L'idée de placer une mitrailleuse sur un châssis de voiture est aussi vieille que l’automobile elle-même. Au tout début, autour de 1900, les mots servant à désigner cet assemblage sont divers : certains parlent de « mitrailleuse automobile », d’autres utilisent l’expression « automobile de guerre ».
Souvent il s’agit de simples torpédos munis d’affûts de mitrailleuse comme la fameuse Panhard-Genty envoyée au Maroc à la fin de 1907. C’est la Grande Guerre, débutée en août 1914, qui va donner son appellation définitive à ce nouvel engin de combat, avec le mot « automitrailleuse » et sa forme dérivée « autocanon ».
François Vauvillier, né en 1951, fondateur en 1984 de la société Histoire & Collections, aujourd’hui rédacteur en chef du trimestriel GBM, s’est imposé au fil des décennies comme le plus grand spécialiste de l’automobile militaire française de la première moitié du XXe siècle.
Dès 1896, une automobile Panhard & Levassor a été utilisée en location par l’armée pour le transport de l’état major lors de manœuvres. Au printemps 1899, l’engouement général pour l’automobile atteint également l’armée. L’achat de trois véhicules est acté et donne lieu à la création d’une compagnie d’ouvriers d’entretien à Vincennes.
C’est à ce moment qu’intervient le capitaine GENTY, le véritable créateur de l’automitrailleuse en France. La Panhard et Levassor de 24 cv lui est confiée et avec elle il effectue des reconnaissances, des marches d’approche ou des manœuvres d’exploration qui n’ont déjà plus rien à voir avec les simples missions de liaison jusqu’alors confiées aux automobiles. Cette voiture se prête fort bien à ces usages, sa puissance lui donnant une vitesse sur route d’environ 70 km/h pour un rayon d’action de 250 km.
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Haute sur pattes, elle ne craint pas les inégalités du terrain et son cadre en bois armé indéformable lui assure souplesse et solidité. En mars 1898, le ministre de la Guerre, le général Billot, achète la première automobile mise en service au sein des armées, une voiture Panhard. Le général LYAUTEY, commandant la division d’Oran réclame une “mitrailleuse automobile” pour faire face aux troubles du Maroc.
Le capitaine GENTY et sa Panhard-Levassor se mettent en route le 7 décembre 1907 et sont à pied d’œuvre le 18 décembre. Le 4 février 1908, 4000 km ont été parcourus par l’automitrailleuse depuis sa mise en service. La situation au Maroc reste très tendue et la ministère commande 3 nouvelles automitraileuses qui seront livrées dans un délai record qui vaudra à la société Panhard&Levassor de recevoir une citation de la part du ministre des armées.
En 1902, une commission militaire des automobiles, présidée par le colonel Feldmann, examine une voiture de tourisme Charron-Voigt-Girardot aménagée pour une utilisation militaire : les deux places arrière sont remplacées par une tourelle avec une mitrailleuse Hotchkiss (de fabrication française), le tout protégé par un blindage de 8 mm. Il s’agit donc bien d’une automitrailleuse. Mais elle a un double défaut : son poids et son prix !
C’est le capitaine Genty de la Touloubre qui trouvera la solution. Il imagine monter une mitrailleuse Hotchkiss 1901 à refroidissement sur une colonne tronconique en aluminium. Un pivot permet de tirer dans toutes les positions. Il installe le tout sur une automobile Panhard 24-HP. Il pilote lui-même ce nouvel engin, qui prend aussitôt le nom de Panhard-Genty aux manœuvres de 1905 dans l’Aube.
En effet, dès octobre 1914, divers châssis de tourisme se révèlent capables de supporter le tir de petits canons de 37 mm fournis par la marine, équipages compris. Passés plus logiquement à la cavalerie en 1916, ces matériels nouveaux, principalement sur châssis Peugeot et Renault, attendront leur heure de gloire à chaque tentative de rupture du front.
