Envie de participer ?
Bandeau

La faune sauvage est une grande source d’apport en protéines pour les pays africains. Parvenir à la gérer de manière durable revient à relever un bon nombre de défis tant sur le plan social que réglementaire. Depuis quelques décennies, la question de la sécurité alimentaire est de plus en plus un sujet d'intérêt mondial. Ainsi, la chasse est l'un des principaux facteurs de perte de la biodiversité. Parler d’une gestion durable de la faune sauvage, c’est considérer les éléments mettant en péril sa survie, tel que le braconnage qui continue de croître.

Au Gabon, la viande de brousse est prisée pour des raisons telles que le goût, les habitudes alimentaires et l’attachement culturel. Elle est consommée lors des cérémonies de fête, pour des envies personnelles et ses dérivés sont utilisés comme des remèdes traditionnels. Mais certaines viandes de brousse sont interdites à la consommation du fait que ce sont des espèces intégralement protégées ou des totems. Cependant, bien qu’elle soit prisée par beaucoup de citadins, la viande de brousse est davantage consommée dans les zones rurales qu’en zones urbaines. En effet, pour des raisons sanitaires, les jeunes citadins rejettent la viande de brousse tandis que les personnes plus âgées la préfèrent aux viandes domestiques car elle est vitaminée et elles se méfient des viandes industrielles. Ainsi, à Libreville, 64% de la population apprécient la viande de brousse. La viande de brousse, du fait des échanges commerciaux, est plus onéreuse en ville que dans les villages mais concurrence les prix du poisson et des autres viandes telles que le bœuf qui restent plus accessibles.

Diverses études témoignent de l’intensité de l’activité de chasse sur la faune sauvage au Gabon. Une population urbaine en croissance, créant ainsi une forte demande en consommation de la viande de brousse, la pauvreté des populations locales et la recherche des trophées, sont des facteurs de pression sur la faune sauvage. Cette pression sur les animaux constitue un énorme risque écologique. La mauvaise gouvernance et le non-respect des droits publics sont des facteurs déterminants par rapport à l’enjeu de pérennisation de ces activités. Les chasseurs braconnent pour subvenir à leurs besoins et il est nécessaire d’établir des lois efficientes prenant en compte les raisons du braconnage. Nous mobiliserons ici l’approche socio-écologique. Cette dernière met en interaction la gouvernance, donc la législation en vigueur, et les acteurs afin de parvenir à une meilleure gestion de la faune sauvage prélevée. En effet, selon ces auteurs, un bien commun se doit d’être bien géré de façon à éviter une surexploitation par un individu, empêchant ainsi les autres d’en user. Ainsi, l’approche socio-écologique met en relation le système social, représenté par le système de gouvernance et les acteurs, ainsi que le système écologique, donc le système de ressources et ses unités.

Notre étude a pour objectifs de connaitre les interactions entre les différents acteurs de la filière de commercialisation de la viande de brousse et d’analyser l’impact des règles de gestion existantes sur l’activité menée par chacun de ses acteurs dans ce domaine. Pour cela, nous nous sommes intéressés aux gestionnaires de la faune au sein du ministère des Eaux, des Forêts, de la Mer, de l’Environnement, chargé du Plan Climat et du Plan d’Affectation des Terres (MEFMEPCPAT) au Gabon, ainsi que dans les services provinciaux de ce même ministère. Nous avons également travaillé avec les acteurs de la filière de commercialisation de la viande de brousse dans trois marchés de Libreville et à l’intérieur du pays dont le marché de la ville d’Oyem et le marché de Port-Gentil. L’étude des interactions ici revient à mettre en relation les acteurs et la gouvernance à travers la règlementation en vigueur tout en exploitant les données recueillies lors de notre enquête qualitative.

Le Gabon et la République Démocratique du Congo font partie des pays de l’Afrique subsaharienne les plus riches en biodiversité. D’un côté, les acteurs tels que les chasseurs, les femmes commerçantes, les restaurateurs et les consommateurs exploitent la faune sauvage. D’un autre côté, le MEFMEPCPAT focalise ses actions sur la conservation de la biodiversité et la gestion durable de l’environnement. Ainsi donc, les chasseurs, les femmes commerçantes, les restaurateurs et les consommateurs utilisent la viande de brousse, formant ainsi les acteurs de cette filière.

