Le "boulevard des fusillés" évoque pour beaucoup d'Amiénois les pages les plus sombres de l'occupation allemande entre 1940 et 1944. Pourtant, dans les fossés de la Citadelle, ce sont les pages les plus sombres de l'occupation allemande qui se sont écrites entre 1940 et 1944.
Le 30 décembre 1942, 25 hommes, résistants, communistes pour l’essentiel, étaient fusillés près de Rennes à Saint-Jacques-de-la-Lande sur un site appelé la butte de la Maltière.
Comme eux, ils seront vingt-quatre à être fusillés le même jour, le 30 décembre 1942 à la butte de la Maltière à Saint-Jacques-de-la-Lande près de Rennes. La moitié d’entre eux a moins de 30 ans. Tous ou presque ont été aux Jeunesses communistes avant guerre. Tous sont résistants. Beaucoup travaillent à la SNCF ou à l’arsenal.
Avec cette exécution de masse, les occupants veulent faire un exemple et susciter une forme de terreur dans la population. L’annonce de leur condamnation sera publiée dans Ouest-Eclair. « Leur idée était de créer une rupture entre le mouvement de résistance et la population, analyse Pierre-François Lebrun. Et ça a eu l’effet complètement inverse. Ça a plutôt révolté la population. » Pour preuve, leurs tombes ont été largement fleuries ce qui était pourtant interdit.
La butte des fusillés est depuis devenue un lieu de mémoire emblématique de l’histoire de la résistance en Bretagne. Au-delà, des 25 du 30 décembre, 76 hommes ont été fusillés ici en l’espace de quatre ans.
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Perdu dans les bois et assez mal connu, le site a été entièrement réaménagé en 2017. 76 stèles, portant chacune le prénom, nom et âge des exécutés, ont été installées le long d’une promenade. Sur place, en ce matin de décembre, l’atmosphère est mélancolique. Le froid est glacial. Les arbres qui entourent la butte sont plongés dans un lourd brouillard. Élément sonore rendant la scène assez surréaliste : des détonations résonnent tout à côté, régulières comme un métronome. Des soldats sur le terrain militaire voisin s’entraînent en effet au tir.
Laurent Lefeuvre a participé aux commémorations. « Là, on est gelés et c’est somptueux. C’est beau à couper le souffle, les fils d’araignée se détachent, c’est de la vraie poésie. Et on est là à évoquer les fantômes comme sortis d’une chanson de Jean Ferrat. Avec des détonations, ça résonne, et c’est l’absence en fait qui est mise en scène. »
L’élu et le dessinateur se sont plongés dans les archives, ont retrouvé des photos. Ils se sont attachés, de façon subjective, à certains destins. Certaines histoires. Comme celle de ce couple où le mari sera fusillé et l’épouse déportée. Comme ces frères carriers qui tous deux fournissent des explosifs.
« Il y a aussi Maurice Fourrier qui avait l’air assez fort en gueule. Il a exigé des juges d’être le dernier fusillé pour aider les autres à rester dignes. Il sera le dernier fusillé des 25. Il avait 19 ans, c’était le plus jeune. » Maurice Fourrier est à 19 ans le plus jeunes des exécutés du 30 décembre. C’est également lui, qui le 19 avril 1942 a lancé une bombe au Théâtre de Rennes lors d’une réunion du PPF (Parti Populaire français) présidée par son responsable national, Jacques Doriot.
Laurent Lefeuvre aimerait que huit décennies plus tard, ces sacrifices trouvent un écho auprès des nouvelles générations. Ce sont surtout des gens qui avaient des femmes, des enfants qui avaient beaucoup à perdre. Ils auraient pu rester chez eux. Ils n’ont pas choisi cette facilité-là. C’est ça qui résonne chez nous aujourd’hui. On se dit, aujourd’hui, c’est quoi la facilité ? Elle se cache dans quel comportement, dans quelle fatigue, dans quel renoncement ?
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Laurent Lefeuvre a réalisé des silhouettes de papier des 25 résistants, qui s’affichent sur les murs de Saint-Jacques-de-la-Lande. Laurent Lefeuvre, illustrateur rennais, auteur de bande dessinée, a pu redonner une existence éphémère à ces vingt-cinq fusillés. Il a réalisé pour chacun d’entre eux des silhouettes de papier à partir des éléments qu’il a pu recueillir. Des âges, des adresses, des professions, des passions parfois. Des photos d’identité pour certains « où on se met beau, on se coiffe, on met la plus belle chemise, celle des mariages et des enterrements ». Ils les représentent alors au boulot, sur le vélo, jouant au foot. Tous regardent le passant. « J’ai voulu quelque chose qui soit à hauteur d’homme. » Ces 25 silhouettes de papier sont affichées à plusieurs endroits de la Saint-Jacques depuis le mois de novembre.
L’illustrateur Laurent Lefeuvre et l’élu (et documentariste) Pierre-François Lebrun sur le site de la butte de la Maltière à Saint-Jacques-de-la-Lande près de Rennes.
Jusqu’au 15 janvier, Saint-Jacques-de-la-Lande organise expositions, conférences et rencontres autour de ce 80e anniversaire. Au même endroit, le 6 janvier, le documentaire de Jean-Philippe Jacquemin Contre vents et marées sera diffusé. Le vendredi 13 janvier, la comédienne et philosophe Dominique Paquet proposera à la médiathèque une conférence baptisée « Résister hier et aujourd’hui ».
Au sommet du monument, on retrouve la statue « Pro Patria » de Millet de Marcilly, une statue de femme, allégorie de la victoire, avec drapeau et rameau d’olivier, symbole de paix. À ses pieds sont jetées des armes de guerre : canon, hache, fusil… La hampe du drapeau a aujourd’hui disparu (cf. La statue du bas est un modèle provenant du monument au général Chanzy (Le Mans), réalisé par Aristide Croisy. De nombreux personnages caractéristiques de ce monument ont été reproduits. Sur le socle, originellement sur une plaque de bronze mais aujourd’hui gravé dans la pierre, on peut lire : « Le Souvenir Français 1910 ».
Depuis 4 ans, l'association "Centre Mémoire Somme-Résistance et Déportation" cherche à mettre en valeur ce site méconnu, en créant un petit musée. Pour le président de l'association, le contexte politique européen, réclame d'être vigilant.
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Fusillade du 5 mai 1943
Dans une clairière de la forêt de la Braconne, un peloton d'exécution allemand composé de soldats SS, en transit au camp militaire, exécutait six résistants.
Ils avaient été condamnés à mort le 30 avril 1943 par un tribunal militaire siégeant au palais de justice d'Angoulême lors du jugement d'une affaire importante concernant tous les mouvements animés par les communistes.
Ils étaient plus de cinquante à avoir été arrêtés, six d'entre eux furent fusillés dans le département (pour l'exemple), les autres déportés, et quelques femmes relâchées.
Chef d'inculpation retenu contre eux : « Appartenance à association illégale, complicité avec l'ennemi, actions de francs-tireurs et voies de fait contre la puissance occupante ».
Fusillade du 15 janvier 1944
Huit mois plus tard, un autre peloton d'exécution fusillait dix nouveaux résistants charentais condamnés à mort lors de 2 jugements rendus par le tribunal militaire allemand.
Trois résistants, dans l'affaire dite de « l'Organisation Civile et Militaire » (O.C.M) le 22 décembre 1943 (trois furent exécutés sur les seize condamnations à mort prononcées, les autres furent graciés).
Sept résistants, dans l'affaire dite du « groupe Angoulême-Ruelle » des Francs-Tireurs et Partisans français (F.T.P), le 6 janvier 1944.
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