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La guerre de 1914-1918 a été particulièrement dévastatrice dans le canton de La Bassée, situé durant les quatre années du conflit sur la zone rouge du front occidental. Ce canton comprend 11 communes, le chef-lieu et dix bourgades distribuées de part et d’autre de la Route nationale 41. La Bassée est alors le centre de l’industrie et du négoce local tandis que, de chaque côté de l’axe menant de Lille au bassin minier de Lens et de Béthune, s’alignent les dix autres localités : cinq villages se situent côté Lys, plus ruraux que les cinq autres communes côté Deûle, davantage ouvrières et commerçantes.

Le Retour de l'Institution Scolaire dans le Canton Après 1918

Après plus de quatre années de combats intenses dans le canton, les écoles sont presque toutes détruites et le retour de l’institution scolaire est très délicat à opérer.

Le Problème des Sources

Les sources sont un problème majeur concernant le canton de La Bassée. Les séquelles des opérations militaires y ont été telles que les archives des communes, des paroisses et des particuliers n’ont été, depuis, que récupérées très partiellement. Du fait des incendies de la guerre, aucun des fonds, gardés souvent dans les presbytères, ne subsiste aujourd’hui. Les particuliers disposaient aussi de papiers notariés qui racontaient l’histoire des lieux, mais qui ont été dispersés pendant la Première Guerre mondiale. Il en va de même des collections personnelles de photographies qui participaient à l’histoire quotidienne des localités qui, pour la plupart, ont été brûlées ou vandalisées. Tous ces documents ont disparu durant l’automne 1914 et le printemps 1915. Pour l’après-guerre, les collectes d’archives locales ont pâti du redémarrage difficile tant la reconstitution, la reconstruction et la reprise ont été lentes à se mettre en route. Dans le canton de La Bassée, ces sinistres multiples font que nous ne disposons pas des jalons essentiels pour affiner la compréhension de l’institution scolaire du secteur. Aussi cette absence de sources fait que l’indigence est importante en ce qui concerne les bâtiments scolaires, les registres d’écoles, les élèves, les diplômes, les maîtres.

Il faut distinguer deux types de communes selon leur proximité du champ de bataille. Les premières - les bourgades détruites à 100 % qui sont installées côté Lys, face au front britannique et qui se nomment La Bassée, Illies, Herlies, Fromelles et Aubers - ne disposent quasiment d’aucun document sur notre sujet, conservé localement. Les secondes sont les villages de l’arrière de la zone rouge, situés côté Deûle, qui ont gardé plus ou moins leurs habitants durant les quatre années du conflit ; ce sont Salomé, Hantay, Wicres, Marquillies et Sainghin, auxquels il faut ajouter Fournes. Ces localités ont la chance, relative, d’avoir subi moins d’incendies et de ruines que l’autre partie du canton, et leurs archives sont assez bien fournies. Pour rassembler des sources sur l’école durant la Grande Guerre dans ce secteur à double visage et sur son redémarrage différencié en 1919-1920, il convient de se tourner vers les archives militaires des deux armées en présence. Les Britanniques, restés en lisière du canton durant 4 ans, disposent de peu de références sur la vie quotidienne et ils ne se sont pas intéressés à l’école. Quant aux occupants allemands, il faut les distinguer selon leurs régiments : aux Prussiens, premiers arrivés, ont succédé des Bavarois, des Westphaliens et à nouveau des Prussiens. Leurs archives militaires, conséquentes et groupées par région, qui auraient pu être riches, ont, pour la plupart, été détruites durant les bombardements des villes allemandes de 1944. Seules subsistent, complètes, celles de Munich. Aucun des documents consultés sur place ne contient une seule ligne sur les écoles du canton.

De quelles archives disposer donc ? Au niveau national, nombreux sont les textes et décrets qui stipulent, dès l’armistice, le retour à la norme républicaine mais il faut voir comment ces injonctions ont été appliquées sur place. Sur le plan départemental, les « Statistiques annuelles », si volumineuses durant la première décennie du XXe siècle, sont bien minces en renseignements pour 1919, 1920 et 1921, réunies en un seul volume. On y découvre quels instituteurs sont en place dans le canton sans savoir à quelle date ils ont été nommés. Les relevés méthodiques du très intéressant Guide des sources du Département du Nord sur la Grande Guerre1 sont quasi muets sur le quotidien des écoles du canton. Abondent, par contre, les plans de la reconstitution des bâtiments publics, des groupes scolaires, et les sommes réclamées dans les commissions de conciliation des dommages de guerre.

