La relation entre les armes à feu et la franc-maçonnerie est complexe, oscillant entre symbolisme rituel, contexte historique et antagonismes idéologiques. Cet article explore les différentes facettes de cette relation, en se penchant sur le symbolisme de l'épée, l'histoire de la franc-maçonnerie en France et les tensions persistantes avec les mouvements d'extrême droite.
L’épée est omniprésente dans la tradition maçonnique, quel que soit le rite concerné. En loge, les Maîtres maçons utilisent leur épée, en particulier lors des cérémonies d’initiation ou pour former la voûte d’acier. L’épée du Vénérable Maître est particulière : c’est l’épée flamboyante, ou épée torsadée, de forme ondulée comme pour imiter la flamme. De manière générale, l’épée est associée à la noblesse, à la chevalerie et au pouvoir royal.
L’épée représente autant la force (ou l’autorité) que la Justice : elle sert à trancher, à décider, à discerner. Elle est lucidité et équilibre. Symbole de dualité (les deux tranchants), l’épée est aussi la voie du milieu (le fil de l’épée) qui incite à la réconciliation de tous les contraires. Les chérubins ferment le paradis à Adam et Eve : ils protègent l’espace sacré, ce lieu de connaissance, d’innocence et de bonheur.
On retrouve la même signification dans le fait que le Vénérable Maître brandit l’épée flamboyante au moment de l’ouverture et de la fermeture des travaux : par ce geste, il annonce notre entrée dans un lieu très saint qui, pour être compris, nécessite un effort de recentrage. A noter que l’épée flamboyante se retrouve aussi sur le sautoir du frère Couvreur. Se tenant près de l’unique porte de la loge, le Couvreur est le gardien de l’entrée, du passage vers l’espace-temps sacré.
L’épée flamboyante est utilisée lors de la consécration, qui est le moment où le récipiendaire est « adoubé » par le Vénérable Maître. Ici, l’épée est le signe de la transmission de la lumière sacrée, d’origine divine, remise par celui qui représente, en loge, le Principe supérieur. Placé sous la lumière divine, un genou à terre en signe d’humilité, le récipiendaire renonce à lui-même. Au final, l’épée flamboyante est le signe que le Vénérable Maître exerce un pouvoir de nature royale, mais dont l’origine est divine. Car le Vénérable Maître n’est autre que le représentant du Grand Architecte de l’Univers en loge. Tenant l’épée, le Vénérable Maître nous montre le chemin. Il éclaire les marches de notre progression initiatique et spirituelle, il nous permet de franchir les étapes afin que nous nous rapprochions toujours plus de la vérité, sans risquer de nous égarer.
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Arme chevaleresque par excellence, l’épée s’inscrivait d’autant plus aisément dans la pratique maçonnique que, dans les différents rites qui s’élaborèrent au XVIIIe siècle, la maçonnerie française devait associer à la thématique du métier, de la construction, celle de la chevalerie.
Dans le glossaire de la Franc-maçonnerie, le terme Armes désigne, de manière symbolique et rituelle, les verres utilisés lors des agapes (banquets fraternels post-tenues). Toujours employé au pluriel, il évoque un alignement ordonné et harmonieux des verres sur la table, comme une batterie d’armes prêtes au tir. Cette expression, riche en métaphores militaires et symboliques, souligne l’ordre, la discipline et la solidarité maçonniques pendant ces moments de convivialité.
Le terme « Armes » provient d’une tradition maçonnique du XVIIIe siècle, influencée par les usages militaires et aristocratiques de l’époque. « Aligner les armes » signifie disposer les verres en lignes parfaites, symbolisant l’ordre cosmique et la géométrie sacrée. Chaque verre est « chargé » (rempli), prêt à « tirer » (trinquer) en unisson.
Lors des agapes, le Vénérable Maître ordonne : « Chargez les armes ! » (remplir les verres). Puis, après le toast, « Feu ! » (trinquer en heurtant les verres). Les armes représentent la « guerre sainte » intérieure contre les vices. Les agapes sont un prolongement des travaux, un banquet rituel où la convivialité renforce les liens. Elles rappellent que la maçonnerie est un art de vivre en fraternité, où même le geste de trinquer élève l’âme.
La naissance de la critique à l'encontre des francs-maçons en France remonte à la fin du XVIIIe siècle. Au sein des milieux contre-révolutionnaires et catholiques naît alors une théorie du complot, exprimée publiquement par l'abbé Barruel au début du siècle suivant, selon laquelle francs-maçons et juifs auraient noué une alliance secrète contre les valeurs de l'Église et de la royauté. De façon plus large, ils se seraient unis dans le but de dominer la société française et le monde.
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«La franc-maçonnerie est alors perçue comme un mouvement libéral cherchant à miner et/ou à détruire les sociétés traditionnelles, fondées sur le respect de la hiérarchie sociale et de la religion», précise-t-il. Cela peut notamment expliquer le rapprochement entre l'antimaçonnisme et l'antisémitisme au cours de l'histoire, ajoute Stéphane François. «La fusion avec l'antisémitisme s'est faite facilement puisque l'extrême droite voyait la même action chez les juifs. L'antisémitisme et l'antimaçonnisme sont étroitement liés.
