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Le fusil Lebel est un incontournable pour toute collection d'armes réglementaires françaises du XIXe siècle. Il fait le lien avec le XXe siècle et les armes qui vont lui succéder : mousquetons et fusils Berthier, fusils Mas 36 et 49/56. Et en plus, il est très beau.

Mais surtout, cette arme est chargée du souvenir des combats de la Grande Guerre. Tous les Français ont entendu son nom, et encore nombreux ceux qui ont toujours chez eux une Rosalie ou une paire de vieilles cartouches Lebel. Sa silhouette est parfaitement cohérente avec celles des armes qui l'ont précédée depuis les fusils modèle 1840. Un fusil français se reconnaît de loin.

Découvrons ensemble les particularités de ce fusil emblématique.

Un Exemplaire Particulièrement Bien Conservé

J'ai eu la chance qu'un tireur de mon club, un ancien qui est en train de se rendre compte que ses enfants et ses petits-enfants se foutent copieusement de sa passion, cherche à transmettre progressivement sa collection autour de lui. Et j'ai eu le plaisir de recueillir ce fusil, et pour une somme toute douce en prime.

Comme on le voit, le fusil est resté beau, le bronzage est assez atténué au niveau du boîtier mais bien conservé sur le canon. La monture en noyer est nickel, juste quelques gnons et griffures, mais c'est solide. La mécanique n'a pas pris une ride, vu que tout baignait dans une bonne graisse : auget, détente, interrupteur de répétition, culasse et tête mobile. Le canon est bien rayé et sans accident, mais comme souvent présentant un peu d'usure.

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Tout est fonctionnel et opérationnel. Et en excellent état.

Démontage et Nettoyage

Pour commencer, j'ai vite constaté que les bois étaient noircis de crasse. Il fallait donc démonter les deux parties de la monture pour la nettoyer. C'est pas simple quand on ne connaît pas le fusil. Il faut se bricoler des têtes de tournevis à ergots adaptées à plusieurs vis de différentes dimensions.

Les chasse-goupilles sont indispensables pour sortir les ressorts des garnitures ainsi que l'axe de retenue de la tête de magasin. Les "outils" (de rebut) ne sont pas très ... joli-joli, mais ils ont fait leur job :

Voici la monture démontée, après lessivage et passages à l'acide oxalique. En particulier, on ne voyait pas que les bois étaient tigrés :

Après remontage sur des bois nettoyés :

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La crosse :

La monture et son étonnant effet tigré :

La plaque de couche, de forme standard retenue par deux grosses vis à bois. Normalement, elle reçoit le numéro du corps d'affectation de l'arme. Mais pas toujours ... Le matricule 93229 de la crosse est mieux lisible :

Sous le boîtier également, même si le marquage du bois a plus souffert, on peut encore voir que c'est au numéro 93229. Juste les lettres index F et P sous le boîtier ne semblent pas reproduites sur les bois (H ?) :

Il faut avouer que la typographie des lettres index est particulièrement difficile à lire ...

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Marquages et Identification

Le canon démonté permet de lire les marquages cachés. Sous le tonnerre, deux poinçons E et deux marques des contrôleurs en charge des deux épreuves. L'une s'assure du bon assemblage du canon sur le boîtier, l'autre est l'épreuve de résistance au tir d'une cartouche spéciale.

Le chiffre 12 permet de savoir qu'elles ont eu lieu en décembre de l'année de fabrication. Enfin le traditionnel coup de burin lors de l'assemblage du canon sur le boîtier :

Il est intéressant de noter que, depuis (au moins) 1840, sur TOUS nos fusils réglementaires, les poinçons d'épreuve du canon sont toujours apposées au même endroit, et toujours dans l'ordre : poinçon du contrôleur/poinçon E/n° du mois de l'épreuve !

