La caricature, une représentation déformante de la réalité, est définie comme « charge, imitation, parodie, pastiche, simulacre ». Encouragée par le développement de l’imprimerie au XVI° siècle, elle s’impose avec la presse populaire au XIX° et les dessins provocants de journaux spécialisés tels que La Caricature et Le Charivari.
Deux auteurs seront particulièrement mis en lumière : Gustave Doré, artiste peintre du XIXe siècle, et une invitée surprise, la physiogonomie.
Louise MICHEL (1830-1905) se retrouve sur les barricades dès les premiers jours du soulèvement de Paris. Rien de moins prémédité que ce mouvement qui échappe à ceux qui tentent de le diriger, au nom d’idéaux d’ailleurs contradictoires.
Sur une caricature bienveillante, les barricades érigées par les communards pour enrayer l’avance des troupes officielles servent de toile de fond à la scène. La barricade représentée est un impressionnant rempart : forteresse de la rue de Rivoli, haute de 6 m, précédée de fossés, dotée d’embrasures de tir, construite en 24 h !
L’héroïne soutient de son bras gauche un soldat blessé de la garde nationale de Paris, reconnaissable aux bandes rouges du pantalon, combattant de la principale force armée de la Commune. Louise a fondé une ambulance à Montmartre, mais elle soigne tous les blessés, communards comme versaillais. Son fusil chassepot tenu dans sa main droite montre qu’elle fait aussi le coup de feu.
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Ainsi affublée d’une large cornette et d’un habit de religieuse rouge, le polémiste d’extrême droite Léon Daudet la qualifiera de « sœur de charité en carmagnole » et Jaurès de « sœur de charité laïque » . C’est conforme à sa réputation : déportée en Nouvelle-Calédonie, elle y acquiert une aura d’altruisme envers les déportés, les enfants et les Kanaks qui franchit les mers et se répand en métropole dès avant 1880.
Sa notoriété a grandi lors de son procès : elle revendique son engagement et réclame la mort. Condamnée, déportée, amnistiée, elle reviendra pour se battre du côté des « damnés de la terre » . « Le cadavre est à terre, mais l’idée est debout » dit Hugo à propos de la Commune.
Hugo qui entretient depuis 1850 une relation épistolaire avec Louise lui dédie un poème : Virgo Major, « plus grande qu’un homme » . Des pétitions circulent pour la faire libérer. Là encore, elle se fait remarquer en rejetant ces initiatives.
Sa figure de martyr et les revendications autour de sa libération deviennent un élément de mobilisation du mouvement ouvrier. De retour en France en novembre 1880, à la faveur de l’amnistie générale de tous les communards, des milliers de personnes viennent l’accueillir gare Saint-Lazare.
La censure a un visage : Madame Anastasie, créature revêche armée de ciseaux géants. Sur son dos, la chouette, symbole de la nuit, évoque les croyances les plus obscures. C’est dans les années 1870 que le personnage s’installe dans les journaux.
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La censure royale avait remplacé la censure religieuse de la Sorbonne au XVIIe siècle : 79 censeurs ont charge d’autoriser ou d’interdire livres ou pièces, selon leur moralité. La censure inquiétera plus ou moins tous les philosophes des Lumières qui iront se faire éditer en Suisse, Hollande, Angleterre.
Abolie par la Révolution, rétablie en 1797 et très stricte sous l’Empire, de nouveau abolie, rétablie, etc., ce sera une longue histoire dans l’histoire jusqu’au début du XXe siècle. Le théâtre, spectacle public, est exposé plus encore que le livre aux foudres ou aux tracasseries d’Anastasie aux grands ciseaux.
Il était normal que l’insolent Beaumarchais en traite, pour s’en moquer. BEAUMARCHAIS (1732-1799), auteur enchanté après la création à la Comédie-Française. Sous-titrée La Folle Journée, la pièce sera jouée plus de cent fois de suite - un record, à l’époque.
Victor Hugo (1802-1885), le grand homme du siècle, Ego Hugo en vedette et en majesté, quoique buste nu, se tient sur le trône, barbu à l’air pensif (ou penseur), quelque peu accablé par les ans ou la fatalité (personnelle ou historique).
Auteur romantique entré véritablement en politique au début de la révolution de 1848, il demeura fidèle à un idéal républicain humanitaire et généreux, se battant contre la misère du peuple, l’injustice sociale, la peine de mort, les restrictions à la liberté de la presse, avec une constance et un courage qui le forceront à l’exil sous le Second Empire.
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La carte postale de Jean Robert résume habilement ces deux faits historiques en une caricature légendée de la crise du 16 mai 1877. Un Gambetta au poil grisonnant et à la silhouette bien empâtée, représenté l’air plus fou furieux que nature avec son œil de verre prêt à jaillir de l’orbite.
« Le cléricalisme ? Léon GAMBETTA (1838-1882), Discours sur les menées ultramontaines, Chambre des députés, 4 mai 1877. Le Cléricalisme, voilà l’ennemi ! Pour l’heure, les catholiques français veulent aider le pape contre le gouvernement italien… et les républicains refusent absolument cette intervention.
Le 16 mai, Mac-Mahon, après le renvoi de Jules Simon, rappelle un monarchiste, le duc de Broglie, comme chef de gouvernement. Léon GAMBETTA (1838-1882), au ministre de l’Intérieur Fourtou, mi-juin 1877. Discours et plaidoyers politiques de M. Oscar Bardy de Fourtou, adepte de la manière forte, a pour mission d’empêcher le retour en force des républicains à l’Assemblée.
C’est la crise la plus grave depuis la Commune : le sort du régime républicain est en jeu. Tout va dépendre des prochaines élections, fixées au 14 octobre. C’est la victoire des Républicains.
Après l’échec de la république présidentielle, version Mac-Mahon, le nouveau président opte clairement pour une république parlementaire : c’est la « Constitution Grévy » . L’équilibre des pouvoirs est rompu au bénéfice de la Chambre et les députés, trop sûrs que le président n’osera plus jouer de la dissolution, vont désormais user et abuser de ce pouvoir, faisant tomber les ministères et se succéder les crises.
Surnommé hier Ferry-la-Famine - sous la Commune - et demain Ferry-Tonkin - pour sa politique coloniale. Cette fois, il est attaqué en tant que ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts : son projet de réforme de l’enseignement public primaire (laïc, gratuit et obligatoire) réduit l’importance de l’enseignement privé.
Débats déjà animés, le 15 mars 1879. Gambetta défend son ami Ferry et tape si fort du poing sur la table qu’il perd son œil de verre. Les députés en viennent aux mains. Et volent manchettes et faux cols !
L’explosion du phénomène boulangiste, aussi violente que brève (1887-1889), met à l’épreuve la République dans son principe de représentation populaire. Plébiscité par les électeurs de la France entière, l’ex-général Boulanger ancien ministre de la Guerre, incarne l’homme providentiel pour des mouvances antiparlementaires extrêmes, de gauche comme de droite.
Cette crise révèle les tensions internes d’une France qui s’interroge (déjà) sur son rôle dans le monde et d’une société qui peine à se structurer politiquement. Le caricaturiste joue sur le nom « Boulanger » , profession à laquelle le chat est souvent associé, vraisemblablement à cause de ses pattes qui pétrissent avec conscience et volupté.
La présence du petit animal imitant le pas du cheval de manière drolatique renvoie à ce référent, tout en accentuant le ridicule d’un chef qui ne serait qu’un « pseudo-lion » . Si le cheval de Boulanger obéit aux conventions du genre - fier trot guerrier, encolure cabrée et domptée -, son cavalier est ridiculisé.
Mais on le voit en costume civil, seul sur le fond blanc : c’est un militaire sans armée. Son modeste calot sans attribut symbolise la confusion politique régnant dans le camp boulangiste.
Général BOULANGER (1837-1891), Mot d’ordre de sa campagne électorale, printemps 1888. Le « scandale des décorations » qui éclabousse le président Jules Grévy a transformé la vague de sentimentalité populaire en mouvement politique : le boulangisme, devenu « syndicat des mécontents » , hostile aux (républicains) opportunistes au pouvoir, menace le régime parlementaire.
C’est sa réponse aux manifestants qui lui crient : « À l’Élysée ! » et marchent vers le palais où le président Carnot fait déjà ses malles ! Cela laisse le temps au gouvernement de réagir : le ministre de l’Intérieur, Ernest Constans, l’accuse de complot contre l’État.
Accusé de complot contre l’État, craignant d’être arrêté, il s’est enfui le 1er avril 1889 à Londres, puis à Bruxelles, avec sa maîtresse (de mèche avec la police). Son prestige s’effondre aussitôt.
Georges CLEMENCEAU (1841-1929), apprenant le suicide du général Boulanger sur la tombe de sa maîtresse à Ixelles (Belgique), le 30 septembre 1891. Le gouvernement a réagi après ce qui aurait tourné au coup d’État, si Boulanger avait osé marcher sur l’Élysée !
À la fin du XIXe siècle, la caricature est reconnue comme un genre à part entière. C’est aussi à cette période qu’elle révèle sa face sombre, devenant un instrument privilégié de l’antisémitisme, du nationalisme et de la presse d’extrême droite.
Cet ouvrage de 1 200 pages (deux volumes) publié à compte d’auteur en forme de « chronique scandaleuse » avec son index de plus de 3 000 noms de personnalités juives ou ayant cultivé des relations avec des Juifs, se vend à 62 000 exemplaires la première année.
Il multiplie les poncifs et les idées reçues Les juifs sont hypocondriaques, sujets « à toutes les maladies qui indiquent la corruption du sang : les scrofules, le scorbut, la gale… » , rongés par la « névrose » , maladie moderne par excellence. « Dans son essence même, le Juif est triste.
Antisémite autoproclamé, La Libre parole illustrée l’aide naturellement à préciser le stéréotype facial. Le nez s’est épaté, les lèvres épaissies, tout comme le visage arrondi.
Dès la déclaration de guerre, Jean Veber, malgré ses cinquante ans, s’engage. Cantonné à Paris pendant le mois d’août en attente d’un envoi sur le front, il produit cette puissante série de lithographies sur les « atrocités allemandes », nourrie par la lecture des journaux et les rumeurs.
Animé d’une indignation et d’une horreur sincères, le trait de Veber atteint à une exceptionnelle efficacité dans la dramatisation ; ces images viennent rejoindre celles de Callot ou de Goya dans l’évocation intemporelle des désastres de la guerre.
Quant à Poulbot, dessinateur attitré de l’enfance, il publie en 1915 une série de douze lithographies sur les malheurs de la guerre, dont plusieurs reprennent le mythe des mains coupées, resurgi à l’été 1914 et qui, comme le gamin au fusil de bois, a connu une grande fortune graphique.
C’est l’exploitation à outrance de telles légendes qui finit par susciter un scepticisme général dans l’opinion à l’égard des crimes liés à l’invasion allemande d’août 1914.
En février 1848, la révolution parisienne surprenait tout le monde et, avec la fuite rapide du roi Louis-Philippe, laissait bien dépourvus les nouveaux dirigeants improvisés. Quoique portés au pouvoir par l’insurrection, les hommes du Gouvernement provisoire craignaient d’abord la pression armée d’une foule parisienne d’autant plus exigeante qu’elle avait eu facilement raison de la monarchie censitaire.
Devant des ouvriers en armes et échauffés, l’éloquence de Lamartine n’avait pas été de trop, pas plus que sa promesse lancée dans la salle Saint-Jean de l’Hôtel de Ville d’instituer le suffrage universel. Celui-ci n’était proposé par aucun programme politique, même si quelques rares républicains en évoquaient l’avènement dans un avenir indéfini. L’urgence l’imposa.
Le suffrage universel consacrait l’inévitable abandon du système électoral censitaire car il était devenu impossible de se contenter d’un simple élargissement du cens électoral, comme le réclamait la campagne des Banquets, ce qui serait revenu à exclure les insurgés du corps électoral.
Identifié par son vêtement, un ouvrier abandonne son fusil pour déposer un bulletin de vote. Dans cette scène allégorique, le suffrage universel est symbolisé par une urne antique dont le modèle est assez éloigné des urnes réelles mais qui rattache la procédure aux sources les plus anciennes.
L’allégorie présente encore la nouvelle institution comme une conquête populaire qui justifie d’autant plus que l’on dépose les armes. Ce n’était peut-être pas l’objectif de tous les insurgés, ni même de la plupart d’entre eux, mais l’idée s’en imposa.
Au-delà d’un moment historique daté de la révolution de 1848, la substitution du bulletin de vote au fusil visait un sens de portée générale et universelle ; le rejet démocratique de la violence politique.
Les promoteurs du suffrage universel avaient partiellement convaincu les partisans de l’ordre en réussissant à organiser les premières élections d’avril 1848 et à démontrer aussi que le vote populaire n’était pas révolutionnaire par essence, qu’il pouvait même se révéler conservateur.
Dans un pays et un siècle agités par le cours incessant et ruineux des révolutions, le suffrage universel devint, non sans difficultés et à la suite d’une longue série d’élections régulières, ce qu’un homme de la IIIe République appelait de ses vœux : le « souffle régulier de la démocratie ».
Quelle pouvait être la légitimité du recours à la violence quand le peuple devenait souverain par son bulletin de vote ?
“Charlie Hebdo, pour moi, c’était l’accomplissement d’un rêve d’enfance, maintenant, je peux mourir tranquille” confiait Charb, en 2007, au micro de France Inter. Charb, visé par une fatwa, est mort sous les balles des frères Kouachi, le 7 janvier 2015. Il avait 47 ans.
Le dernier dessin de Charb, paru dans le Charlie Hebdo du mercredi 7 janvier 2015, semble prémonitoire. “Toujours pas d’attentats en France”, avait titré Charb d’un dernier coup de crayon, au gros feutre à pointe ronde, son modèle préféré.
Charb est celui que les frères Kouachi ont cherché à abattre en premier, celui dont la tête était mise à prix par Al Qaïda. Stéphane Charbonnier, qui s’était choisi Charb comme nom de dessinateur, savait les menaces qui pesaient sur lui.
Des menaces qui ont d’abord visé tout Charlie Hebdo à cause de la reproduction, en 2006, de caricatures de Mahomet, initialement publiées dans le journal danois Jyllands-Posten. Les caricaturistes du Danemark avaient été menacés de mort ; par solidarité, Charlie Hebdo avait publié leurs dessins.
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