Le débat autour des armes à feu est un sujet de controverse aux États-Unis. Il divise l’opinion, cristallise les tensions, puis s’efface de l’actualité sans avoir jusqu’ici débouché sur une réforme d’ampleur nationale… avant de ressurgir après un nouveau massacre. Pour mieux comprendre les dynamiques de ce débat brûlant, nous nous sommes replongés dans une étude du Pew Research Center parue en juin 2017. Celle-ci isole les traits principaux des propriétaires d’armes aux Etats-Unis. Ces derniers sont également les principaux sympathisants et sponsors de la National Rifle Association, le premier lobby des Etats-Unis dont nous vous parlions déjà après la tuerie de Las Vegas en octobre dernier.
Au total, 30% des Américains détiennent au moins une arme. Et parmi cette dernière population, deux tiers en possède deux ou plus, et 30% cumulent... au moins cinq armes. 30% des Américains possèdent une arme. Sur un échantillon de 3,930 personnes interrogées en mars et en avril 2017, si 69% des Américains interrogés ne sont pas actuellement armés, 36% d’entre eux se voient bien posséder une arme à feu plus tard dans leur vie. Tandis que les 33% restants déclarent qu’ils n’en posséderont jamais.
Bien que David Hogg, 17 ans, survivant de la tuerie du lycée Marjory Stoneman Douglas, en Floride, se soit exprimé avec force contre la possession des armes à feu, les chiffres ne montrent pas pour l’instant un franc ras-le-bol générationnel. 27% des 18-29 ans disent posséder une arme, un chiffre quasiment équivalent aux 30-49 ans (28%) et très légèrement au-dessous de la moyenne pour tous les adultes possesseurs d’armes (30%). Les 50 ans et plus sont tout de même un peu plus nombreux à posséder une arme (33%). On observe ainsi un écart de 6 points entre les jeunes adultes et leurs parents. Mais cet écart pourrait se resserrer avec le temps puisque selon les chiffres du Pew Research Center, 16% des 18-29 ans se voient bien avec une arme plus tard.
Une inclinaison qui n’est pas sans lien avec le fait d’avoir vécu avec des armes dans son enfance. 67% des possesseurs d’armes ont en effet grandi avec un membre de leur famille possédant lui-même des armes. Un chiffre qui tombe à 40% pour ceux qui ont choisi de ne pas en avoir.
L'institut de recherche observe que les hommes sont presque deux fois plus nombreux que les femmes à posséder une arme (39% contre 22%). Et plus particulièrement, les hommes blancs : 39% des hommes blancs possèdent une arme; contre 28% des hommes de couleur. Cet écart ethnique se retrouve aussi chez les femmes. 24% des femmes blanches américaines sont armées, contre 16% des femmes de couleur.
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Notre possesseur d’armes type aurait en outre de fortes chances d’être proche du Grand Old Party (GOP). 41% de ceux qui se déclarent officiellement Républicains possèdent une arme contre 16% des Démocrates affirmés. Un décalage qui se retrouve auprès des simples sympathisants du GOP, avec 44% des “tendance-Républicains” détenant une arme. C’est plus du double de ceux se disant proches des Démocrates.
Le Nord-Est américain est beaucoup moins féru d’armes (16% de ses habitants en ont) que le reste du pays. Ses habitants y sont deux fois moins nombreux à posséder une arme que dans le Midwest, le Sud et l’Ouest (respectivement 32%, 36% et 31%). A l’échelle locale, la possession d’armes est fortement liée à la ruralité. 46% des habitants des espaces ruraux américains ont une arme, contre 28% des habitants de banlieues (quand deux tiers des Américains sont banlieusards) et 19% des citadins. Hors des villes, cette arme sert en grande partie à chasser pour presque la moitié des propriétaires interrogés.
La protection de soi-même et de sa famille reste la première raison invoquée pour justifier l'achat d’armes. 67% des détenteurs d’armes disent acquérir leur arme à des fins de protection. Viennent ensuite la chasse (38%), le tir (30%), ou encore la collection d’armes à feu (13%). L’arme chouchou des Américains, c’est le revolver. Près de 72% des possesseurs d'ont jeté leur dévolu sur cette machine courte et portative. Parmi ceux qui ne possèdent qu’une arme, 62% ont choisi le pistolet au reste de l'offre. Autres grands favoris : le fusil (62%) et la carabine (54%).
