La fabrication d'armes artisanales suscite un intérêt croissant. Cet article explore différentes facettes de cette activité, en mettant en lumière les aspects pratiques, légaux et sécuritaires.
La fabrication d’un fusil de chasse est un art qui requiert un savoir-faire pointu et une grande précision. Les étapes de sa fabrication restent identiques pour chaque type de fusil, mais les techniques utilisées sont diverses. La fabrication artisanale façonne des fusils uniques, tandis que la fabrication industrielle produit des armes plus uniformes. Aujourd’hui, la technologie la plus moderne employée pour l’usinage est la machine dite à 5 axes.
Élément le plus important du fusil de chasse, c'est le canon qui conditionne ses performances. De la qualité de la fabrication du canon dépendra la qualité du tir. Les vertus primordiales pour un canon sont la force, la légèreté relative, l'élasticité, le bon équilibre et la puissance de tir. Ces avantages sont obtenus par le choix d'un acier fin demi-dur avec adjonction de chrome et de molybdène, car le métal employé pour la fabrication des tubes doit être non seulement résistant, mais élastique ; les aciers très durs sont d'un "dressage" difficile et manquent d'élasticité.
Deux méthodes sont employées pour la fabrication des canons : celle des canonniers professionnels et celles des industriels. La méthode artisanale est réservée aux armes de haute qualité et nécessite un savoir-faire et une main-d'œuvre hautement qualifiée. Pour tous les canons, les tubes plus épais au tonnerre qu'à la bouche ont une forme conique.
Une technique nécessitant des machines à forger complexes et coûteuses est utilisée pour les fabrications en très grande série. Cette méthode combine le forgeage à chaud et le martelage à froid. La fabrication des tubes est effectuée par étirage en passes successives et le résultat est obtenu par déformation de la matière, sans perçage, afin d'éviter de mélanger des adjuvants à l'acier.
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Les tubes artisanaux de haute qualité voient l'intérieur de leurs surfaces soigneusement pierrées et polies en long, ce qui est déterminant pour la régularité de la gerbe. Les canons de production industrielle sont protégés intérieurement par un chromage qui garantit une résistance à la corrosion quasi inaltérable.
Une fois usinées, les pièces du canon sont assemblées. Méthode artisanale ou méthode industrielle, le process d’assemblage diffère. Ensuite, c’est l’étape du bronzage qui a pour but de protéger le canon de l’oxydation et de la corrosion. Là encore, il existe différentes techniques : bronzage à la couche, bronzage par bain ou teflonnage.
Le plus souvent, la crosse est fabriquée en noyer, voire en matériaux synthétiques tels que le carbone. En carbone, elle est réalisée industriellement. On retrouve différentes essences pour la réalisation de crosse, telles que le hêtre sur des fusils industriels ou le noyer sur des armes de qualité.
La fabrication d’une carabine de chasse est un art à part entière. Il demande la maîtrise de plusieurs spécialités : c’est le travail d’un ensemble d’artisan. Canonnier, crossier, armurier, tireur ou monteur à bois, la réalisation d’une carabine de chasse demande une grande précision de la part des compagnons, pour aboutir à une arme aux performances idéales et aux finitions de qualité.
Élément indispensable d’une express, la bascule est façonnée à partir de métal brut, tel que l’ergal ou l’acier. Le métal est travaillé par des machines qui découpent la matière première aux formes et dimensions nécessaires. Une fois usinée et polie à la main, vient l’étape de la gravure de la bascule.
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L’ajustement du canon à la bascule est une étape clé de la fabrication d’une carabine basculante. La première étape est l’usinage de la frette. Tout comme la frette, les devants fer sont fabriqués dans des blocs d’acier. En général, les bandes intermédiaires sont au nombre de deux. Comme des jumelles, elles sont usinées à partir de la même pièce de métal.
Qui dit carabine, dit rayures du canon. Ils existent différentes méthodes pour réaliser le pas de rayure des tubes. La méthode traditionnelle consiste à rayer manuellement à l’aide d’un outil coupant l’intérieur du canon. Chronophage, cette méthode n’est plus d’actualité. Aujourd’hui, la rayure s’obtient par martelage à froid, cette technique est la plus précise en termes de fabrication : il s’agit de frapper à l’aide de marteaux hydrauliques le métal afin d’imprégner les rayures d’un mandrin inséré dans le tube en écrouissant la matière sur cette matrice.
