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Lorsque l’on souhaite recharger une munition peu courante, une munition ancienne ou une munition destinée à s’accorder avec notre tatillonne législation sur les armes, il est parfois difficile de trouver les douilles correspondantes. Le rechargeur doit alors mettre en œuvre les techniques du reformage de manière à fabriquer lui-même les douilles rares ou chères à partir de composants plus courants ou moins onéreux.

Dans certains cas, la transformation est simple et consiste en une simple augmentation du calibre. Par exemple, 284 Winchester devenant du 30-284 Winchester. Dans d’autres cas, la transformation est un peu plus complexe en particulier lorsque l’épaulement doit être refoulé pour obtenir une douille avec un corps plus court. Par exemple, 7 x 64 devenant du 8 x 60 S pour les Mauser rechambrés.

Pour présenter les différentes techniques mises en œuvre dans ce tutorial, j’ai choisi l’exemple de la transformation des douilles de calibre 24 de chasse en douille de 577 Snider. Je suis tout à fait conscient que cet exemple n’est pas celui auquel le rechargeur amateur est le plus souvent confronté mais il a le mérite d’exiger la mise en œuvre de différents savoir-faire.

Pour tout ce qui concerne les techniques de reformage des douilles, je ne peux que conseiller une lecture attentive du Manuel de Rechargement N°6 de René Malfatti (éditions Crépin-Leblond). Ce tutorial n’est certainement pas parfait et je suis ouvert à toutes vos observations.

Introduction : les différentes phases de la transformation

Voici les différentes étapes de la transformation d'une douille :

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  1. N° 1 : douille de calibre 24
  2. N° 2 : douille tracée
  3. N° 3 : douille raccourcie au coupe-tube ou à la scie à métaux
  4. N° 4 : douille ajustée grossièrement au case-trimer et ébavurée
  5. N° 5 : douille dont le collet a été recuit
  6. N° 6 : douille en début de reformage (apparition de l’épaulement)
  7. N° 7 : douille en cours de reformage (refoulement de l’épaulement)
  8. N° 8 : douille en fin de reformage
  9. N° 9 : douille ajustée finement au case-trimer et ébavurée

1) Mise à longueur des douilles avant reformage

Matériel :

  • Gabarit de traçage en carton
  • Feutre indélébile
  • Coupe-tube de plombier ou scie à métaux
  • Mandrin en acier adapté au diamètre intérieur du collet des douilles de calibre 24
  • Case trimer (shell-holder + fraise avec tige pilote)
  • Perceuse
  • Fraise à ébavurer
  • Lime plate

Opérations :

  1. Opération N°1 : tracé des douilles avec gabarit et feutre.
  2. Opération N°2 (version coupe-tube) : découpe au coupe-tube 1 à 2 mm au dessus du trait (le mandrin en tube acier rentre en forçant légèrement dans la douille, il évite l’écrasement de la paroi de la douille sous l’effet du coupe tube). Après cette opération, la douille mesure de 52 à 53 mm.

Remarque : à titre personnel, j’ai renoncé à utiliser le coupe tube pour raccourcir les douilles. Des expériences malheureuses m’ont conduit à préférer l’utilisation de la scie à métaux. Les molettes du coupe-tube ont la fâcheuse tendance à écraser et à cabosser les minces parois des douilles et, parfois, la douille est trop abîmée pour être utilisée. Il n’est pas exclu que je ne soit pas très adroit avec un coupe-tube !!!

  1. Opération N°2 (version scie à métaux) : le mandrin en acier est serré dans l’étau. La douille est enfilée sur le tube. On tient la scie de la main droite et le culot de la douille de la main gauche (pour un droitier bien sûr !). On coupe à 1 à 2 mm au-dessus du trait. La main gauche fait tourner la douille autour du tube de manière à ce que le trait de scie fasse tout le tour de la douille. Là encore, après cette opération, la douille mesure de 52 à 53 mm.
  2. Opération N°3 : ajustement grossier de la longueur au case-trimer. J’utilise une fraise fabriquée à partir d’une fraise à lamer et d’une tige pilote dont la longueur est égale à celle de la douille terminée. Le shell-holder maison est monté dans le mandrin de la perceuse. La perceuse est serrée dans un étau. La fraise « mord » il faut y aller en douceur. Le trait doit rester visible sinon la douille finie sera trop courte. Après cette opération, la douille mesure environ 51,5 mm (soit à peu près 1 mm de plus que la longueur finale).