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En Août 1914, quelques unités de cavalerie française sont équipés de Peugeot AM. Dans les premiers stades de la guerre de mouvement, ils ont pu montrer leur plein potentiel dans le soutien de l’infanterie dans des raids derrière les lignes ennemies, mais déjà en 1915, avec la stabilisation du front, ces véhicules ont montré leurs limites en étant reléguée aux patrouilles sur les routes principales.
L’automitrailleuse Renault ED de 1915 est l’un des premiers véhicules blindés français, conçu pendant la Première Guerre mondiale. Elle a été utilisée principalement pour des missions de reconnaissance, de patrouille et parfois de soutien à l’infanterie.
L’automitrailleuse White TBC est un blindé français conçu à la fin de la Première Guerre mondiale. Produite très tardivement, l’automitrailleuse ne joue qu’un rôle très limité avant le 11 novembre 1918 mais jusqu’en 1933 il s’agit de la principale automitrailleuse de la cavalerie française. Les automitrailleuses White servent sur de nombreux théâtres.
Présentes en France, certains rejoignent l’Allemagne pendant l’occupation de la Rhénanie. Elles sont déployées au Maroc, notamment pendant la Guerre du Rif, au Levant, en particulier pendant la grande révolte syrienne où plusieurs sont perdues ou encore en Indochine. La police de la concession française de Shanghai en rachète plusieurs d’occasion dans les années 1920.
En 1922, la société Panhard et Levassor participe avec l’armée au programme AMC n°1. Un châssis d’utilitaire de 20 CV est destiné à recevoir une carrosserie blindée. 60 exemplaires sont construits sous le nom d’AMC 165 puis AMC 175 avec suspension renforcée, ils serviront jusqu’en 1945. Avec le programme de 1923, Panhard et Levassor réapparaît dans le groupe des constructeurs d’engins de combat.
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En 1926, un blindage partiel est monté sur un châssis d’une Panhard 16 cv. Les essais de cette conversion permettant de transformer les véhicules de réquisition en engins de combat ne sont pas concluants. En 1928, un blindage complet est monté sur le même châssis mais les transformations qui en découlent ne permettent plus la modification rapide d’un véhicule civil.
Avec celui de 1931, il y prend une place prépondérante, grâce à un brillant ingénieur ; M. Louis DELAGARDE qui innovera en estimant qu’une automitrailleuse étant un engin spécial, doit être construit spécialement et non pas en partant d’un véhicule de série.
En février 1934, la direction de la Cavalerie adopte ce véhicule sous le nom officiel de “AMD Panhard modèle 1935” mais il sera plus connu sous le nom de la nomenclature maison “Panhard 178” ou sous son sobriquet “La Pan-Pan”. L’engin pèse huit tonnes, est armé d’un canon AC de 25 mm et une mitrailleuse de 7,5 mm.
En 1939, Panhard & Levassor présente un engin assez révolutionnaire sous le nom de « automitrailleuse Panhard 201″une commande de 600 exemplaires est prévue avec éventuellement un armement plus puissant.
Dès la Libération, la France voulut reprendre le combat aux côtés des Alliés avec du matériel d’origine nationale, et en 1945 la Panhard 178 est remise en fabrication avec un moteur de 4 cylindres. Ce modèle sera l’AMD 178 B, équipée d’une tourelle fabriquée par Fives-Lille et armée d’un canon de 47 mm SA 35, baptisée FL 1.
En 1951, le PANHARD EBR, véritable révolution technique fait son apparition, cet engin exceptionnel synthétise toutes les technologies alors accumulées depuis des décennies, ainsi trente années durant demeure-t-il sans équivalent dans le monde militaire des engins blindés de reconnaissance.
La construction symétrique qui permet des fonctions de marche dans chaque sens de circulation, une vitesse sur route de plus de 100 km/h, une grande mobilité en tout terrain grâce à ses essieux supplémentaires, les roues centrales qui se relèvent par commande hydraulique. Le moteur Panhard 12 H 6000 S est un douze cylindres à plat refroidi par air, très compact et qui s’insère sous le plancher.
