Dernière munition de petit calibre de conception nationale, le 7,5x54 Mas connaît un regain d’utilisation auprès des tireurs sportifs. Les modifications du Code de sécurité intérieure de 2012 ont permis de classer en catégorie “C” cette cartouche, avec pour conséquence d’éviter les rechambrages ou recannonages aussi divers que hasardeux. Cette “libéralisation” a permis d’acquérir et d’utiliser, avec de moindres contraintes administratives, une belle partie de notre patrimoine armurier français.
Inutile de revenir sur l’histoire bien connue de la munition de 7,5 mm Modèle 24 dont la trop forte ressemblance avec la 7,92 Mauser allemande a généré de nombreux incidents et dont la faiblesse du culot pouvait provoquer des ruptures d’étui. La longueur de la douille est ramenée à 54 mm en 1929 pour une appellation officielle de « 7,5 x 54 Modèle 1929 C ».
Mis à part la longueur de la douille, la 7,5 Mle 29 C conserve de nombreuses similitudes avec la précédente version, mais deux améliorations lui sont tout de même apportées. L’amorce est modifiée pour devenir le modèle 1924 A renforcée (0,038 g de composition fulminante en remplacement de celle de 0,036 g d’origine). Bien plus visible, la balle ordinaire, qui reste désignée sous le Mle 24 C, garde ses dimensions d’origine mais est pourvue d’une gorge de sertissage. En effet, il avait été constaté que la seule tension du collet était insuffisante pour assurer le maintient correct du projectile dans l’étui avec l’utilisation d’armes automatiques, notamment la mitrailleuse Reibel MAC 31 qui équipait les chars français, mais aussi les jumelages de mitrailleuses de casemate très répandus dans la ligne Maginot. Pour éviter l’enfoncement du projectile dans la douille au moment du chambrage, à partir de 1931, cette gorge est systématiquement présente sur les balles Mle 24 C sans pour autant que sa dénomination ne change.
Notons que ce diamètre est tout à fait comparable à celui de la munition de 7,62 x 51 mm OTAN, ou .308 Winchester. La cote G1 du TDCC de la CIP est de 7,85 mm (1) alors que l’alésage en fond de rayure est de 7,85 mm pour le 7,5 x 54 Mas et de 7,82 mm pour le . 308 Win, alors que le diamètre au plat des rayures est de 7,57 mm pour le premier et de 7,62 m pour le second. Avec des tolérances plus généreuses, notre calibre national est donc à même d’utiliser tous les projectiles disponibles de diamètre .308’’, sous réserve d’un pas de rayure adapté à sa masse et/ou sa longueur.
Cette balle Mle 1924 C, relativement légère, n’est pas sans évoquer celle du 7,92 Mauser de la Première Guerre Mondiale et son projectile Spitzgeschoss, abrégé « S » de 9,9 g (153 gr), dont la vitesse initiale de 878 m/s permettait d’avoir une trajectoire très tendue. Au contraire, les troupes françaises étaient alors essentiellement équipées de la cartouche de 8 mm Lebel à balle Mle 1886 D de 12,8 g (198 gr) animée d’une vitesse de 730 m/s. Animée d’une vitesse initiale de 820 m/s, elle permettait de traiter efficacement avec la hausse réglée à 600 m un homme debout (ou un cavalier) à 600 m, un homme à genou à 500 m et un homme couché à 400 m.
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Le profil d’ogive plus avantageux de la balle Mle 24 C permet d’obtenir un coefficient balistique tout à fait comparable à la DM41 avec un C7 de 0,2 alors qu’elle ne dispose pas de retreint de culot normalement propice à l’augmentation de ce coefficient. Cependant cette base plate n’est pas propice à la tenue en vol sur les longues distances, notamment dans le domaine transsonique.
Dès 1932, la munition de 7,5 Mle 1929 D montée avec la balle Mle 33 D est fabriquée à l’usine du Mans jusqu’au deuxième trimestre 1940. Ce projectile lourd est de forme bi-ogivale pointue à gorge avec un retreint de culot. Ce coefficient balistique a été confirmé lors de tirs sous radar Doppler avec un C7 à 0,306, mais avec une V0 de 750 m/s. Descendante en droite ligne des balles de 8 mm Mle 1886 D et 1932 N, la balle Mle 1933 D n’est pas sans rappeler la schweres Spitzgeschoß (s.S.) allemande (12,8 g ou 197,5 gr pour une V0 de 760 m/s dans le fusil 98K) ou la GP11 suisse (11,3 g. soit 179 gr pour une V0 de 780 m/s dans mousqueton K31).
Citons enfin la cartouche de 7,5 Mle F1 à balle de 7,62 Mle 61 produite au début des années 1980. Le projectile est normalisé OTAN et est donc comparable à la M80 américaine. Même si la production de cartouches de 7,5 x 54 Mas a définitivement cessé vers 1985, des stocks et armements étaient encore récemment en dotation au sein de certaines unités françaises, notamment des munitions sur bandes pour mitrailleuse AA52 éclusées il y a un peu plus d’un an par l’Armée de l’Air. Tirée sous radar Doppler, la balle Mle 61 est comparativement plus performante que la M80 pourtant de masse identique (C7 0,213 pour 0,199).
Calibre exclusivement militaire, le rechargement de la cartouche de 7,5 x 54 Mas (appellation de la C.I.P. depuis son homologation officielle le 14 mai 2007 (révision du 07 avril 2021), était bien difficile pour le tireur sportif. Les amorçages de type Berdan de la quasi-totalité des munitions produites rendaient le réamorçage bien problématique et laborieux. Quelques fabricants étrangers ont cependant proposé des cartouches à amorçage boxer. Citons FNM, société portugaise, mais dont la disponibilité a toujours été problématique pour devenir inexistante aujourd’hui. Le reformage à partir d’autres étuis est toujours possible.
Heureusement, la société serbe Prvi Partizan (PPU), s’est quelque peu spécialisée dans les calibres rares ou obsolètes avec plus ou moins de bonheur (3). Concernant la munition de 7,5 x 54 Mas, il est proposé un seul chargement manufacturé comportant un projectile fortement inspiré de la balle de 7,5 Mle 24 C. Les éléments de rechargement, douilles et projectiles sont régulièrement disponibles, la société ESP étant toujours l’importateur en France.
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Pour rédiger cet article, j’ai donc fait l’acquisition de munitions PPU du calibre éponyme réunissant trois lots différents. Avant de procéder aux premiers essais, j’ai effectué quelques relevés métrologiques comparatifs avec des cartouches d’époque. Ils ont porté sur la masse du projectile et de la charge de poudre, mais aussi sur la distance entre la base de l’étui et une ligne médiane de l’épaulement avec une jauge Innovative Technology.
La valeur de référence sur laquelle a été réglée la jauge I.T. (mise à zéro) a été établie sur une moyenne de 5 étuis du lot PPU n°149-19001 tirés une fois dans l’arme ayant servie à l’ensemble des essais : un Berthier 07-15 modifié 34. Les douilles sont préalablement désamorcées avec un outil universel Lee pour éviter tout défaut de lecture dû à une excroissance de l’amorce.
L’analyse de ce tableau permet de constater que la chambre de l’arme choisie a des tolérances tout à fait à la norme. Il est vrai que mon choix ne s’est pas porté par hasard sur ce 07-15 M 34. Mécaniquement, il est dans un état pratiquement neuf, seule la crosse a subi les vicissitudes du temps, et peut-être de son reversement dans l’armée d’occupation, la présence du discret code LK5 étant apposé sur la partie arrière gauche de la monture.
| Mesure | Lot PPU n°1 | Lot PPU n°2 | Lot PPU n°3 |
|---|---|---|---|
| Masse du projectile | [Donnée 1] | [Donnée 2] | [Donnée 3] |
| Masse de la charge de poudre | [Donnée 4] | [Donnée 5] | [Donnée 6] |
| Distance entre la base de l'étui et l'épaulement | [Donnée 7] | [Donnée 8] | [Donnée 9] |
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