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Le développement des armes à feu au Moyen Âge a profondément transformé les stratégies militaires et l'architecture des fortifications. Voici un aperçu de cette évolution, en commençant par les prémices des armes de siège jusqu'à l'essor de l'artillerie à poudre.

Les armes de siège traditionnelles

Avant l'introduction massive de l'artillerie à poudre, les châteaux forts étaient conçus pour résister aux guerres féodales, où les moyens humains et matériels étaient souvent limités. Symbole du pouvoir féodal, centre administratif, habitation du seigneur : toutes ces fonctions sont aussi importantes que la puissance militaire, car le château vécut plus longtemps en paix qu’en guerre. On construisait des terrassements renforcés par des redoutes de terre pour assiéger et investir la place. Si le terrain le permet, on met en place des palissades pour empêcher les assiégés de sortir ou des fortins plantés de distance en distance quand le nombre d’hommes est insuffisant, ce qui ne permet pas un blocus rigoureux.

Les machines de jet

Certaines armes sont destinées à percer, ébranler ou fendre les murailles. Il s’agit tantôt de simples pics, de barres de fer, tantôt de béliers. Les mêmes effets peuvent être obtenus grâce à des pierres lancées par des engins appelés pierriers, trébuchets ou mangonneaux. Ces machines de jet constituent une véritable artillerie. Leur impact est considérablement amélioré par l’utilisation de contrepoids à partir de 1180-1220. Pour les plus importants on estime qu’ils pouvaient envoyer jusqu’à 200 mètres une pierre de 100 à 150 kg. Le trébuchet servait également à lancer des produits incendiaires ou à introduire des épidémies en y plaçant des cadavres d’animaux en putréfaction.

Au XIIème siècle s'est donc développée une nouvelle technique à balancier et contrepoids, très probablement héritée des quelques fructueux échanges avec les architectes, charpentier et savants d'orient, plus avancés dans les sciences de la géométrie et des calculs qu'ils avaient eux même hérité des éléments d'Euclide et de la tradition grecques. Constitués de pièces de bois assemblées en charpente mobile, les trébuchets, mangonneaux et couillards ont révolutionné l'ancien arsenal romain tombé en obsolescence. Ces armes à contrepoids étaient si efficaces qu'elles perdurèrent jusqu'au XVIème siècle bien après l'apparition de la poudre.

Des versions simplifiées et plus réduites de ces armes à contrepoids ont vu le jour, les bricoles actionnées à main d'homme ont permis de pallier à ces inconvénients mais avec une portée bien moindre. En revanche, ces engins plus manoeuvrants ont pu être utilisé dans des situations plus diversifiées, y compris sur les remparts contre justement les lourdes machines des assiégeants. leur situation ainsi en hauteur compensant légèrement leur plus faible rayon d'action.

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Une charpente articulée avec un contrepoids pouvant aller jusqu'à plusieurs tonnes ne pouvait s'entreprendre en amateur sans risque de la voir s'effondrer au premier tir, les armes à contrepoids nécessitaient une parfaite technicité de construction. Les fameux engineurs ancêtres de nos ingénieurs étaient recrutés avec une main d'oeuvre importante tant pour leur mise en place que pour leur service et leur protection.

L'introduction de la poudre à canon

Mélange de salpêtre, de soufre et de charbon, la poudre dite à canon est introduite en Europe au XIIIème siècle par les Arabes qui l'on hérité des Mongols, qui eux-mêmes en tenaient le secret des Chinois. En effet, son utilisation par les Chinois remonte au VIIe siècle, durant la dynastie des Tang.

Alors que les troupes de Gengis Khan utilisaient déjà des pots à feu aux environs de 1200, ce n'est que vers 1310 qu'apparurent en Europe occidentale les premières bouches à feu, d'abord en Toscane, puis en Allemagne et en Flandres, plus tard vers 1325 en Angleterre et en France. La première apparition avérée de pièces d'artillerie remonte à la bataille de Crécy en 1346. Première grande bataille de la guerre de cent ans et première défaite des français malgré l'utilisation de cette arme nouvelle. Plus bruyantes que performantes elles furent souvent aussi dangereuses pour leurs servants que pour la cible. Elles vont se développer et se diversifier au fil du temps. au cours de la seconde moitié du XIVéme siècle on verra apparaître des mortiers d'une longueur de 1.20 m pour un calibre de 50 cm.