Lire aussi: Recommandations concernant les fusils turcs

L’étude des interactions entre les différents acteurs intervenant sur la faune sauvage permet de connaître les impacts des règles de gestion établies sur cette faune et sur ces acteurs. Pour mettre en exergue cette analyse systémique des interactions, nous nous appuyons sur l’approche socio-écologique. Elle se compose de deux systèmes : le système social et le système écologique. La forêt constituant la ressource du système écologique, la faune sauvage en est une unité de ressources. Concernant le système social, les variables sont les acteurs concernés ainsi que leurs expériences passées, la gouvernance qui comprend les organisations gouvernementales (en l’occurrence le MEFMEPCPAT) et les règles de contrôle et de sanctions qui représentent la règlementation en vigueur en matière de gestion durable de la faune sauvage. Pour la gestion de la faune, le MEFMEPCPAT est représenté par la direction générale de la faune et des aires protégées. Celle-ci se compose de plusieurs organes : la direction de la gestion de la faune et de la chasse, la direction de l’aménagement et des aires protégées, la direction de la lutte contre le braconnage et de la direction du commerce des produits cynégétiques qui est divisée en trois services. Les trois premières directions possèdent leurs propres textes d’application afin d’exercer tandis que la dernière n’a que le texte sur l’agrément commercial, le décret n°677/PR/MEFE du 28 juillet 1994 relatif à l’agrément spécial de commerce des produits de la chasse, qui n’est pas appliqué.

Hormis le décret sur les périodes de chasse qui s’appuie sur la loi forestière de 1982, les autres textes ont pour base la loi 16/01 du 31 décembre 2001 portant sur le code forestier en République gabonaise. Nous présentons les chefs-lieux des provinces dans lesquels nous avons interviewé nos différents acteurs sachant qu’en vert, ce sont les provinces visitées tandis qu’en blanc, ce sont le reste des provinces du Gabon.

Géographiquement, le Gabon est un pays proche de l'Équateur avec un climat chaud et humide.

En considérant l’échantillonnage non probabiliste intentionnel, nous avons travaillé dans cinq provinces parmi les neuf que compte le Gabon. Ce choix tient compte de la moyenne du nombre de provinces et du fait que ce sont des régions où la question de la viande de brousse est récurrente.

À Libreville, capitale de la province de l’Estuaire située au nord-est du pays, nous avons eu comme répondants, des agents travaillant à la direction générale de la faune et des aires protégées au sein du MEFMEPCPAT ; des consommateurs tout-venant ainsi que des femmes commerçantes dans trois des cinq marchés de la ville, que sont Montbouet, Nzeng-Ayong et Oloumi. Pour les deux autres points de marché, Awoungou et Akébé, les femmes commerçantes n’ont pas souhaité participer à l’étude. Dans cette même province, nous avons aussi interviewé quelques chasseurs dans la zone de la Remboué. La province de l’Estuaire est dotée des parcs nationaux d’Akanda, de Pongara et des Monts de Cristal. Ce dernier se trouve à cheval entre la province de l’estuaire et celle du Woleu-Ntem.

Lire aussi: Carabine à Plomb et Rats : Tout Savoir

Au nord du pays se trouve la province du Woleu-Ntem qui non seulement partage le parc national des Monts de Cristal avec la province de l’Estuaire, mais possède également le parc national de Minkébé. Dans cette province qui abrite la ville d’Oyem comme chef-lieu, le projet a bénéficié de la participation des agents de la direction provinciale du MEFMEPCPAT, de commerçants de viande de brousse et de restauratrices dans le marché de Ngouéma.

Dans l’Ogooué-Ivindo, au nord-est du pays, où se trouvent les parcs nationaux de la Lopé et de Mwagna nous avons travaillé avec la direction provinciale du MEFMEPCPAT dans la ville de Makokou. Mais la majorité des participants étaient de la ville d’Ovan et du regroupement de villages Ebyeng-Edzuameniène avec les agents du MEFMEPCPAT, quelques chasseurs et une restauratrice. Ces agents du ministère, comme les autres agents d’autres sites, nous ont apporté des réponses quant à l’application de la règlementation sur le terrain et au type de viande de brousse identifié lors de leurs missions de contrôle.

