Dans la suite du Traité de Versailles de 1919 et des ses limitations qui interdisait à l’Allemagne de produire des armements, il a bien fallu trouver quelque chose pour entrainer la jeunesse au maniement d’armes et au tir dans la perspective de la revanche.
Et, contrairement à ce que pensent beaucoup, on n’attendit pas le III° Reich pour commencer. Ce quelque chose prit deux formes : la multiplication des clubs de tir qui passèrent d’environ 1600 en 1919 à plus de 100.000 en 1925 (!) - donc bien avant janvier 1933 - et celle de la production en nombre de carabines 22LR de précision, souvent imitant parfois (mais pas toujours) en fonctionnement et en allure la Kar98 de 14-18 dont le K98 de 39-45 n’est qu’une version modifiée.
Tous les grands producteurs allemands (Mauser, Walther, Simson, Geco….) produisirent de telles armes et de plus petits fabricants aussi.
En tout pas loin d’une vingtaine de fabricants avec des séries plus ou moins limitées mais toujours de grande qualité car ces armes d’entrainement qui se devaient être aussi des armes de concours.
En réalité le III° Reich, ne fit qu’en rajouter à ce mouvement vers le 22LR en définissant deux modèles supplémentaires pour assurer un entrainement uniforme pour toutes les organisations de jeunesse avec les DSM 34 puis 36 et sa KKW, elles aussi en calibre 22LR et mono-coup.
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Ces carabines étaient éprouvées de poinçons civils et vendues dans les catalogues des fabricants privés. Cela camouflait autant que posssible le réarmement, au moins moral, en cours et encore une fois bien avant 1933.
Ces carabines qui ont entrainé la jeunesse allemande depuis vers 1925 jusque 1945 dans une période charnière de son histoire sont à juste titre réputées pour leur qualité et leur précision.
Jean Bergeron nait à Saint-Etienne le 6 décembre 1850. Armurier, il travaille d’abord au côté de son demi-frère, Jean Gaucher, avant de s’associer en novembre 1877. Sous la raison sociale de Gaucher-Bergeron Frères, 12 rue des Creuses, 40 et 41 rue Michelet et 9 rue Badouillère, ils obtiennent un grand prix à l’Exposition universelle de Paris en 1889.
Son fils, Louis Bergeron nait à Saint-Etienne le 30 avril 1881. Le 31 mars 1903, il s’associe à Vital Girodet, fabricants d’armes à Saint-Etienne. La société Bergeron L. et Girodet V. s’installe au 14 rue Chapelon à Saint-Etienne. Ils obtiennent une médaille d’argent à l’Exposition de Liège en 1905, une médaille d’or à Milan en 1906, deux diplômes d’honneur à Londres en 1908 et Bruxelles en 1910, un grand prix à Lyon en 1914.
Durant la Première Guerre mondiale, la société Bergeron-Girodet disparaît. Louis Bergeron est affecté spécial, au service des fabrications militaires à Saint-Etienne. Il sera fabricant d’armes, président de la Chambre syndicale, membre de la Chambre de commerce à partir de 1923 puis secrétaire en 1926, conseiller du commerce extérieur, conseiller municipal de Saint-Etienne en 1930. Enfin, il obtient un Grand prix à l’Exposition de Marseille en 1922. Il expose 3 fusils et un pistolet semi-automatique à l’Exposition régionale des arts décoratifs de Saint-Etienne en 1923.
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Après quelques années d’association avec la veuve Girodet, Louis Bergeron, dans les années 1920, s’installe seul, après avoir racheté l’atelier Girodet, rue Chaperon. En 1914, en compagnie de monsieur Ferreol, il avait déposé un brevet sous le n° 473.360 pour des « perfectionnements aux fusils sans chiens à canons basculants ».
Puis seul, le 24 août 1927, il dépose un brevet pour un « dispositif de fermeture à verrouillage superposé pour fusils de chasse à chiens et hammerless ». Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le tir étant devenu obligatoire dans les écoles, Bergeron développe la production de carabines. Elle représentera jusqu’à 50% de la production dans les années 1950-1970. Bergeron sera concurrencé sur ce marché en particulier par l’arrivée de "Chatin-Manuarm".
Dans son nouvel atelier des 5 et 7 rue Desflaches, où il s’installe vers 1925, Louis Bergeron a aménagé des « sous-ateliers » pour des travailleurs en fenêtre à qui il loue ces emplacements. En échange, les bronzeurs, quadrilleurs, rectifieurs, polisseurs… qui les occupent, travaillent en priorité pour lui. Cette adresse est complétée d’un atelier au 38 rue Lassaigne.
Durant la Seconde Guerre et l’occupation, pour éviter d’être totalement sous la botte allemande, la Sté Bergeron fabrique des cycles qu’elle commercialise sous son nom.
Louis Bergeron dépose plusieurs marques :
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La société Bergeron est dans les premières en France à employer des pièces en micro-fusion dans la production de série de son modèle de fusil de chasse Fédéral. Pour prouver la solidité de ces pièces, les armes sont éprouvées à 1200 bars de pression, au lieu des 900 bars habituels. La fabrication du Fédéral nécessite 75 opérations de mécanique. Pour le modèle Rex, le bloc de culasse est découpée dans des profilés laminés spécialement sur Saint-Etienne.
A la veille de la Seconde Guerre, Bergeron travaille en sous-traitance pour la Manufacture nationale d’armes de Saint-Etienne. Au lendemain de la guerre, dans le cadre du Plan Marshall, Bergeron obtient des machines-outils de précision et diversifie son activité vers la mécanique de précision.
Dans les années 1950, Bergeron obtient plusieurs places de choix dans les championnats de tir avec ses carabines.
Louis Bergeron est décédé à la Burbanche (Ain, France) le 28 août 1955. Sa fille Lucienne Bergeron, née à Saint-Etienne le 19 décembre 1914 épouse Philippe Maret en 1936. Vers 1950, la société évolue en nom collectif, associant Louis Bergeron et Philippe Maret.
C’est à cette époque que Philippe Maret monte en parallèle, avec d’autres investisseurs et industriels, une société de production de matières plastiques : « La mondiale plastique ». Il s’y produit, entre autres, beaucoup de plaques de couche destinées à l’armurerie stéphanoise.
Le 12 janvier 1960, la société Bergeron dépose un brevet pour « une carabine de tir avec éjecteurs automatiques ».
L’assemblée générale de Bergeron du 17 avril 1961 décide la transformation de la société en SARL.
Nouveau brevet déposé le 10 septembre 1962 pour un « dispositif de montage anti-choc pour carabines, pistolets et autres armes à feu et appareils à charges propulsives, fonctionnant avec la culasse verrouillée ».
Le 14 novembre 1962, dépôt d’un second brevet en compagnie de Jean Duchenet pour un « pistolet d’abattage à répétition, à tige captive, avec chargeur de cartouches ». Le dépôt de la marque « KO » correspondante date du 3 octobre 1962 » (renouvelée le 3 octobre 1977).
En 1966, la Ste Bergeron quitte l’ancien atelier de la rue Desflaches pour s’installer à l’Etrat, dans les dépendances du « château de la Bertrandière ». L’entreprise emploie alors une cinquantaine de personnes. En plus des ses productions d’armes de chasse et de carabines de tir, Bergeron produit un pistolet d’abattage, dont la mécanique est dérivée de la carabine Match, et vers 1975, un fusil hypodermique. Sous le nom de "multipropulseurs", cette activité est cédée à M. Rouanet le 22 mars 2001.
Le 28 décembre 1970 la SARL Bergeron devient SRL associée à la Ste d’Achat, Production et Vente (SACHA) à Paris. Pour faire face aux difficultés du marché, en 1981 elle ajoute au but social de la vente, des articles de sport, de sellerie et des fournitures équestres.
Philippe Maret laisse la gérance de l’entreprise à son fils Jean-Paul en 1983.
Bernard Maret nait le 12 août 1940 à Saint-Etienne (union entre Lucienne Bergeron et Philippe Maret). D’abord commercial et technicien de la Ste Bergeron, il en reprend la gérance au début de 1990. Mais face à la situation de plus en plus difficile, l’assemblée générale extraordinaire du 15 novembre 1990 décide la mise en dissolution anticipée et la liquidation de Bergeron.
En 1992, travaillant avec les grandes surfaces qui paient avec beaucoup de décalage, Bergeron engendre de grosses difficultés de trésorerie. De plus la législation sur la chasse et les armes devient de plus en plus contraignante. Sans successeurs, Bergeron (et sa quinzaine de salariés) cesse son activité.
Plusieurs fabricants allemands se sont distingués dans la production de ces carabines d'entraînement:
Le III° Reich a standardisé l'entraînement des jeunes en introduisant deux modèles spécifiques en calibre .22LR et mono-coup:
Ces carabines, vendues par des fabricants privés, portaient des poinçons civils pour dissimuler le réarmement moral en cours.
La production de la carabine ES 340 a débuté en 1924, avec une production estimée à moins de 200 000 exemplaires en trois variantes principales (ES 340, ES 340 N, ES 340 B). Ces carabines sont reconnues pour leurs ajustements précis et leur exactitude.
La ES 340 tout court a été produite à partir de 1924 jusqu’au vers le numéro 80.000 environ (changement d’acier du CH4 au CH21 vers l’arme n°76875). On est encore vers 1929/1930. Au catalogue de 1931, donc quelque part entre 1930 et 1931, notre modèle ES340 N (N probablement pour « Neu » - nouvelle - sans certitude absolue de votre serviteur) sort d’usine au numéro 80.000 et sera produit jusque vers le numéro 133.000. Puis, à la fumée des cierges, apparait le modèle ES 340B avec une production entre les numéros 123.000 jusque vers 199.000. Donc, au total, un peu moins de 200.000 armes produites, en trois variantes plus des modèles à options, probablement plus d’armes produites après 1935 qu’avant 1935 parce que l’Allemagne était plus riche vers 1935 et après qu’entre 1925 et le début des années 30.
Et surtout une ES 340N produite à environ et seulement 53.000 exemplaires.
Ces carabines germaniques des années 1920/30 sont réputées à juste titre pour leurs ajustements de rêve et leur précision diabolique. C’est un très beau noyer de qualité supérieure. Poignée finement quadrillée. La crosse porte bien aussi sa belle plaque de couche « Mauser » en Bakélite en parfait état. Bronzage à la couche d’époque Mauser d’origine à 110% - somptueux ! Des poinçons couronnés partout ornent ces fers: poinçons U de tests des armes terminées de production commerciale, G d’épreuves à poudre noire (!) du canon et S d’épreuve à poudre vive du canon tout ça pour les canons rayés (poinçons différents pour les canons lisses), B couronné de test de surpression obligatoire après 1892. Des poinçons partout, en arme en culasse, en levier d’armement,… Pour du 22LR de loisir ! Pour la culture générale, il faut savoir que ces poinçons couronnés des armes civiles allemandes de cette époque datent tous de l’époque impériale (1871-1918) qu’ils ont été établis à partir de 1891, qu’ils ont perduré après la défaite de 1918 en dépit de l’instauration de la République (de Weimar) et qu’ils ont même survécu à la fureur anti tout ce qui rappelait l’ancien régime de la part des affidés du moustachu autrichien agité.
Le pontet, au delà de son très beau quadrillage de dessous de pièce déjà signalé, tout comme le curseur de réglage de la hausse et la queue de détente ont conservé leur merveilleux bronzage bleu pétrole d’origine. A tomber ! Dire que le canon est miroir est lui faire injure - vous risquez de vous brûler la rétine si vous l’examinez avec une lampe dédiée. Il est neuf. La hausse est du modèle luxe - réglable en site et en dérive (une option), graduée de 30 à 200 mètres (et sur cette arme ce n’est pas que de la pub!) et bleuie en curseur de réglage comme déjà dit. Parfaitement fonctionnelle. A noter, différence pour le coup avec la 340 tout court sa prédécesseuse, la présence aussi d’un magnifique rail en 11mm, usiné dans la masse. On peut donc, pour se faire totalement plaisir, y placer un dioptre d’époque Mauser (on en trouve) ou aussi bien, selon les goûts, une petite lunette Ajack 1,5×100, Goetz Berlin, Heinsolt Klein-Dyalit, Oigee Gnomet, Zeiss Zeilklein, ou encore mieux Mauser, toutes en 2 1/4, montées sur Akah 22mm en acier et qui ont fait le bonheur des tireurs de ces années là. Vous aurez ainsi le privilège de voir votre cible logée entre les trois (et pas quatre) fameuses branches de réticules typiquement allemands et qui furent ceux des snipers teutons des deux conflits mondiaux. Ach…Ché mé ffaite ein kifff ô standt…(avec l’accent de Munich SVP).
La mécanique est encore pleine de graisse figée mais juste neuve et avec des ajustements de rêve, absolument introuvables sur une arme moderne. Le maniement à débattement court de la culasse est un bonheur.
| Modèle | Période de Production | Numéros de Série | Caractéristiques |
|---|---|---|---|
| ES 340 | 1924 - 1929/1930 | Jusqu'à environ 80.000 | Acier CH4 (puis CH21 vers le n° 76875) |
| ES 340 N | 1930/1931 | Environ 80.000 - 133.000 | Probablement "Neu" (nouvelle) |
| ES 340 B | Inconnue | Environ 123.000 - 199.000 | Apparition après le modèle N |
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