C'est en 1334, au château de Meersbourg sur le lac de Constance en Allemagne qu’on s’est servi, pour la première fois dans cette partie de l’Europe, de canons au cours d’un siège. La dernière partie du XVe siècle, le début du XVIe sont riches en avancées techniques. La standardisation de la production, l’introduction des roues, la vitesse des boulets et l’augmentation des distances et de la fréquence de tir les amenèrent à supplanter les machines de jet.

Les premiers canons et leur évolution

Les tous premiers engins sont des pièces de canon en bois cerclés de cuir et de fer, tirant des boulets de pierre. Par la suite, au milieu du XIVe siècle, les canons sont des assemblages de lames de fer inspirés des tonneaux. Certaines de ces pièces, les veuglaires, se chargeait par la culasse. Au tout début le canon était appelé pierrier car les premiers boulets étaient en pierre. L’arme était garantie pour 400 coups puis devait être rapportée pour être révisée ou refaite. L’artisan qui voyait sa pièce revenir et qui avait rempli son contrat s’exclamait : « Ha !

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Aux environs de 1400 apparaîtront les bombardes à tourillons (axe transversal forgé sur le cerclage de la pièce), absorbant une partie du recul et facilitant le pointage vertical. Le mode de chargement se perfectionne avec le veuglaire. Celui ci se chargeant par la culasse au moyen d'une chambre à feu amovible. Des pièces comportant plusieurs canons en orgue font leur apparition au milieu du XVème siècle, ce sont les ribaudequins.

Au milieu du XVème siècle les bombardes géantes apparurent, d'une longueur dépassant parfois les 5 mètres, d'un poids de 2 à 7.5 tonnes, d'un calibre pouvant aller jusqu'à 66 cm et tirant des boulets pouvant peser jusqu'à 360 Kg. C'est en 1356 que fut utilisée en France la dernière tour d'assaut roulante devenue obsolète face à l'artillerie que les défenseurs ne manquaient pas de lui opposer. Cependant les engins balistiques classiques (trébuchets, mangonneaux) furent utilisés conjointement à la nouvelle artillerie jusqu'au milieu du XVIème siècle.

Les premiers projectiles du XIV ème siècle étaient des flèches incendiaires qui restèrent en usage jusqu'à la fin du XVI ème siècle. puis du boulet de fer (la plommée) plus coûteux mais plus performant. Les premiers boulets, en pierre, sont rapidement remplacés par des projectiles en fer qui, souvent, sont chauffés au rouge afin d’incendier les fortifications attaquées.

Le voyage des canons strasbourgeois pendant l’expédition de 1477 menée contre les chevaliers félons du Bilstein-Urbeis est laborieuse. Le struss (nom donné au canon) est tiré par 18 chevaux, trois chariots transportent 20 gros boulets. Les dangers d’éclatement sont grands et leur efficacité n’est pas à la hauteur des espérances.

Armes portatives et évolution de la défense

Une distinction commence à s’opérer entre arme lourde et arme légère avec l’essor des armes portatives. Très tôt on utilisa des pièces à main de petit calibre actionnées par seulement un ou deux servants, le colinéator (pointeur) et l'incendiarus (tireur) telles les couleuvrines dont certaines dites "pétrinal ou poitrinal" étaient utilisées à cheval. Vers 1430 ces armes de petit calibre pouvait traverser deux ou trois hommes non cuirassés ou percer une armure à 20 mètres. jusqu'au début du XVIème siècle. des mantelets fixes ou basculants au moment du tir. Dès 1450 des bombardes de moyen calibre furent installées sur des affûts mobiles.

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L’introduction de l’artillerie se traduit par un regain d’intérêt pour les châteaux forts de montagne qui offrent un maximum de sécurité. Leur pente ne facilite pas les manœuvres d’approche et rendent difficile la mise en batterie des canons, dont le tir est à faible distance. Les murs sont renforcés et on élève en avant de l’ouvrage des murs en général peu épais, inférieurs à un mètre de hauteur et épousant plus ou moins l’enceinte principale. Ces murs portent des noms variés. Les plus souvent usités sont les braies et fausses-braies (Zwingermauern). Les fausses-braies protègent surtout les murailles principales en masquant leur base et/ou en éloignant les adversaires du noyau fortifié. Cet obstacle rend plus difficile les escalades audacieuses de la muraille au cours d’opérations surtout menées de nuit.

