Envie de participer ?
Bandeau

Le 15 juin 1944, cinq résistants ont été fusillés dans le bois de Larnot à Idron. Parmi eux figuraient Michel Loustau, Louis Mourlhon et Pierre Cotonat, tous trois policiers de la 17ème brigade de la police judiciaire de Pau, ainsi que René Arriel, résistant au sein du Corps franc Pommiès. Le cinquième homme était un inconnu.

L'Enquête d'Éric Amouraben

C’était sans compter sur l’enquête menée par Eric Amouraben, petit-fils de Pierre Cotonat, l'un des cinq fusillés d'Idron. C’est en s’intéressant en premier lieu à l’histoire de son grand-père qu’il va se pencher sur le sort du « fusillé inconnu ».

Après 10 ans de recherche, Eric Amouraben parvient à redonner un nom à cet inconnu : Georges Coran. Ouvrier agricole landais, il avait été arrêté le 14 juin à Aire-sur l'Adour dans les Landes, la veille de sa mort. Dix ans d'enquête et d'épluchage des archives de l'époque auront été nécessaires pour permettre à l'enquêteur d'identifier le cinquième fusillé.

En 2009, il déniche aux Archives départementales un courrier d’Adèle Labeyrie, adressé à la préfecture de Pau, où elle demande des nouvelles d’un proche, disparu après avoir été interrogé à Pau le 14 juin 1944. Il n’y a pas de nom dans ce courrier, mais la description du disparu colle avec les éléments qu’Éric Amouraben a déjà pu découvrir : une description physique, une alliance et les vêtements que l’homme portait lors de son arrestation. Adèle Pabon-Labeyrie est une ganadera célèbre dans les Landes et patronne de l’entreprise familiale de textile d’où venait le veston du disparu.

En 2012, la lecture d’un livre sur la Résistance dans les Landes fait enfin émerger un nom. Georges Coran. Le limier palois fait rapidement le rapprochement avec Joseph Coran, grand écarteur des courses landaises et cousin d’Adèle Labeyrie. « Je tenais le nom du disparu, j’en avais la conviction », raconte Éric Amouraben. Il va recueillir les témoignages de membres de la famille de Georges Coran. Le portrait du jeune maquisard se précise.

Lire aussi: Aix-les-Bains : Sur les traces du Chemin du Tir au Pigeon

Ouvrier agricole, Georges Coran est également tireur de corde aux courses landaises. Le cordier. Un rôle indispensable aux courses, pour que l’écarteur puisse briller en toute sécurité. La tâche du teneur de corde est délicate et très spécialisée. Elle requiert un coup d’œil, une réactivité et un calme que le résistant Georges Coran a su mettre à contribution, jusqu’à ce qu’un milicien l’interpelle en possession d’une arme dans un champ.

Le Contexte de l'Arrestation et de l'Exécution

Le 12 juin 1944 à l’entrée d’Aire-sur-l’Adour, un camion de la Wehrmacht se heurte à deux résistants armés. Il y a plusieurs victimes parmi les militaires allemands. Un commando du Sipo-SD (police de sureté allemande) de Pau s’installe le lendemain à l’hôtel Terminus, épaulé par un détachement de troupes de montagne qui multiplient les exactions en représailles.

Le 14 juin, Georges Coran travaille dans un pré avec un collègue, Gaston Mouchez (celui-ci sera relâché quelques temps plus tard). Une patrouille les arrête et les conduit à la Kommandatur provisoire. Après avoir été torturé, Coran est amené le jour même au siège de la police allemande à Pau. Interrogé à Pau le 14 juin 1944, le Landais est fusillé le lendemain dans le bois du Lannot.

La Recherche de la Tombe et l'Identification ADN

L’identité étant retrouvée, Eric Amouraben part à la recherche de la tombe. Inhumé dans un premier temps à Pau, le corps de l’inconnu a été transféré par les services du Ministère des Anciens Combattants à la nécropole de la Doua à Villeurbanne.

28 avril 2015. Fait rarissime. Les restes du fusillé d’Idron sont exhumés de la nécropole de Doua, à Villeurbanne, près de Lyon , lieu d’inhumation retrouvé par Éric Amouraben. Le policier a obtenu du parquet de Lyon qu’un prélèvement ADN soit effectué par le laboratoire de police scientifique de Marseille (qui dépend de l’Institut national de police scientifique d’Ecully).

Lire aussi: Définition et explications du Tir Chemin Bas

Afin de valider sa recherche, Eric Amouraben se lance dans une recherche ADN. Grâce au soutien financier du Souvenir Français, il fait exhumer le corps de l’inconnu en 2015 et fait comparer son ADN avec celui d’un de ses descendants masculins de Georges Coran.

Mais c’est la douche froide en 2016. L’analyse ADN ne colle pas avec celui d’un petit-neveu. « Là, j’ai pensé abandonner, mais j’ai repris mon enquête à zéro et tenté d’identifier des membres de la famille qui auraient pu fournir un ADN mitochondrial, féminin, donc plus fiable », relate Éric Amouraben.

Avec l’aide du cabinet de généalogie Andriveau de Pau, « Pascal Romatet, un généalogiste philanthrope », l’enquêteur identifie la sépulture de Pascaline Labeyrie, mère de Georges , garde-barrière pour la Compagnie des chemins de fer du Midi, décédée en 1957 et enterrée à Mont-de-Marsan. Éric Amouraben manque d’abandonner une seconde fois devant la nécessité de casser la dalle de la sépulture. Le soutien du Souvenir français (dont il est directeur départemental adjoint) et la générosité d’un entrepreneur en pompes funèbres vont permettre d’aller au bout.

Une nouvelle fois avec l’aide du Souvenir Français, il procède à l’exhumation du corps de celle-ci en 2018. Et de comparer l’ADN du fusillé avec celui de sa mère présumée. Cette fois, « ça matche », comme disent les policiers. À 99,99 %. Georges Coran est officiellement identifié comme le 5e fusillé d’Idron.

La Reconnaissance Posthume

Soixante-quinze ans après son exécution, le nom de Georges Coran apparaît désormais aux côtés de ceux des quatre autres fusillés du 15 juin 1944 à Idron. Le nom de Georges Coran figure désormais sur la stèle rendant hommage aux cinq fusillés d'Idron en Béarn. Son nom ne sera plus inconnu des promeneurs.

Lire aussi: L'origine et la signification du Chemin du Champ de Tir

Un astérisque au-dessus du « martyr inconnu » renvoie désormais au nom de Georges Coran gravé sur une petite plaque au bas du monument. L’ajout a été inauguré en 2019 en présence des cinq familles de fusillés.

La stèle des fusillés à Idron est un lieu de mémoire important. Une première stèle avait été posée dans le bois en 1945, c’était une grande plaque de marbre, un peu comme une pierre tombale. La stèle actuelle a été inaugurée en octobre 1977 par le préfet Monfraix, à l’endroit où ont été découverts les corps. C’est la commune d’Idron qui a fait construire cette stèle. Elle est composée d’une colonne en pierre coupée au sommet, posée sur un double socle de ciment. La colonne brisée symbolise un élan brutalement interrompu, les vies brisées… Le double socle de ciment symbolise la solidité des existences et des engagements. Les résistants étaient également des pères de famille. Le motif végétal sculpté est composé de feuilles de lauriers et de boutons de rose : le laurier pour célébrer le courage et les boutons de rose pour symboliser la jeunesse des héros morts dans ce bois.

Tous les ans, à la date anniversaire, le 15 juin, il y a une cérémonie de commémoration. Il y en a aussi parfois fin août, lors des commémorations de la libération de Pau.

Les Hommes d'Idron

Nom Information
Michel Loustau 46 ans, policier, un fils (Jean-Claude Loustau)
Louis Mourlhon 32 ans, policier, un fils (Jean-Louis Mourlhon)
Pierre Cotonat 39 ans, policier, deux enfants (René et Christiane Cotonat), grand-père d'Éric Amouraben
René Amiel 28 ans, Corps Franc Pommiès
Georges Coran 45 ans, ouvrier agricole, identifié par Éric Amouraben

tags: #chemin #des #fusillés #idron #histoire

Post popolari: