Au XIXe siècle, l'armement connaissait une mondialisation et une révolution technique rapides.
Le Colt Navy 1851, que nous appelons désormais Colt Navy, est un parfait exemple de cette époque.
On ne compte plus les revolvers ainsi offerts en coffrets à de hauts membres des États-Majors et chefs d’État allant du Sultan de la Sublime Porte au Shogun du Japon !
Notre redoutable « colonel » Colt avait donc eu le nez fin en déposant ses brevets à Londres et à Paris, installant des points de vente dans toutes les grandes capitales d’Europe.
Il est d’ailleurs cocasse de penser que les deux navires mexicains, gravés sur les barillets des 1851 et vaincus par la marine texane dans une célèbre bataille navale où l’on avait joué officiellement du Colt, avaient été achetés … à l’Angleterre !
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Et comment reprocher cet engouement à cette clientèle militaire étrangère select qui en fit en plus un excellent usage au combat, offrant ainsi publicité gratuite et renommée internationale aux productions de Mr Colt ?
Ne perdant pas le Nord, Mr Colt avait en effet jugé profitable d’équiper autant officiers russes qu’anglais !
Après tout, lui, était ressortissant d’un pays neutre dans ce conflit ce qui l’autorisait juridiquement, à défaut de moralement, à vendre à tous les belligérants.
Transaction secrète évidemment.
Le passage par la mer ayant été jugé trop dangereux à cause du Blocus de la Baltique par la Marine Britannique, la cargaison fut envoyée par train via le continent.
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Les armes furent néanmoins découvertes cachées dans des balles de coton en gare de Aix-La-Chapelle et saisie par un Gouvernement allemand « neutre » mais ne voulant rien refuser aux britanniques.
1000 de ces armes confisquées furent attribués à la marine prussienne (marqués K.M) et constituent aujourd’hui de grandes raretés.
On ne sait ce qu’il advint des 2000 autres.
Pour l’anecdote, toute une cargaison de ces armes Colt « anglaises » (3000) fut interceptée par la Prusse pendant la guerre à destination de… Saint-Pétersbourg.
Pas Saint Petersbourg en Floride.
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Un colt avait donc la valeur d’environ 480 bières new-yorkaises en 1851.
Nous sommes étonnamment dans les tarifs d’un Python neuf … en finition premium.
Colt réutilisera pour ce faire une partie une partie des machines autrefois destinées à fabriquer ses 1873 SAA et qui avait repris du service à la fin de la seconde guerre mondiale.
Ils produiront en interne la crosse, la carcasse et toute la visserie.
16 000 seulement armes dont le notre seront produites sur cette série C, un peu spéciale.
Ce qui est peu par rapport aux quelques dizaines de milliers d’exemplaires des secondes et surtout troisièmes générations.
Ce très beau revolver vient dans un très sobre et élégant coffret de noyer.
Aucun choc ou enfoncement à signaler sur celui-ci.
Un petit coup de cire à bois lui ferait du bien et leu rendrait sa jeunesse.
Il est à noter que son aménagement est quelque peu différent des présentations italiennes habituelles car il reprend une configuration plus anglo-saxonne avec un emplacement pour une boîte de cartouche fidèlement reproduite.
Le moule qui est fourni est du type 1860, reconnaissable à ses branches courbes.
La poire à poudre que nous évoquions plus haut, fonctionne parfaitement et est décorée du célèbre trophée d’armes ainsi que du marquage « Colt’s Patent » contrairement beaucoup de reproductions du marché qui n’y ont pas droit.
En se fondant sur de la documentation d’époque, on constate que « l’effet grenade »soit disant redouté en cas de braise restée au fond de la chambre de l’arme était complètement écartée par le bec verseur de la poire à poudre qui est séparé du gros de son contenu par un petit robinet parfaitement étanche.
Ainsi, en plaçant le doigt à l’extrémité du bec verseur tout en actionnant le robinet de la poire dirigée vers le bas, nous obtenions une dose unique et régulière qu’il était ensuite possible de transvaser dans la chambre du barillet.
Ces poires à poudre en cuivre étaient donc réputées parfaitement sûres et étanches.
Elles étaient de purs produits de leur temps bénéficiant des procédés de fabrication en série et des techniques d’estampage et de soudure à l’étain perfectionnés depuis 1780 environ.
Il est à noter que certains irréductibles leur préféraient les antiques cornes à poudre, iconiques des trappeurs et autres coureurs des bois du Grand Nord, au prétexte de leur meilleure capacité à laisser sécher de la poudre exposée à l’humidité.
Ce qui était parfaitement fondé.
Si ce n’est pas la première fois qu’une réplique de seconde génération passe entre nos mains, votre serviteur ne peut s’empêcher d’être ému.
Le soin porté à la réalisation de cette arme, son état de conservation, l’absence de traces de manipulation en fait un très bel objet de collection.
La pureté et la beauté des lignes de ce Colt modèle 1851 rayonnent.
Sa crosse, joliment galbée est en très beau noyer verni.
Elle est encadrée d’une armature en acier, plaquée argent, et avec rebord de pontet droit comme les toutes premières fabrications.
L’ajustage est parfait.
Toutes ses vis sont parfaites, pas une trace de démontage.
Les 4 cliquetis caractéristiques de Colt sont bien là, moelleux, et c’est un plaisir à l’oreille.
Une musique.
Une telle souplesse et netteté dans le mécanisme apporte vraiment ses lettres de noblesses à l’arme.
Le jaspage à la boite de l’arme est magnifique avec des reflets penchant vers le bleu.
Son aspect est bien plus naturel et inscrit en profondeur que sur toutes les autres répliques que vous trouverez.
Le plus grand soin lui a été apporté, en plus à de splendides marquages « Colt’s patent » sur son flanc gauche.
Le barillet est recouvert de très belles gravures représentant la bataille navale de Campèche où quelques centaines de Colt Paterson étaient en réalité sagement restés dans les caisses des navires texans; Mais Colt avait tenu là son premier gros argument publicitaire d’une arme « victorieuse ».
La masse noire profonde ressort d’un superbe bronzage glacé, dit charcoal blue (Blue en anglais d’armurerie c’est pas « bleu » c’est « bronzage »).
Ce n’est pas un bronzage ordinaire.
La régularité du polissage pré-bronzage permet de renvoyer tout reflet sans la moindre déformation.
On peut le regarder sous tous les angles, c’est un véritable miroir noir.
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