Le 1er mai 1984, la situation dans laquelle se trouvent les guérilleros de Misura n’est pas seulement difficile militairement parlant, mais plus fondamentalement, ils sont depuis leur départ en exil au Honduras dans une situation tout à la fois nouvelle et en constant remaniement.
D’où, pour beaucoup et pour leurs familles, le sentiment d’évoluer dans un monde tout à la fois incertain et particulièrement instable.
Ces expériences de l’incertitude et de l’instabilité ont commencé pour les guérilleros dès les premiers jours de l’exil et ont, d’une certaine façon, été crescendo lors des premiers entraînements militaires et des premiers combats.
La première nouveauté pour les jeunes activistes de Misurasata qui s’enfuient au Honduras en mars et en avril 1981 ne tient pas seulement à l’exil géographique ou à la décision de se préparer à entrer en guerre, mais bien plus à l’effacement de tous les mécanismes de régulation et d’encadrement qu’ils connaissaient jusque-là.
Il tient aussi à l’impression d’évoluer dans un monde où priment des impératifs de survie à très court terme et au sentiment d’être en permanence livré à l’arbitraire.
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En effet jusqu’alors les jeunes activistes comme les quelques pasteurs qui les ont accompagnés dans leur exil, avaient vécu dans un monde où primaient des normes d’une grande stabilité.
Dans les communautés rurales, les jeunes vivaient à la fois sous l’œil vigilant de leurs familles, comme des autorités religieuses - le Conseil des anciens de l’Église et le pasteur - des nouvelles autorités civiles et militaires issues de la révolution - les Comités de défense sandinistes (CDS) et les postes militaires.
Ils étaient de plus parties prenantes des réseaux militants de la nouvelle organisation indianiste Misurasata.
Si les jeunes jouissaient de plus de liberté vis-à-vis de leurs familles ou de l’Église dans une petite ville comme Puerto Cabezas, ou un bourg comme Waspam, ils restaient pris dans les autres réseaux d’encadrement.
De même, si l’expérience des campagnes d’alphabétisation, tant en espagnol qu’en miskitu, avaient été l’occasion pour beaucoup d’un affranchissement des tutelles familiales comme de celle de l’Église et le moment de la découverte de lieux jusqu’alors inconnus, les alphabétiseurs n’avaient jamais été livrés à eux-mêmes.
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Ils avaient agi conformément aux directives de Misurasata et en étant très étroitement encadrés par les cadres de mouvement indianiste.
De même étaient-ils pris en charge par des familles qui les logeaient et les nourrissaient.
Une fois arrivés au Honduras, les jeunes activistes et les cadres intermédiaires de Misurasata vont se trouver dans une situation où ils ne peuvent plus désormais que compter sur eux-mêmes.
Tous passent par la même expérience de la détresse matérielle.
De même, les pasteurs qui ont fui au Honduras ne peuvent plus compter sur l’appui matériel de leur communauté.
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Les dirigeants intermédiaires cessent de percevoir le salaire des institutions du nouvel État révolutionnaire dont ils étaient le plus souvent les employés.
Enfin, les plus jeunes sont désormais coupés de tout réseau d’entraide familial.
Ainsi, une fois épuisées les quelques provisions que certains avaient eu la précaution d’emporter, les exilés vont-ils être obligés de troquer leurs vêtements contre de la nourriture ou d’accepter des petits travaux pour survivre.
Et beaucoup seront réduits à la mendicité.
C’est dans cette situation de très grande précarité qu’ils vont faire leur première expérience de l’arbitraire et de la défiance.
Car, alors qu’ils s’attendaient à être accueillis à bras ouvert par les Miskitus honduriens de la région frontalière, ils sont perçus comme des fauteurs de troubles.
De plus, les instituteurs métis qui exercent leur magistère dans la région sont en général favorables à la révolution sandiniste.
De même, si certains militaires honduriens, en contact avec la CIA et les Argentins qui entraînent les ex-gardes nationaux regroupés au sein de la Legión 15 de septiembre, voient immédiatement le parti qu’ils peuvent tirer de ces jeunes soucieux d’en découdre avec les sandinistes, d’autres sont plus méfiants et voient en eux des « subversifs infiltrés ».
Ce tout spécialement après que certains des exilés soient repartis au Nicaragua et aient fait à leur retour des déclarations dénonçant l’aide apportée par les Honduriens à la contre-révolution.
Du coup, en mesure de rétorsion, un certain nombre des jeunes exilés seront longuement interrogés puis menacés par la police militaire hondurienne avant d’être finalement libérés.
Les premiers entraînements militaires ne vont nullement marquer la fin des épreuves pour les jeunes Miskitus mais seront au contraire le moment de nouvelles désillusions.
Leurs entraîneurs, anciens gardes nationaux de Somoza, les considèrent peu ou prou comme de la « chair à canon » et ont des comportements parfaitement racistes à leur égard.
L’entraînement est donc à la fois d’une extrême rudesse et parfois des plus dégradants.
Ainsi, les recrues passent-elles plus de temps à faire d’interminables tours de pistes en courant, ou des pompes et de la marche au pas, qu’à faire l’apprentissage des techniques de combat ou à pratiquer le tir.
Et non contents de les épuiser physiquement, leurs instructeurs ne se privent jamais de les insulter de la façon la plus grossière.
De plus, leurs conditions de vie matérielle ne se sont guère améliorées.
Si les entraîneurs mangent abondamment et disposent d’uniformes, de chaussures et d’armes, les jeunes guérilleros sont dépourvus de tout cela.
Ils sont à peine nourris, n’ont généralement plus de chaussures et sont vêtus de loques.
De surcroît, les quelques rares protestataires ont été battus et publiquement stigmatisés, tandis que des « déserteurs » ont été purement et simplement exécutés.
C’est dire que les guérilleros se trouvent dans une situation paradoxale.
Partis avec l’idée de fuir la tyrannie naissante des sandinistes, ils se retrouvent dans une situation où prime l’arbitraire et la violence d’anciens gardes nationaux alliés à certains de leurs dirigeants.
C’est dans ce contexte qu’une partie des recrues va se mutiner, se constituer en un maquis autonome (les cruces) sous la direction d’un ancien garde national miskitu, Nicodemo Serapio, et engager le combat dans la zone de Raïti, à la limite de la Moskitia et du département de Jinotega.
Appuyés par les habitants des communautés qui leur ont fourni de la nourriture et des renseignements, les cruces vont mener une guérilla efficace contre les sandinistes pendant plusieurs mois.
| Période | Défis Principaux | Conséquences |
|---|---|---|
| Mars-Avril 1981 (Début de l'Exil) | Effacement des mécanismes de régulation, impératifs de survie à court terme, sentiment d'arbitraire. | Détresse matérielle, mendicité, méfiance des communautés locales. |
| Premiers Entraînements Militaires | Traitement raciste, rudesse de l'entraînement, conditions de vie précaires, violence et arbitraire des instructeurs. | Désillusions, mutineries, formation de maquis autonomes. |
| Période Post-Exil (1982-1984) | Insécurité alimentaire, pénurie de vêtements et de chaussures, conditions sanitaires désastreuses. | Baisse du moral des combattants, désertions pour aider les familles, sentiment d'incertitude et d'instabilité. |
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