L'assassinat du président Kennedy cache encore de nombreux mystères. Lee Harvey Oswald a-t-il été un pigeon, pour reprendre l'expression de Monsieur X., un personnage manipulé par la CIA ou le FBI ? Est-il le seul coupable ? Y a-t-il eu un complot ?
Aujourd'hui encore, il faut bien l'avouer, on ne sait toujours pas si Lee Harvey Oswald était réellement le seul assassin, le seul tireur. Dans le premier dossier, Monsieur X. a mis en lumière un certain nombre d'erreurs ou d'incohérences, à commencer par l'étrange personnalité d'Oswald, manipulé par certains éléments de la CIA, mais affichant des convictions communistes et sa sympathie pour Fidel Castro.
Si Oswald avait des accointances avec des agents de la CIA, il était aussi très bien connu de l'autre grand service américain, le FBI, pour lequel il était parfois indicateur. Il est même surveillé à Dallas par un agent de ce bureau fédéral.
Le patron du FBI est le tout puissant et quasi inamovible Edgar Hoover, qui exige que l'enquête soit confiée à son service et qui surveillera de très très près la fameuse Commission Warren que le nouveau président Lyndon B. Johnson a créée, n'hésitant jamais à intervenir ou à influencer ses membres. Edgar Hoover, patron du FBI, impliqué dans le complot contre Kennedy ?
Edgar Hoover ne pouvait que se féliciter de la disparition de Kennedy qui voulait que le chef du FBI quitte son poste dès l'âge de la retraite, alors qu'Hoover désirait s'accrocher. Le nouveau président Johnson, désireux de se concilier un personnage aussi puissant, lui offrira aussitôt ce que Kennedy lui refusait. Il mourra à son poste au début des années soixante-dix.
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Il n'avait aucune sympathie pour le clan Kennedy, arrogant et richissime, et il en connaissait les secrets : les turpitudes sexuelles de JFK, la vérité sur son état de santé précaire, les relations aussi de la famille avec des personnages douteux et appartenant même au crime organisé. En tant que chef du FBI, il était placé sous l'autorité directe du ministre de la Justice qui est Robert Kennedy. C'est peu dire que les deux hommes ne s'aimaient pas.
Hoover aurait-il pu participer à un complot contre Kennedy ? Pourquoi pas ? Il pouvait au minimum se contenter de ne pas agir. Edgar Hoover, qui était l'homme le mieux informé des Etats-Unis, savait que quelque chose se préparait contre Kennedy et la loi lui imposait d'informer le Secret Service, chargé de la protection du président, de toute menace pesant contre lui. Il n'en a rien fait.
On peut penser qu'Edgar Hoover pourrait être un complice indirect.
Cette commission est présidée par Earl Warren, alors président de la Cour suprême des États-Unis, assisté de parlementaires, dont Gerald Ford, le futur président des États-Unis, qui entretient d'excellentes relations avec Hoover. On estime que Ford était "l'homme de Hoover" au sein de la Commission Warren. Il y avait aussi des juristes, des experts et l'ancien directeur de la CIA, Allen Dulles, limogé par Kennedy après le désastre de la Baie des Cochons.
Warren était un homme honnête ainsi que beaucoup d'autres membres de la commission, mais ils travaillaient à partir des éléments qu'on leur fournissait. Des preuves avaient disparu et la police de Dallas ne s'était guère montrée attachée à faire surgir la vérité. (Il ne faut pas oublier qu'Oswald a été assassiné dans ses locaux par Jack Ruby, un mafieux notoire).
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Alors, on peut avoir des doutes sur le travail de la police de Dallas et sur les éléments qu'elle a fournis. Cette commission va essentiellement se servir des enquêtes du FBI et des preuves scientifiques : les observations balistiques, le résultat des autopsies, et ce film amateur qui a été miraculeusement tourné au moment de l'assassinat de Kennedy. Objectif : déterminer si Oswald a été le tireur, le seul tireur, et s'il y a eu conspiration, ou pas
Il y a eu deux autopsies. La première a été pratiquée tout de suite au Parkland Memorial Hospital à Dallas et la deuxième à l'hôpital Naval de Bethesda. Les conclusions de ces autopsies sont contradictoires, ce qui ne simplifiera pas les choses. Pour les médecins de Dallas, Kennedy a été tué par une balle tirée de l'avant, pour ceux de Bethesda, la balle mortelle a tiré de l'arrière.
Même confusion au sujet du nombre de balles tirées : 4 pour les uns, 3 pour les autres. A la décharge des médecins, une trachéotomie a été pratiquée sur le corps de Kennedy. Une opération qui a pu masquer les orifices d'entrée ou de sortie des balles.