Remarque : le matériel que j’utilise pour l’ajustement de la longueur s’inspire du système de case-trimer Lee qui est peu onéreux et parfaitement efficace.

  • Opération N°4 : ébavurage intérieur à la fraise. Ebavurage extérieur léger à la lime.

2) Recuit du collet

Le laiton des douilles est écroui. Il est résistant à la déformation. Le reformage est difficile (il faut forcer beaucoup) voire impossible (des écrasements apparaissent au niveau de l’épaulement). Il est donc indispensable de recuire le collet des douilles pour rendre le laiton plus malléable.

Matériel :

  • Plat en tôle
  • Lampe à souder
  • Tournevis

Opération :

Opération N°5 : Les douilles sont placées verticalement dans un plat en tôle. Les culots baignent dans environ 2 cm d’eau. Les collets des douilles sont chauffés à la lampe à souder sur une hauteur de 15 mm. La température de recuit est atteinte lorsque les collets atteignent la couleur bleu violet dite « gorge de pigeon ». Cette couleur, pour les laitons, correspond à une température de 265°c. D’après mes recherches, cette température est à considérer comme un minimum (c’est au-dessus que le recuit se produit). Autrement dit, on peut la dépasser sans toutefois aller jusqu’aux rouges. Cette marge de température est utile car il n’est pas évident d’apprécier la couleur du laiton à travers le bleu de la flamme. Une fois la température atteinte, d’un coup de tournevis, la douille est basculée dans l’eau ce qui entraîne un refroidissement rapide.

3) Reformage

Matériel :

  • Planche à lubrifier
  • Presse à recharger
  • Premier outil de rechargement pour 577 Snider (recalibreur extérieur). L’aiguille de désamorçage est démontée.
  • Shell-holder
  • Graisse spéciale pour reformage

Opérations :

  1. Opération N° 6 : graisser légèrement le corps de la douille. Important : ne pas graisser la partie recuite (risque d’enfoncement de la paroi au niveau de l’épaulement ou « oil dent »).

Remarque : pour la photo, j’ai fortement exagéré la dose de graisse en la « tartinant » avec le doigt. Un très léger film de graisse suffit. Pour lubrifier les douilles rapidement et de manière régulière, j’utilise une planche à lubrifier fabriquée avec du matériel de récupération. Il s’agit d’un simple bout d’agglo sur lequel un morceau de revêtement absorbant (de type « peau de chamois » en matière synthétique) a été fixé. Il suffit de déposer puis d’étaler une noisette de graisse sur le revêtement. On installe 7 ou 8 douilles sur la planche. On fait rouler toutes les douilles ensemble avec le plat de main.

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  1. Opération N° 7 : Mettre une douille graissée sur le shell-holder et manœuvrer le levier de la presse lentement pour faire pénétrer la douille dans le recalibreur. Pour éviter les déformations, procéder en 4 ou 5 passes. On enfonce la douille de 2 à 3 mm dans le recalibreur puis on la ressort. On vérifie qu’il n’y pas de graisse sur l’épaulement, on essuie si besoin. Cette précaution est indispensable sinon « oil dent » assurée (c’est sûr, cela m’est arrivé). On enfonce la douille de 2 à 3 mm de plus. On continue jusqu’à ce que la douille soit entièrement rentrée dans le recalibreur. Le reformage est alors terminé.

4) Mise à longueur définitive

Matériel :

  • Case trimer (shell-holder + fraise avec tige pilote)
  • Perceuse

Opérations :

  1. Opération N°8 : ajustement définitif de la longueur au case-trimer. La longueur finale de la douille est réglée par la longueur de la tige pilote de la fraise qui passant par l’évent du logement d’amorce vient en butée sur le shell-holder. Après cette opération, la douille mesure 50,4 mm. Cette dimension est identique à celle de mes douilles Bertram ou Kynoch.
  2. Opération N°9 : ébavurage intérieur à la fraise. Ebavurage extérieur à la lime.

Rechargement de Munitions

Le rechargement de munitions représente bien plus qu’une simple économie financière - c’est un art qui combine précision technique, passion balistique et recherche constante de performance. Face à l’augmentation constante du prix des munitions manufacturées et aux pénuries récurrentes, de plus en plus de tireurs sportifs et de chasseurs se tournent vers cette pratique ancestrale modernisée.

Le rechargement consiste à réutiliser des douilles déjà tirées pour fabriquer de nouvelles cartouches. Cette pratique, qui remonte aux origines des armes à feu modernes, permet de reconditionner une cartouche en remplaçant l’amorce usagée, en ajoutant une nouvelle charge de poudre et en installant une nouvelle ogive. Le processus de rechargement transforme des éléments séparés (douille, amorce, poudre, ogive) en munitions performantes adaptées spécifiquement à votre arme.

L’aspect économique reste la motivation première pour la majorité des rechargeurs. Les économies réalisées sont considérables : jusqu’à 50% sur le .308 Winchester et 60% sur le .223 Remington. Prenons l’exemple concret du 9mm Parabellum : une boîte de 50 cartouches manufacturées coûte environ 14€ chez un armurier, tandis que le rechargement revient à moins de 7€ pour la même quantité. Au-delà de l’économie pure, le rechargement offre une autonomie précieuse en période de pénurie. Les ruptures de stock récurrentes depuis 2020 ont démontré l’intérêt de maîtriser sa production de munitions.

Terminologie Technique

Maîtriser la terminologie technique est indispensable pour progresser en rechargement :

  • L’étui (ou douille) : Enveloppe métallique en laiton qui contient tous les autres composants.
  • L’amorce : Petit composant explosif situé dans le culot de l’étui. Elle s’enflamme sous l’impact du percuteur et initie la combustion de la poudre.
  • La poudre : Propulseur qui génère les gaz nécessaires à la propulsion du projectile.
  • L’ogive (ou projectile) : Partie qui sera propulsée vers la cible.
  • Recalibrage : Opération consistant à redonner à l’étui ses dimensions d’origine après le tir.
  • Sertissage : Opération finale qui maintient l’ogive en place dans l’étui.
  • LHT (Longueur Hors Tout) : Distance entre le culot de l’étui et la pointe de l’ogive.
  • Grain : Unité de poids anglo-saxonne (1 grain = 0,0648 gramme).

Préparation des Étuis

La qualité du rechargement dépend directement de la préparation minutieuse des étuis. Cette phase commence par le nettoyage approfondi des douilles tirées.

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  • Le nettoyage humide avec un tumbler utilise de l’eau, du détergent et des aiguilles en inox pour nettoyer l’intérieur et l’extérieur des étuis.
  • Le nettoyage à sec utilise des granulés de maïs ou de noix concassées dans un vibrateur.

Après nettoyage et séchage complet, l’inspection visuelle permet d’éliminer les étuis fissurés, déformés ou présentant des signes de fatigue. Le recalibrage complet (Full Length Sizing) redonne à l’étui ses dimensions d’origine. Cette opération, effectuée avec l’outil approprié monté sur la presse, s’accompagne généralement du désamorçage. Pour les armes à verrou, le recalibrage partiel du collet (Neck Sizing) peut suffire et prolonge la durée de vie des étuis.

La rectification du puits d’amorce avec un outil spécifique élimine les résidus et garantit l’assise correcte de la nouvelle amorce. L’installation de la nouvelle amorce demande précision et délicatesse. L’amorce doit affleurer ou être légèrement en retrait du culot, jamais en saillie.

Le dosage de la poudre constitue l’étape la plus critique. Respectez impérativement les données des tables de rechargement. Une balance de précision au 1/10e de grain minimum est indispensable. L’évasement du collet facilite l’installation de l’ogive sans la déformer, particulièrement important pour les ogives plomb. Le positionnement de l’ogive détermine la LHT finale. Cette dimension critique influence la pression et la précision. Le sertissage final maintient l’ogive en position. Pour les munitions d’armes automatiques, un sertissage prononcé évite le recul de l’ogive lors du chambrage.

Choix de l'équipement

Le choix de la presse détermine votre confort et votre productivité.

  • Les presses mono-station comme la Lee Challenger III (161€ au lieu de 179€) conviennent parfaitement aux débutants.
  • Les presses à tourelle type Lee Turret 4 trous avec index automatique (216,75€) offrent un excellent compromis.
  • Les presses progressives comme la Lee Pro 4000 (449,65€) s’adressent aux tireurs intensifs.

Une balance électronique précise au 1/10e de grain (0,0065g) est indispensable. Les modèles d’entrée de gamme à 50-70€ conviennent parfaitement. Le choix de la poudre détermine les performances.

Voici un tableau résumant les avantages et inconvénients des différents types de presses :

Type de presse Avantages Inconvénients Utilisation recommandée
Mono-station Simple, précise, économique Lente Débutants, petites séries
Tourelle Bon compromis vitesse/précision Plus complexe qu'une mono-station Séries moyennes
Progressive Très rapide Complexe, coûteuse Tireurs intensifs

Législation et Sécurité

La législation française autorise le rechargement dans un « cadre privé ». Cette notion englobe l’usage personnel et familial, excluant toute activité commerciale. Vérifiez que votre assurance couvre le rechargement. La plupart des contrats de responsabilité civile chasseur incluent cette activité.

Questions Fréquentes

  • Quel budget prévoir ? Comptez 350-500€ pour un équipement de base complet : presse monostation (160€), jeu d’outils (50€), balance (70€), accessoires divers (100€).
  • Tous les calibres sont-ils rechargeables ? Techniquement oui, économiquement non. Les petits calibres (.22LR) ne sont pas rechargeables. Les calibres militaires surplus (.7,62×39) sont rarement rentables.
  • Combien de fois peut-on recharger une douille ? Un étui de qualité en calibre pistolet standard supporte 10-20 rechargements. Pour les calibres puissants (Magnum), comptez 5-10 utilisations.
  • Quelle presse choisir pour débuter ? La Lee Challenger III offre le meilleur rapport qualité/prix pour débuter. Simple, robuste et précise, elle permet d’apprendre sereinement.
  • Comment garantir la précision du dosage de la poudre ? Utilisez systématiquement une balance électronique. Pour les charges faibles, pratiquez le double pesage.
  • Quels sont les conseils de sécurité à suivre ? Installez un bon éclairage et travaillez sans précipitation.
  • Faut-il trier les douilles ? Non pour les douilles d’usine, oui pour les douilles en vrac. Triez vos étuis par poids et marque. Utilisez des ogives match grade. Pesez chaque charge individuellement. Respectez une LHT constante.
  • Le rechargement use-t-il plus vite l’arme ? Au contraire ! Des munitions adaptées à votre arme, avec des pressions modérées, préservent la mécanique.
  • Peut-on adapter ses munitions au type de gibier chassé ? Absolument. Le rechargement permet de créer des munitions parfaitement adaptées au gibier visé.

Le rechargement de munitions représente bien plus qu’une simple économie financière. C’est une discipline technique enrichissante qui développe la rigueur, la précision et la compréhension balistique. Avec un investissement initial modeste et en respectant scrupuleusement les règles de sécurité, vous produirez rapidement des munitions égalant ou surpassant les meilleures productions commerciales. N’hésitez plus ! Équipez-vous sur lemontagnard-outdoor.fr, rejoignez la communauté des rechargeurs et découvrez pourquoi des milliers de tireurs ont fait de cette pratique une passion à part entière. Pour toute question complémentaire, l’équipe du Montagnard Outdoor reste à votre disposition.

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