L'histoire de l'armurerie est intimement liée à l'histoire des arts. Ces objets, à la fois fonctionnels et esthétiques, témoignent des savoir-faire techniques et artistiques des époques. Des musées comme celui d'Art et d'Industrie de Saint-Étienne mettent en lumière cette évolution, en explorant l'iconographie armurière à travers les siècles.
L'imagerie des armes, souvent perçue comme un sujet singulier pour un musée des Beaux-Arts, trouve sa justification dans l'histoire même de l'armurerie. À Saint-Étienne, capitale française de l'armurerie, le musée d'Art et d'Industrie décrypte l'évolution de cette iconographie à travers peintures, gravures, pièces de luxe, publicités, et incursions dans l'art contemporain.
Une affiche publicitaire rare, créée par l'illustrateur Ho Van Lai en 1938, promeut les voyages touristiques de la Grande-Bretagne vers « l'Union indochinoise ». Cette entité, établie par la France en 1887 et ayant existé jusqu'en 1954, est représentée visuellement, reflétant la perception occidentale de ces territoires. Cette affiche, ainsi qu'une autre d'Albert Brenet datant de 1920 pour les Messageries maritimes, témoignent des liens entre l'État français et les compagnies maritimes pour le transport de troupes et de matériel militaire, notamment pendant la guerre d'Indochine.
L'œuvre du peintre italien Giovanni Giani illustre le montage d'une armure de joute de la Renaissance dans la galerie de Beaumont de l'Armeria Reale de Turin. Cette représentation met en évidence le caractère à la fois pratique et artistique de l'armure, symbole de pouvoir et de statut social.
Au XVIIIe siècle, la région stéphanoise se spécialise dans les armes à feu portatives, répondant aux commandes des armées royales et des négriers. La chasse, privilège de la noblesse sous l'Ancien Régime, contribue également à l'essor de l'armurerie. Au XIXe siècle, la pratique de la chasse se démocratise, et les manufactures d'armes se multiplient à Saint-Étienne.
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Au XXe siècle, les armes se démocratisent, et la publicité s'adapte à cette évolution. Une affiche des années 1950, signée Bellenger, transforme l'aristocrate élégant en un personnage rondouillard et rigolard, reflétant l'accès facilité à la pratique de la chasse. Cependant, dès la décennie suivante, un mouvement contraire s'amorce, avec une partie de la société française qui considère les armes comme un symbole de violence.
L'art contemporain s'empare également de cette histoire, à l'instar de Julien Mounier, un créateur local qui façonne des sculptures en fil de fer évoquant l'armurerie stéphanoise. Son travail explore la tension entre la réalité et le mythe, soulignant l'importance de l'armurerie dans l'identité locale.
La Manufacture d'Armes de Saint-Étienne (MAS), fermée en 2002, a marqué l'histoire de la ville et de la classe ouvrière française. Baptiste Deyrail, dans sa bande dessinée "Le Pas de la Manu", rend hommage à cette usine et à ses ouvriers, les "Manuchards". L'expression "Adopter le pas de la Manu" évoque une manière de travailler lentement, un acte de résistance pendant l'occupation allemande.
Le "pas de la Manu" était un acte de résistance pendant la guerre, lorsque la Manufacture d’armes était sous occupation allemande. Travailler lentement était un moyen pour les ouvriers de ralentir l’effort de guerre allemand. Deyrail explore également le concept du travail de "la perruque", où les ouvriers utilisaient le temps et les outils de l'entreprise pour réaliser des travaux personnels. Cette pratique est vue comme un acte artistique, une manière pour l'ouvrier de trouver un sens à son travail.
Les ouvriers de la MAS étaient fiers de fabriquer des outils et des pièces, mais restaient vagues sur le sujet spécifique des armes.
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Contrairement aux ateliers italiens et germaniques, l'armurerie française du XVIe siècle souffre d'un anonymat général, dû à l'absence de poinçons inscrits par les artisans. Cependant, les sources archivistiques révèlent des listes d'artisans parisiens, tourangeaux ou lyonnais ayant travaillé dans la fabrication et la décoration des armures.
