La famille des fusils Kropatschek est l’une des plus prolifiques de la fin du XIXème siècle. La quasi totalité des pays les ont testé et beaucoup l’ont adopté dans des quantités variables, en particulier pour leurs troupes coloniales. Y compris la France, son premier client dès 1878 pour son infanterie de Marine.
Pourtant parti d’une obscure carabine de gendarmerie autrichienne (carabine Frürwirth 1869 puis 1872), le système Kropatschek s’est imposée partout dans le monde, des côtes escarpées de l’atlantique (Portugal avec les armes du système 1886) jusqu’à la Mer du Japon (fusil 1889 Meiji 22 Murata). Il est aussi passé par l’Allemagne (Mauser 71/84), l’Empire ottoman (fusil 1887) ou la Norvège (fusil Jarmann 1884).
La carabine Frürwirth (du nom de son inventeur) possède déjà un magasin tubulaire situé sous le canon, permettant alors à un seul tireur de délivrer une série de tirs. Mais, le système Frürwirth est loin d’être simple à utiliser et surtout loin d’être assez fiable pour une arme militaire. Chaque mouvement, que ce soit à l’ouverture ou à la fermeture de la culasse, se doit d’être ferme et même exagéré car la planchette élévatrice refuse de monter si on ne respecte pas ce procédé très directif.
Bref, le concept est promoteur mais loin d’être parfait. L’arme dévoilée est assez aboutie. Elle corrige les défauts de la Frürwirth avec un bien meilleur système élévateur et de jonction magasin/auget. L’arme est immédiatement prise au sérieux par des tiers puisque Werndl ou encore Mannlicher expérimentent des prototypes utilisant le magasin tubulaire de Kropatschek.
La France, pendant le conflit de 1870-71 avec la Prusse, avait pu tester des armes à répétition manuelle comme la Winchester 1866 ou encore la carabine Spencer et les qualités intrinsèques des armes à répétition à magasin tubulaire y avait bien été remarquées.
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De plus, un besoin particulier se fit sentir dans l’immédiat après guerre de 1870. La Marine, qui avait allégrement sauté l’étape Gras 1874, devait, vers 1875, remplacer au plus vite ses Chassepots et leurs munitions papier sensibles à l’humidité des bateaux et des colonies.
C’est ainsi que la Marine française se dota réglementairement du fusil modèle 1878 Kropatschek, arme à répétition manuelle dotée d’un magasin tubulaire de grande capacité. Il fallait bien que l’arme, en ces époques de patriotisme économique instinctif, eu des qualités pour recourir à une fabrication étrangère.
En revanche, elle opta pour un tube de magasin en laiton et non pas d’un tube directement percé dans le bois, afin d’éviter que des gonflements de bois en ambiance tropicale ne provoquent des enrayements. Fusil étranger peut-être. Mais il était toutefois hors de question d’utiliser une culasse de Mauser 71 allemande. Faut pas pousser trop loin ! L’arme sera en fait un Gras-Kropatschek, utilisant une culasse de fusil Gras avec le système de magasin Kropatschek.
La France devenait ainsi la première grande puissance militaire dont les matelots étaient armés d’un fusil à répétition. Grâce à kropatschek. Sa réputation sur la scène diplomatique restait fort prestigieuse du fait son empire colonial resté, jusque dans les années 1860, le plus important de toute l’Afrique.
Ce fut chose faite avec l’adoption du fusil modèle 1886 à magasin Kropatschek encore amélioré en 8x60R qui rendait instantanément obsolète le très ingénieux fusil mono-coup à levier de sous garde inventé par le Capitaine Luis Guedes Dias (1854-1926) et pour lequel les Portugais éprouvaient en plus un important problème de production.
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Par parenthèse, ce 8x60R deviendra le 8x56R au moment du passage à la poudre sans fumée par habile réduction de 4mm du collet de l’étui mais c’est la même cartouche. Le système d’alimentation de Kropatschek est désormais perfectionné et contrôlé du début à la fin.
