En psychologie, les distorsions cognitives, ou biais cognitifs, sont des pensées qui affectent la façon dont nous nous percevons nous-mêmes, les autres et le monde en général. Lorsque nous parlons de biais cognitif en psychologie, nous faisons référence à un schéma de pensée exagéré qui n'est pas basé sur des faits concrets. Ainsi, ces pensées déformées finissent par faire voir les choses de manière plus négative qu'elles ne le sont réellement.
Les biais cognitifs, auxquelles nous adhérons parfois de manière dogmatique, peuvent produire des perturbations émotionnelles et affecter notre comportement. Parfois, la cause d'un problème psychologique réside dans la façon dont nous interprétons la réalité qui nous entoure et nous-même.
Une hypothèse, une croyance ou une habitude de pensée dysfonctionnelle, fausse ou automatique peut déformer notre façon de voir le monde. Les distorsions cognitives, ou croyances irrationnelles, sont définies comme dogmatiques, absolues, s'expriment en termes d'obligation, se présentent à nous de manière automatique et sont généralement suivies d'émotions négatives et génèrent des altérations du comportement (phobies, dépression, problèmes d'estime de soi, etc.).
Les personnes qui développent ces pensées déformées le font souvent pour faire face à des événements défavorables dans leur vie quotidienne. Selon diverses études, il est suggéré que les biais cognitifs pourraient avoir évolué comme une méthode évolutive de survie. En d'autres termes, en cas de stress (en raison d'un danger imminent théorique), les gens peuvent finir par adapter leur pensée pour assurer leur "survie".
Daniel Kahneman, un autre prix Nobel d’économie, reprend et approfondit l’un des aspects de l’économie comportementale survolé par Thaler, en s’attachant à détailler les éléments de biais du jugement évoqués dans Nudge à la lumière des deux systèmes de pensées identifiés chez l’être humain.
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Grossièrement résumé, ce livre traite des défauts de notre intuition dus aux raccourcis pris par notre pensée dans le système 1, la pensée rapide, et de leur poids sur le système 2, plus lent et rationnel mais non imperméable au préjugé et à l’erreur. Autrement dit, nous supposons certaines choses automatiquement sans y avoir soigneusement réfléchi, et ces hypothèses et suppositions, que Kahneman nomme heuristiques à la suite de Thaler, influencent chacune de nos décisions, des plus triviales aux plus cruciales. Comprendre leur fonctionnement est un premier pas nécessaire à la reprise du contrôle conscient de notre pensée et donc, de notre comportement.
Notre cerveau est composé de deux « personnages », l’un qui pense vite, le système 1, et l’autre qui pense lentement, le système 2. Le système 1 fonctionne automatiquement, intuitivement, involontairement et sans effort, comme lorsque nous conduisons, déchiffrons une expression faciale de colère ou nous souvenons notre âge. Le système 2 nécessite de ralentir, de délibérer, de résoudre des problèmes, de raisonner, de calculer, de se concentrer, de prendre en compte d’autres données et de ne pas tirer de conclusions rapides - comme lorsque nous résolvons un problème mathématique, choisissons où investir de l’argent ou remplissons un formulaire compliqué.
Ces deux systèmes sont souvent en conflit l’un avec l’autre. Le système 1 fonctionne sur des heuristiques qui peuvent s’avérer imprécises. La mobilisation du système 2 nécessite un effort pour évaluer ces heuristiques et est sujet à l’erreur.
D’un point de vue purement mécanique, penser lentement affecte notre corps (pupilles dilatées), notre attention (observation extérieure limitée) et notre énergie (ressources épuisées). Parce que penser lentement requiert un effort, nous sommes enclins à penser vite, à emprunter le chemin de la moindre résistance. La paresse est profondément ancrée dans notre nature. Nous pensons vite pour accomplir des tâches de routine et nous devons penser lentement pour gérer des tâches plus complexes.
Un exemple simple de la vie de tous les jours : la pensée rapide dit : « J’ai besoin de faire des courses », la pensée lente ajoute « Plutôt que d’essayer de me rappeler quoi acheter, je note une liste de courses. Le système 2 est donc un contrôleur, mais un contrôleur paresseux.
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Un promeneur s’arrêtera de marcher si on lui demande d’accomplir une tâche mentale difficile. Calculer en marchant est un drain d’énergie. C’est pourquoi être interrompu pendant la concentration est frustrant, pourquoi nous oublions de manger lorsque nous nous concentrons sur un projet intéressant, pourquoi le multitâche pendant la conduite est dangereux et pourquoi résister à la tentation est beaucoup plus difficile lorsque nous sommes stressés. La maîtrise de soi diminue lorsque nous sommes fatigués, affamés ou épuisés mentalement. En raison de cette réalité, nous sommes enclins à laisser le système 1 prendre le relais de manière intuitive et impulsive.
La plupart des gens ne prennent pas la peine de réfléchir réellement à leurs problèmes. L’intelligence n’est pourtant pas seulement la capacité de raisonner, c’est aussi la capacité de trouver des éléments pertinents dans la mémoire et de déployer l’attention si nécessaire pour les analyser.
