La France doit continuer à se préparer, et le réarmement est devenu une réalité pregnante.
Au bord de la Méditerranée, l’armée française s’exerce aux « feux dans la profondeur », essentiels pour détruire l’ennemi sur un champ de bataille qui s’élargit.
Pour cela, il faut viser ses batteries d’artillerie, ses postes de commandement, dépôts de munitions et centres logistiques implantés de plus en plus loin de la ligne de front.
Jusqu’à vendredi, la 19e brigade d’artillerie, créée il y a un an, mène son grand exercice baptisé Toll sur un site de la Direction générale de l’armement, implanté au milieu des pins de l’Ile du Levant, sur la Côte d’Azur.
Le scénario: repousser l’ennemi « en détectant ses bases de feu que nous traitons avec le LRU », le lance-roquettes unitaire capable d’envoyer une volée de 12 roquettes à près de 80 kilomètres, et en se défendant avec les moyens de défense sol-air, détaille le colonel Pierre Bernard, directeur de l’exercice.
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Tirer de l’île permet de « tirer face à la mer en toute sécurité » avec des munitions réelles. « Ce matin, on a tiré 10 missiles anti-aériens » Mistral d’une portée de 6 kilomètres « et 2 roquettes de LRU », confie-t-il.
Des drones DT-46 du 61e régiment d’artillerie, tout juste entrés en service, sont déployés pour détecter les cibles.
De la détection de la cible à sa destruction à près de 80 kilomètres de là, trois minutes se sont écoulées.
L’armée de Terre, qui ambitionne de déployer une division de 20.000 hommes en 30 jours en 2027, a besoin de cette « capacité différenciante » qu’est l’artillerie de longue portée.
« La priorité la plus importante pour le futur à mes yeux, c’est celle des feux, d’être capable de détruire. C’est la dimension à travers laquelle on a le maximum d’enjeux à accélérer », confiait récemment le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill.
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Mais les neuf LRU en service - quatre autres ont été cédés à l’Ukraine - sont en fin de vie et il devient urgent de les remplacer, même si « des plans de prolongation sont prévus et doivent nous permettre d’attendre le renouvellement », selon le colonel Bernard.
« On optimise l’emploi, les phases de maintenance, la disponibilité technique permet de s’entraîner et d’être déployé », assure le colonel Olivier Leduc, chef de corps du 1er régiment d’artillerie opérant le LRU.
Une enveloppe de 316 millions d’euros est prévue en 2026 pour acquérir son successeur à l’horizon 2029-2030, qui doit être capable de tirer à 150 kilomètres.
Des tirs de démonstration prévus en mai 2026 doivent évaluer les systèmes proposés par un consortium formé de Safran et MBDA et un autre d’ArianeGroup et Thales.
« C’est à l’issue de cette démonstration qu’on prendra une décision, qui peut être de continuer sur cette solution souveraine, en prenant garde évidemment aux délais de livraison, ou de passer sur d’autres solutions étrangères », affirmait fin octobre devant les députés Emmanuel Chiva, alors délégué général pour l’armement.
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Mais les chaînes de production du Himars américain, acheté par de nombreux pays européens, tournent déjà à plein régime et l’Europuls israélien est « non approprié aujourd’hui », confiait-il.
Voilà des mois qu'ils la réclamaient.
Les Ukrainiens ont obtenu des Etats-Unis l'autorisation de frapper le territoire russe avec des missiles à longue portée fournis par Washington.
Si la Maison Blanche ne l'a pas encore confirmé officiellement, ce feu vert constitue de fait une évolution majeure dans la politique américaine.
Ces missiles ATACMS, d'une portée de 300 km, vont permettre à Kiev d'atteindre à distance des sites logistiques de l'armée russe.
Jusque-là, Kiev pouvait utiliser les missiles à longue portée uniquement contre des cibles russes sur le territoire officiel ukrainien (en Crimée occupée, par exemple, avec plusieurs tirs de Storm Shadow britanniques) ou sur des batteries d'artillerie situées de l'autre côté de la frontière.
Désormais, l'armée ukrainienne pourra donc attaquer, plus fort, des nœuds logistiques, des aérodromes d'où partent les bombardiers russes, et d'autres cibles d'intérêt militaire.
Ces missiles ATACMS, pour "Army Tactical Missile System", devraient dans un premier temps être utilisés pour repousser la contre-attaque de Moscou dans la région frontalière russe de Koursk.
Quelque 50 000 soldats, dont 10 000 Nord-Coréens, y sont actuellement déployés, selon le New York Times, qui cite des responsables américains s'exprimant sous couvert de l'anonymat.
Fin août, l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW), un centre de recherche basé aux Etats-Unis, avait publié une carte de près de 250 installations militaires russes à la portée des missiles livrés par les Occidentaux.
Bases aériennes, équipements de communication, régiments, dépôts pétroliers... Ce "go" des Etats-Unis arrive au moment où les troupes ukrainiennes sont en difficulté sur le front.
De plus, l'Ukraine a encore été la cible de frappes russes massives sur son sol le week-end du 16-17 novembre.
Bilan : au moins 10 morts et une vingtaine de blessés à travers le pays, selon les autorités.
Ce changement de pied de l'administration américaine intervient également quelques semaines avant le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
Pendant sa campagne présidentielle, le républicain s'est montré peu avare de critiques contre les dizaines de milliards de dollars débloqués par Washington pour l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe.
La Maison Blanche est donc engagée "dans une course contre la montre", résume Le Monde.
Washington se refusait jusque-là à donner son feu vert, de peur d'une escalade avec Moscou.
Le retour prochain de Donald Trump au pouvoir a rebattu les cartes.
Le Kremlin n'a pas tardé à réagir.
Son porte-parole Dmitri Peskov accuse les Etats-Unis de "jeter de l'huile sur le feu".
Mi-septembre, Vladimir Poutine avait déjà prévenu : "Si cette décision est prise, cela ne signifiera rien de moins qu'une implication directe des pays de l'Otan dans la guerre en Ukraine. Cela changera la nature même du conflit."
Au niveau rhétorique, les Russes vont probablement faire des déclarations tonitruantes, accuser l'Otan d'être belligérante une nouvelle fois.
Cette levée des restrictions d'usage des missiles figurait dans le "plan de victoire" en cinq axes présenté en octobre par Volodymyr Zelensky.
Ce feu vert ne devrait, toutefois, pas changer à lui seul le cours de la guerre.
Surtout, ce feu vert arrive peut-être un peu trop tard.
L'armée russe semble avoir déjà (en partie) anticipé la levée de cette restriction.
Certains responsables politiques à Kiev ont aussi des doutes sur l'efficacité de ces missiles, à l'image de la députée Maria Ionova, qui siège à la commission des affaires étrangères du Parlement ukrainien.
Volodymyr Zelensky lui-même attend de voir. "Aujourd'hui, de nombreux médias rapportent que nous avons reçu l'autorisation de prendre des mesures appropriées. Mais les frappes ne se conduisent pas à l’aide de mots.
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