Cet article explore l'histoire du fusil Chassepot, son développement, ses innovations techniques et son rôle dans l'armée française.
Dès 1814, avec le Sieur PAULY, il y a eu en France des travaux portant sur des armes d’épaule à chargement par la culasse. Trop tôt, manifestement, en tous cas pour les responsables de l’armée chargés de l’étude des matériels de l’Armée (le trop fameux « Comité de l’Artillerie »…il ne faut pas oublier que l’Artillerie a été très longtemps considérée comme « l’arme savante » par excellence au sein des armées du monde occidentale, et que ses ingénieurs avaient de grandes compétences techniques. L’un des plus connus des représentant de ce corps de l’Artillerie, simple sous-lieutenant de 16 ans aux environs des années 1785 s’appelait Napoléon Bonaparte…).
Malgré tout, on ne pouvait en rester éternellement au chargement par la « bouche » de l’arme, avec une balle de « gros » calibre, dont les performances n’avaient rien d’exceptionnelles. Un certains nombre de chercheurs français étudient toujours le principe d’un chargement par la culasse, d’autant que le prussien DREYSE qui avait travaillé avec PAULY en 1814, a fait adopter à l’armée prussienne un fusil à « aiguille » de ce type qu’il a mis au point, en 1836.
Parmi ceux-ci, un jeune armurier de 25 ans, appelé Alphonse Antoine CHASSEPOT, conçoit en 1855 à la Manufacture de Châtellerault un système qui attire l’attention. Une première arme est fabriquée dès 1855 sans donner entièrement satisfaction. L’arme est modifiée en 1862. Mais le système d’amorçage « séparé » utilisé ne convient pas totalement pour une arme vraiment « moderne ».
L’élément déclencheur sera finalement la défaite écrasante de l’armée autrichienne, équipée de fusils à chargement par la bouche face à l’armée prussienne équipée de ses fameux fusils « Dreyse » à « aiguille » et chargement « par la culasse », le 03 Juillet 1866. L’Empereur Napoléon III (neveu du précédent Empereur Napoléon Ier) décide que la comédie a assez durée, et qu’il faut que l’armée française se modernise sans plus de délai. La toute dernière version du fusil mis au point par CHASSEPOT convainc enfin les responsables du « Comité de l’Artillerie ».
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Cependant malgré la demande de l’Empereur de conserver la cartouche métallique initialement prévue par l’inventeur, il sera adapté pour utiliser une cartouche « papier » et non « métallique » car cette dernière est jugée trop onéreuse par l’armée, qui craint également une pénurie de munition. Dès 1866, des essais comparatifs se font au « Camp de Châlons », et le CHASSEPOT finit de convaincre de son efficacité. Plusieurs modèles de baïonnettes seront également testés pour accompagner l’arme.
Dès mars1867, toute la Garde Impériale est équipée du nouveau fusil. L’Empereur ordonne que 400 000 armes soient livrées aux troupes avant le 1er Janvier 1868 ! Cette arme est arrivée à tirer jusque 40 coups en 4 minutes aux essais ! Pour l’époque, et pour une arme réglementaire de ligne, c’est une belle performance. A tel point que le système d’armement est modifié pour ralentir la cadence de tir, en revenant à un système d’armement préalable du chien avec le pouce au lieu de l’armement automatique lors de la manœuvre du levier de culasse car l’Etat-Major craint un gaspillage des munitions…
Elle peut tirer jusque 1000 mètres, et plus. Sa munition de 11mm se révèle très précise (elle se révèlera aussi très meurtrière à l’usage…). Elle a une vitesse initiale de 436 m/seconde. L’arme fait 1,30 m de longueur totale, et presque 1,88 m avec sa baïonnette, dans sa version « standard ». La hausse est graduée jusque 1200m. Elle est déclinée en plusieurs versions, de longueurs différentes, comme c’est l’usage dans l’armée française, en fonction des différentes « armes » qu’elle doit équiper : cavalerie, gendarmerie à cheval, à pied, dragons, infanterie, artillerie, etc…
Son efficacité par rapport aux armes équivalentes de l’époque (dont le DREYSE) est due entre autre à son système d’étanchéité de la culasse, obtenu par l’adjonction d’une « rondelle » de caoutchouc vulcanisé. Cette pièce, ainsi que l’aiguille « percuteur » devait être remplacée plus ou moins régulièrement. L’arme que je vous présente ici est un fusil d’infanterie.
Canon rayé de quatre rayures, daté « C 1866 » poinçonné « MI AF », tenon de baïonnette sur le côté droit. Longueur sans la culasse 80 cm, longueur du canon avec la culasse et la queue de culasse 1,01 m. Calibre 11 mm. Guidon sur embase cubique. Culasse en acier trempé sans marquage, elle est mobile et se compose du cylindre forgé d'une pièce avec le levier de manoeuvre, chien coulissant dans un cylindre relié au porte-aiguille par un manchon en T. Monture en noyer avec cachet de réception de la manufacture « MI ... 1866 ».
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Les baïonnettes qui l’accompagnent sont de 2 modèles différents. La première, à manche de bois, est un modèle dit du « Camp de Châlons » qui ne sera finalement pas retenue. Elle est (relativement) rare par rapport à la version finale qui reprend certaines des caractéristiques de la baïonnette du précédent fusil réglementaire « à tabatière » présentée également ici.
La version finale, à poignée laiton, combinée à la lame de la version initiale à poignée bois, est devenue emblématique du fusil CHASSEPOT, avec sa longue lame en forme de Yatagan. Cette double courbure n’est pas un simple effet esthétique. Il trouve sa raison d’être dans la nécessité de passer régulièrement la baguette de nettoyage dans le canon lors de tirs prolongés, la poudre noire encrassant rapidement celui-ci.
Bien que sujette à un encrassement important dû à l'utilisation d'une cartouche à poudre noire, son invention fut retenue et adoptée en août 1866 dans le cadre de la modernisation des forces armées de Napoléon III. Dérivé du fusil d'infanterie d'essai dit du camp de Châlons, le Chassepot fut adopté le 30 août 1866 sous l'appellation officielle de fusil d'infanterie Mle 1866. Dès septembre 1866, le fusil Chassepot fut affecté au bataillon des chasseurs à pied de la Garde et fit ses preuves lors du combat de Mentana en 1867. La première unité à en être doté est le bataillon des Chasseurs à pied de la Garde en septembre 1866 et sa première intervention au combat à lieu en 1867 à Mentana où il y a "fait merveille" selon les propres mots du général de Failly.
Le camp de Châlons naît de la volonté impériale. La guerre de Crimée (1853-1856), bien que victorieuse, a révélé des problèmes d’organisation et de coopération interarmes. Pour former les états-majors à la manœuvre des grandes unités, Napoléon III fait aménager un camp fixe de 12 000 hectares assez vaste pour recevoir 25 000 hommes, 12 000 chevaux et pratiquer des tirs d’artillerie.
Les travaux débutent en novembre 1856 par la construction des bâtiments en briques et pans de bois, et par le creusement des puits. Les villages de toile sont cantonnés par des poutres auxquelles on attache les chevaux ; les allées reçoivent des noms de généraux et de soldats tués en Crimée. Un chemin de fer à voie unique relie Mourmelon à Châlons situé à 25 km, avant d’être prolongé vers Reims.
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Dès 1857, l’empereur inaugure le camp qu’il commande lui-même cette année là, puis il y vient chaque année en famille, drainant des invités de marque et un public nombreux. Le camp est équipé progressivement d’un grand quartier impérial, d’un hôpital transformé par la suite en bibliothèque, de l’éclairage au gaz, d’un bureau de poste, d’un télégraphe et d’un jardin, « le parc de l’Impératrice ».
Pour les cérémonies religieuses, un autel à baldaquin est élevé sur une plateforme à 4 mètres du sol. On vient de loin pour assister à la messe dominicale avec la famille impériale et on apprécie particulièrement le moment de l’élévation lorsque tous les soldats mettent genou à terre et que tonne le canon.
Ses atouts et sa supériorité sur les fusils prussiens Dreyse ne permettent cependant pas de renverser le cours de la guerre de 1870-1871. La défaite de 1871 sonne le glas du Chassepot, ses défauts intrinsèques et les énormes pertes en matériels lui ont été fatals. L'adoption du Mauser 1871 par la Prusse accélerera son remplacement par le système gras 1874. Le Chassepot finira ses jours en arme de surplus vendues par St-Etienne.
| Caractéristique | Description |
|---|---|
| Calibre | 11 mm |
| Vitesse initiale | 436 m/seconde |
| Longueur totale | 1,30 m (1,88 m avec baïonnette) |
| Portée | Jusque 1000 mètres et plus |
| Cadence de tir | 40 coups en 4 minutes (aux essais) |
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