Dès le départ de l'enquête, c'est la thèse du tireur solitaire qui est privilégiée, tant au FBI qu'à la Commission Warren et même à la Maison Blanche. Et rien ne doit venir perturber cette thèse.
L'arme d'Oswald est une carabine semi-automatique, entre chaque tir, il faut expulser la douille, réarmer, épauler et viser à nouveau sur une cible mouvante qui plus est. Pour un très bon tireur, il faut entre deux ou trois secondes. En chronométrant la scène grâce au film 8 mm qui a été tourné par un spectateur, les spécialistes estiment que le tireur, qui se trouvait dans le bâtiment du dépôt de livres scolaires, n'a pu tirer que 3 balles maximum.
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S'il y a eu une quatrième balle, ça signifie qu'il y a un deuxième tireur, un homme qui se serait peut-être trouvé devant la voiture et non pas derrière, ou même à côté d'Oswald. Et ça change tout ! Alors, il faut absolument s'en tenir aux trois balles.
Les experts en balistique, pour se conformer à "la thèse du tireur solitaire", vont se livrer à de véritables manipulations de la vérité.
Les balisticiens vont inventer ce qu'on a appelé "la balle magique". Cette balle tirée du cinquième étage, à 80 mètres de la voiture présidentielle, ferait un chemin erratique : de l'encolure du président, ressortant de son cou, entre dans le dos du gouverneur Connally, ressort sous son mamelon droit, fracture son poignet et le blesse à la cuisse gauche... et curieusement, cette balle se retrouve quasiment intacte sur un brancard de l'hôpital de Dallas !
Cette histoire de balle magique n'est pas crédible. Conclusion possible : Kennedy et Connally aurait été atteint par deux balles différentes pratiquement au même moment. Ce qui accrédite la thèse des deux tireurs.
Ce film 8 mm, tourné par un spectateur, a été visionné par les membres de la commission. L'analyse image par image commence par démolir cette théorie de la balle magique, parce qu'on voit Kennedy tressaillir sous le choc de la première balle. Et seulement une demi-seconde plus tard, le gouverneur semble atteint à son tour. Par un autre tireur ?
On dira que les images étaient d'une très mauvaise qualité et qu'une rénovation du film pourrait apporter une preuve. Tout cela paraît troublant et Monsieur X. est sûr que les membres de la commission Warren avaient déjà fait leur choix : la thèse du tueur unique Lee Harvey Oswald.
Dix mois plus tard, la commission publie ses conclusions : Oswald, ancien marine converti au marxisme, ayant vécu en RSS, proche des milieux castristes, était un homme instable qui a agi seul. Quant à son meurtrier Jack Ruby, il aurait agi par patriotisme pour venger Jackie Kennedy...
Partout dans le monde, le rapport a été lu avec attention et longuement commenté. Les journaux américains célèbrent les mérites, les efforts, l'honnêteté des commissaires, admirent la solidité de leur travail et sont satisfaits des conclusions. Dans le reste du monde, c'est plutôt un sentiment de soulagement. En Grande-Bretagne, en Allemagne et dans les pays scandinaves, la presse n'exprime guère de réserves. Ailleurs, on se pose encore des questions, même si l'on charge l'histoire d'apporter la lumière définitive. En France, en Belgique et en Autriche, le scepticisme l'emporte.
"Le rapport convaincra sans doute les Américains, mais les Français pensent que tout cela est incroyable", observe Paris Presse. Le Figaro relève les lacunes, les contradictions et les déclarations difficiles à croire dans le rapport Warren. Le Monde soutient qu'une importante fraction de l'opinion publique du Vieux Monde reste sceptique.
Les réactions de l'opinion mondiale inquiètent le gouvernement des Etats-Unis. Il serait regrettable qu'une commission aussi prestigieuse ne soit pas prise au sérieux et que l'image internationale du pays soit ternie par le doute.
Toutefois, les arguments de la Commission n'ont pas convaincu le gouverneur Connally qui a toujours affirmé qu'il avait été blessé par une autre balle que celle qui avait traversé le cou de Kennedy, et le président Johnson qui n'a jamais cessé de croire que Castro avait tenu un rôle dans la préparation de l'assassinat.
Dans un premier temps, les Américains, qui sont encore sous le choc de l'assassinat d'un président aussi populaire, acceptent sans broncher les conclusions de la commission Warren. D'autant que Bobby, le frère de JFK, semble lui aussi accepter cette thèse :Robert Kennedy est bien placé pour savoir que beaucoup de gens ont intérêt à éliminer son frère. Il n'a peut être pas envie qu'on déterre des choses gênantes pour la réputation de son frère et pour l'image du clan tout entier. Il est appelé à prendre la suite de son frère.
