Derrière le nom de cette emblématique arme de défense, se trouve un véritable morceau d’histoire. L'arme de poing Apache est un étonnant mélange entre un revolver, un poignard et un poing américain, une arme de corps à corps des plus surprenante. Ces armes combinent à la fois une arme à feu, une arme blanche et une arme contondante.
L'un des précurseurs est l’arme américaine « The Sure Defender ». C’est un pistolet à un coup à percussion équipé d’un poignard et dont la poignée fait office de coup-de-poing. Aussi bien la lame que le canon sont pliants.
Aux environs des années 1870, deux inventeurs belges de Liège, Louis Dolne et Joseph Delhaxe proposent leurs versions. Leurs armes sont ensuite nommées revolvers « Apache » et cela bien que les membres de ces bandes parisiennes ne les aient jamais utilisés.
Louis Dolne protège son invention par des brevets en 1869, 1870 et 1875. Le revolver Dolne est dépourvu de canon. Son long barillet cannelé le fait ressembler à une poivrière. Ce revolver ne fonctionne qu’en double action.
Cette arme est chambrée pour les munitions à broche de 5 ou de 7 mm. Elle est déclinée dans de nombreux types de finitions. La lame, située sur le côté gauche de la carcasse, se déplie vers l’avant et se bloque par cran d’arrêt. Dépourvu de portière de chargement, ce dernier s’effectue après avoir retirer l’axe du barillet, puis éjecter les douilles avec cette tige.
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Joseph Delhaxe possède deux boutiques, la première à Paris et la seconde à Liège. Son arme est protégée par 5 brevets déposés en 1870 et 1871. Le revolver Delhaxe est également dépourvu de canon. Son barillet cannelé le fait ressembler à une poivrière. Ce revolver ne fonctionne qu’en double action.
Cette arme est chambrée pour les munitions à broche de 5 (plus rare) ou de 7 mm. Il existe deux types de carcasse : bronze et acier. La lame, située l’intérieur de la carcasse, se déplie vers le bas. Cette arme est pourvue d’une portière de chargement à droite de la carcasse. Une baguette d’éjection est vissée au bas de la carcasse. La queue de détente fait partie du coup-de-poing.
Le poing américain est certainement sa création la plus emblématique et la plus percutante. Il est classé dans cette typologie en raison de sa position recouvrant les articulations des doigts. Cette typologie d’armes existe depuis l’antiquité voir même avant.
Le plus ancien ancêtre du poing américain que nous connaissons est le ceste (caestus en latin). Un gant de combat composé de bandes de cuir sanglé autour des mains. Les Grecs de l’Antiquité les portaient durant les Jeux olympiques antiques pour les épreuves de pancrace et de pugilat. Deux sports de combat antiques très techniques.
Le pugiliste ou boxeur des Thermes est une sculpture grecque antique en bronze mesurant 1,20 mètre de hauteur. Par la suite, les Romains procèdent à quelques modifications. Pointes, plaques, boucles de fer ou bande de cuir équipé de lames coupantes, la liste des options et modifications est assez variée.
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Chaque variante du gant a un nom propre et des caractéristiques spécialement dédiées pour provoquer des effets uniques. Comme le myrmex conçu pour infliger un maximum de lésions sur les membres ou le sphairai qui tranche la chair avec ses nombreuses lames. Ces armes étaient majoritairement utilisées lors des combats de gladiateurs ou d’esclaves dans les amphithéâtres romains.
Des armes des poings semblables au poing américain ont également été imaginées et utilisées dans tout l’Extrême-Orient. Comme par exemple dans le sud-est de l’Inde avec le Vajra-mushti, qui a un design très proche du poing américain actuel. L’arme recouvre les articulations de son porteur et est légèrement pointue sur les côtés.
Les forgerons antiques n’ont pas manqué d’idées pour rendre ces gants et autres ancêtres des coups-de-poing-Américains diablement efficaces. Certains seront équipés de lames, d’autres seront d’imposant gant d’acier ornés d’un bouclier et de pointes.
Si les spécialistes ignorent d’où vient l’aspect si particulier du poing américain, certaines sources font état de sa présence dès la Guerre de Sécession américaine (1861-1865). Cette arme défensive fut conçue et fabriquée, souvent par les militaires eux-mêmes avec du bois ou des balles fondues, afin d’offrir au soldat la capacité de pouvoir tirer et recharger leurs armes, tels une Winchester ou les Colt 45 tout en gardant un moyen de se protéger au corps-à-corps.
Le coup-de-poing-américain ayant la particularité de pouvoir se servir de ses doigts à chaque instant, sa forme ergonomique s’adaptant parfaitement à la main. En France, le poing américain apparaît au début des années 1900. Notamment à travers le Revolver Apache qui est une véritable œuvre de l’inventeur Belge Louis Dolne qui l’a conçu et produit entre 1860 et 1870.
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Les apaches parisiens, de Belleville plus exactement, apparaissent en 1900. Pensez : entre 1900 et la Première Guerre mondiale, à en croire Le Petit journal1, des bandes de « 30 000 » jeunes âgés de 15 à 20 ans sèment la terreur dans les rues de la capitale. C’est dans le Paris populaire, sur les cendres encore tièdes de la Commune, que se constitue cette armée du crime.
Ils sont voleurs, cambrioleurs, souteneurs ; on les appelle les « Apaches », les médias les décrivent, tel Le Petit journal, comme « la plaie de Paris », et leur histoire, dont se repaît la presse d’alors, a traversé le XXe siècle jusqu’à en devenir mythique.
Le Paname populaire du début du siècle dernier s’étend globalement entre la porte de Clichy et celle de Montreuil. À sa limite, il y a « la zone »2, que l’on appelait aussi la « ceinture noire ». Déserté par l’armée autour des années 1880, le lieu voit l’installation des ouvriers, biffins (chiffonnier), bannis3 et tricards de la capitale dans ce qui deviendra un immense bidonville.
Sur ce terreau pousse une jeunesse rebelle et éprise de liberté, criant à qui voulait l’entendre qu’elle préfère la mort par guillotine au destin d’ouvrier auquel elle semble promise. Ces fils de prolo, souvent en échec scolaire, ont entre 15 et 20 ans et sont, pour la plupart, passés par les maisons de correction4, les bagnes pour enfants.
Le journaliste Henry Fouquier aurait été le premier à utiliser le terme « Apache » dans un article à la une du quotidien Le Matin du 12 décembre 1900 : « À Paris, une tribu d’Apaches dont les hauteurs de Ménilmontant sont les Montagnes rocheuses […] vous tue leur homme comme les plus authentiques sauvages ».
Mais c’est réellement durant la Première Guerre mondiale et notamment avec l’apparition des tranchées que l’arme que nous connaissons va se rendre célèbre auprès du grand public. Lors des assauts, les « nettoyeurs de tranchées » s’équipent de cette arme pour le combat en corps-à-corps. Leur utilité au combat était telle que beaucoup de soldats alliés possédaient ces armes (en dotation ou obtenue lors d’achats personnels).
Dans la fantastique série Band of Brother, le sergent-chef Joseph Toye (joué par l’acteur Kirk Acevedo) en possède d’ailleurs un qu’il utilise dans l’épisode 2 : Jour J (Day of Days). L’armée américaine relance même la production de couteaux de tranchée de la Grande Guerre pour équiper ses troupes.
Après la Seconde Guerre mondiale, avec un théâtre d’opérations bougeant plus rapidement et des armes plus adaptées au combat à courte portée, le poing américain a commencé à perdre de son utilité. Néanmoins, quelques unités militaires sont toujours équipées du poing américain ou d’une de ses variantes. Bien que mis de côté par les unités militaires, beaucoup d’opérateurs ont remarqué leur profusion sur certains théâtres d’opérations comme en Afghanistan où ils semblaient être très répandus dans les caches d’armes et chez les civils.
Facilement fabricable avec les moyens du bord, il peut être conçu ou taillé à partir de presque tous les matériaux en un temps très court. Le poing-américain reste une arme défensive assimilée au gangs et au combat urbains. Il est également présent sous différentes formes dans les jeux vidéo, les bandes dessinées ou les films.
Dans la réalité, il est totalement interdit dans plus de 24 pays, dont l’Autriche, la Belgique, le Canada, la Grèce, la Russie ou encore la Norvège. En France, les poings américains sont des armes classées en catégorie D2.
Dans ce contexte, les armes combinées comprennent plusieurs éléments. D’autres exemples incluent des pistolets-coups de poing à vocation commémorative, comme le « Centenaire », commercialisé en 1889 pour célébrer le centenaire de la Révolution française, ou le « Poilu de 14 », conçu en hommage aux combattants de la Grande Guerre. De la fin du XIXème au tout début du XXème siècle beaucoup d’armes militaires ont combinées une lame de couteau à un coup de poing américain.
Ces armes très nombreuses sont largement utilisées aujourd’hui par les reconstitueurs qui participent à la reconstitution de batailles ou à des commémorations militaires. Il s’agit essentiellement des couteaux US « Trench Knive 1917 » et « US 1918 ». Ces armes ont une valeur historique importante et une valeur marchande non négligeable.
L’arrêté du 4 juillet dernier ne concerne pas les armes antérieures à 1900 qui restent en D§e). En application du g du IV de l’article R. 311-2 du code de la sécurité intérieure, le « Poilu » arme mixte combinant un coup de poing américain avec un pistolet à un coup à percussion annulaire est inscrit au tableau A de l’annexe de l’arrêté du 24 août 2018.
Depuis cette publication, le décret du 5 septembre 2025 a interdit certaines armes blanches : cf. cet article ou le Légi Arm n°11. - Actu : Vidéo TF1 du 10 juin laquelle il annonce une interdiction immédiate des armes blanches.
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