L’assemblage du canon est une étape réalisée par la main experte de l’armurier. Il assemble la frette, les bandes intermédiaires, les tubes et le crochet de longuesse. Dans un premier temps, les tubes du canon sont ajustés sur le berceau. Dans les fabrications de bonne qualité, les tubes ne sont pas interchangeables, l’assemblage doit respecter un sens de montage.
En matière de crosse, la sélection du bois est primordiale. Il faut pour se faire un bois de qualité, pour un rendu final intéressant techniquement et agréable à l’œil. D’ordinaire, les crosses en noyer sont fabriquées à partir de maquettes prédécoupées par des machines puis affiner à la main par le crossier.
En France, toutes les armes doivent être éprouvées par le Banc National d’Épreuve. C’est une étape obligatoire. Le contrôleur du Banc d’Épreuve Nationale procède d’abord à l’inspection des différents éléments de l’arme dont le canon, les cotes intérieures, le mécanisme de la bascule. Puis, c’est la phase de test. Le tireur teste la carabine avec des cartouches en surpression. Une fois éprouvée, la carabine doit ensuite être réglée.
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Si vous êtes intéressé à fabriquer votre propre Sten Mk 2, il existe plusieurs ressources en ligne qui peuvent vous guider dans le processus. Le site extrême précision contient un tutoriel en plusieurs parties pour vous montrer comment fabriquer et faire accepter une SAS-3 Mk2, une version semi-automatique de la Sten Mk2. Il fournit également des conseils sur la façon de choisir les bonnes pièces pour votre arme, ainsi que des instructions détaillées sur la fabrication du canon, du boîtier, de la culasse et du magasin, entre autres composants.
Le site milsurps.com propose une traduction intégrale en français du tutoriel de stencollector et de Claven2 sur la fabrication d'une SAS-3 Mk2. Le tutoriel fournit des instructions détaillées sur les pièces et les outils nécessaires à la fabrication de votre arme, ainsi que des conseils sur la façon de travailler avec différents métaux et de créer des pièces précises.
Fabriquer une Sten MK 2 à la maison n’a jamais été aussi facile! Tout d’abord, vous aurez besoin de quelques fournitures. Vous aurez besoin d'une tige en acier de 4 pouces, d'une cloche ouverte de 3 pouces et d'une poignée de pistolet en acier. Vous devrez également vous procurer une barre d'éjection adaptée et une fenêtre d'éjection, ainsi que des vis, des écrous et des rondelles.
C'est un véritable pistolet, qui fonctionne et qui peut être fabriqué à la maison, avec pour seul matériel une imprimante nouvelle génération. Habituellement utilisée à des fins artistiques ou médicales, pour réaliser une maquette en relief ou des organes de remplacement, l'imprimante 3D pourrait sous peu faire de nouveaux adeptes : les armuriers en herbe.
HaveBlue, un membre du forum AR15.com, spécialisé dans l'armement, affirme avoir réussi à fabriquer les pièces qui constituent une arme à feu à l'aide d'une imprimante Stratasys, qui n'est pourtant pas un matériel de dernière génération. Cet appareil de stéréolithographie permet de fabriquer un objet en superposant des couches de plastique, de cire ou de métal afin de former un volume. Le résultat obtenu par HaveBlue aurait été fort concluant : il serait parvenu à tirer plus de 200 fois avec l'arme qu'il a assemblée. Ce "progrès" technique est assez effrayant.
Outre les risques de conception auxquels s'expose l'apprenti armurier (le pistolet, conçu en plastique, pourrait se révéler explosif pour celui qui le manipule) se pose le problème de la libre circulation de ces nouvelles armes. Avec des plans et les notices de fabrication disponibles sur Internet, rien n'est plus facile que d'imprimer les composants des pistolets.