L'attribution des armures de luxe, destinées à des commanditaires royaux ou princiers, est une question complexe. L'érudition du XIXe siècle attribuait ces œuvres à Benvenuto Cellini ou Jules Romain, sans preuves documentaires. Plus tard, on a souligné la parenté de leur ornementation avec l'école de Fontainebleau. Le baron Alexandre de Cosson a relevé les caractéristiques formelles des armures réalisées dans le goût français, comparant les pièces du Louvre et d'autres collections européennes.
La mise en évidence d'une "école française" dans l'art de l'armure maniériste repose sur l'existence d'un fonds de 170 dessins d'ornement conservés à Munich. Ces dessins, traditionnellement attribués à Hans Müelich, semblent être des études préparatoires pour les armures ornées "dans le goût français". Bruno Thomas a identifié plusieurs séries de dessins, notamment ceux destinés à Henri II, comprenant des détails décoratifs des lambris de la galerie de Fontainebleau et des études pour des armures "aux emblèmes" et "aux serpents".
La publication d'une étude consacrée à l'écu en cartouche du château de Skokloster a révélé le nom d'Eliseus Libaerts, un armurier et orfèvre anversois. Les archives ont révélé qu'il avait commandé trois armures et trois bardes de cheval dont la livraison s’était avérée problématique. Bien qu'actif dans une ville qui n'est pas réputée pour être un grand centre armurier, Libaerts a largement utilisé des dessins ou des estampes français, dont certains ont peut-être également servi de source à Delaune pour ses propres gravures.
L'érudition dans le domaine de l'armure française est restée prudente sur la question des lieux de création et de l'identification des sources graphiques.
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Le musée d'Art et d'Industrie de Saint-Étienne, rénové par Jean-Michel Wilmotte, conserve trois collections techniques d'envergure nationale et internationale : armes, cycles et rubans. Les collections, initiées en 1833, visaient à instituer un "musée de fabrique". En 1889, Marius Vachon réorganise le musée en Musée d'Art et d'Industrie. Après la Seconde Guerre mondiale, le musée oriente ses acquisitions vers l'art moderne et fonde une collection sur le thème des affiches de cycle. En 2001, le musée réouvre ses portes dans un bâtiment rénové, mettant en valeur ses collections d'art industriel diversifiées.
Le Palais des Arts, construit à partir de 1856, abrite le musée d'Art et d'Industrie. Le bâtiment a connu diverses modifications au fil du temps, reflétant l'évolution de la ville et de son industrie. Le parc du musée, espace naturel classé, offre un écrin de verdure à cet ensemble architectural.
La FN de Herstal, légendaire Fabrique Nationale d'armes, devenue aujourd'hui le "Groupe FN Browning", célèbre son 135e anniversaire avec l'exposition Ars Mechanica - La Force d'Innover. L'exposition retrace l'histoire de l'entreprise, de ses origines dans l'armurerie liégeoise aux technologies de pointe actuelles. Des pièces emblématiques, comme le fusil-mitrailleur EVOLYS, côtoient des chefs-d'œuvre plus anciens, tel le fusil offert à Napoléon Bonaparte en 1803.
Le choix d'un musée des Beaux-Arts pour accueillir l'exposition souligne l'alliance intime entre beauté et fonction, entre art et technique. L’exposition rend aussi hommage aux milliers de femmes et d’hommes qui ont travaillé à Herstal, symbole du savoir-faire liégeois.
Certaines révolutions naissent d’un simple coup du destin. Une rencontre fortuite, une idée qui germe, et c’est toute une industrie qui bascule. C’est exactement ce qui s’est passé en 1897, lorsque John Moses Browning, génie américain de l’armurerie, croise la route d’un représentant de la Fabrique Nationale d’Armes de Guerre de Herstal (FN), en Belgique.
Au milieu du dix-neuvième siècle, les parents de John Moses s’étaient en effet installés dans une région encore sauvage et mystérieuse, l’Utah. Son père, Jonathan Browning (1805-1879), avait été converti au mormonisme par un missionnaire : pratiquant le mariage plural, il eut trois épouses et vingt-deux enfants. Ce fut donc dans une atmosphère particulièrement propice à l’épanouissement de ses dons personnels que le jeune John Moses évolua. Naturellement, bien avant la mort de son père, il reprend petit à petit les commandes de l’entreprise familiale - aidé en cela par son frère, Matthew. Bientôt, l’atelier Browning devient le plus important centre de réparation d’armes de l’ouest américain.
