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Au XVIIIème siècle, les armes de chasse connaissent un développement technologique et esthétique significatif, notamment en France, en Belgique, et en Angleterre. Cette période voit les armes de chasse devenir de véritables objets de luxe, mêlant artisanat, technologie et prestige.

La Chasse et la Noblesse

En France, la chasse fut longtemps une activité réservée à la noblesse. Ainsi, en 1396, une ordonnance édictée par Charles VI (1368-1422) interdit formellement la chasse aux roturiers. Cette interdiction perdure tout au long de l’Ancien Régime (1589-1789), et les sanctions encourues sont particulièrement sévères. La peine de mort pour le délit de chasse n’est supprimée qu’en 1669 par Louis XIV (1638-1715). Ce dernier, véritable passionné, organise de grandes parties de chasse dans les forêts royales de Fontainebleau ou de Versailles. Au XVIIIème siècle, la chasse reste un privilège seigneurial. Il est aboli avec la Révolution française le 4 août 1789, au même titre que les autres privilèges de la noblesse. Si la chasse n’est plus l’apanage de la noblesse, elle reste cependant réservée aux seuls propriétaires terriens.

Évolution des Armes à Feu

Si les premières armes à feu apparaissent en Chine dès le VIIIème siècle, il faut attendre le XIVème siècle pour qu’elles se répandent sur les champs de bataille européens, avec le développement de l’artillerie. Le canon est alors allumé à la main par une mèche. Au XVème siècle, l’apparition de platine à mèche permet de faciliter la mise à feu. Le mécanisme s’organise autour d’un levier situé sous le bois du fusil. Ce dernier, une fois actionné, permet de faire basculer une pièce métallique, sur laquelle est fixée la mèche, mettant le feu à la charge de poudre.

L'Apparition de la Platine à Silex

Au XVIème siècle apparaissent les premières platines à silex. La mèche est remplacée par une pierre qui, par une action de frottement ou de percussion, produit une étincelle mettant le feu à la poudre. Ce système est perfectionné au début du XVIIème siècle par le Français Marin Bourgeois (1560-1634), et se répand rapidement dans toute l’Europe. La platine à silex équipe toutes les armes à feu pendant près de deux siècles, avant d’être remplacée à partir de 1820 par le système à percussion, qui utilise des capsules de fulminate de mercure. Ces progrès technologiques permettent le développement d’armes à feu individuelles peu coûteuses, qui révolutionnent l’art de la guerre. Parallèlement, les armes à feu influencent le domaine de la chasse, en se substituant aux armes de jet traditionnelles telles que l’arc ou encore l’arbalète.

Luxe et Statut Social

La chasse, réservée à la noblesse, était une activité sociale de choix. L’aristocratie européenne adoptait en conséquence des armes luxueuses et richement décorées, reflétant leur statut. Le XVIIIème siècle est marqué par l’essor de certaines régions comme Birmingham en Angleterre ou Liège en Belgique, qui se spécialisent dans la production d’armes à feu et qui sont encore aujourd’hui célèbres pour leur savoir-faire. Ce développement est favorisé par l’industrialisation progressive de la production d’armes, tandis que l’artisanat reste encore présent pour les éléments décoratifs.

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Estimation et Valeur des Fusils de Chasse du XVIIIème Siècle

La cote d’un fusil de chasse du XVIIIème siècle varie de quelques centaines d’euros pour les modèles les plus courants à plusieurs milliers d’euros pour des pièces de grande qualité. Le prix varie en fonction de l’état de l’arme et du nom de l’armurier, mais peut être également influencé par l’identité de son propriétaire. Ainsi, les armes de chasse ayant appartenu à des personnages importants rencontrent plus de succès lors de leur mise en vente. Il est à noter que de nombreux fusils de chasse à silex furent adaptés au système à percussion au début du XIXème siècle. Ainsi, les fusils non modifiés possédant leurs systèmes d’origine sont les plus recherchés.

En janvier 2024, un fusil de chasse à double platine, signé « Livranton à St Chamond », fut estimé à 2 500 €. L’arme, dont le système d’armement était parfaitement fonctionnel, était caractérisée par deux canons poinçonnés et dorés, avec une crosse richement sculptée de fleurs et d’une tête d’animal, tandis que sa baguette était réalisée à partir d’un fanon de baleine. Le fusil de chasse a vu les enchères s’envoler pour être finalement attribué pour 4 200 €.

Le Page : Synonyme de Luxe et d'Élégance

Dans le paysage raffiné de l’armurerie française, le nom Le Page évoque immédiatement le luxe, la précision et l’élégance. Actifs à Paris dès la fin du XVIIIe siècle, les Le Page furent les armuriers attitrés de la noblesse, des officiers de la Garde impériale, et même de Napoléon Ier. Le pistolet Le Page est souvent associé à l’univers du duel aristocratique, très en vogue sous l’Empire et la Restauration. Ces armes, souvent fabriquées par paire, étaient soigneusement équilibrées, dotées d’un canon rayé, d’un chien finement gravé, et d’une crosse ergonomique en noyer sculpté. Chaque exemplaire signé Le Page à Paris est un témoignage de maîtrise artisanale, d’esthétique néoclassique et de savoir-faire technique.

Nicolas-Noël Boutet (1761-1833)

Nicolas-Noël Boutet (1761-1833) représente l’apogée de ce goût pour l’armurerie de prestige sous le Premier Empire. Issu d’une famille d’armuriers de Versailles, Nicolas-Noël Boutet est nommé directeur-artiste de la Manufacture d’armes de Versailles par décret le 23 août 1792. Sous le Consulat (1799-1804), Nicolas-Noël Boutet est chargé de la fabrication des armes d’honneur qui deviennent sa spécialité. Les créations de Nicolas-Noël Boutet se distinguent alors par leur esthétique développée et leur perfection technique. Ses pistolets à silex de luxe arborent souvent des incrustations d’or ou d’argent, des gravures détaillées représentant des scènes mythologiques ou allégoriques, ainsi que des crosses en bois précieux comme l’ébène. Ces crosses sont fréquemment rehaussées de nacre ou d’ivoire sculpté, témoignant du savoir-faire minutieux de son atelier et de la reconnaissance de cette production comme un travail d’art. Sous le Premier Empire, Nicolas-Noël Boutet fabrique des armes offertes comme cadeaux diplomatiques ou à des personnalités de premier plan.

Jean Lepage (1779-1822)

Jean Lepage (1779-1822), également issu d’une prestigieuse famille d’arquebusiers, se différencie de Nicolas-Noël Boutet par son approche centrée sur l’innovation technique. Contrairement à Nicolas-Noël Boutet, dont les efforts sont dirigés vers la beauté ornementale des armes de luxe, Jean Lepage se concentre sur l’ingénierie et le développement technique sans toutefois négliger l’aspect esthétique des armes. Sa fonction d’arquebusier des chasses de l’Empereur influence ses travaux : la pratique de la chasse exige en effet des armes au tir rapide et précis. Parmi ses inventions marquantes figure le fusil à répétition à silex, permettant de tirer plusieurs coups sans rechargement immédiat.

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Le Pistolet à Silex: Un Objet de Collection

Les armes à silex de luxe du Premier Empire, qu’elles soient signées Boutet ou Lepage, sont aujourd’hui des trésors historiques conservés dans des musées et des collections privées. Leur rareté et leur qualité exceptionnelle en font des pièces très recherchées par les collectionneurs.

Le prix d’un pistolet à silex de collection est compris dans une large fourchette. Un pistolet « standard » dans un état de conservation médiocre s’achète quelques centaines d’euros. Mais, les modèles rares et parfaitement conservés partent aux enchères pour plusieurs dizaines de milliers d’euros. N’hésitez pas à comparer les prix sur le marché et à consulter des catalogues de ventes aux enchères spécialisées.

Critères Essentiels pour l'Achat d'un Pistolet à Silex de Collection

  • Authenticité: Vérification de l'époque et de l'origine des pièces.
  • Origine: Histoire de l'arme et son parcours à travers les siècles.
  • État de Conservation: Importance de la fonctionnalité et de la préservation des caractéristiques d'époque.
  • Historique: Recherches approfondies sur la provenance de l'arme.
  • Qualité de Fabrication: Finitions d'origine et leur importance pour les collectionneurs.
  • Pièces d'Origine: Valeur supérieure d'une arme possédant l'ensemble de ses pièces d'origine.
  • Accessoires d'Origine: Les accessoires qui accompagnent le pistolet ne sont pas à négliger.
  • Style: L'attrait esthétique du pistolet.
  • Potentiel d'Investissement: Aspect à considérer lors de l'acquisition.

Exemples de Ventes aux Enchères

En juin 2023, un fusil à silex avec canon et platine réalisé par Nicolas-Noël Boutet a été estimé entre 15 000 et 20 000€. En 2014, un fusil de chasse double à silex, à deux canons superposés tournants, deux batteries et un seul chien a été vendu pour la somme de 110 000€. En juillet 2024, un coffret contenant deux pistolets offerts par Napoléon au général Armand de Caulaincourt dans la nuit du 12 au 13 avril 1814, œuvre de l’arquebusier Louis-Marin Gosset, a été vendu pour la somme de 1,69 million d’euros. Le coffret et son contenu ont été classés « trésor national ».

Évolution des Armes à Feu après le Pistolet à Silex

Durant le XIXème siècle, un nouveau système de mise à feu a vu le jour : le système à percussion (marteau frappant l’arrière de la munition). Comblant les lacunes de la platine à silex, le système à percussion va également modifier les standards des armes à feu ; là où le système à silex fonctionnait avec des cartouches en papier, le nouveau mode de mise à feu fonctionne uniquement avec des cartouches en laiton.

Quelques dates clés dans l'histoire des armes à feu

Date Événement
VIIIème siècle Invention de la poudre noire par les chinois.
Vers 1150 - 1200 Utilisation de la poudre noire par les arabes.
En Août 1324 Apparait une des premières utilisations en France d’une bombarde pour l’attaque de la ville de la Réole (Gironde).
Vers 1370 l’hacquebute (primitive).
Vers 1460 jusqu’à 1660 l’arquebuse.
Vers 1510-15 la platine à « rouet ».
Vers 1520 Apparition d’une forme très réduite de l’arquebuse à rouet, le pistolet.
Vers 1605-1610 La platine à silex apparaît dans l’atelier de Marin Bourgeois.
1777, puis an IX, et enfin le dernier modèle de fusil de guerre à platine à silex, le 1822 qui sera modifié en platine à percussion vers 1830, puis son canon rayé vers 1848.

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