Ce groupe propulseur dérive du moteur à deux cylindres des Dyna. Mais bien sûr, ce qui fait la particularité de l’EBR c’est sa capacité à rouler indifféremment dans les 2 sens avec les mêmes performances. L’EBR peut évoluer en 2,4 ou 8 roues motrices. Ses 4 étranges roues centrales dites « agricoles » servent aux franchissements difficiles ou à le tirer de l’enlisement. Il est équipé d’une boîte variée 4 vitesses et d’une boîte courte 4 vitesses.
Le PANHARD AML, automitrailleuse légère (AML) équipa l’armée de Terre française au cours des années 1960. Elle était proposée avec un mortier (AML 60) ou un canon (AML 90). La France les a aujourd’hui remplacées mais de nombreux pays africains en possèdent encore. Le Panhard AML 60/90 est un blindé léger dont la transmission 4×4 permanente lui procure une exceptionnelle mobilité.
Elle dispose de deux portes latérales et son moteur est en position central arrière. Le conducteur prend place à l’avant et la tourelle abrite le chef de char et le tireur. L’AML 90 évolua elle aussi donnant naissance à l’AML 90 Lynx. Le VBL (Véhicule Blindé Léger) à été mis à la disposition de l’armée Française en 1990 , son étude et sa mise au point avaient commencé en 1980.
Dernier-né de la gamme Panhard, le « PVP » (« Petit véhicule protégé ») a été commandé par l’armée française en 2004 avec des livraisons dès 2008. En 2005, les entreprises Auverland et Panhard fusionnent, donnant naissance à Panhard General Defense. En 2011, Panhard développe un nouvel engin blindé à la conception innovante dans le cadre du programme Scorpion lancé par la Direction générale de l’Armement française nommé Combat Reconnaissance Armoured Buggy (CRAB).
En 2012, elle est rachetée par Renault Trucks Defense (groupe Volvo) pour environ 60 millions d’euro.
Les Américains réalisent cependant à cette date que le canon de 37 mm n’est pas adapté au combat contre les chars modernes et le programme est réorienté vers la production d’une automitrailleuse de reconnaissance à la place d’un chasseur de char léger. Malgré des réticences de la cavalerie et de l’arme blindée le gouvernement américain impose le M8 et en commande 5 000 exemplaires avant même la fin des essais.
Les concurrents de Ford ne baissent pas les bras et proposent des versions jugées supérieures au M8 mais l’armée n’en commande aucunes jugeant ne pas en avoir besoin. Le baptême du feu des M8 eut lieu en 1943 en Italie. Les équipages le trouvaient rapide, fiable (après résolution des ennuis mécaniques de jeunesse) et suffisamment blindé et armé pour les missions de reconnaissance.
Toutefois, ses médiocres capacités en tout-terrain lui étaient reprochées. Après la fin de la guerre, les M8 servent à assurer les missions de police dans la zone d’occupation américaine en Allemagne, ainsi que pour des tâches similaires au Japon et en Corée. Lorsque la guerre de Corée éclate en 1950, quelques dizaines de M8 sont en service dans l’armée de la Corée du Sud, dont il s’agit du seul véhicule blindé.
C’est toutefois la France qui se révèle être le plus gros utilisateur du M8 dans les décennies suivant la Seconde Guerre mondiale. Le véhicule est employé en grande quantité au sein des Groupes d’escadrons de reconnaissance (GER) et de la gendarmerie prévôtale pendant la guerre d’Indochine, au point que plusieurs centaines d’exemplaires supplémentaires sont achetés aux États-Unis.
Le véhicule est également utilisé pendant la guerre d’Algérie. L’armée vietnamienne récupère une partie des engins français en 1954 et les utilise pendant la guerre du Viêt Nam, des exemplaires supplémentaires étant encore fournis par les États-Unis. La disponibilité et le faible coût du M8 l’amènent enfin à entrer dans l’inventaire des armées de nombreux pays dans le monde entier dans les années 1960 et 1970.
Il se retrouve ainsi souvent dans des conflits de basse intensité et des guerres civiles, notamment en Afrique et d’Amérique du Sud. Comme nous l’avons dit son blindage est faible allant de 3mm (sous la coque) à 19 mm (tourelle et face avant de la coque). L’armement principal du M8 est un canon M6 de 37 mm disposé en tourelle et couplé à un viseur télescopique.
