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Le 12 octobre, alors que le corps sans vie de Le Balp subit un supplice en Cornouaille, le duc de Chaulnes entre à Rennes, marquant la dernière étape de son Tro Breizh punitif.

La Répression à Rennes : Un Tableau Sombre

La répression menée à Rennes, mieux documentée que celle en Basse-Bretagne, a profondément marqué les contemporains et les historiens. Plus que les exécutions, ce sont les atrocités comme les enfants mis à la broche et la destruction d'un faubourg qui ont contribué à l'image sombre du règne de Louis XIV dans l'imaginaire régional et national.

Il est cependant essentiel de nuancer ces images, en tenant compte des perspectives du pouvoir et des critiques qui ont émergé au fil du temps. Plusieurs questions se posent quant à la nature de cette répression et aux outils punitifs utilisés par Chaulnes.

Nature de la Répression et Outils Punitifs

Il importe d'analyser cette répression en la comparant à d'autres épisodes similaires survenus dans des villes punies au cours du siècle, afin de déterminer si Rennes a subi un traitement spécifique. Le départ du parlement et la destruction de la rue Haute doivent être considérés dans le contexte de l'ensemble des mesures prises par Chaulnes.

Une attention particulière doit être accordée à la réception de l'événement, grâce aux témoignages de chroniqueurs locaux, de Marie de Sévigné et à une toile de Jean-Bernard Chalette. Malgré cette richesse documentaire, des sources telles que les archives de la répression et une correspondance administrative plus détaillée font défaut.

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Le Contexte de la Répression

Ce n'est qu'à la fin du mois de septembre que le contexte de rébellion refait surface dans les sources rennaises. Le 23 septembre, le procureur général annonce que des insurgés bas-bretons, pourchassés par Chaulnes, ont trouvé refuge à Rennes, ce qui pourrait réveiller les ardeurs rebelles des habitants des faubourgs.

Trois jours plus tard, le parlement reçoit une lettre du duc de Chaulnes, écrite à Morlaix le 24. C'est la première réaction officielle du gouverneur aux événements du 17 juillet. Son silence de deux mois témoigne de son embarras. Il a attendu d'avoir réglé la situation en Basse-Bretagne, suivant les conseils de ceux qui préconisaient de ne rien faire par crainte du pire.

La lettre contient un motif de satisfaction pour les Rennais : le duc impute l'attaque estivale du parlement aux seuls « vagabonds ». Cependant, il enjoint aux magistrats de redoubler d'efforts dans la poursuite des coupables, ce qui suggère que les résultats sont jugés insatisfaisants. Fort de ses succès en Basse-Bretagne, le duc demande également le rétablissement du bureau du papier timbré.

Conformément aux ordres du gouverneur, des instructions orales sont communiquées par Coëtlogon-père, précisant que si les Rennais rétablissent les bureaux et punissent les coupables, ils pourront contribuer à « l'esloignement des troupes ». Le zèle apparent des autorités s'explique par la présence des troupes, qui crée une certaine assurance, et par la nécessité d'éviter d'avoir à loger ces indésirables agents du bon ordre monarchique.

L'Arrivée des Troupes et la Réaction des Rennais

Le 30 septembre, la communauté de ville prend connaissance d'un courrier de Chaulnes annonçant que Rennes connaîtra la soldatesque. Dans les jours qui suivent, la municipalité se prépare et achète des rations pour nourrir les hommes et les bêtes. Le 8 octobre, le parlement s'en prend aux riches particuliers qui dégarnissent leurs demeures pour éviter d'accueillir des soldats.

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Le 4 octobre, le bureau du papier timbré est rouvert, ce qui tend à confirmer que certains soutiennent la politique du duc de Chaulnes. Le climat qui règne à Rennes est révélé par une affaire qui éclate le 9 octobre, où un homme est arrêté pour avoir voulu désarmer un paysan. Cet incident témoigne de la nervosité des autorités locales, tiraillées entre le désir d'éviter un dérapage et celui de présenter des prisonniers à Chaulnes.