La planchette d’auget ne s’abaisse que lorsque la culasse est quasiment fermée. Cela évite, par exemple, un cas d’enrayage « classique »: la planchette d’auget s’abaisse avant fermeture complète de la culasse, suivi d’une hésitation du tireur qui cycle à nouveau alors que la griffe de l’extracteur n’a pas encore attrapé la cartouche chambrée provoquant alors un embouteillage de deux cartouches présentées devant la chambre.
Cela pouvait même parfois mener à une situation dangereuse si la cartouche présente sur la planchette venait à percuter de sa pointe la munition déjà présente dans la chambre alors même que la culasse n’est pas obturée. Il faut souligner que la culasse du 1886 est totalement inspirée de celle de Mauser, que ce soit le drapeau du levier de sûreté mécanique, pièces réalisant la percussion ou encore avec la vis qui garde la culasse dans l’arme.
Le fusil 1886 Portugais fut fabriqué en Autriche par Steyr à 49.000 exemplaires seulement. C’est une sorte de paroxysme de la poudre noire. C’est bien ce fusil modèle 1886 Portugais que vous a trouvé Maitre Flingus ce jour.
C’est un très bel exemplaire « classique » donc non - monomatricule. Fabrication autrichienne de chez « OEWG Steyr »(Österreichische Waffenfabriksgesellschaft), qui deviendra plus tard juste « Steyr », emprunté à sa localisation, et bien marqué tel en chambre. Belle mention de modèle « M.1886 » en chambre aussi avec le beau monogramme couronné du Roi Louis 1er (créateur, entre autres, du 1er aquarium public de l’Histoire, passionné d’Océanographie qu’il était!).
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L’arme est sale mais dans un excellent état général avec de rares traces d’ancienne d’oxydation éparses et limitées et une tache tabac (pas une peau d’orange) en culasse largement nettoyable au WD40 plus paille 000. Quelques tout petits coups infimes en bronzage en dessus de canon, très légers et petits, tellement légers que je m’en explique pas la raison et qu’on ne peut pas les voir sur les photos. Mais tout est dit. Tout ça c’est vraiment pour être complet car le bronzage d’origine est quand même là à 95% ou plus. L’arme est donc globalement très belle.
Les bois sont en bon à très bon état avec assez peu de traces de manipulations pour une arme militaire. Les macarons sont encore visibles avec celui de Steyr et la date 1886 et son macaron de réception à la couronne lui encore devinable à défaut d’être totalement lisible. Le numéro matricule est lui encore bien lisible aussi de même que plusieurs poinçons du bois. Aucun manque, coup important et aucune enture.
Le canon est très beau quasi miroir avec de très belles rayures bien nettes. L’arme est en calibre d’origine 8×60 portugais ou 8X56 qui est le même avec un collet réduit pour une longueur de cartouche identique (mais ce ce 8×56 là n’est pas le 8x56R autrichien des années 30, remplaçant le 8×50 1895 et qui est apparu 40 ans plus tard…).
Cette munition règlementaire se fabrique sans problème à partir 348 Winch ou d’étuis 50-90 Sharps Starline et les outils sont fréquemment disponibles sur le marché. In fine, une arme militaire d’épaule assez imposante comme beaucoup d’armes de son époque, au sommet de la courbe d’innovation des poudres noires et peu courante. Une des plus précise et admise au TAR.
Il s'agit d'un revolver système Abadie, de fabrication belge, qui semble être une version civile du modèle 1878 portugais. En 1878, le Portugal a souhaité équiper ses officiers d'un revolver, et son choix s'est porté sur un modèle présenté par Léon Soleil, de Liège.
Il s'agissait d'un modèle très semblable au Chamelot Delvigne, mais d'un calibre réduit, et doté d'un mécanisme de sécurité et de chargement rapide. A l'ouverture de la fenêtre de chargement, le chien recule en position de sécurité, et chaque pression sur la détente décale le barillet d'une chambre face à la baguette d'éjection, sans actionner le chien.
A la fermeture de la fenêtre de chargement, le chien reste en position de sécurité ce qui permettait, en théorie, de porter l'arme avec toutes les chambres chargées. Les officiers devaient acheter eux-mêmes leur revolver de dotation au prix de 11000 reis qui étaient déduits de leur solde en plusieurs mensualités.
La munition pour cette arme est officiellement dénommée "cartouche 9.1mm pour revolver Abadie 1878", elle est constituée d'un projectile cylindro-ogival de 9,1mm et de 8.35 grammes propulsé par 0.65 grammes de poudre noire fine à une vitesse de 162 m/s. (Elle connaitra ensuite d'autres versions plus "performantes". La longueur du canon est de 112mm.
Mon exemplaire porte sur le côté gauche le marquage "Système Abadie breveté", le poinçon "ELG" sur l'arrière du barillet, à côté de ce qui semble être un "K". Sur le côté gauche du canon, le numéro 3117. Le marquage "Léon Soleil - Liège apposé sur le côté droit des modèles réglementaires n'est pas présent, raison pour laquelle j'ai supposé qu'il s'agissait d'une version civile, d'autant plus qu'il est nickelé, et non pas bronzé.
Il n'y a aucun jeu à l'abattu, l'entrefer est quasi-nul, les ressorts sont bien fermes, les chambres et le canon sont impeccables. il n'a pas dû tirer beaucoup, mais il est clair qu'on ne s'est pas vraiment soucié de sa conservation, parce que le nickelage est en grande partie écaillé, et il est dommage que l'aspect esthétique ne soit pas à la hauteur du reste.
Après ma première acquisition en gros calibre (un Mauser M1943) je me suis dit qu’il me fallait retrouver plus ou moins la même chose, mais avec de meilleurs organes de visée. Et voila que je tombe sur cette carabine DWM 1904.
Pour mémoire il s’agit donc d’un mauser Vergeiro portugais, initialement commandé a 100,000 exemplaires pour l’armée portugaise et produit par Mauser entre 1904 et 1907 en Allemagne.
Parler de Mauser portugais est d’ailleurs un peu abusif : un simple coup d’œil a la culasse vous montre qu’il ne s’agit pas du système mauser habituel ; c’est en réalité un dérivé du système Mannlicher-Schonauer. Un très bon mécanisme soit dit en passant: si je trouvais déjà le M1943 très fluide, disons qu’en comparaison le mécanisme de ce Vergeiro donne l’impression d’être en permanence graissé au beurre tiède. Très agréable.
Initialement produites en calibre 6.5x58, ces armes (environ 40,000 d’entres elles) sont converties au calibre 8x57 mauser à la fin des années 30, et également raccourcies dans le processus. Bilan des courses : 110 cm de longueur, et 3.8 kg avec la bretelle. Des valeurs comparables à mon Coruna et à ma 98AZ. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ca tape pas mal à l’épaule avec les munitions manufacturées de chez Partizan!
La belle vient de l’armurerie Black-Gun (comme mon M1943). Elle est entièrement mono-matricule pour tout ce qui peut se voir facilement, y compris le bois de la crosse.
Ce qui me fait dire qu’elle n’a jamais du aller dans les colonies portugaises. J’espère en tout cas, vu les conditions d’humidité qui devaient régner là-bas. Au tir les organes de visee sont parfaits, ils me font penser à ceux de ma CZ 452. Très praticable.
Par contre elle tire légèrement a gauche (6-10 cm), et trop haut a 100 mètres. Je n’ai encore tiré que 20 coups avec - j’en avais déjà tiré 10 avec le M1943, j’étais en T-shirt, et j’avais bêtement oublié mon sabot anti-recul chez moi… 30 coups, c’est la limite de mon endurance dans ces conditions.
