Saint-Étienne, capitale historique de l’armurerie, voit naître un géant qui va révolutionner le commerce français : Manufrance.
Née en 1873 sous le nom de Martinier et Collin, l’entreprise est rachetée en 1885 par les jeunes et ambitieux Étienne Mimard et Pierre Blachon.
Le 17 Octobre, Etienne MIMARD (23 ans) et Pierre BLACHON (29 ans) rachètent la « MANUFACTURE FRANCAISE D’ARMES ET DE TIR » à MM. En 1887, Etienne MIMARD, 23 ans, et Pierre BLACHON, 29 ans (fabricant d’armes), rachètent la « MANUFACTURE FRANÇAISE D’ARMES ET DE TIR » à MM. MARTINIER-COLLIN pour 50 000 F «or».
En 1885, Pierre-Etienne Mimard et Pierre Blachon créent la Manufacture et inventent le "tarif-album" qui consiste à présenter les armes commercialisées par l'entreprise et des articles pour chasseur, afin de les vendre par correspondance.
D'abord située place Villebœuf, à proximité du quartier armurier, l'usine se déplace en 1888 cours Fauriel.
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L'entreprise est avant-gardiste, notamment dans la vente par correspondance par l'intermédiaire du Tarif-Album.
En 1892, s'ouvre le premier magasin de vente à Paris au 42 rue du Louvre.
En 1893 commence la construction des bâtiments du cours Fauriel à Saint-Etienne.
En 1911, la MANUFACTURE FRANCAISE D’ARMES ET CYCLES DE ST ETIENNE devient « MANUFRANCE ».
En 1911, la Manufacture française d'armes et cycles de Saint-Étienne prend le nom de Manufrance et devient une société anonyme ; Etienne Mimard en est le premier directeur général.
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Leur objectif est de proposer des armes de chasse d’une qualité irréprochable.
Le savoir-faire stéphanois trouve à Manufrance un écrin industriel et une organisation rationalisée sans précédent.
L’usine du cours Fauriel, véritable palais industriel, intègre les dernières avancées technologiques pour une production mécanisée.
Manufrance se distingue par son engagement envers la qualité et la sécurité des fusils.
Afin de ne pas mettre en péril la vie de ses utilisateurs, l’entreprise refuse les intermédiaires, et préfère garantir elle-même la qualité de ses produits.
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Pendant la guerre, la Manufacture s'occupe de la remise en état d'armes détériorées.
En juillet 1916, Etienne Mimard commence des démarches pour agrandir les bâtiments, et fabriquer plus d'armes de guerre.
Manufrance a produit une gamme variée de fusils de chasse, chacun ayant ses propres caractéristiques et destiné à une clientèle spécifique.
Le fusil « Idéal » à pontet à lunettes : une arme raffinée et d’un fonctionnement sûr, qui participa au succès commercial fulgurant de la Manufacture d’Armes et Cycles de Saint-Étienne.
Les premiers fusils Idéal relèvent d’un brevet déposé le 27 novembre 1887 et accordé en février 1888.
Ce fusil d’une grande finesse et d’une réelle élégance avait été conçu pour une clientèle aisée, souhaitant avoir une arme de classe.
Le fusil « Idéal » à pontet à lunette fut abandonné en 1907 mais continua à être commercialisé jusqu’en 1909 pour écouler le stock, sans que son mécanisme bénéficie de la moindre transformation notable.
L’excellent fusil « Robust » fut commercialisé en 1913. Ce fusil juxtaposé, est certes moins luxueux que l’Idéal, mais jouit d’une solidité qui justifie bien son nom.
Sa « robustesse » et le prix très accessible des versions de base le rendirent extrêmement populaire dans notre pays.
A sa sortie ce fusil représentait une révolution car à cette époque de nombreux chasseurs étaient équipés de fusil à chiens extérieurs qui tiraient des cartouches a broches et remplies de poudre noire.
La bascule en acier trempé nickel chrome bien dimensionnée accueille un triple verrouillage actionné par la clé sur le col de crosse.
On trouve ainsi un verrou classique transversal en arrière de la tranche de la bascule, épaulé par deux verrous supérieurs prenant dans le prolongement de la bande à l’instar du verrouillage Greener.