Le 2 avril 1897, le Conseil d’Administration de la Fabrique Nationale (FN) décida d’envoyer son directeur commercial aux États-Unis. Hart O. Au cours de son voyage, Berg rencontra presque par hasard deux armuriers américains : il s’agissait des frères Browning. Heureuse coïncidence : John Moses, qui bénéficiait déjà d’une certaine notoriété dans son pays d'origine, venait justement de déposer un brevet pour un pistolet automatique 7,65mm de son cru... Hart O. Berg eut le nez creux, et fut d’emblée séduit par le concept. Ces qualités, associées à une intuition très juste des désirs des clients, présentaient des avantages considérables du point de vue professionnel.
En 1907, John Moses Browning autorisa la FN à utiliser son patronyme comme marque déposée, ce qu’il n’avait jamais accordé aux grandes firmes américaines qui avaient, auparavant, commercialisé ses premières inventions. Les intérêts et les objectifs communs qui liaient sa propre famille à la société belge se trouvaient ainsi soulignés. La popularité des armes développées par Browning et fabriquées par la FN allait continuer de croître au fil des ans, à la fois en Europe et en Amérique. De 1899 à 1906, le nombre de pistolets vendus atteignit les 250 000 unités. En 1908, ce chiffre fut multiplié par deux, tandis qu’en juillet 1912 le millionième pistolet était assemblé à Herstal. Cet évènement fut d’ailleurs célébré le 31 janvier 1914, lors d'une fête somptueuse à laquelle furent conviés quelque cinq cents invités du monde des affaires et de la politique, dont deux ministres d'Etat.
En plein cœur de la Belgique industrielle, entre acier et charbon, voit le jour en 1925 un fusil qui va redéfinir les standards de l’armurerie : le Browning B25, premier fusil superposé accessible au grand public. Conçu selon des principes mécaniques novateurs, il devient rapidement une référence en matière de fiabilité et de précision. Malheureusement, John Moses Browning n’aura pas l’occasion de voir son chef-d’œuvre finalisé, s’éteignant en 1926. Hélas, il travaillait encore sur ce fusil extraordinaire en tout point lorsque, dans son bureau de Herstal, il mourut le 26 novembre 1926. Il effectuait alors son soixante-et-unième séjour à la FN. Trois décennies de collaboration et d’amitié étaient brusquement endeuillées.
Heureusement, l’un des fils de John Moses, Val Allen Browning, prit soin d’achever le prototype du B25. Grâce aux efforts combinés du père et du fils, ainsi que de ceux des techniciens d'Herstal, le fusil superposé Browning B25 fut commercialisé : modèle incontesté dans le domaine de la chasse et du tir sportif, il fut produit en Belgique à 400 000 exemplaires en l’espace de 45 ans. Le B25 est entièrement fabriqué à la main en Belgique depuis 1931. Autant dire qu’il représente à lui seul le fleuron de la Collection John M.
Le succès du B25 est immédiat, mais la marque ne se repose pas sur ses lauriers. Au fil des décennies, le fusil évolue avec de nouveaux modèles : le B26 et le B27 dans les années 70, suivis du B125 dans les années 80, fruit d’un partenariat avec l’armurier japonais Miroku. Cette collaboration permet à Browning d’augmenter sa production tout en maintenant des standards de qualité exemplaires. Dans les années 90, le B325 puis le B425 viennent moderniser la gamme, avant que le B525 ne marque une véritable rupture technologique en 2003 avec son système innovant de suralésage de canons. Cent ans après la naissance du B25, Browning continue d’écrire l’histoire avec le B825, dernier-né de la dynastie.
Posséder un B25, c’est posséder une œuvre d’art. Dans les deux cas, on hérite de la vision d’un grand maître, et on jouit de son intuition hors du commun. La conception du B25 reflète la parfaite connaissance du monde de la chasse dont était doté John Moses Browning. Chasseur lui-même, il savait qu’un plan de visée unique et une mono-détente sélective seraient préférables aux anciens systèmes.
Qui ne connaît pas la FN de Herstal, cette légendaire Fabrique Nationale d’armes, devenue aujourd’hui le « Groupe FN Browning » en hommage à John Moses Browning ? Réputée dans le monde entier pour ses armes de guerre comme pour ses fusils de chasse, l’entreprise célèbre cette année son 135e anniversaire.
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