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L'étude de l'armurerie des Sarrasins au Moyen Âge révèle un monde de savoir-faire, d'adaptation et d'innovation militaire. Cet article explore l'histoire et l'évolution de cet aspect crucial de la culture sarrasine, en mettant en lumière leurs armes, techniques militaires et leur influence sur les conflits médiévaux.

Les Débuts de la Cartographie Arabe et son Importance Militaire

Bien avant l’ère islamique, les débuts de la cartographie arabe se trouvent dans les traditions orales et les diagrammes esquissés sur la peau, l’os ou le bois. L’avancée des Arabes sous la bannière de l’Islam au cours du septième siècle a nécessité la création d’itinéraires et de cartes routières pour les campagnes militaires : L’ascension de l’Islam a à la fois revigoré l’érudition et exigé des évaluations plus précises du temps et de l’espace.

Au cours de ce que l’on appelle souvent l’âge d’or de l’Islam, le calife al-Mamoun (786-833) envoyait des émissaires de sa cour de Bagdad pour acheter des manuscrits grecs à Constantinople et au-delà, et c’est ainsi que les réalisations cartographiques de Ptolémée furent connues des Arabes plusieurs centaines d’années avant leur redécouverte par les Européens. Les quatre siècles suivants ont été marqués par l’essor de la cartographie arabe, au cours desquels les Arabes sont devenus célèbres pour leur connaissance du monde et leurs réalisations dans divers domaines scientifiques.

La géographie descriptive, une forme d’écriture étroitement liée à la littérature de voyage, s’est développée dans le monde musulman autour du troisième AH/neuvième siècle AD. À partir de cette époque et jusqu’au quatrième siècle hijri, on assiste à une floraison créative de la géographie arabe, bien que ce développement ne suffise pas à expliquer pourquoi une telle abondance d’auteurs a laissé son empreinte dans les annales de la littérature arabe. Ces auteurs ont composé des œuvres d’une telle cohérence de forme et d’aisance que Kratchovsky les a classées comme « l’école classique de la géographie arabe« , bien qu’elles soient également connues sous le nom d’école d’al-masâlik wa al-mamâlik (“Routes et Royaumes“).

Les Armes et Équipements des Ghilmans

J’ai tenté à travers ce projet d’évoquer le costume militaire d’un Ghulam [1] de la fin du XIIème siècle (plus précisément en 1186). Je lui ai choisi une origine Irano-turque, un guerrier issu de la tradition militaire seldjoukide. J’ai principalement basé mon évocation sur l’interprétation des miniatures d’un manuscrit, le « Warqa wa Gulshàh » [2] et un certain nombre d’autres sources écrites comme les mémoires d’Usama Ibn Munqidh [3] ou le traité d’armurerie écrit pour Saladin [4].[1] Les « Ghilmans » ou « Mameluks » sont des combattants très disciplinés, bien équipés et très entraînés.

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La réalisation d’un casque Türk nommé « Khud » est passé par l’observation du manuscrit « Warqa wa Gulsha » (Anatolie - fin du XIIème - début XIIIème) qui montre une grande variété de casques. Ils sont plutôt de forme ovoïde ou en pointe. La lecture des dites miniatures n’étant pas satisfaisant, j’ai cherché des formes approchantes dans les pièces qui nous sont parvenues jusqu’à aujourd’hui.

On en observe à plusieurs reprises dans le manuscrit « Warqa wa Gulsha » (fin XIIème-début XIIIème - Anatolie) portée avec ou sans casque. J’ai décidé de refaire pour le costume de Zahr une ceinture de sabre inspirée de plusieurs éléments que j’ai associés. Elle se compose d’une boucle originale, en forme de lion, qui assure la fermeture par un système ingénieux d’emboîtement (voir photos). Le lion est une figure récurrente de l’art islamique proche oriental des XII et XIIIème siècle.

J’ai tenté ici de fabriquer un casque similaire à celui découvert dans une armurerie de château (Zardkhanah) dans la région du Jazira et daté au carbone 14 des XII-XIIIeme siècles (approx, 1180-1280). Le casque originel est fragmentaire, il se compose de plusieurs morceaux de cuir, laqués et peints sur leur face externe et de plaquettes de bois collées sur la face interne.

Des masses d’une grande variété et d’un usage répandu (incluant tous les peuples moyen orientaux sans exception) furent employées tout au long de la période médiévale au moyen Orient et en Asie centrale. Le monde islamique possède une véritable terminologie en la matière contrairement à l’occident qui ne fait pas de différence entre les types de masses. On distingue deux types : Dabbus (pl. Dababis) et Amùd (pl. Amad).

Le « Qilàdah » est un collier décoratif, auquel est suspendu une queue de cheval, qui est attaché autour de l’encolure du cheval sans pour autant être relié au filet. L’origine de cet ornement est obscure mais sa provenance est probablement centre asiatique, vraisemblablement « Turko-Mongole ». Il se difuse trés rapidement au sein des peuples islamiques.

