années 1930, la peur d'une insurrection armée, avec les ligues à droite et le Parti Communiste à gauche amène le gouvernement à promulguer le décret-loi du 18 avril 1939 qui réglemente, pour la première fois, le droit de posséder une arme de guerre et définit des types d'armes différents : de guerre, de chasse, de tir, d'épaule, de poing...
Catégorie A : matériels de guerre et armes interdits à l'acquisition et à la détention, sous réserve des dispositions des articles L. 312-1 à L.
La catégorie D concerne donc les musées qui conservent des armes dont le modèle est antérieur à 1900. Il ne faut pas confondre modèle et année de fabrication. Ainsi, un fusil Lebel de la Première Guerre mondiale qui porte, par exemple, l'année 1915 marquée à froid est bien du modèle antérieur à 1900 puisque ce type de Lebel est du modèle 1886, modifié 1893. Il n'est donc pas nécessaire de neutraliser une telle arme.
Pour les armes plus récentes, cet article prévoit une neutralisation. Cette opération rend l'arme irrévocablement impropre au tir mais elle est surtout une atteinte à l'intégrité physique de l'objet. Ceci est contraire au Code du Patrimoine et à la déontologie. La législation des armes évolue. Il y a quelques années le révolver d'ordonnance modèle 1874 devait être neutralisé. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Il convient donc de ne pas injurier l'avenir et le législateur a rendu possible, dans certaines conditions, la possession d'armes non neutralisées dans les collections de musée.
III/ Par dérogation aux dispositions de l'article 19 et, sous réserve de la faculté de retrait ouverte à l'article 22, l'autorisation d'acquisition et de détention des matériels de guerre mentionnés au I est accordée sans limitation de durée.
Dans un musée, le risque majeur serait certes le vol.
Les risques associés à la conservation des collections techniques comme les armes, les munitions et matériels explosifs et tous les objets contenant des matériaux toxiques (matières nucléaires, amiante, carburants et lubrifiants) sont réels. Toutefois, il convient d'aborder ces questions en évitant l'émotion et la polémique. Des textes réglementaires existent, des protocoles d'action sont définis ou en voie de l'être. Il revient donc au responsable de collections de ce type de les connaître et de toujours déployer une analyse à la fois à la lettre et dans l'esprit car chaque objet de musée est un cas unique même pour des collections de type industriel.
Devoir faire usage d'une arme à feu pour sauver sa vie ou celle d'autrui ne peut laisser place à aucun hasard, car tirer sur un individu doit toujours être l'ultime recours.
« ARME : tout objet ou dispositif conçu ou destiné par nature à tuer, blesser, frapper, neutraliser ou à provoquer une incapacité. Utiliser une arme n'est pas un jeu ! Il est possible de l'utiliser à des fins ludiques, mais il ne faut jamais oublier sa fonction première.
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