Doté de 80 obus, 16 étaient disponibles en tourelle. Pesant près de 8 tonnes en ordre de combat il pouvait atteindre la vitesse de 89 km/h. Parmi celles-ci se trouvent notamment le véhicule blindé de commandement T26 et le transport de troupe T20. Prenant la dénomination unique de M20[5], il se présente sous la forme d’un M8 sans tourelle, le dessus de la caisse étant entièrement ouvert, le bord de celle-ci étant simplement surélevé par un parapet.
Une troisième version est prévue dès décembre 1942 pour remplir le rôle de véhicule anti-aérien. Le T69 est ainsi un M8 dont la tourelle d’origine est remplacée par une tourelle électrique, armée de quatre mitrailleuses M2 de 12,7 mm.
Marcel Bontemps et l'un de ses camarades sont juchés sur l'automitrailleuse « volée » aux Allemands. Le drapeau français hissé sur la tourelle de l'engin a été confectionné artisalement par Marie Courault, la mère de Simone Bontemps. Cette photographie a été prise à Saint-Saulge en septembre 1944.
Lors de l'entrée à Nevers le 9 septembre 1944, l'automitrailleuse porte des marques (Croix de Lorraine et étoile blanche alliée), absentes sur les deux autres photos prises "a priori" à Saint Saulge où se tenait fin août - début septembre le maquis Julien.
L’engin photographié à Saint-Saulge début septembre 1944 est une automitrailleuse Panhard AMD 178. L’engin nivernais a été dérobé au mois de juillet 1944, aux abords des établissements Renault de Boulogne-Billancourt, qui assuraient la maintenance de blindés d’origine française employés par la Wehrmacht.
L’initiative de cette capture revient à Pierre Henneguier, qui commandait alors le Maquis Julien dans la Nièvre, aux abords du Morvan. Le projet de cette prise a été conçu au printemps 1944. À cette période, Pierre Henneguier dirigeait des équipes de sabotage œuvrant en région parisienne au sein du réseau d’André Rondenay (alias Jarry), délégué militaire de la région parisienne.
L’objectif était de prendre possession d’une automitrailleuse afin de l’employer pour libérer André Boulloche, le prédécesseur d’André Rondenay arrêté le 12 janvier, et son adjoint Ernest Gimpel, en interceptant le train qui les emmènerait en déportation.
À deux reprises, lors d’opérations de sabotage visant les ateliers de réparation pour chars des usines Renault les 15 et 25 avril, les équipes de Henneguier ont vainement tenté de dérober une automitrailleuse Panhard. André Boulloche et Ernest Gimpel ont été déportés le 27 avril.
Le projet a été repris après la montée au maquis d’André Rondenay et de ses équipiers le 6 juin 1944 dans le Morvan. Une automitrailleuse en cours d’essai a finalement été dérobée le 22 juillet à Sèvres par une équipe dirigée par Marcel Bontemps. L’engin a gagné Lormes, dans la Nièvre, par ses propres moyens. L’automitrailleuse a rejoint le Maquis Julien dans le secteur de Saint-Saulge le 7 août.
Elle est signalée comme ayant été employée au combat lors d’un accrochage à Chalaux puis lors d’une importante opération de répression allemande du 12 au 14 août 1944 dans le secteur de Saint-Saulge et Crux-la-Ville. Durant ce combat, lors de la phase de repli des maquis assaillis, l’automitrailleuse a servi à forcer le passage d’un carrefour tenu par l’adversaire.
Elle a ensuite été employée aux premiers jours de septembre pour la capture d’un détachement allemand en retraite, aux abords de Saint-Saulge. L’automitrailleuse a ouvert la marche de la colonne du Maquis Julien lors de son entrée à Nevers le 9 septembre. Pour cette occasion, des marques de reconnaissance ont été adjointes sur son blindage et sa tourelle : la croix de Lorraine et l’étoile blanche alliée.
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