Adolf Hitler reprendra également la théorie du complot judéo-maçonnique pour dénoncer la mainmise des francs-maçons et des juifs sur le monde, note Séraphin Alava, maître de conférences à l'Université Toulouse-Jean-Jaurès et membre de la Chaire Unesco en prévention de la radicalisation et de l'extrémisme violents. «Les mouvements néonazis, comme les mouvements identitaires d'extrême droite ont, depuis le XIXe siècle, mis au centre de leurs haines les juifs et les francs-maçons», explique-t-il.
Désormais, le rejet de la franc-maçonnerie de la part de l'extrême droite est surtout idéologique. Tout ou presque oppose les deux groupes. «L'extrême droite française s'appuie sur les principes de supériorité des races (suprémacisme), d'ancrage de la nationalité dans les origines des parents, de la haine contre l'idéal républicain et la démocratie, décrit le maître de conférences.
Les principales caractéristiques de la franc-maçonnerie ne manquent pas non plus d'attiser les suspicions de ses opposants. Au-delà du fait que la franc-maçonnerie représenterait une force de subversion de la société et des croyances traditionnelles, c'est donc bel et bien «ce caractère secret, ses rituels, la notion même d'initiation qui distingue l'adepte du profane», qui préoccupe avant tout l'extrême droite, observe Jean-Yves Camus. «Son soupçon porte sur le fait que ce qui est “secret” est nécessairement malfaisant.
Avec l'évolution de notre société, le gouffre qui sépare les deux entités semble se creuser toujours davantage. De nos jours, pour l'extrême droite, «la franc-maçonnerie inciterait au choix, à l'émancipation féminine et au déclin de la natalité (notamment via la pilule et l'avortement), au communautarisme et à la déliquescence des mœurs», ajoute Stéphane François, notamment parce que certaines obédiences, dont le Grand Orient de France, ont soutenu le mariage pour tous.
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Pour autant, les actions violentes de groupuscules d'ultradroite à l'encontre des francs-maçons restent extrêmement rares. Cette animosité se traduit plutôt par la diffusion de contenus alimentant la thèse d'un supposé complot maçonnique par le biais de publications en ligne, de livres et de conférences -bien que des manifestations devant les loges aient déjà eu lieu dans le passé.
D'un point de vue plus général, l'antimaçonnisme est aussi un moyen utilisé par les ultras afin de «mettre en avant des figures boucs émissaires pour faire monter la colère et donner le sentiment d'une nécessité urgente du soulèvement ou du coup d'État», estime Séraphin Alava. Selon les mouvances, les cibles responsables de tous les maux ne manquent pas.
Enfin, la diffusion de la théorie du complot maçonnique fait partie d'une tendance globale: celle du développement des récits complotistes au sein de l'extrême droite, mais aussi dans de multiples strates de notre société.
Dans le Rite Écossais Primitif (REP), l'épée et le glaive sont destinés à former un écran protecteur qui abrite l’Impétrant de toute influence extérieure. L’épée est une pièce simple et dépourvue de tout ornement, sa lame est droite et la garde est en forme de croix tréflée (couleur or) sans décors ajoutés.
Durant les Travaux aux Grades symboliques, après avoir pris place sur les Colonnes et les Dignitaires siégeant à l’Orient, tous sont munis de l’Epée, y compris les Apprentis qui auront reçu l’instruction appropriée à son maniement. L’épée du Vénérable est à l’identique des Epées portées par tous les Membres, au titre d’une arme symbolique dont le double tranchant représente la justice.
Elle est portée par le Frère Terrible (Expert ou Introducteur, mais encore Tuileur ou Couvreur en d’autres Rites), pour être une arme protectrice et seulement temporelle, et qui pour écarter les profanes aura à vérifier la qualité maçonnique de certains Visiteurs avant leur entrée dans le Temple, et cela sur instruction du Vénérable. Le bijou d’Office du Maître des Cérémonies comprend deux épées entrecroisées à l’oblique, pointes dirigées vers la Terre (matière et temporel), la garde vers les Cieux (spirituel et intemporel), séparées d’une canne verticale qui relie ce qui est en-haut à ce qui est en-bas.
| Symbole/Rôle | Signification | Utilisation |
|---|---|---|
| Épée Flamboyante | Force, Justice, Autorité Royale, Lumière Divine | Cérémonies d'Initiation, Voûte d'Acier, Consécration |
| "Armes" (Verres) | Ordre, Discipline, Solidarité | Agapes (Banquets Fraternels) |
| Épée du Frère Terrible | Protection du Temple contre les Profanes | Inspection des abords du Temple |
| Épée du Maître des Cérémonies | Bon Ordre des Travaux, Force et Action | Garant du bon déroulement des Travaux |
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