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À l’échelle des localités, les archives des bourgades sont d’inégale richesse. Dans le cas d’Illies, dès le retour du maire et des habitants durant l’année 1919 et surtout 1920, l’objectif premier étant de trouver à se nourrir, à se loger, à récolter de l’argent pour subvenir aux besoins des familles qui se recomposent peu à peu, le recollement des archives n’est pas le souci majeur. Depuis, offrant un intérêt modéré pour les diverses municipalités qui se sont succédé, l’archivage des documents concernant l’école durant l’Entre-deux-guerres a souffert de lacunes évidentes. Les journaux de guerre et les échanges de lettres des particuliers permettent cependant de disposer de sources complémentaires.

L’état des lieux dans les communes du canton libéré

Les onze localités n’ont pas vécu la guerre de la même façon et ne connaissent donc pas des processus identiques de réadaptation. Mais, pour le comprendre, il faut revenir aux débuts de la guerre afin de saisir les enjeux du secteur. Pour les armées en présence, le canton présente des atouts majeurs : il est d’abord un bon réservoir agricole pour la nourriture des soldats grâce aux terres riches et limoneuses du talus des Weppes. Il est aussi un espace d’industries à la campagne avec ses ateliers textiles et son tissage à la maison, ses filières agro-alimentaires, ses fabriques de tuiles, briques et pots à partir de l’argile et surtout ses productions chimiques - parfums et explosifs - qui font de ce secteur un lieu âprement disputé par les deux camps durant la Grande Guerre. Le second atout est l’axe routier majeur, la RN 41, qui est plus qu’une simple voie de communication ; c’est la desserte stratégique qui mène au nord, à Lille, capitale économique régionale, et au sud aux bassins miniers des Compagnies de Lens et Béthune où travaille une bonne partie de la population des villages. La Bassée est le troisième atout car la bourgade est un verrou ferroviaire et fluvial doublement important puisqu’il mène, par la Deûle, à l’Escaut et aux grands ports de la Mer du Nord au sud-est et, par la Lys et l’Aa, au littoral dunkerquois sur la partie sud-ouest. Enfin une voie ferrée d’intérêt local, récente et bien entretenue, mène de Don à Fromelles et traverse le canton d’est en ouest ; cette ligne, surnommée du nom de son directeur la Ligne Michon, permet de ravitailler depuis les communes de l’arrière tous les villages de la première ligne du front. De ces caractères mi-ruraux et mi-industriels, de ce cumul d’avantages territoriaux, découlent très vite les attaques incessantes dont le canton est l’objet dès le début de la guerre.

Les Britanniques et les Allemands, arrivés conjointement sur la ligne de crête très disputée de la RN 41, les uns depuis Saint-Pol et la côte, les autres depuis la Belgique, s’observent avec des escarmouches jusqu’à l’automne puis c’est la Bataille de La Bassée des 18 et 19 octobre 1914 qui voit la défaite et le recul des Alliés. Les Allemands, vainqueurs, s’installent pour l’hiver. Les onze communes resteront occupées pendant les quatre années de la guerre, d’octobre 1914 à octobre 1918. Mais les modalités sont très différentes selon que l’on est côté Deûle ou côté Lys.

Niveau de destruction dans le canton de La Bassée

Localité du canton de La BasséeDestructions (écoles et maisons)
Fournesde 55 à 100 %4 écoles, 2 réparablesmaisons particulières déjà réparées : aucune
Hantayde 40 à 100 %3 écoles, 1 réparableMaisons particulières déjà réparées : aucune
Marquilliesde 40 à 100 %3 écoles, 2 réparablesMaisons particulières déjà réparées : aucune
Sainghinde 34 à 40 %2 écoles, non réparablesMaisons particulières déjà réparées : aucune
Saloméde 52 à 100 %1 école, réparableMaisons particulières déjà réparées : aucune
Wicresde 40 à 100 %Aucune école n’est relevéeMaisons particulières déjà réparées : aucune

Source : ADN, 9 R 1220, Préfecture du Nord.

Les six localités relevées par la Préfecture du Nord, reprises dans ce tableau, sont celles qui sont situées sur le versant Deûle du talus des Weppes. Elles étaient la base arrière des armées allemandes et ont donc subi l’occupation. Les destructions y sont de deuxième ou troisième catégorie (de 40 à 100 %) et l’ensemble des lieux publics ou privés est souvent réparable. Ces communes du versant sud-est sont la base arrière du front, là où les militaires allemands ont leur zone de logement et de repos, d’approvisionnement et de chalandise, d’État-major et de repli. La guerre y fait moins de ravages et les habitants peuvent choisir de rester chez eux, maintenus à domicile dans les conditions difficiles de l’invasion ennemie. Ce sont Salomé, Hantay, Marquillies, Wicres, Sainghin, auquel il faut ajouter Fournes. Bien qu’on ait peu de renseignements sur ce temps d’occupation, on peut comparer ce secteur à celui de Seclin, mieux renseigné, où l’école, lorsqu’elle n’est pas réquisitionnée, continue de fonctionner à peu près normalement avec le concours des instituteurs restés à leur poste.