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Voici une paire de « Khuff » qui sont des bottes portées de manière très courante par les combattants proche et moyen orientaux. Le combat au sabre et à l’arc requiert l’emploi d’un bouclier. J’ai donc entrepris des recherches pour tenter de fabriquer un bouclier pour mon ghulam. Les combattants musulmans utilisent de très nombreuses formes de boucliers.

Le « Sharbush » (Coiffe militaire Türk . J’ai tenté de refaire une coiffe très souvent représentée sur l’iconographie de la fin XIIème - début XIIIème islamique. Il s’agit d’un « Sharbush », une coiffe spécifique portée par les guerriers Türks et attestant ce statut. Son origine remonte certainement loin dans la steppe et sa signification exacte nous reste obscure.

L’usage des lames courbes est assez rare à la fin du XIIème siècle en Terre Sainte, les peuples de l’Islam semblent lui préférer les lames droites (« Sayf ») et parfois de facture occidentale. L’exception vient des Türks dont l’origine nomade les incline a utiliser une arme connue sous le nom de « sabre ». J’ai décidé de refaire faire un sabre pour mon Ghulam dont l’origine est justement Seljoukide.

J’ai du réaliser un vêtement civil de dessus pour mon Ghulam. J’ai opté pour une Yalma, une sorte de Kaftan spécifiquement Türk. Pour la réaliser je me suis principalement inspiré des indications données par David Nicole et Timothy Dawson. Il s’agit d’une tunique ouverte sur le devant, dont l’un des pans recouvre l’autre pour en assurer la fermeture. J’ai utilisé un patron assez simple (ci-joint).

Le « Sirwal » est le premier élément du costume que j’ai réalisé. Il s’agit d’un « pantalon » attaché à la taille par un lacet. Pour ma part je l’ai réalisé en toile de soie écrue. J’ai choisi un patron assez simple, en U évasé. Il existe aussi un modèle en laine adapté aux chevauchées hivernales ou à la pluie qui serait plus ou moins imperméable.

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Je me suis questionné sur les souliers que j’allais choisir de réaliser pour mon cavalier. On observe sur les miniatures du Warqa wa gulshàh des cavaliers chaussés de bottes, toutes les sources mettant en scène des combattants de la région nord iranienne représentent des guerriers également bottés.

L'Influence des Arabes en Sicile

Les musulmans ont régné sur la Sicile pendant deux siècles et quelques décennies, mais leur influence n’a été rien moins que monumentale. Sous leur administration, la population de l’île a doublé, des dizaines de villes ayant été fondées et les cités repeuplées. Les Arabes ont modifié l’agriculture et la cuisine siciliennes. Leurs réalisations scientifiques et techniques étaient remarquables. Plus important encore, ils ont changé la société elle-même.

Les Arabes, qui, à l’époque médiévale, étaient parfois appelés « Sarrasins« xv ou « Maures« xvi, ont été identifiés dès l’Antiquité (dans des documents assyriens datant d’environ 850 avant J.-C.), mais jusqu’au Moyen Âge, ils n’étaient pas unifiés en tant que peuple. Au début du Moyen Âge, c’est l’islam qui a unifié les Arabes et établi le cadre du droit islamique, qui a pu influencer les principes juridiques européens jusqu’au royaume normand d’Angleterre et sa common law.

Au départ, la plupart des musulmans étaient des Arabes, et pendant la domination arabe de la Sicile, la foi islamique leur était étroitement identifiée. On peut dire que la croissance rapide de la culture arabe a été parallèle à la diffusion de l’islam. À l’exception de quelques poèmes, la première grande œuvre littéraire publiée entièrement en arabe a été le Coran, le livre saint de l’islam.

On peut définir les Arabes de manière approximative par les régions où l’arabe était parlé au Moyen Âge et après. Les Arabes étaient un peuple sémitique du Moyen-Orient. Les Berbères du nord-ouest de l’Afrique et du Sahara n’étaient pas des Arabes, bien que nombre d’entre eux se soient convertis à l’islam, aient adopté l’arabe comme langue et se soient assimilés à la société arabe.

Bien que la majeure partie de la Sicile ait été conquise par les Arabes, certaines régions ont été colonisées par des personnes qui, à proprement parler, étaient des Berbères musulmans. Trois dynasties arabes ont régné sur la Sicile - d’abord les Aghlabides (une famille « mineure » basée en Tunisie qui s’était détachée des Abbassides de Bagdad) puis, à partir de 909, les Fatimides, qui ont confié une grande partie de leur autorité aux Kalbides en 948. Cette année-là, Hassan al-Kalbi devient le premier émir de toute la Sicile.

L’Islam se répand rapidement dans toute la Méditerranée, mais en Sicile, la conquête des Arabes est lente. Panormos, qui devait devenir le siège d’un émirat sous le nom de Bal’harm (Palerme) en 948, tomba en 832. Messine est prise en 843. Enna (le Kasr’ Yanni des Arabes, également un émirat) est conquise en 858.

La société, la culture et le gouvernement byzantins étaient étroitement liés au christianisme, et la loi était fondée en grande partie (mais pas entièrement) sur des idées judéo-chrétiennes, mais il aurait été erroné de considérer l’État byzantin comme une théocratie. De plus, comme le christianisme existait déjà dans de nombreuses régions (comme la Sicile) de l’Empire byzantin, il n’était pas toujours nécessaire de l’introduire (ou de l’imposer).

L’Islam, en revanche, était un mode de vie qui ne pouvait pas facilement être séparé de la société elle-même, et c’était une religion auparavant inconnue en Sicile. Cela a évidemment influencé la société arabe en Sicile et ailleurs, même si des efforts ont été faits pour conserver quelque chose de l’ordre établi.

L’administration arabe, si elle n’était pas particulièrement éclairée, n’était pas très dure selon les normes médiévales, mais elle était loin d’être égalitaire. Les chrétiens et les juifs de Sicile (la Sicile était au moins à moitié musulmane en 1060) étaient fortement taxés, et le clergé ne pouvait pas réciter des passages de la Bible ou du Talmud à portée de voix des musulmans. Les femmes chrétiennes et juives (qui, comme les musulmanes, étaient voilées en public) ne pouvaient pas partager les bains publics avec les musulmanes - dont beaucoup étaient d’anciennes chrétiennes converties à l’islam pour contracter des mariages financièrement ou socialement avantageux avec des hommes musulmans. Les non-musulmans devaient se tenir debout en présence de musulmans. On ne pouvait pas construire de nouvelles églises et synagogues, ni convertir les musulmans à d’autres confessions.

Toutefois, une certaine tolérance religieuse prévaut ; il n’y a pas de conversions forcées. Pourtant, un nouvel ordre social se met rapidement en place. À l’exception de quelques marchands et marins, il y avait très peu d’Arabes musulmans en Sicile avant 827, mais on ne peut pas dire que les restrictions juridiques byzantines qui leur étaient imposées, ainsi qu’aux Juifs vivant sur l’île, aient été aussi rigides que celles imposées aux non-musulmans par les Arabes après 850 environ.

Les Arabes ont introduit des systèmes d’irrigation supérieurs ; certains de leurs qanâts (kanats) souterrains coulent encore sous Palerme. Ils ont établi l’industrie sicilienne de la soie, et à la cour du monarque normand Roger II, de grands penseurs arabes comme le géographe Abdullah al-Idrissi étaient les bienvenus. L’agriculture devient plus variée et plus efficace, avec l’introduction généralisée du riz, de la canne à sucre, du coton et des oranges. Ces éléments ont à leur tour influencé la cuisine sicilienne.

Naturellement, l’arabe était très répandu et a eu une influence majeure sur le sicilien. La langue vernaculaire sicilienne était en constante évolution, mais jusqu’à l’arrivée des Arabes, la langue la plus populaire en Sicile était un dialecte grec. Sous les Maures, la Sicile est en fait devenue une communauté polyglotte ; certaines localités étaient davantage hellénophones tandis que d’autres étaient majoritairement arabophones.

En 948, la Sicile arabe, gouvernée depuis Bal’harm avec une faible intervention de Qayrawan (Kairouan), était l’une des régions les plus prospères d’Europe - intellectuellement, artistiquement et économiquement. (À la même époque, l’Espagne mauresque était comparable à la Sicile à ces égards, mais sa société antérieure avait été essentiellement wisigothique plutôt que byzantine).

À l’exception de débarquements occasionnels en Calabre, les Arabes siciliens coexistaient pacifiquement avec les peuples de la péninsule italienne. Sous l’empire des Byzantins, la Sicile a bénéficié de certains contacts avec l’Orient, mais en tant que partie d’un empire arabe plus vaste ayant des contacts plus importants avec la Chine et l’Inde, des développements extrême-orientaux tels que le papier (fabriqué à partir de coton ou de bois), la boussole et les chiffres arabes sont arrivés. Il en va de même pour les inventions arabes, comme le henné.

Byzance n’avait pas oublié la Sicile et, en 1038, George Maniakes,xvii à la tête d’une armée composée de Byzantins, de Grecs, de Normands, de Vikings et de Lombards, a tenté sans succès une invasion de la Sicile. Dans les années 1050, le pape, ainsi que certains chevaliers normands issus de cette aventure ratée, jetaient un long regard vers la Sicile dans l’optique d’une conquête. Ce désir a ensuite été alimenté par des dissensions entre les Arabes de l’île, ce qui a conduit l’émir de Syracuse à soutenir les Normands contre les émirats d’Enna.

Les Normands conquièrent Messine en 1061 et atteignent les portes de Palerme dix ans plus tard, écartant du pouvoir l’émir local, Yousof Ibn Abdallah, mais respectant les coutumes arabes.

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