La vie étudiante en médecine est riche en traditions, parfois controversées, qui façonnent l'identité des futurs médecins. Des fresques dans les salles de garde aux soirées à thème, ces pratiques sont à la fois des marqueurs d'appartenance et des sujets de débat au sein de la société.
La salle de garde apparaît indiscutablement comme le lieu central et spécifique de la vie des internes. Ces usages s’inscrivent matériellement dans l’espace pour transformer d’ordinaires locaux hospitaliers en des lieux « mythiques » que leurs défenseurs donnent volontiers à voir, notamment à travers de constantes références à de brillantes « traditions de salle de garde » supposées disparues ou du moins en voie de déclin. En salle de garde, comme en classe préparatoire, en école d’ingénieur, en école normale, au séminaire, ou dans d’autres groupes fermés, le double processus de déculturation-acculturation qui fonde tout esprit de corps va s’opérer sur les internes.
Aux yeux de l’étranger qui se risquerait à braver les interdits et qui en pousserait la porte, s’offre d’emblée une étonnante vision colorée : ce sont les traditionnelles « fresques de la salle de garde », qui participent pleinement à la construction non seulement du lieu, mais aussi de l’image publique des carabins, et singulièrement à leur sulfureuse réputation. Pour commencer, rappelons qu’il ne s’agit pas de petits tableaux ni de posters décoratifs, mais bien de véritables peintures murales, allant parfois du sol au plafond, quand celui-ci n’est pas également concerné. Outre leurs dimensions, c’est aussi leur représentation des corps qui rend ces images singulières et saisissantes. Quels que soient les thèmes directeurs effectivement retenus et leur mode de traitement (style pictural, compétences artistiques et humour de l’auteur…), l’obscénité doit dominer.
Cependant, ces fresques sont aujourd'hui au cœur de polémiques. Alors qu’en mai 2021, les ministres de la Santé et l’Enseignement supérieur s’étaient engagés à une « tolérance zéro » envers les violences sexistes et sexuelles, les fresques carabines étaient dans le viseur. La DGOS demande donc aux établissements publics de retirer toutes les fresques « à connotation sexuelle ». Une injonction motivée par le Code du travail, selon la DGOS, qui prévoit que l’employeur public est tenu de prendre « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ». Aussi, « la survivance des fresques carabines peut être considérée comme un agissement à connotation sexuelle, subi par une personne et ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant », considère le ministère de la Santé.
Un plan d’action local devra être élaboré entre étudiants et direction hospitalière avant le retrait de chaque fresque, avec un calendrier partagé. Toutefois, faute d’accord, le directeur de l’agence régionale de santé « pourra imposer le retrait » de la peinture. Quant à la préservation de la culture carabine ? « Certaines des fresques ont fait l’objet de mesures de conservation en dehors des salles de garde, solution qui permet de répondre aux enjeux mémoriels et patrimoniaux », tient à rassurer la DGOS.
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Après les fresques dans les salles de garde, les frasques des soirées des carabins sont aujourd'hui la cible des associations féministes. À Rennes, l'antenne locale d'« Osez le féminisme » s'est insurgée de l'organisation par l'association des étudiants en médecine (AAEMR) d'un tonus intitulé « Plombiers vs chaudières », programmé mercredi 5 octobre. Le collectif n'a pas apprécié l'affiche de la soirée étudiante et encore moins l'invitation suggestive qui l'accompagnait. Exprimant son indignation et considérant que la femme est renvoyée au « statut d'objet » pour promouvoir cette soirée, le collectif « Osez le féminisme 35 » a exigé des excuses. L'Université de Rennes 1 a elle aussi dénoncé « toute communication empreinte de stéréotypes, qui puisse porter atteinte à la dignité des personnes ».
Devant l'ampleur de la polémique, l’association des carabins a changé la thématique de la soirée. L'histoire se termine bien puisque l'association étudiante et le collectif féministe ont publié un communiqué commun dans lequel ils annoncent leur volonté de mener des actions communes « contre le sexisme et la misogynie ».
Sollicités à l’occasion d’un sondage en ligne, quelques médecins ont accepté de se confier anonymement au « Quotidien ». Ces témoins nous parlent de drague, de séduction fondée sur des rapports de pouvoirs, d’un métier qui se féminise de plus en plus (sauf aux postes les plus haut placés). Pour les autres, certains agissements ne relèvent pas de cette tradition et vont bien au-delà du jeu de séduction.
Voici quelques témoignages anonymes :
On ne peut décrire la vie des salles de garde en faisant abstraction des personnages qui les dirigent. En effet, chacun s’accorde à affirmer que sans eux, elles seraient condamnées à péricliter et à se transformer en simples réfectoires. Essayons donc de comprendre le rôle et le statut de ces internes pas comme les autres, les économes.
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La simple énumération des différents termes par lesquels leurs subordonnés les évoquent devrait orienter nos hypothèses : grand ordonnateur, chef, tyran, garde des sceaux, grand prêtre, metteur en scène, monsieur Loyal, régisseur, roi… Précisons ici que le terme d’économe est essentiellement parisien, les internats provinciaux étant dirigés par des présidents ou des chefs internes. Ainsi, l’accès au pouvoir des économes se fait plutôt sur un mode archaïque (l’acclamation, la désignation plus ou moins arbitraire), qui emprunte ses modèles à des formes d’exercice du pouvoir également archaïques (la tyrannie, la royauté).
À la tête de l’internat, et avec l’aide du bureau qu’il constitue, l’économe ou le président est, tout d’abord, l’interlocuteur privilégié de l’administration hospitalo-universitaire concernant le travail quotidien et la carrière des internes. Il s’agit là incontestablement d’une « charge de travail » qui peut parfois « apporter des milliards de soucis » et demander que l’on « y passe des heures » puisque effectivement, « les internes gèrent énormément de trucs : le nombre de postes qui vont être mis au choix, les services où on crée et où on ferme des postes… ».
Pour illustrer la vie de carabin, voici un extrait du roman "Une Brune, scènes de la vie de carabin" de Pierre Boyer :
Un matin, comme un étudiant coiffé d'un grand chapeau mou traversait le carrefour de l'Odéon pour se rendre à l'École de médecine, il fut arrêté par une jeune femme brune qui avait la figure couverte d'un voile. - Il y a un siècle qu'on ne t'a vu, fit cette dernière à l'étudiant, d'un air de reproche ; pourquoi n'es-tu pas venu depuis que je te l'ai dit? Le jeune homme semblait un peu décontenancé. D'abord il ne put dire un mot, et il tremblait presque, tandis qu'avec timidité mais non pourtant sans bonheur, il pressait doucement la main gantée de la jeune femme.
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