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Les cinq localités non renseignées sont celles du côté Lys. Elles sont sur le champ de bataille et vidées de leurs habitants pour la plupart. Ces localités sont touchées à 100 % par les destructions ; les édifices publics et privés y sont totalement en ruines et rien n’y semble réparable. Pour ces communes, où les occupants ont forcé les habitants au départ dès le début de la guerre, aucune école ne fonctionne d’octobre 1914 à octobre 1920.

Au regard de ces deux situations contrastées, il apparaît possible, qu’en dépit de la guerre, quelques élèves du canton de La Bassée, restés dans les localités de l’arrière, subissent avec succès les épreuves du certificat d’études primaires et que quelques-uns passent même leur baccalauréat2. Pour beaucoup d’enfants, cependant, l’heure n’est plus aux études. On peut ainsi apprendre, à la date du 20 juin 1916, par le Comité Central des Réfugiés du Nord, que, « en l’absence des hommes mobilisés ou retenus aux travaux des champs, la garde des maisons est confiée aux enfants3 ».

Le complexe retour des habitants

La rescolarisation, dans l’après-guerre, prendra un certain temps car elle est liée au contexte particulier de la zone rouge du front, interdite au retour et à la circulation durant bien des mois après l’armistice. La « joie intense de la libération » vantée dans les journaux français ne correspond pas ici au « retour dans les foyers des hommes engagés4 ». Le rapatriement des évacués des onze communes s’effectue dans des conditions telles que les populations, éloignées, exaspérées, ne comprennent pas la lenteur qu’on leur impose. D’une part, les bourgades de l’arrière, endommagées par des tirs à longue portée venus de l’Alloeu, voient « l’état psychologique de leur population encore très défectueux » ; l’enseignement des enfants, dans un milieu « d’habitants affaiblis, privés pendant plusieurs années du réconfort moral, souffrant des exigences d’un ennemi brutal et avide », est pourtant une priorité. D’autre part, les localités de la première ligne du front sont tellement détruites que le souci des maires est d’abord à gérer le désobusage et le déminage, et de se concentrer sur les questions alimentaires et de logement. L’école vient après.

Le point de départ de la scolarisation d’après-guerre est donc bien le retour des habitants dans le canton. Il ne s’effectue qu’au prix d’un contrôle extrêmement contraignant, au grand désappointement des réfugiés qui voient s’élever toutes sortes d’obstacles à leur rentrée chez eux, depuis l’ajournement pur et simple, jusqu’au refus sans explications. « Il règne un malaise sourd qui énerve ; la mauvaise humeur est contagieuse. On murmure, on se plaint, on se décourage. Le public est désorienté, dans le désarroi5. » Le motif de ce trouble est que les contrôles des routes sont d’une lourdeur inouïe. C’est le cas le 23 janvier 1919 :

Les difficultés matérielles se manifestaient de façon aiguë. Il n’y avait plus aucun moyen de transport ; on ne trouvait plus un attelage, plus un cheval ; les Allemands avaient tout enlevé. Les voies ferrées détruites ou rendues inutilisables ; les ponts sautés, les écluses comblées, les canaux obstrués, les routes défoncées, tel était le tableau des dévastations causées par l’ennemi qui s’offrait tout d’abord au regard. Les services économiques étaient interrompus, les usines à gaz, à électricité, gravement endommagées. L’eau potable menaçait de manquer en maints endroits. Les industriels privés de la plus grande partie de leur matériel, manquaient aussi de matières premières. Dans les campagnes, les chevaux, les instruments aratoires, les voitures, les harnachements, tout manquait6.

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Le dénuement est tel que le retour des rapatriés est encore quasi impossible. Le 2 février 1919, le Rapport de l’Union des Comités Centraux des Réfugiés des Départements envahis dit que les rapatriés remontent du sud : « Ils arrivent tantôt isolément avec les divers trains de voyageurs, tantôt par convois complets avec des horaires très irréguliers. Ces trains, composés de wagons à marchandises, garnis de paille et parfois seulement de copeaux, viennent se ranger le long du quai militaire à la gare des marchandises ». Il advient que les autorités des communes où arrivent ces trains ne soient pas prévenues alors il faut « expliquer aux malheureux arrivants qu’il n’y avait aucun moyen de les r...

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