Un particulier peut-il modifier lui-même une arme, voire la fabriquer avec des éléments d’armes ? Il est question d’activité professionnelle. Cela vise donc ceux qui exercent cette activité pour en vivre. Le Code de Commerce donne la définition de commerçant comme étant : « Tout achat… …pour les revendre, soit en nature, soit après les avoir travaillés et mis en œuvre. » C’est donc la finalité de l’intention qui est visée : si une arme a été acquise pour être utilisée par un particulier, il n’y a pas d’acte de commerce lorsqu’elle est revendue, même si elle a été restaurée, préparée ou réparée.
Il est question d’armurier. Il s’agit d’une activité règlementée qui fait l’objet d’un agrément préfectoral qui est délivré en fonction de l’ « honorabilité professionnelle et privée et des compétences de l’armurier. » Trafic illicite : importation, exportation, transfert, acquisition, vente, livraison ou transport d’armes à feu, munitions ou leurs éléments à partir, à destination ou au travers du territoire d’un État vers le territoire d’un autre État si l’un des États concernés ne l’autorise pas … …ou si les armes à feu, les éléments d’armes ou les munitions ne sont pas marqués…
Donc c’est du trafic si ce n’est pas autorisé par les États importateurs ou exportateurs. C’est donc bien l’outillage pour fabriquer les armes qui est réservé aux professionnels et proscrit au particulier. Sa simple détention constitue un délit de fabrication illicite.
Le CSI définit bien l’action de fabrication ou de modification, ainsi un particulier n’a pas le droit d’intervenir sur les éléments essentiels d’une arme. Il ne peut pas modifier le chambrage. Par contre rien ne l’empêche de procéder à un échange standard de canon, sauf bien sûr à considérer qu’un remontage est un assemblage… ce qui conduirait tous les détenteurs légaux (y inclus les membres des forces de l’ordre) à ne plus pouvoir assurer l’entretien courant de leur matériel. C’est la fabrication ou la modification qui doit être obligatoirement effectuée par un armurier titulaire d’une AFCI [1].
Si le calibre d’une arme ou son système de fonctionnement ont été modifiés, il s’agit bien d’une opération de fabrication au sens de la règlementation. Dès lors que l’on touche à l’interface canon / pièce de fermeture, il est obligatoire que soit pratiquée une nouvelle épreuve par le Banc d’Épreuve de St Etienne. Toutefois notons que dans la pratique, le Banc d’Épreuve n’a aucun moyen de savoir s’il s’agit d’une modification.
Prenons l’exemple du tireur de Bench-rest qui doit, toutes les quelques centaines de coups, rafraîchir le chambrage avec une fraise de chambre après avoir supprimé 2 filets pour raccourcir son canon. Cette opération ne nécessite pas d’épreuve, les caractéristiques de l’arme n’ayant pas été changées. Cette nuance n’a pas encore été tranchée par les tribunaux, mais par bon sens il est facile de différencier la simple opération d’entretien qui garde les mêmes caractéristiques à l’arme, de sa modification qui nécessiterait une nouvelle épreuve.
En dehors de la règlementation spécifique aux armes, reste le point fiscal. Comme on l’a vu plus haut, le côté professionnel est fondé sur l’intention de revente au moment de l’achat. Or cette intention peut être prouvée par l’administration fiscale par tous moyens (Art L110-3 Code de Commerce). Ainsi, lorsqu’un particulier vend en ligne sa « production » d’armes transformées, l’opérateur [2] a plusieurs obligations : déclarer de manière automatique à l’administration fiscale les revenus des utilisateurs des plateformes en ligne, et adresser à ces derniers un récapitulatif annuel du montant des transactions.
Lors de l’achat d’un canon déjà chambré à l’étranger (et donc classé au sens de la législation) il faudra accomplir les formalités d’importation ou de transfert selon que la provenance est hors l’UE ou de l’UE, consulter la rubrique. Si le canon n’est pas chambré, mais juste percé et rayé, il faut alors parler d’un barreau qui est une simple matière première achetable et importable selon les règles de droit commun [3].
Attention cependant au douanier zélé qui pourrait vouloir jouer sur les mots, à savoir le mot « canon » pour signifier une infraction ou procéder à une « visite domiciliaire » non motivée. Il en est de même pour une fraise de chambre, laquelle n’est pas un outillage spécifique à de la fabrication d’arme [cf article dédié]. En effet, l’utilisation de la fraise de chambre pour transformer le barreau en canon chambré est bien sûr interdite au particulier.
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