Kahneman identifie plusieurs heuristiques qui peuvent conduire à des biais cognitifs :
Il existe plusieurs types de biais cognitifs que les humains peuvent utiliser pour faire face à certaines situations ou idées difficiles :
Voici quelques stratégies pour faire face aux biais cognitifs :
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La pensée opératoire est un concept qui semble jusqu’ici n’avoir pas retenu l’attention, et cela se conçoit puisque, en raison de ses modalités propres, elle n’a guère de quoi susciter l’intérêt des psychanalystes. Notons tout de suite deux caractéristiques essentielles : il s’agit là d’une pensée consciente qui :
Le sujet venu consulter souffre de symptômes somatiques quelconques. Il expose ses troubles comme autant de faits isolés, n’ayant apparemment aucune portée relationnelle. À en juger d’après son attitude, l’investigateur ne représente pour lui qu’une fonction, quelqu’un à qui il remet ses symptômes et dont il n’attend rien d’autre que la guérison, sans qu’il soit question d’un engagement affectif de part ou d’autre.
Bien que le malade réponde à ses questions, l’investigateur reste insatisfait, car ce contact n’en est pas un et il se sent là devant quelque chose que nous appellerions volontiers une « relation blanche ». Bien entendu cette « relation blanche » est celle dont le patient use constamment, pour ne pas dire exclusivement, tout au long de son existence.
Ce n’est pas que l’investigation soit tout à fait sans résultats, elle permet par exemple de rattacher l’apparition des symptômes à des circonstances anecdotiques précises, mais, en dépit des sollicitations du médecin, elle ne livre rien, aucune association qui ne soit liée à la matérialité la plus étroite des faits, comprise dans le champ temporel le plus limité.
L’atmosphère de la consultation donne à penser que le malade entretient avec l’investigateur la même sorte de rapports qu’avec le fait brut ou l’évènement, des rapports immédiats et comme privés aussi bien d’infrastructure que de superstructure.
Tel qu’il se déroule, le dialogue pourrait laisser supposer un mécanisme d’isolation, du type névrotique obsessionnel, mais ce n’est pas le cas, le malade ne prend pas à proprement parler de distance grâce à une manipulation mentale ou verbale du matériel, il est présent, mais vide, et il paraît difficile d’envisager un mécanisme obsessionnel.
On conçoit le désarroi de l’investigateur en face d’une carence aussi marquée du jeu identificatoire du patient. Le mieux nous paraît de donner d’abord un exemple clinique.
Il s’agit d’un homme de vingt-cinq ans, souffrant d’un syndrome complexe : céphalées, tremblements dans les membres, troubles de la mémoire, défaut de coordination des mouvements. Ces troubles étaient apparus six mois après une blessure superficielle du cuir chevelu, due à une décharge de chevrotines.
« Aux dernières vacances, j’ai mis un toit isolant à ma voiture. Pour mon père, ça va toujours, moi j’aime que ça joigne bien de toutes parts, alors que c’est peut-être un inconvénient, c’est peut-être moins isolé. D’ailleurs, le lendemain, on pouvait voir que les plaques isolantes chauffaient, mais avec le temps elles vont se former puisque le toit est bombé et prendre une place et se décoller de la tôle. Alors il faudra remonter les casiers qui se trouvaient à l’intérieur de la voiture. J’aurais voulu les amarrer de façon à ne plus avoir à y toucher, qu’ils soient solides et démontables.
-Pas obligatoirement. J’ai compté qu’avec le temps et les trépidations de la voiture, les plaques allaient s’incurver.
-Je ne peux pas en juger pour l’instant, ce n’est pas fini, et je vous dis, je ne sais pas ce que ça donnera, c’est un essai. Précédemment, il y avait des cartons qui isolaient et la chaleur ne se faisait pas sentir.
-Je ne verrai qu’avec le temps.
La parole du sujet ne fait qu’illustrer au plus près son action, elle n’implique aucune élaboration et alors qu’elle est une allusion à une situation de compétition avec le père, elle est aussi sans lien avec une activité phantasmatique située à un niveau appréciable. Le sujet reste constamment au ras de ses gestes, son mode de pensée colle étroitement à la matérialité des faits et à l’ustensibilité des objets, il est enlisé dans l’actualité, et s’il lui arrive de se projeter dans l’avenir ou de revenir sur le passé, c’est en les transformant en des morceaux de présent, où tout est donné exclusivement par la succession des faits.
Le malade n’a strictement rien d’autre en vue que le conjointement des plaques d’isorel et leur distance au toit de la voiture. Sans doute la pensée est adaptée à sa tâche, efficace même pratiquement, mais son adaptation représente la limite étroite de ses possibilités d’expansion et de communication ; linéaire et bornée, elle suit son chemin sans s’ouvrir à des réalités d’un autre ordre, affectif, ou phantasmatique, propres à enrichir et à élargir ses opérations. Elle reste sans associations.
Rien d’étonnant dès lors si nous la voyons dans une relation immédiate avec la sensirio-motricité, et si son absence de recul par rapport aux choses est en réalité un manque de liberté. Tout ce passe comme si elle était imposée au sujet.
Ce n’est pas à dire que la pensée opératoire soit toujours forcément rudimentaire, ou de mauvaise qualité. Mais même quand elle est complexe et techniquement féconde, dans le domaine de l’abstraction pure par exemple, il lui manque toujours la référence à un objet intérieur réellement vivant.
Ainsi, pour elle, la notion de jugement, telle qu’on la conçoit habituellement avec la complexité de ses facteurs de base, est remplacée par celle d’évaluation, oligo-dimensionnelle, ou mieux encore de barème, d’où sa sécheresse et, malgré tout, sa pauvreté.
Le caractère surmoïque de la pensée opératoire paraît évident. Mais à la réflexion, on constate qu’elle ne dépasse pas cependant le niveau du conformisme.
Autrement dit, le sujet n’est guère capable que d’identifications superficielles, avec des règles entr’aperçues au travers de quelques personnages. Il s’agit là d’un surmoi schématique, apparemment non intégré.
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