Les participants de la province de l’Ogooué-Maritime, située à l’ouest du pays, avec son chef-lieu Port-Gentil, étaient des agents rencontrés à la direction provinciale du MEFMEPCPAT ainsi que les femmes commerçantes du marché de Bornave. Dans cette partie du territoire, se situe le parc national de Loango.

Enfin au sud-est du pays, dans la province du Haut-Ogooué, le village Ondili ainsi que le chef-lieu Okondja ont été nos terrains d’enquête du fait que dans les villages, la faune y est fortement chassée et dans la ville, nous avons pu discuter avec les agents du MEFMEPCPAT sur place et quelques restauratrices.

Le questionnaire, l’analyse documentaire et l’observation sont les stratégies de recherche qualitative qui nous ont guidées au cours de cette recherche. L’analyse documentaire nous a servi à cerner la problématique de notre étude, chercher l’écologie de certaines espèces animales et cela tout au long de cette étude. Le questionnaire permet de recueillir des informations pour expliquer un phénomène. Notre questionnaire a été conçu pour collecter les données relatives à l’application des textes juridiques sur le terrain, aux périodes et aux conditions de vente ainsi qu’aux relations entretenues entre les acteurs à savoir, connaître le type d’agents qui les contrôlait, les conséquences encourues en cas de possession d’espèces intégralement protégées et de dépassement de quotas des autres espèces, les espèces usuelles. Ce questionnaire avait pour objectif de décrire les relations entre les acteurs et la faune sauvage ou viande de brousse à travers l’application de la règlementation en vigueur. Afin de respecter les questions d’éthique, nous avons gardé l’anonymat de nos répondants.

Lire aussi: Prestige des fusils de chasse anglais

Nous avons obtenu la majorité de nos participants sur la base de leur disponibilité et de manière volontaire. Nous avons mené les entretiens individuels en langue locale pour certains et en français pour d’autres. Nous étions munis d’un questionnaire semi-directif et d’un enregistreur vocal. Nous avons débuté la conception de notre questionnaire en été 2020 et son administration s’est faite de septembre 2020 à janvier 2021. De ce fait, nous avons obtenu un total de 73 personnes interrogées, soit 58,9% d’exploitants de la faune sauvage dont 15,07% de chasseurs, 36,98% de femmes commerçantes et 6,85% de restaurateurs ; 28,77% de gestionnaires de la faune sauvage ainsi que 12,33% de consommateurs. Pour les gestionnaires de la faune, nous leur avons laissé des questionnaires à remplir eux-mêmes du fait de leur indisponibilité. Pour le recrutement des consommateurs, nous avons appliqué la méthode boule de neige qui consiste à cibler un nombre de répondants de départ qui génèrent d’autres répondants. Pour ces derniers, nous avons utilisé le logiciel LimeSurvey Professional et envoyé le questionnaire uniquement sous la forme électronique. Pour les répondants de départ, nous avons contacté 10 consommateurs que nous ont indiqués les femmes commerçantes. Nous nous sommes assurés d’obtenir leurs consentements et qu’ils disposaient d’un accès à internet pour recevoir le questionnaire. Ces répondants nous ont mis en contact avec d’autres répondants auxquels nous avons d’abord demandé le consentement avant d’envoyer le lien du questionnaire. Malheureusement, neuf consommateurs nous ont retourné les leurs en février 2021, ce qui explique le petit échantillon de consommateurs dont nous avons pu obtenir des données. Concernant le contenu des questionnaires, nous nous sommes intéressés aux gestionnaires de la faune pour leurs connaissances en rapport avec la règlementation sur la faune sauvage. Quant aux chasseurs, aux femmes commerçantes et aux restaurateurs, l’intérêt a porté sur le type d’espèces, la quantité de viande de brousse chassée ou vendue, les périodes de vente, les conditions de travail ainsi que des relations entretenues entre les femmes commerçantes et le reste des acteurs. Les répondants devaient énumérer les espèces les plus récurrentes sur le marché...

tags: #chasse #petit #gibier #Gambie #espèces #autorisées

Post popolari: