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Dans notre première analyse critique de la série, nous avions souligné l'attention portée aux détails, en particulier dans les scènes terrifiantes de B-17 volant dans la DCA ou attaqués par des chasseurs de la Luftwaffe.

La combinaison des explosions concomitantes simulées, des éclats d'obus et des tirs de mitrailleuses évoque très efficacement le chaos des combats diurnes menés par les bombardiers US et leur équipage.

Par ailleurs, les efforts frénétiques des mitrailleurs de B-17 pour défendre leur avion contre les chasseurs ennemis qui semblent lancer des attaques de tous les côtés sont également tout à fait caractéristiques de ce drame.

Dans cette optique, il convient d'examiner ce qui a motivé ces mesures défensives et comment elles ont évolué au fur et à mesure que l'offensive des bombardiers se développait, poussant la guerre toujours plus loin dans l'Allemagne nazie et l'Europe occupée.

L'évolution des défenses des bombardiers

Dans l'entre-deux-guerres, les partisans des avions bombardiers étaient convaincus que, comme l'avait dit le Premier ministre britannique Stanley Baldwin en 1932 : "Le bombardier passera toujours".

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En résumé, ils pensaient que les bombardiers étaient quasiment invulnérables.

De ce fait, les défenses des bombardiers eux-mêmes ont été négligées, ce qui était compréhensible vu l’état d’esprit de l’époque.

Pour illustrer le mantra "le bombardier passera toujours", la première version d'essai du Boeing B-17, le prototype Y1B-17, n'était armée que de cinq mitrailleuses 12,7 mm montées sur des supports flexibles.

Les Britanniques, pour leur part, avaient appris à leurs dépens la vulnérabilité des opérations de bombardement de jour sans escorte et avaient du coup opté pour des raids nocturnes.

En l'état, les bombardiers lourds de l'USAAF qui commencèrent à effectuer des raids sur l'Europe à partir de leurs bases en Angleterre à l'été 1942 s'appuyèrent sur une combinaison de tactiques de formation - principalement la "boîte de combat" et ses variantes - et sur les mitrailleuses de calibre 12,7 mm actionnées par les équipages des B-17.

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Les Boeing B-17 étaient alors numériquement les bombardiers les plus importants de la huitième armée de l'air opérant à partir de l'Angleterre.

Armement du B-17

La défense du modèle B-17C était initialement confiée à quatre des omniprésentes mitrailleuses Browning M2 de calibre 12,7 mm et à une seule mitrailleuse dans la verrière du nez.

La dernière version mise en service du bombardier, le B-17G, était équipée de pas moins de 13 mitrailleuses Browning de calibre 12,7 mm, tirant à une cadence de 750 coups par minute jusqu'à une portée effective d'environ 1,5 km.

Sur le B-17G, ces canons étaient placés dans une double tourelle de menton, une double tourelle supérieure au-dessus du fuselage, une double tourelle sphérique ventrale (appelée "ball turret" par les Américains), une double tourelle de queue, ainsi que quatre mitrailleuses à simple canon pouvant être mises en position de chaque côté du fuselage près du nez du bombardier, dans le compartiment radio de la partie supérieure du fuselage et de chaque de la partie arrière du fuselage.

En règle générale, la tourelle ventrale et la tourelle de queue étaient actionnées par des artilleurs spécialisés, tandis que les autres canons étaient actionnés par n’importe quel membre de l'équipage en fonction des besoins.

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La tourelle de queue était actionnée manuellement, tandis que les autres canons entraînables étaient montés sur des affûts pivotants, ce qui signifiait que leurs servants disposaient d'un champ de tir limité et devaient lutter contre les embardées de leurs avions en essayant d'avoir l'ennemi toujours dans leur ligne de mire.

Ces viseurs étaient initialement du type primitif à anneaux et à billes, remplacés plus tard par des viseurs à réflecteur, ce qui rendait le tir anticipé plus fiable.

Malgré l'impressionnante concentration de puissance de feu, un bombardier individuel restait très exposé, en particulier lors de son approche de la cible, lorsqu'il devait voler en ligne droite et en palier.

Tactiques de formation et d'adaptation

La formation en "combat box", 36 avions par 36 avions, a donc été rapidement développée pour assurer une protection mutuelle, avec des arcs de feu imbriqués fournis par des bombardiers volant en formation et échelonnés à différentes altitudes.

Les chasseurs de la Luftwaffe se trouvaient ainsi confrontés à un problème bien plus important et les bombes étaient livrées à une plus grande proximité de la cible choisie.

Ce dernier point était particulièrement important compte tenu de l'altitude élevée à laquelle ces raids étaient généralement menés.

Cependant, ces tactiques exigeaient également que les bombardiers restent en formation rigide pour réussir, ce qui était contre-intuitif lorsqu'ils étaient attaqués par des chasseurs ou par des tirs affreusement concentrés de la Flak depuis le sol.

Finalement, avec l'augmentation du nombre de bombardiers en vol simultanément, la formation en combat box initiale a été affinée pour devenir la "boîte d'aile", comprenant trois boîtes de 18 avions en quinconce pour un total de 54 bombardiers.

Ce système était particulièrement difficile pour les équipages, car les bombardiers serrés les uns contre les autres se heurtaient aux turbulences et les bombes larguées depuis une formation plus haute risquaient de venir frapper les avions volant en dessous.

