L'origine de Nîmes est incertaine.
Ce pourrait être une intéressante question d'archéologie et même de mythologie; car on a attribué la fondation de Nîmes à un cértain Nemausus, descendant d'Hercule; mais ce qui convient à la dissertation ne convient pas à l'histoire.
Tout ce qui peut être intéressant n'est pas nécessaire; or nous devons nous en tenir aux faits qui auront ces deux caractères à la fois, notre but étant de n'instruire le lecteur que par des choses qui l'amusent, et de ne l'amuser que par des choses qui l'instruisent.
Strabon et Pline rapportent que Nîmes tenait vingt-quatre bourgs sous sa domination particulière.
C'était la métropole d'une tribu gauloise, dite des Volces Arécomiques.
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L'inquiétude que lui causaient ses voisins turbulents l'engagea à s'offrir d'elle-même aux Romains, vers l'an de Rome 633.
Dévastée bientôt par les Cimbres et les Teutons, elle s'attacha au parti de Marius, qui avait écrasé ces barbares dans les plaines d'Aix; elle souffrit sous Sylla, fut dépossédée d'une partie de son territoire par Pompée qui tenait pour Sylla, et réintégrée par César, lequel continuait le parti de Marius : Auguste l'éleva au rang de colonie romaine.
Une médaille frappée en mémoire de cet événement, et consacrée au vainqueur d'Actium, représente un crocodile enchaîné à un palmier, d'où pendent une couronne civique et des bandelettes, avec cette inscription : Col. Nem. (Colonia Nemausensis ).
Au revers de la médaille sont les deux têtes de César-Auguste et d'Agrippa, la première couronnée de lauriers, l'autre ornée d'une couronne navale, avec ces mots : Imp. Divi F. P. P. (Imperatori, Divi filio, patri patriœ.)
Nîmes fut dotée par Auguste d'une organisation municipale, à l'image de Rome.
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Comme Rome, Nîmes eut son sénat, sa curie, ses tribunaux, ses édiles ; Auguste lui laissa ses institutions locales et son trésor particulier.
Les habitants de la colonie, admis à jouir du droit latin, n'étaient pas citoyens romains, privilège exclusivement conféré par le droit italique; mais ils pouvaient le devenir, après avoir passé par les fonctions publiques.
Nîmes, ainsi constituée, s'entoura de murailles, et dès-lors, la petite métropole des Volces Arécomiques devint une ville considérable, qui suivit tous les progrès de la civilisation romaine.
Ses habitants surent fixer, par leur complaisante fidélité, le patronage des empereurs.
Nîmes vote des statues à Tibère, qui avait fait réparer sa voie romaine, et à Claude, qui la protégeait spécialement; elle élève un monument eu l'honneur de Trajan; Antonin l'autorise à prendre dans le trésor impérial de quoi édifier son amphithéâtre.
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Nîmes se peuple d'affranchis opulents, qui viennent y dépenser leur pécule, et y apporter la délicatesse des mœurs romaines.
Leurs maisons de campagne, serrées tout à l'entour de la ville, la font ressembler à la première cité des Gaules, la riche Marseille.
Ces maisons de campagne deviendront plus tard le noyau de villages et de villes.
Le christianisme ne put pénétrer à Nîmes que sous le règne de Constantin.
Mais, avant cette époque, Nîmes, à titre de ville fidèle, envoya au martyre saint Honeste et saint- Bausile; et la grande persécution ordonnée par Dioclétien valut à cet empereur des statues.
Du reste, cette ville, où les choses de religion amenèrent plus tard tant de violences, martyrisa sans passion les confesseurs de la foi nouvelle; c'était de sa part affaire d'imitation et peut-être de flatterie, c'est que la ville n'a pas encore son vrai peuple, ce peuple qui tuera et se fera tuer pour ses croyances.
Nîmes est une cité protégée, une des bornes villes de l'empereur; il copie Rome, et reçoit d'elle ses dieux, comme il en a reçu sa langue, ses arts et ses monuments.
Quand les Barbares auront fait disparaître cette civilisation importée, et cette population d'affranchis et de favoris, alors un vrai peuple sortira de toutes ces belles ruines, et, avec ce vrai peuple, ces passions furieuses qui donnent encore aujourd'hui je ne sais quel air sauvage à la vieille cité gallo-romaine.