Les progrès techniques des armes à feu dans la deuxième moitié du XV et au début du XVI e siècle (maniabilité, puissance et tir tendu) nécessitent la construction de tours d’artillerie (rondelle / Rundelle). Rondes, demi cylindriques ou en fer à cheval, elles sont en général trapues, ne dépassant guère le niveau des courtines. En règle générale, les orifices de tir sont suffisamment larges pour pouvoir pousser au maximum la gueule des canons afin de permettre l’évacuation des fumées (certaines sont équipées de cheminées d’évacuation si l’épaisseur du mur le permet, comme au Schoeneck par exemple). La transformation des archères et arbalétrières en embrasures pour armes à feu est courante dans les châteaux forts d’Alsace (Landsberg, Hohlandsbourg, Ortenbourg). Elles sont agrandies à leur base sous forme d’un trou plus ou moins circulaire en rapport avec le calibre utilisé, tout en laissant une marge pour manœuvrer l’arme.

L'arbalète au Moyen Âge

L’arbalète et l’arc sont des armes particulièrement utiles pour l’attaque et la défense des châteaux forts. L’arbalète, plus précise et plus puissante que l’arc, est une arme aux effets meurtriers mais avec une cadence de tir lente (2 carreaux par minute contre 12 flèches pour un bon archer). Son arc est placé sur un arbrier (fût en bois de l’arbalète qui dispose d’une rainure destinée à recevoir et diriger le trait). Le trait (flèche), appelé aussi carreau, est placé dans une rainure de l’arbrier. Les différents types d’arbalètes se caractérisent par le mécanisme pour bander l’arc. Les premières arbalètes se bandaient à la main à l’aide d’un étrier et d’un crochet attaché à la ceinture.

Détestée par la chevalerie, elle est considérée comme arme déloyale puisque, tuant à distance, elle ne permet pas à l’adversaire de se défendre. De ce fait, estimant que l’arbalète, qui ne nécessite pas une formation de haut niveau, permet à des soldats peu aguerris de tirer de loin un chevalier en armure qui a consacré son existence au métier de la guerre, le clergé considère que c’est une arme immorale en raison du peu de courage et de formation qu’elle requiert à celui qui la manipule. Les Français la voyaient comme l’arme des lâches et ne voulaient pas l’utiliser. D’après eux, avec cette arme sournoise, un poltron peut tuer sans risque le plus vaillant homme.

En Europe chrétienne, l’arbalète est touchée d’anathème et en 1139 le IIe concile du Latran interdit son utilisation. Quelques années plus tard, en 1143, le pape Innocent II confirme cette interdiction et menace les arbalétriers, les fabricants d’arbalètes et ceux qui en faisaient le commerce d’anathème et d’excommunication. Par ailleurs, cette interdiction valable seulement pour les combats entre chrétiens, demeurera médiocrement observée par les princes d’Occident en dépit des efforts du pape Innocent III pour réaffirmer en 1205, les proscriptions du concile du Latran II.

Pendant les guerres de la fin du Moyen Âge, la France fait généralement appel à des mercenaires arbalétriers étrangers, en particulier italiens et génois, dont le tir peut percer une armure jusqu’à une distance entre 90 et 100 mètres. En parallèle, les progrès de la sidérurgie augmentent la robustesse des armures, ainsi que la puissance de l’arbalète avec la conception de l’arc en acier au début du XIVème siècle, remplaçant progressivement les arcs en bois et les arcs en composites. Un mécanisme coûteux et complexe doté d’un temps de rechargement de plus en plus long de 2 - 3 minutes comme le treuil et le cric ont également été inventées pour tendre l’arbalète.

Principales armes du Moyen Âge

  • Épée: Arme de chevalier conçue pour trancher et parer.
  • Lance: Arme répandue pour les actions individuelles, souvent tranchante.
  • Arbalète: Plus précise et puissante que l'arc, mais avec une cadence de tir plus lente.

Tableau récapitulatif des principales armes et machines de guerre médiévales

Arme/Machine Description Utilisation
Trébuchet Machine de jet utilisant un contrepoids pour lancer des projectiles lourds. Sièges de châteaux, destruction de fortifications.
Mangonneau Machine de jet similaire au trébuchet, mais souvent plus petite et moins puissante. Sièges, lancement de projectiles divers.
Bombarde Canon primitif tirant des boulets de pierre ou de fer. Destruction de murailles, défense de places fortes.
Arbalète Arme à distance utilisant un arc monté sur un fût pour lancer des carreaux. Chasse, guerre, défense de châteaux.
Couleuvrine Canon portatif de petit calibre, ancêtre des fusils. Guerre, défense rapprochée.

L'évolution des armes à feu a non seulement modifié les techniques de guerre, mais a également influencé la conception des châteaux et des fortifications, marquant une transition significative dans l'histoire militaire médiévale.

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