Cependant, lorsqu'il était bien formé, chaque caisson d'aile fournissait à tout moment un total de pas moins de 700 mitrailleuses défensives qui pouvaient être utilisées contre tout chasseur se risquant à l’attaquer. C’était devenu une défense formidable.

Si les tourelles d'artillerie des bombardiers étaient conçues pour tirer sur des arcs de cercle garantissant que, par exemple, la dérive de l'avion ne soit pas touchée, il n'en allait pas de même pour les autres bombardiers qui volaient à proximité.

Dans un échange de tir un peu vif, il pouvait arriver que malencontreusement un mitrailleur touche un bombardier voisin.

D'autres changements furent alors apportés à la tactique de la combat box initiale, notamment des formations plus lâches de 27 ou 36 avions lorsque le feu de la Flak se faisait trop intense et que els chasseurs n’étaient plus la principale menace pour les bombardiers.

La nécessité d'un plus grand espacement s'explique par le fait que la détonation d'un seul obus antiaérien provenant d'un canon de DCA pouvait potentiellement détruire plus d'un bombardier.

Lorsque les groupes Pathfinder guidés par radar sont devenus disponibles, ils ont également permis aux bombardiers d'opérer avec une plus grande distance entre eux et d'atteindre leur cible avec une précision raisonnable, même par mauvais temps.

Ainsi la distance entre deux formations en combat box à l’approche de la cible était de 4 miles nautiques (près de 7 ½ km).

Un entraînement considérable était nécessaire au préalable et, pour les missions elles-mêmes, l'assemblage des bombardiers dans leurs combat box nécessitait beaucoup de temps et d'énergie de la part des équipages et consommait un carburant précieux.

Selon certains témoignages, il fallait environ une heure pour se mettre en formation au début d'une mission.

Des "avions d'assemblage" peints de façon particulièrement vive furent notamment utilisés dans les premiers temps pour faciliter le processus.

Réponse de la Luftwaffe et améliorations

Dans le même temps, la Luftwaffe adapta ses tactiques d’attaque pour faire face aux formations de bombardiers de l'USAAF, plus nombreuses et mieux armées.

Les pilotes de chasse allemands passèrent alors à la tactique des attaques "tranchantes" à grande vitesse, consistant comme à trancher la combat box attaquée en passant à toute allure au milieu de la formation.

Un rapport de la Luftwaffe de cette époque indiquait qu'il fallait environ 20 coups de canon de 20 mm (bien plus destructeurs que les mitrailleuses des bombardiers) au but pour détruire un bombardier lourd de l'USAAF lors d'une attaque par l'arrière.

Dans le même temps, un pilote moyen de la Luftwaffe ne touchait un bombardier qu'avec environ deux pour cent des obus qu'il tirait, ce qui signifie qu'il fallait 1 000 obus de 20 mm pour assurer la destruction d'un seul bombardier américain.

Or un chasseur Fw 190 de la Luftwaffe n'emportait que 500 obus de 20 mm.

Il convient également de noter qu'en plus de l'ajout de canons défensifs, les bombardiers reçurent également un blindage plus important et amélioré, ce qui rendait la tâche de la Luftwaffe encore plus difficile.

Selon les études de la Luftwaffe, quatre ou cinq impacts de 20 mm suffisaient à détruire un bombardier lors d’une attaque de face.

Toutefois, ce problème fut également abordé dans le cadre du programme d’amélioration du blindage des bombardiers "lourds" de l'USAAF, et abouti notamment à l’installation d’une tourelle de menton sur les B-17.

Une fois de plus, alors que les bombardiers de l'USAAF ajoutaient des mitrailleuses, la Luftwaffe augmentait à son tour sa puissance de feu, en ajoutant davantage de munitions, des canons de calibres de plus en plus lourds et, plus tard, même des roquettes air-air.

Ces initiatives étaient peut-être motivées par la nécessité de disposer d'armes lourdes susceptibles de détruire un bombardier lourd en un seul passage, mais elles dépassaient de plus en plus les capacités des armes défensives des bombardiers.

Heureusement pour la huitième armée de l'air, la fusée de 21 cm, malgré sa grosse taille, n'était pas très fiable.

"Elle a abattu peu de bombardiers, mais elle a souvent endommagé les avions suffisamment pour les forcer à quitter la formation afin que d'autres chasseurs puissent les achever", a rappelé l'historien de l'aviation Alfred Price.

Lorsqu'ils reprirent, les chasseurs d'escorte à long rayon d'action P-51B étaient désormais là disponibes pour fournir aux B-17 la protection défensive rapprochée dont ils avaient tant besoin.

Volant en tête des formations de bombardiers, les P-51 finirent par arracher le contrôle du ciel à la chasse de la Luftwaffe.

Ils furent aidés en cela par le fait que le cours de la guerre commençait à se retourner contre l'Allemagne de manière plus nette, la privant des ressources dont elle avait besoin pour tenter d'entraver l'offensive des bombardiers alliés.

Entre février et juin 1944, cette combinaison de facteurs permit finalement aux B-17 d'émerger en tant que ressource de survie.

Après les raids réussis de la "Grande semaine" du début de l'année 1944, Berlin pouvait désormais être dans la ligne de mire de l'USAAF.

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