Les 15 premiers coups pour trouver la hauteur a 100m : la combinaison gagnante : Hausse a 600m, visuel en bas du noir de la C50 d’en bas, impact dans le noir de la C50 du haut ! Les 5 derniers coups pour confirmer la formule. J’aurais mis 5 coups dans le noir si elle ne tirait pas un tantinet à gauche (ca peut se regler ?).
Bref - je ne suis pas vraiment tireur ni vraiment collectionneur (même si j’aimerais bien un jour, a la retraite ?) juste un passionné d’histoire qui se fait plaisir raisonnablement de temps en temps avec des vieux flingues ! C’est presque émouvant.
On voit bien le mécanisme totalement différent de celui d’un Mauser. Apparemment cette culasse en deux morceaux est connue pour être traitreusement facile a démonter, et impossible a remonter sans avoir auparavant réservé une place a l’hôpital psychiatrique le plus proche .
Les protections de guidon furent ajoutées dans les années 30. Le fameux « DWM Berlin» avec la mention du calibre original. Armoirie royale du Portugal ? Je suppose ? Le petit bouton devant la queue de detente permet d’ouvrir le magasin d’une petite pression du doigt ! Canon correct ! Mon prochain jouet, une jungle carbine !
Pour l'histoire, dès la fin du XVe siècle les Portugais avaient apporté avec eux les premières arquebuses à mèche, alors en usage en Europe, sur les côtes occidentales de l'Afrique. Plus tard, les Hollandais, Anglais, Français, Allemand et Belges vont se surpasser au cours des siècles dans le commerce d'armes à feu et de poudre de traite, qui serviront de marchandise d'échange contre les esclaves, l'or, l'ivoire, l'huile de palme, le caoutchouc, etc., dont le continent noir sera le principal fournisseur pendant plus de quatre cents ans.
L'arme à feu de traite par excellence au XIXe siècle était le fusil à un coup, à chargement par la bouche, à canon lisse et à platine à silex. Arme d'épaule pouvant servir tant à la chasse qu'à la guerre, elle provenait généralement des surplus militaires européens ; à défaut on se contentait de copies ou de modèles reconditionnés.
Outil à tout faire, d'une solidité remarquable, ne nécessitant que peu d'entretien, son fort calibre permettait l'usage par les indigènes de la poudre de traite et de projectiles hétéroclites souvent fabriqués par des forgerons locaux.
| Arme | Période | Calibre | Fabricant | Notes |
|---|---|---|---|---|
| Fusil Kropatschek Modèle 1886 | Fin du XIXème siècle | 8x60R (puis 8x56R) | Steyr (Autriche) | Adopté pour remplacer le fusil mono-coup de Luis Guedes Dias. |
| Revolver Système Abadie Modèle 1878 | 1878 | 9.1mm | Léon Soleil (Liège) | Choisi pour équiper les officiers portugais. |
| Carabine DWM 1904 (Mauser-Vergueiro) | 1904-1907 | 6.5x58 (convertie en 8x57 Mauser) | Mauser (Allemagne) | Dérivé du système Mannlicher-Schönauer. |
| Fusils de Traite | XIXème siècle | Variable | Divers (surplus militaires européens ou copies) | Utilisés dans le commerce avec l'Afrique en échange de ressources. |
Répétons le ! L’armurerie Flingus Maximus à Paris et partout en France est là aussi pour vos formalités armes entre particuliers, le rachat de collections armes et militaria, vos estimations d’armes, vos questions armes dans les successions et héritage. Toutes les armes historiques de fabrication ancienne vendues en tant que C ou D, “Collection” ou “Cow-boy shooting” , sont des armes de collection non éprouvées pour le tir et non testées en stand. Elles ont été inspectées visuellement relativement à leur état général mais aucune n’a été utilisée au tir et elles sont donc vendues comme non testées.
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