Si la tuerie du lycée de Floride a de nouveau remis sur le tapis la question de l’encadrement de l'achat et du port d’armes aux Etats-Unis, on est encore loin d’une interdiction totale ou partielle à échelle fédérale... Les États-Unis vivent avec un niveau d’armement civil hors norme et des fusillades de masse qui rythment l’actualité. Quand les homicides ont un mobile politique, ils proviennent très majoritairement de l’extrême droite. Sur 2014-2023, l’ADL (Anti-Defamation League), recense 442 morts liées à l’extrémisme, dont 76 % attribuées à l’extrême droite. En 2023, 17 personnes ont été tuées dans sept affaires.
Le débat américain sur les armes à feu se joue autant sur l’ampleur des tueries de masses que sur le nombre d’armes en circulation. Il y a environ deux armes à feu par adulte aux États-Unis. À eux seuls, les habitants des États-Unis possèdent près de la moitié des armes à feu détenues par des civils dans le monde. Largement documentés, les problèmes liés à cet arsenal en circulation au sein de la population outre-Atlantique sont légion, au premier rang desquels la fréquence effroyable des tueries de masse.
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Les fusillades dans les milieux scolaires ne cessent d’augmenter ces dernières années aux États-Unis. L’année 2021 détient ainsi le triste record du nombre de violences par armes à feu (42) dans les lieux d’enseignement, malgré deux mois de fermeture liée à la pandémie de Covid-19. Plus généralement, le nombre des morts par arme ne cesse de croître dans le pays. Selon le Pew Resaerch Center, 45 222 personnes en ont été victimes en 2020, dont 19 384 lors de meurtres. Là encore, un record.
Cette tendance se calque sur la croissance du nombre d’arme à feu entre les mains de la population civile américaine. En 2007 le Small Arms Survey, projet indépendant sur la recension d’armes à feu de l’Université de Genève, estimait le ratio d’armes à 85 pour 100 habitants. La proportion a explosé depuis passant à plus de 120 armes pour 100 habitants en 2018. Y compris en comptant les enfants.
Au total, 393 millions de pistolets, fusils d’assaut ou autre engins meurtriers seraient détenus par les Américains. Un nombre très élevé, dû à une législation permissive et qui rend très difficile de prévenir des violences devenues endémiques.
Pour mieux saisir l’ampleur du phénomène, le président Joe Biden a commandé l’année passée une série de rapports. Publié le 17 mai dernier, le premier volet de l’étude est sans appel et montre une tendance à l’armement toujours croissante. « Entre 2000 et 2020, le nombre d’armes à feu relevant de la loi sur le contrôle des armes (…) qui ont été fabriquées dans le pays, exportées par des fabricants américains ou importées aux États-Unis a augmenté respectivement de 187 %, 240 % et 350 % », conclut l’étude. Le rapport souligne que la production américaine alimente en grande partie le marché intérieur. Sur cette même période, les États-Unis ont de surcroît importé dix fois plus d’armes à feu qu’ils n’en ont vendues à l’étranger. Toujours selon le rapport, le pistolet est devenu le principal type d’armes produites ou importées sur le sol américain.
En l’espace de moins de quatre-vingt-dix minutes, dimanche 3 décembre, deux fusillades ont éclaté, l’une dans l’État de Washington et l’autre au Texas, faisant plusieurs victimes, et les États-Unis ont pulvérisé un nouveau record : celui du nombre de fusillades de masse (ayant fait 4 morts ou plus) perpétrées en une année, rapporte The Washington Post. Au total, à la date du 4 décembre, 197 personnes (sans compter les auteurs des tirs) ont péri lors de ces fusillades perpétrées en 2023 et 91 personnes ont été blessées, poursuit le quotidien. Le dernier record datait de 2022, année durant laquelle “36 fusillades de masse ont été dénombrées”.
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Comme le rappelle dans les colonnes du quotidien l’universitaire James Alan Fox, criminologue et professeur de droit et de politiques publiques à l’université Northeastern, “les fusillades de masse ne sont que la pointe visible de l’iceberg de la violence par armes à feu aux États-Unis”. Elles ne représentent, en effet, qu’un petit pourcentage du nombre de victimes tuées par armes à feu dans le pays. Si les chiffres pour l’année 2023 ne sont pas encore connus, en 2022 plus de 48 000 Américains ont perdu la vie à cause des armes à feu, soit une moyenne de 132 morts par jour, plus de la moitié étant des suicides.
Une étude publiée lundi dans la revue Jama Pediatrics révèle que les États ayant assoupli leur législation sur les armes ont connu une forte hausse du nombre de morts d’enfants, principalement par homicides et suicides. Entre 2011 et 2023, plus de 7.400 décès supplémentaires d’enfants liés aux armes ont été enregistrés par rapport aux tendances des décennies précédentes. Ce pic de mortalité infantile par arme à feu intervient alors que les décès d’enfants dus aux accidents de la route, auparavant en tête, ont eux diminué.
Tout est parti d’un arrêt de la Cour suprême en 2010 : le Deuxième amendement de la Constitution, garantissant le droit de porter des armes, pouvait désormais s’imposer aux États eux-mêmes. Conséquence : de nombreux États ont choisi d’assouplir leurs lois locales. Les chercheurs ont comparé les décès réellement survenus chez les enfants depuis 2011 aux projections basées sur la période 1999-2010, en tenant compte de l’évolution démographique. Le résultat est évocateur puisque les États les moins stricts affichent à eux seuls plus de 6.000 morts supplémentaires. En revanche, les huit États les plus rigoureux n’enregistrent quasiment aucune surmortalité infantile.
Certains États font toutefois exception : dans l’Illinois et le Connecticut, les décès ont augmenté malgré des lois strictes. Une explication possible : la tuerie de Sandy Hook, dans une école du Connecticut en 2012, qui a fait 26 morts, dont 20 enfants.
Les homicides et suicides d’enfants par arme à feu ont bondi, alors que ceux sans arme ne montrent pas la même tendance. Si l’étude ne démontre pas un lien de causalité direct, elle souligne une forte corrélation. En analysant les homicides et suicides sans arme à feu, les chercheurs n’ont noté aucune hausse équivalente, ce qui renforce l’hypothèse du rôle des armes dans ces décès. Par ailleurs, les enfants noirs ont connu la plus forte augmentation, l’étude émettant l’hypothèse d’une disparité sociale dans l’emplacement plus ou moins sécurisé des armes dans les foyers.
Malgré ces chiffres, la politique fédérale reste bloquée. Le débat s’enflamme autour des fusils d’assauts après plusieurs massacres, dont le AR-15, devenu un symbole pour une partie de la droite qui défend coûte que coûte le second amendement de la Constitution. L’opinion, elle, est plus nuancée d’après le Pew Research Center. Environ un tiers des adultes américains déclarent posséder personnellement une arme et 42 % vivent dans un foyer armé. Une majorité d’Américains souhaite des lois plus strictes, et 61 % estiment qu’il est trop facile d’acheter légalement une arme.
Les Démocrates soutiennent très largement l’interdiction des fusils d’assaut et des chargeurs de grande capacité (85 %), quand la majorité des Républicains s’y oppose. À l’inverse, 74 % des Républicains veulent armer les enseignants à l’école (contre 27 % des démocrates) et élargir les lieux où le port dissimulé est autorisé. Cette polarisation tient aussi à la place particulière de l’arme à feu dans la culture politique américaine. Pour les uns, c’est un outil de protection personnelle, voire un symbole de liberté et d’autonomie face à l’État fédéral. Pour les autres, la prolifération des armes accroît le risque de violences, qu’il s’agisse de fusillades tragiques, de violences domestiques ou de suicides, qui représentent une part importante des morts par armes. Gun Violence Archive comptabilise 24 156 suicides sur les 41 030 morts par arme à feu en 2024.