Les Vandales, attirés en Italie par Stilicon, voulurent frapper Rome elle-même dans les monuments de Nîmes.
Cette première invasion détruisit les Bains, le temple d'Auguste et la basilique élevée par Adrien, en l'honneur de Plotine, sa bienfaitrice.
Aux Vandales succédèrent les Visigoths.
Mais l'occupation des Visigoths ne fut marquée d'aucun désastre.
Ce peuple avait rapporté, de ses excursions militaires à travers la Grèce et l'Italie, un certain goût pour la civilisation et les institutions romaines.
Le roi visigoth Eurik, qui tenait à Toulouse une cour de rhéteurs et de savants, était un roi lettré.
Les Visigoths furent moins des conquérants que des hôtes; ils demandèrent place pour eux, pour leur gouvernement, pour leurs coutumes, et laissèrent à la ville romaine son code Théodosien, égal à la loi visigothe, sa constitution politique, sa curie, ses magistrats électifs, ses assemblées de notables.
Le roi Eurik, d'abord arien fougueux, qui, dès son entrée dans Nîmes, avait chassé l'évêque et fermé les portes des églises avec des épines, avait fini par rendre populaire la domination visigothe.
Aussi, quand Thierry, fils de Clovis, à la tête de ses Franks, reprit la ville sur les lieutenants d'Alaric II, successeur d'Eurik, la population prit parti pour ses conquérants contre ses libérateurs.
L'invasion franke fut repoussée, et Nîmes vécut paisible pendant plus d'un demisiècle.
En 672, les intrigues d'un certain Hildéric, gouverneur de Nîmes, soulevèrent les habitants contre le roi visigoth Wamba; celui-ci envoya un duc Paul pour réduire les rebelles.
Mais ce duc, au lieu de les combattre, se joignit à eux, et s'aida d'Hildéric pour se faire couronner roi.
Wamba mit le siège devant Nîmes, la prit d'assaut, enleva l'amphithéâtre qui servait de citadelle à la ville et de forteresse aux révoltés, et le duc Paul vint mettre à ses pieds sa royauté de quelques semaines.
Wamba, en digne successeur d'Eurik, punit ce Paul, mais non de mort; il releva les murs, rétablit les portes, prit soin des blessés, et fit rendre le butin enlevé dans le pillage des maisons.
Rare exemple de modération à cette époque et dans un barbare !
Sauf le ravage de quelques monastères, prise de possession toute mahométane, les Sarrasins, ou Arabes d'Espagne, héritiers et vainqueurs des Visigoths, firent peu de ruines dans la ville.
Le caractère de leur occupation fut particulièrement fiscal.
Ils prirent l'argent et les terres, et laissèrent les institutions.
L'administration visigothe subsista, mais le personnel en fut changé.
Vint ensuite l'invasion franke et Karle-le-Marteau, barbare de la façon des Vandales, mais qui travaillait sans s'en douter à l'œuvre de l'unité et de la civilisation françaises.
Charles-Martel, pour ôter une place forte aux Sarrasins, en cas d'occupation nouvelle, abattit les murailles de Nîmes et mit le feu à ses portes et à son amphithéâtre.
Nîmes reprise par les Sarrasins, s'en débarrassa pour toujours par un vigoureux effort de réaction religieuse, auquel s'associèrent Beziers, Agde et Maguelonne.
De cette ligue sortit une petite république provisoire qui se donna un chef du nom d'Ansemond; mais cet Ansemond, ne se sentant pas assez fort, se mit sous la protection de Pépin-le-Bref, lequel confisqua la petite république au profit de la monarchie iranke, et donna le gouvernement de Nîmes à un comte nommé Radulfe.
Le vent du Nord s'était levé pour la ville romaine depuis sa réunion au royaume frank.
Il ne faut pas chercher dans cette administration violente, marquée à l'empreinte des mœurs germaniques, la trace des immunités - de la ville.
Durant toute l'anarchie féodale, son régime municipal sommeilla , sa civilisation se réfugia dans les monastères, qui seuls surent expliquer ses ruines; et son histoire est sans événements.
Nîmes appartient d'abord aux comtes de Toulouse, puis aux vicomtes de Trencarvel, cessionnaires de ceux-ci.
Les Normands et les Hongrois la traversent et en emportent quelques lambeaux.
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