Selon Cormier, Chaulnes craint que la venue de ses troupes ne provoque des réactions hostiles. Pour impressionner au maximum, il décide de disposer ses hommes en ordre de bataille et de les faire marcher vers Rennes avec une démonstration de force. Morel assure que les troupes sont entrées par « toutes les portes » et disposées aux endroits stratégiques.

Les Rennais, peu habitués à voir des soldats dans leur ville, étaient peut-être fascinés par ce spectacle dramatique. Malgré la consternation, il n'y a aucun incident, ce qui peut s'expliquer par les lois de la guerre qui veulent que la ville assiégée qui laisse entrer l'ennemi s'épargne le pillage.

Les Charges Militaires et la Fiscalité en Bretagne

Les charges militaires ne se limitaient pas aux fournitures matérielles. Le développement de la fiscalité royale allait de pair avec la croissance de l'appareil militaire. Les révoltes antifiscales du xviie siècle, comme celle de 1675 en Bretagne, furent matées par l'armée, facilitant ainsi la perception de l'impôt.

En matière de fiscalité, la Bretagne paraissait plus privilégiée que les autres pays d'États. Il est essentiel de préciser les impôts destinés à la chose militaire et d'évaluer leur importance par rapport au total des impositions.

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Fiscalité du Roi et des États

Comme les autres pays d'États, la Bretagne subissait la fiscalité de l'État mais disposait aussi de la sienne propre. La fiscalité des États l'emportait sur celle du roi en variété et surtout en valeur.

Trois impôts à caractère militaire émergent de ce panorama fiscal : le casernement, l'impôt de la milice et celui de la milice garde-côtes. Contrairement aux impôts généralistes, leur destination était clairement identifiée.

Croissance des Impôts Militaires

La fiscalité à finalité militaire se rationalisa progressivement au cours du xviiie siècle. La Bretagne participait à des impositions ponctuelles destinées à soutenir l'effort de guerre. Ainsi, les régiments levés en Bretagne en 1689 et 1702 furent largement à la charge des États.

Toutefois, des frais annexes et supplémentaires donnèrent naissance à des ponctions fiscales ponctuelles, parfois localisées. Le recouvrement de ces nombreuses impositions portant souvent sur de petites sommes coûtait cependant presque aussi cher que la taxe elle-même.

En 1751 et 1752, les dépenses militaires assumées par la province se montèrent à environ 610 000 livres annuelles. C'est surtout à partir de l'établissement de la taxe de la milice que l'on peut déterminer une évolution.

Jusqu'en 1717, l'impôt du casernement ne dépassa jamais 112 000 livres par an, alors qu'ensuite il s'éleva couramment à plus de 300 000 livres. Dans la seconde moitié du xviiie siècle, l'imposition du casernement servait à régler la dépense des fourrages consommés par les chevaux des différentes troupes, en sus de cinq sols par ration payés par le roi, le logement en argent attribué aux officiers généraux et à ceux des corps en quartiers, le loyer des casernes, des lits et des écuries, l'ustensile et enfin la fourniture du bois et de la lumière aux corps de garde.

L'année 1746 constitua une rupture, les dépenses augmentant dès lors massivement. Les conflits suivants et les camps temporaires établis dans la province accrurent considérablement le déficit qui dépassa le million de livres pendant la guerre de Sept Ans.

Un élémentaire bon sens eût voulu que les États se portassent à augmenter l'imposition du casernement en fonctions des dépenses. Or, ils s'y refusèrent obstinément.

L'impôt de la milice connut une évolution assez similaire à celle du casernement. En temps de guerre, la dépense augmentait parallèlement à la solde des miliciens. La guerre de Sept Ans provoqua une hausse plus brutale : l'impôt atteignit 416 006 livres en 1757, comme de 1779 à 1783.

Les États trouvèrent dans cette pratique matière à contestation. Ils exprimèrent ouvertement leurs doutes quant aux destinations finales de l'impôt et à sa quotité.

Évolution des dépenses militaires en Bretagne au XVIIIe siècle
Type de dépense Période Montant annuel moyen (livres)
Subsistance du régiment de Cambout 1689-1715 66 700
Dépenses totales (régiments, étapes, fortifications, chemins) 1689-1715 553 000 (environ)
Dépenses militaires assumées par la province 1751-1752 610 000 (environ)

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