La cartouche de mitrailleuse, bien plus qu'un simple composant d'arme à feu, est devenue un symbole puissant dans l'histoire militaire. Cet article se penche sur sa signification et son évolution, en explorant divers aspects de son utilisation et de son impact.
Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, les soldats de l'U.S Army utilisent principalement le fusil semi-automatique Garand M1, chambré en calibre .30-06 Springfield et pesant environ 4Kg. Le M1 Garand est favorablement accueilli au sein des troupes grâce à sa précision optimale entre 100 et 300m et sa facilité de démontage et d'entretien.
Bien qu'il soit considéré comme l'un des fusils les plus avancés des années 1930-1940, le Garand M1 n'en demeure pas moins sans défauts. L'une des contraintes majeure de cette arme est son système de rechargement par clip. 8 cartouches de calibre .30-06 Springfield (ou de .308 Winchester pour les versions qui arriveront par la suite) sont enclavées dans un "clip" métallique. Le clip s'éjecte automatiquement lorsque la dernière cartouche est tirée.
Seulement si l'utilisateur était dans une situation nécessitant de recharger un clip plein avant d'avoir vider intégralement celui présent dans l'arme, il fallait presser un bouton particulier, ce qui pouvait causer une perte de temps pour le tireur. Progressivement, le Garand M1 va connaître des améliorations pour finalement arriver, en 1957, au modèle M14.
Le fusil d'assaut M14 délaisse le système de rechargement par clip au profit d'un chargeur amovible. La munition d'origine du Garand M1, la .30-06 Springfield, étant assez lourde et devenue obsolète pour un usage militaire dû fait d'un contrôle impossible de l'arme lors de tirs en rafale, le M14 lui préféra la dernière munition développée par Winchester : le 7,62x51 OTAN, connu chez les civils sous le nom de .308 Winchester. Le M14 connaîtra ses heures de gloire pendant les premières années de la guerre du Vietnam.
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Eugene Morrison Stoner est né le 22 novembre 1922 à Gosport, dans l'état de L'Indiana. Sa famille déménage en Californie au milieu des années 1930 et c'est au Long Beach Polytechnical High School qu'il obtiendra son diplôme de fin d'étude secondaire. N'ayant pas la possibilité d'aller à l'université pour des raisons financières, il entre chez Vega Aircraft Company comme machiniste.
C'est durant la Seconde Guerre Mondiale et son service dans l'aviation dans le corps de l'U.S Army, que Stoner va faire ses premières expériences avec les armes automatique de gros calibre. A la fin de la guerre, Stoner entre chez Whittaker, une société d'équipement aéronautique, au sein de l'atelier d'usinage. Après quelques années, il devient ingénieur concepteur. En 1954, Stoner intègre Armalite comme ingénieur en chef. C'est durant ses premières années chez Armalite qu'il va développer et concevoir une série de prototypes d'armes légères (AR-3, AR-9, AR-11...) qui ne connaîtront aucune production significative.
Lors de ses années de travail sur les différents prototypes d'armes qu'il va concevoir, Stoner va mettre au point un système par emprunt de gaz révolutionnaire. Lors de la combustion de la poudre, les gaz vont suivre la balle dans le canon. Un évent situé à l'intérieur de celui-ci va rediriger les gaz vers un conduit (le gas tube). A travers le conduit, les gaz vont remonter jusqu'à l'arrière de la chambre afin de pénétrer dans le porte-culasse. Le porte-culasse et la culasse agissent alors comme les deux parties d'un piston étanche, et lorsque le porte-culasse se déplace vers l'arrière, l'axe de came force la tête de culasse à tourner et à se déverrouiller. Le gaz en expansion est alors évacué par des trous situés sur le côté du porte-culasse.
Grâce à cette conception, l'arme peut s'avérer plus légère utilisant les éléments du piston à gaz comme masse dans l'assemblage du porte-culasse. La conception du recul en ligne droite, où le ressort de recul est situé dans la crosse directement derrière l'action, remplit la double fonction de ressort de fonctionnement et d'amortisseur de recul.
En 1955, Stoner a achevé la conception initiale du révolutionnaire ArmaLite AR-10, un fusil d'infanterie léger (7,25 livres) à tir sélectif en calibre 7,62×51 mm OTAN. Outre le système de culasse et de piston Stoner, la crosse de l'AR-10 est alignée avec l'âme de l'arme afin de réduire l'élévation de la bouche du canon, en particulier lors du tir automatique. Comme le recul ne modifie pas sensiblement le point de visée, il est possible d'effectuer des tirs de suivi plus rapides et de réduire la fatigue de l'utilisateur.
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L'AR-10 a été soumis à des essais d'évaluation de fusils à l'Aberdeen Proving Ground de l'armée américaine à la fin de l'année 1956. Par rapport aux fusils concurrents précédemment soumis à l'évaluation, l'AR-10 était plus petit, plus facile à tirer en automatique et beaucoup plus léger. Cependant, il est arrivé très tard dans le cycle de test, et l'armée a rejeté l'AR-10 en faveur du T44 plus conventionnel, qui est devenu le M14.
Tout comme son prédécesseur, le .30-06 Springfield, le calibre .308 Winchester reste encore trop puissant et cause donc un recul trop important sur une arme légère. De plus, sa fabrication nécessite une quantité plus élevée de matière première et, en raison de son poids et de son volume, les soldats restent encore trop limités sur le nombre de cartouches qu'ils peuvent emmener sur le terrain. C'est dans ce contexte que l'idée d'une munition légère et rapide, pour convenir aux distances de combat courantes (environ 300 mètres) fait son chemin dans les services de recherche de l'U.S Army.
Durant les années 1950, de nombreux fabricants d'armes et munitions vont se lancer dans ce projet. Seules 3 munitions vont être sélectionnées pour des phases de test :
Cette dernière, est conçue par Eugene Stoner avec son équipe, au sein d'Armalite. A partir du modèle de base, l'AR-10, L'assistant de Stoner, Robert Fremont, et Jim Sullivan, vont concevoir, à la demande de l'U.S Army, le fusil d'assaut AR15 qui chambrera la cartouche retenue par l'armée américaine : la .222 Special, renommée pour l'occasion .223 Remington.
Petite précision qui a son importance : .223 Remington est la version civile de la 5,56x45 OTAN. Les deux munitions sont quasiment identiques. Néanmoins, la 5,56x45 OTAN développe une pression de 430 MPa contre 380 MPa pour la .223 Remington. La gorge de la 5,56x45 est également plus longue que celle de la .223 Remington. En somme, tirer une cartouche de 5,56x45 OTAN dans une arme chambrée en .223 Remington risque de causer des surpressions importantes à des endroits critiques de l'arme. Dans l'autre sens, tirer une .223 Remington dans une arme chambrée en 5,56x45 OTAN peut causer une perte de puissance.
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Achevé en 1958 chez Armalite, le brevet de l'AR15 va être vendu à Colt en 1959. Après des essais favorables sur le terrain, pendant la guerre du Vietnam, plus de 100 000 exemplaires vont êtres livrés aux forces américaines sous la désignation M16. Tout comme son homologue soviétique, la Kalashnikov AK47, le fusil d'assaut M16 va connaître de nombreuses évolution durant ses années de services au Vietnam et après.
La nouvelle munition 5,56x45 OTAN a rapidement conquis les troupes américaines et sud vietnamiennes. Cependant, le M16, dans sa première version, n'était pas exempt de défaut. Les nombreuses utilisations sur le terrain remontaient différents défauts et inconvénients qui vont entraîner de nombreuses évolutions au cours des décennies suivantes. A la fin des années 1970, la FN Herstal propose une version améliorée de la 5,56x45 OTAN pour la mitrailleuse Minimi. Cette munition améliorée, nommée SS109, était composée d'une ogive de diamètre 5,69mm, d'un poids de 61gr (4g). L'ogive est de type FMJ (Full Metal Jacket), une balle en plomb recouverte d'une chemise cuivrée. Ceci va diminuer le pouvoir d'expansion de l'ogive mais augmenter son pouvoir de pénétration.