Selon une ONG de référence, elles ont causé 119 décès par jour depuis le début de l'année 2022, dans le pays. Les États-Unis sont sous le choc, après une nouvelle tuerie dans une école de la ville d'Uvalde, au sud du Texas. Le tireur, âgé de 18 ans, a ouvert le feu dans une école primaire, tuant 19 jeunes élèves âgés d'à peine 10 ans, et deux enseignants. Il a ensuite été abattu par la police. Ces tueries, dont la dernière remonte à moins de quinze jours, dans un supermarché de Buffalo (État de New York), relancent régulièrement le débat sur la détention d'armes aux États-Unis, droit inscrit dans la Constitution américaine. Dans une allocution solennelle depuis la Maison Blanche, le président américain Joe Biden a exhorté à un sursaut pour réguler les armes à feu. "Il est temps de transformer la douleur en action", a-t-il insisté.
De telles mesures, soutenues de longue date par le président démocrate Joe Biden, demandent un accord politique au Congrès pour une mise en place au niveau fédéral. Les Républicains s’opposent largement à ces mesures en vertu du deuxième amendement de la Constitution américaine, qui protège le droit de porter une arme à feu. « A mes collègues républicains : venez à la table des négociations et travaillez avec nous pour adopter une loi aidant à sauver des vies », a réagi mardi l’influent sénateur démocrate Dick Durbin.
L’influent lobby des armes National Rifle Association of America (NRA) a, de son côté, rapidement dénoncé le rapport comme « une extension de la guerre de l’administration Biden contre les détenteurs d’armes respectueux de la loi ». « L’Amérique a un problème de criminalité causé par les criminels », a ajouté le directeur exécutif de l’organisation, Randy Kozuch.
Les États-Unis assistent tout de même à une vague de criminalité particulièrement importante depuis plusieurs années. Gary LaFree, Richard Rosenfeld et Randolph Roth ont étudié la question et soulignent que les vagues de criminalité surviennent souvent lorsque les normes sociales s’effondrent. La Covid a favorisé l’isolement et la prise de position sur de nombreuses questions et a ainsi divisé les concitoyens. Or, lorsque l’empathie pour les autres citoyens décline, la criminalité augmente. Mais il y a aussi eu une certaine rupture entre les citoyens et le gouvernement. En effet, d’après Gallup, 80 % des citoyens ne sont pas satisfaits par la direction du pays pendant la pandémie.
Certains affirment même que cette relation singulière que les États-Unis tiennent vis-à-vis des armes à feu relève d’une forme sombre de l’exceptionnalisme américain.
La première est d’appliquer des « buyback programs ». C’est-à-dire des programmes destinés à racheter les armes qui sont actuellement en circulation aux États-Unis. Cela permettrait de diminuer le nombre d’armes à feu disponibles et ainsi de faciliter leur contrôle. Cette mesure a notamment été mise en place en 1996 par le Premier ministre australien John Howard et elle est au cœur du National Firearms Agreement. La seconde est de vérifier plus efficacement les antécédents (Effective background checks) pour résoudre l’une des grandes failles du système américain, souvent appelée « three-day loophole ».
N.B. « When in God’s name are we going to stand up to the gun lobby?
Le bilan au sujet des armes à feu est dans l’immédiat assez décevant.
Le projet de loi Enhanced Background Check Act of 2021 est quant à lui en suspens.
Descendre dans les rues pour lutter contre les armes à feu, c’était le projet des manifestations « March for Our Lives » qui se sont déroulées en 2018, en réaction à la fusillade de Parkland. Ce mouvement a été amplifié sur les réseaux sociaux grâce à des hashtags tels que #NeverAgain, #MarchForOurLives, #WhatIf et #IWillMarch. Le mouvement « March for Our Lives » a bel et bien eu un impact.
| Statistique | Donnée |
|---|---|
| Pourcentage d'Américains possédant au moins une arme | 30% |
| Ratio d'armes pour 100 habitants (2018) | Plus de 120 |
| Nombre de décès par arme à feu en 2020 | 45 222 |
| Nombre de fusillades dans les écoles en 2021 | 42 |
N.B. L’heure est grave et les fusillades qui se sont produites en 2022 aux États-Unis sont une piqûre de rappel. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir sur la question des armes à feu. Le climat de violence qui pèse actuellement sur le pays ne cesse de plonger de nombreux concitoyens dans l’inquiétude. Reste à voir quels efforts seront faits dans les mois à venir pour lutter contre cette violence.
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