Il n’y a donc pas Un Robust, mais plus de 50 versions qui font la joie des collectionneurs…
Dès la fin des années 20, le n°30 était déjà proposé en version S, c’est-à-dire avec un canon rayé « Supra » pour le tir dispersant.
La majorité des canons étaient des 70 cm, chambrés 65, puis 70 mm, mais dès les années 50 sont apparus les versions L à canons de 76 cm (n°222), puis les chambrés magnum 76 mm.
Consciente du fossé budgétaire séparant ses deux modèles Robust et Idéal, la Manufacture développa une version « mixte », le « Robust-Ideal » (n°268 et 274) dès la fin des années 30.
Ils furent suivis des n° 280, 286 et 292 jusqu’en 1961.
En fait ce modèle utilisait le verrouillage de l’Ideal, avec sa fameuse clé en arrière du pontet, mais en version triple au lieu de quadruple verrous, et les canons restés frettés, alors qu’ils sont forgés en demi-bloc sur l’Ideal.
Ces modèles mixtes, à la diffusion plus restreinte, sont hélas rares sur le marché de l’occasion…
Dans les années 1990, la Manufacture renait de ses cendres et ressort le Robust sous quatre références : 322, 324 Mag, 326 bécassier et 450 Express… Mais, c’est déjà une autre histoire !
Beaucoup de numéros proches, donc produits sur la même période, ne diffèrent que par des finitions et options différentes, mais sont issus de la même base.
Elle connaît une expansion rapide puisqu’elle emploie 1000 salariés en 1898 et s’appelle depuis 1892, la « Manufacture Française d’Armes et de Cycles de Saint-Étienne ».
A la mort de Pierre Blachon en 1914, il devient le seul maître à bord et entretient avec son personnel une relation très forte de type paternaliste qui le pousse à envisager de céder la moitié de ses parts à ses salariés à sa mort.
Elle est amenée progressivement à prendre des décisions stratégiques qui, on ne le sait pas encore, vont provoquer inéluctablement la descente aux enfers d’un groupe qu’on croyait pourtant à l’abri des retournements de conjonctures.
En effet, les années soixante continuent à être, au moins officiellement, florissante.
Nous sommes dans les années 70.
Le premier et second choc pétrolier ont frappé de plein fouet Manufrance confronté à une baisse de la consommation et au remboursement d’emprunts pour des investissements structurels colossaux décidés par la mairie propriétaire de l’entreprise.
Elle doit en outre faire face à de nouveaux concurrents qui lui grignotent année après année des parts de marchés conséquentes dans ses métiers de prédilection.
En effet, les différentes directions qui se sont succédés au chevet de l’entreprise de plus en plus malade ont toujours été imprégnées de cette vision paternaliste de leur encombrant ancêtre, Etienne Mimard.
Un exemple parmi tant d’autres.
Alors que l’informatique commence à s’implanter dans l’univers industriel, Manufrance s’y intéresse à reculons.
Conséquence inévitable : la société ne peut plus faire face à ses échéances et demande l’aide des banques pour renflouer les caisses.
Ces dernières reculent devant cette municipalité communiste qui fait peur.
Résultat : en 1979, Manufrance, en tant que société anonyme, est mise en liquidation judiciaire.
Bernard Tapie tente bien de proposer un plan de restructuration mais c’est surtout pour lui un formidable coup de publicité à moindre coût afin de se faire connaître du grand public en profitant d’une situation et d’une exposition médiatique sans commune valeur avec la solution qu’il préconise : ni plus ni moins que le démantèlement des différentes entités afin officiellement de se débarrasser des secteurs déficitaires pour repartir sur de bonnes bases mais officieusement, il s’agit purement et simplement de revendre avec profit les activités rentables et de fermer les autres.
Après deux ans d’une lutte acharnée, la CGT, aidée des derniers irréductibles qui lui abandonnent leurs primes de licenciement pour un montant total de 9 millions de francs, crée en 1981 la Société de Coopérative Ouvrière de Production et Distribution (SOCPD) pour sauver ce qui peut l’être.
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