Le soir même de sa victoire aux primaires démocrates de Californie, le 5 juin 1968, il est la cible de plusieurs coups de revolver. Il meurt le lendemain, 6 juin, à l’hôpital. Après cette période de deuil, l'opinion américaine commence à s'interroger.
Il y a d'abord tous ces témoins qui disparaissent les uns après les autres. Moins de trois ans après l'assassinat du président, dix-huit personnes qui avaient témoigné sont mortes, de mort violente pour au moins treize d'entre elles, suicide, accident, exécution. Cela fait quand même beaucoup.
On finit par se rendre compte que la commission Warren a travaillé dans la précipitation et a négligé beaucoup d'aspects. Elle n'a pas retenu les témoignages des personnes qui ont affirmé avoir vu de la fumée sur Dealey Plaza, là où aurait pu se trouver un deuxième tireur. Tout cela agite l'opinion.
En 1967, Jim Garrison, procureur de La Nouvelle-Orleans (résidence d'Oswald), décide de reprendre une enquête suite aux évènements de l'été 1963, et notamment aux liens d'Oswald avec la cellule anticastriste dirigée par l'anticommuniste Guy Banister, chargé des actions illégales de la C.I.A aux Etats-Unis. Il découvre qu'Oswald a été manipulé par un dénommé Clay Shaw, homme d'affaires lié à la CIA. Pour Garrison, Clay Shaw est l'inspirateur du complot qui a manipulé Oswald, pour faire porter le chapeau à Castro.
Pourquoi la CIA ou certains éléments de la CIA seraient-ils impliqués dans le complot contre Kennedy ? Il y a un vieux contentieux entre l'Agence et JFK : le désastre de la baie des Cochons.
Lorsque John Kennedy arrive à la Maison-Blanche, début 1961, il trouve sur son bureau un projet de débarquement armé à Cuba. Tout est prêt, le plan a été établi par Eisenhower, le prédécesseur de Kennedy, et par son vice président, Richard Nixon. Kennedy n'est pas très enthousiaste mais ne peut pas reculer, il a pris des positions très dures contre Fidel Castro pendant sa campagne. Mais il va modifier le plan prévu : il demande que soit changé le lieu du débarquement et il interdit tout appui opérationnel de la marine et de l'aviation américaine.
Conséquences catastrophiques, les anticastristes débarqués dans la baie des Cochons sont massacrés ou faits prisonniers. Et le président, qui n'est aux affaires que depuis 4 mois, se défausse et fait porter la responsabilité du désastre à la CIA qui se sent trahie.
La CIA a d'autres raisons d'en vouloir à Kennedy :
Les gens de la CIA avaient de bonnes raisons pour souhaiter la disparition de Kennedy, mais ils n'étaient pas les seuls.
L'extrême droite critiquait ses intentions en matière de droits civiques pour les Noirs, et les fanatiques du Ku Klux Klan représentaient encore une force notable dans le sud des Etats-Unis, surtout au Texas, Etat très conservateur.
Il y avait aussi les puissants milieux pétroliers qui avaient peur que Kennedy ne taxe leurs revenus. Le vice-président Johnson, Texan, était très proche de ce lobby. Un livre récent a accusé Lyndon Baines Johnson d'avoir commandité l'assassinat de Kennedy.
Il y avait aussi la mafia, le crime organisé. Les chefs des principales familles de truands avaient eux aussi d'excellentes raisons de vouloir liquider Kennedy. JFK, c'est un secret de polichinelle, a été élu grâce à un sérieux coup de pouce de la mafia. Son père avait des relations très étroites avec le crime organisé : les trafics d'alcool pendant la période de la prohibition, entre autres, l'origine de la fortune des Kennedy.
Les gangsters estimaient que Kennedy leur devait son élection. Quelques grands parrains de la mafia ont beaucoup perdu avec l'arrivée au pouvoir de Fidel Castro à Cuba. La mafia faisait la pluie et le beau temps dans l'île et gagnait beaucoup d'argent. Les gangsters attendaient de Kennedy qu'ils leur permettent de recouvrer leurs fiefs en chassant Castro. Les tentatives d'assassinat du dirigeant cubain, tentatives perpétrées avec l'accord de Bob Kennedy, échoueront toutes.
Pour tenter d'assassiner Fidel, la CIA fait appel à des gens qui connaissaient bien Cuba et qui a...
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