En 1981, Colt présente un fusil adapté à la SS109, possédant un canon plus lourd. Le M16A2, avec un poids de 4,47Kg chargé (contre 3,6Kg pour la A1) affiche clairement sa volonté de favoriser la précision et la portée pratique. La version A2 va également amener son chargeur métallique, qui deviendra le standard de l'OTAN. Le M16A3 est une demande spécifique de l'U.S Navy qui n'était pas intéresser par le tir en rafale de 3 coups.
En 1997, Le M16A4 débarque. Semblable au modèle A2, il est surmonté d'organes de visée à profil réduit et fixés sur un rail standard, permettant le remplacement par des lunettes de visées type ACOG ou reflex. Au cours des années 1990, Colt va également travaillé à une version assez différente du M16A2. Le Colt M4 est une version raccourcie du M16. Son canon de 14,5" de long et sa crosse télescopique vont ravir les unités n'ayant pas besoin de la portée de tir du M16. Comme le M16 d'origine, le M4 propose un mode rafale à 3 coups. De plus, le M4 est surmontée d'une poignée de transport détachable (carry handle), monté sur rail Picatinny. Elle peut ainsi être démontée pour laisser place à une optique de visée. Le modèle M4A1 laisse place à une rafale libre (au lieu de la rafale de 3 coups).
Toujours en service dans de nombreuses unités de l'U.S Navy, le M4 est le résultat de plusieurs décennies de réflexion, de conception et d'évolution de l'AR15 créer par Stoner et son équipe.
En 2024, l'AR15 est l'arme à feu la plus vendue aux Etats-Unis. Populaire chez les amateurs d'armes et les tireurs sportifs, son prix relativement bas (à partir de 350$) et sa simplicité d'utilisation sont les arguments mis en avant par les pro-armes pour en posséder un et la NRA (National Rifle Association of America) le considère aujourd'hui comme "le fusil de l'Amérique". Revers de la médaille, son utilisation récurrente dans les nombreuses tueries de masse (Tuerie de Sandy Hook, fusillade de Parkland...) en ont fait un symbole de lutte des association anti-armes pour argumenter un contrôle des armes plus sévère.
Les marquages sur les caisses de munitions fournissent des informations essentielles sur leur contenu, leur origine et leur utilisation appropriée. Voici quelques exemples de marquages et leur signification :
La couleur des balles traçantes, le code caisse, le tampon de contrôle et le numéro de lot sont souvent indiqués sur les petits côtés de la caisse. L'intérieur du couvercle peut contenir des informations supplémentaires, comme l'emplacement de la clé d'ouverture de l'emballage étanche et le numéro de lot de la caisse.
Le mécanisme est breveté au nom de James Paris Lee, inventeur du magasin détachable ayant donné son nom au Remington-Lee 1879 qui évoluera sur le Lee-Metford puis plus tard sur le Lee-Enfield. Son invention sur le Lee Navy concerne ici le mécanisme de verrouillage et d’alimentation. Alimentation qui n’utilise d’ailleurs pas un magasin détachable de type Lee. Le brevet n°513647 est daté du 30 Janvier 1894 et, même si cela n’est pas précisé, les schémas du brevet semblent clairement représenter une cartouche de 6mm sans bourrelet.
En termes d’encombrement l’arme dans sa déclinaison militaire Musket mesure 122cm et pèse 3.7kg. Un Lebel fait 0.5kg de plus.
Le système du Lee-Navy est qualifié d’action rectiligne ce qui n’est pas tout à fait exact. Il s’apparente plutôt à un bloc tombant. Si l’action du tireur sur la culasse ne comprend qu’un geste unique rectiligne, la cinématique de la culasse implique que celle-ci descende sur sa surface de verrouillage en fin de course. Il n’y a pas de rotation de la tête de culasse actionnée par came comme sur presque tous les autres systèmes rectiligne contemporains (Schmidt-Rubin, Steyr Mannlicher, Ross, Sig-Mondragon,…). La surface de verrouillage se situe entre le puit de chargeur et la détente.
Le seul système de verrouillage à répétition manuelle avec lequel une comparaison est possible serait selon moi le Steyr autrichien modèle 1888. Sur celui-ci le réarmement est lui bien rectiligne mais le tenon de verrouillage est mobile et descend dans son logement en fin de course.
La culasse du Lee-Navy ne peut pas être ouverte par une action sur le levier d’armement tant qu’elle est armée. Cette disposition est délibérée et sert de sécurité pour éviter que la culasse ne soit ouverte par accident via un léger coup sur le levier. Les seuls moyens de déverrouiller la culasse sont soit d’actionner le percuteur pour permettre la manipulation, soit d’utiliser un bouton sur le côté gauche du boitier. Lorsque le bouton est actionné la culasse est propulsée dans sa position ouverte sous l’effet de la tension du ressort de percuteur.
Une des curiosités du système réside dans l’emploi d’un extracteur dit « flottant ». Celui-ci circule dans une rainure pratiquée à l’intérieur du boitier suivant le déplacement de la culasse. Il est dit flottant car il n’est pas figé à la culasse mais peut translater sur environ 50mm par rapport à celle-ci. En pratique, à l’ouverture de la culasse, celle-ci se déplace sur presque 6cm avant que l’extracteur ne soit en butée et commence à extraire la cartouche.
Quand la culasse est extraite du boitier, l’extracteur n’est pas retenu et tombe en dehors du boitier. La perte de l’extracteur est un problème récurrent du Lee-Navy. Cela sera mentionné à plusieurs reprises dans les commissions d’essai comme un défaut majeur mais restera inchangé pour la durée de vie de l’arme.
Le numéro de série se trouve sur le toner. Le marquage principal de Winchester avec rappel des brevets se trouve sur le côté gauche du boitier.
Le canon fait 710mm avec 4 rayures au pas de 165mm. Son diamètre extérieur est remarquablement fin grâce au faible diamètre de sa munition ce qui contribue au poids contenu de l’arme. Les rayures sont de types Metford, c’est-à-dire que les rayures ne sont pas clairement définies. Celles-ci sont arrondies sans distinction nette entre les creux et les sommets.
Le choix de ce type de rayures semble être motivé par un désir de diminuer les effets de la combustion à forte température de la Rifleite et l’érosion prématurée des rayures à la bouche qu’elle engendre. En pratique cela ne s’est pas vraiment efficace.
L’étrangeté se poursuit avec la méthode de chargement du Lee-Navy. Le conditionnement réglementaire se présente sous forme de lames chargeurs de 5 cartouches. Seulement les cartouches ne doivent pas être déplacées depuis la lame vers le puit de chargeur. Malgré son apparence, la lame fonctionne comme un bloc Mannlicher, c’est-à-dire qu’elle reste avec les cartouches dans le magasin à l’insertion.
La lame est insérée de cette manière dans le puit de chargeur. Le fond du magasin est grand ouvert pour donner accès à l'élévateur si celui-ci venait à se bloquer. C'est aussi un défaut évident en cas d'exposition à la saleté. Certes pas une si grande inquiétude pour la Navy au moment des tests, l’idée étant plutôt d’employer ces armes à bords des navires.
Il est tout à fait possible de charger le magasin individuellement cartouche par cartouche sans avoir recours à la lame. Cela est possible grâce à l’extracteur qui vient se placer au-dessus du magasin lorsque la culasse est ouverte et empêche donc la cartouche du dessus d’être éjectée sous l’action de l’élévateur.
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