Les marquages apposés à gauche du tonnerre. Les initiales FV du fournisseur de l'acier du canon, puis les poinçons du Directeur de la manufacture R et du Contrôleur Principal de l'arme C .en dessous, le matricule 93229 et sa lettre index H cursive, identique à celle de la crosse :

De l'autre côté du tonnerre. Les initiales MA pour Manufacture d'Armes, l'initiale S pour St Etienne et l'année de fabrication du fusil 1888 :

La face gauche du boîtier porte le nom de la manufacture d'origine du fusil sous la forme :

MANUFACTURE D'ARMESSt Etienne

et le modèle du fusil : Mle 1886 M93

Malheureusement, ces inscriptions sont assez peu appuyées ... et, avec le temps, deviennent difficiles à lire.

Le boîtier vu de droite culasse fermée et verrouillée. C'est vraiment une belle arme. Devant le pontet, on voit le bouton quadrillé du levier d'enrayage de répétition - ici en position répétition - donnant la possibilité (!) au soldat de pratiquer le tir au coup par coup, comme sur un fusil Gras.

Ce genre d'accessoire était assez à la mode dans les années 80, en un temps où nos généraux redoutaient le tir "rapide" virtuellement gaspilleur de munitions ... :

Vue de la culasse fermée, chien à l'abattu. Le verrouillage est assuré par deux tenons opposés portés par la tête mobile. On note que le matricule H 93229 est répété sur le massif du levier de manœuvre :

La culasse ouverte sur l'auget. On voit bien la vis assurant la tête mobile sur le corps de culasse. L'excellent état intérieur est bien visible :

Sous le boîtier, le pontet, lui aussi retenu par une f...tue vis à ergots !. Sur le haut du boîtier et du tonnerre, on note deux poinçons N. Ils ont été frappés à partir de 1932 suite à l'adoption de la cartouche de 8 mm Modèle 1932 N. Cette cartouche développée pour les mitrailleuses, était aussi distribuée à l'infanterie.

Sur le fusil 1886 M93, la modification porte sur la chambre et le ressort de percussion.

La Hausse et le Canon

La hausse est fixée au canon par brasure et, lors la modification de 1893, fixation renforcée par deux griffes entourant le canon. Vue de dessus, planchette abaissée, curseur à la position 4. Le cran de mire est donc à la hausse de 400 mètres :

Vue de gauche, les crans marquant les différentes positions et les indications de distances en hectomètres 4, 5, 6, 7 et 8. Ici, la planchette est basculée sur l'avant, dévoilant un cran de mire à la hausse de 250 mètres.

Les griffes sont bien mises en évidence :

Vue de dessus, planchette basculée sur l'avant, montrant:

  • les échelles de distances de 900 à 2400 mètres par paliers de 100 mètres, les distances de 1000 à 2400 sur l'échelle gauche et de 900 à 2300 à droite.
  • le curseur mobile portant son cran de mire.
  • le cran de mire à la hausse de combat de 250 mètres.

N'oublions pas le principal : le canon. Voici une vue des rayures, usées mais toujours bien saillantes :

Rosalie : La Baïonnette du Lebel

Enfin, avant de terminer, comment ne pas évoquer sa "lame sœur", Rosalie, sa compagne : La baïonnette modèle 1886 au fourreau, normalement bronzé noir. C'est une pièce précoce qui possède encore son quillon recourbé en crochet. Il sera supprimé en 1916 :

La lame est une aiguille à quatre arêtes, longue de 52 cm. Telle que, elle ne pouvait servir qu'à planter. Une lame plate aurait au moins permis de couper le bois ou le saucisson ... On voit bien le poussoir de verrouillage :

C'est une baïonnette à soie courte si on en croit cette vue du pommeau plat : Rosalie s'attache très fort au canon, ça ne bouge absolument pas :

Cette vue permet de comprendre l'expression "canne à pêche" :

Dimensions Principales du Fusil Lebel

Enfin, pour terminer cette courte visite, voici les dimensions principales du fusil :

DimensionValeur
Longueur totale[Insérer la longueur ici]
Longueur du canon[Insérer la longueur ici]
Poids[Insérer le poids ici]

Quand à moi, il ne me reste plus qu'à apprivoiser l'arme, sa munition et son rechargement en vue de l'emmener au pas de tir à 100 et 200 mètres. C'est à dire trouver un bon jeu d'outils, des étuis et des ogives, mais aussi les tables de rechargement.

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