L'arbalète est l'une des armes les plus emblématiques de l'histoire. Elle est une arme de jet qui a joué un rôle crucial dans l'histoire militaire, la chasse et même le sport moderne. Inventée il y a plus de deux millénaires, l'arbalète ou le pistolet arbalète a évolué de manière significative au fil du temps, passant d'un outil de guerre redoutable à un instrument de compétition de précision.
Les premières arbalètes apparaissent en Chine, durant la Période des Royaumes combattants qui couvre le Ve siècle av. J.-C. et jusqu’à -221 avant notre ère. Si les premières traces d'arbalètes nous viennent de Chine, les Vikings, ont eux-aussi utilisé des systèmes très proches.
Les premières occurrences proviennent de Chine où son usage connaît un apogée dès l’Antiquité. Au départ, elle servait surtout pour la chasse, puis on a commencé à l'utiliser à des fins militaires, sans doute à l'époque des Croisades. L'arbalète chinoise, appelé "nu", était utilisé par les troupes pour sa capacité à tirer des projectiles avec une force et une précision accrue.
En Occident, le gastrophète est l’ancêtre de l’arbalète, mais il s’agit d’une arme de siège. Alexandre le Grand pendant ses conquêtes utilisaient également les arbalètes. Cette arme utilisée par les hoplites d'Alexandre le Grand ( - 330 av. J.C ) s'armait en poussant avec la poitrine d'où gastra...
En Europe, l'arbalète a gagné en popularité au Moyen Âge, surtout pendant les croisades. Les croisés ont découvert des versions plus avancées de cette arme au Moyen-Orient et ont rapidement adapté la technologie à leurs besoins. La force de leurs arbalètes? C’est à partir du XIᵉ siècle que l’arbalète devient réellement une arme majeure en Europe. Durant cette époque, l’arbalète accompagne les voyageurs, les marins, et les chasseurs.
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Ce perfectionnement apporte plusieurs avantages. Une fois que la corde est tendue, le tireur n’a plus d’effort physique à fournir pendant qu’il vise. L’ajustement du tir s’en trouve facilité. La régularité de tension de la corde est à peu près absolue puisqu’elle est déterminée par le point d’ancrage sur l’arbier, et donc indépendante du geste de l’archer.
Ainsi l’efficacité du tir est moins conditionnée par l’habileté naturelle et le niveau d’entrainement du tireur. La puissance de l’arbalète peut être augmentée sans inconvénient jusqu’à des puissances compatibles avec par exemple le percement des armures ou l’abattage d’un cheval.
Une des évolutions majeures se produisit au XIVe siècle lorsqu'on inventa un système qui permettait de recharger automatiquement l'arbalète. L'arbrier, permettant d'adapter à l'arbalète des appareils de tension susceptibles d'emmagasiner une force très supérieure à celle que peut développer directement la main de l'humain, on put donner à son arc une grande énergie et à son tir une grande puissance.
L'une des principales différences entre l'arbalète et l'arc classique est le mécanisme de tir. L'arbalète offre plusieurs avantages : elle permet à l'utilisateur de maintenir une tension constante sur la corde sans effort musculaire continu, ce qui améliore la précision et réduit la fatigue. Cependant, l'arbalète présente également des inconvénients. Elle est généralement plus lourde et plus encombrant qu'un arc classique, et son temps de recharge est plus long.
Au Moyen Âge, l’arbalète est utilisée autant comme arme de chasse que pour la guerre. Si pour la chasse, l’emploi de l’arbalète a été très apprécié en son temps, son usage militaire a provoqué des déboires célèbres sur le champ de bataille. La lenteur de mise en œuvre face aux troupes armées du grand arc droit traditionnel est souvent avancée comme explication (voir les chroniques des batailles de Crécy et d’Azincourt).
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Mais c’est probablement surtout l’option de vouloir remplacer les archers par des arbalétriers qui constitua une erreur. Méprisée par la chevalerie, elle est vue comme arme déloyale car, tuant à distance, elle ne permet pas à l’adversaire de se défendre. Ainsi, considérant que l’arbalète, qui n’exige pas une grande formation, permet à des soldats peu aguerris de tuer de loin un chevalier en armure qui a voué son existence au métier de la guerre, le clergé estime que c’est une arme immorale pour le peu de courage et de formation qu’elle exige de celui qui la manie.
« Les Français la regardaient comme l’arme des lâches et refusaient de s’en servir. En Europe chrétienne, l’arbalète est frappée d’anathème et son usage est interdit en 1139 par le IIe concile du Latran et confirmée quelques années plus tard, en 1143, par le pape Innocent II, qui menaça les arbalétriers, les fabricants de cette arme et ceux qui en faisaient le commerce d’excommunication et d’anathème.
Cette interdiction, par ailleurs valable uniquement pour les combats entre chrétiens, restera médiocrement observée par les princes d’Occident, malgré les efforts du pape Innocent III pour réaffirmer, en 1205, les interdits du concile du Latran II. L’efficacité de ces armes faisait de ceux qui les maniaient des soldats d’élite, très prisés, et très bien payés, ce qui leur permettait l’achat d’équipements de qualité.
Les progrès de la sidérurgie augmentent parallèlement la robustesse des armures et la puissance de l’arbalète avec la création de l’arc en acier, au début du XIVe siècle, qui remplace petit à petit les arcs en bois et les arcs composites (lamellé-collé : bois + tendons + corne, le tout encollé). On invente aussi un mécanisme complexe et coûteux, avec temps de rechargement de plus en plus long de 2 à 3 minutes (jusqu’à 30 minutes pour les modèles les plus puissants) comme le cric ou le treuil (appelé aussi le « moufle ») pour tendre l’arbalète.
Les Italiens se distinguèrent dans la fabrication d’arbalètes particulièrement efficaces : un trait pouvait atteindre jusqu’à 350 km/h ! Le cranequin (du moyen néerlandais cranekijn « sorte d’arbalète »7) était une arbalète à pied mais le terme a fini par désigner aussi le mécanisme particulier destiné à le tendre. Pour lever cette ambiguïté, l’arbalète elle-même a été renommée improprement cric d’arbalète, terme malheureusement utilisé de nos jours alors qu’il semble ne désigner qu’une partie de l’arme.
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Les arbalètes, comme les arcs, ont pratiquement disparu lorsque les armes à feu, plus facile d’emploi, demandant moins d’entraînement, et aussi beaucoup moins chères, devinrent l’équipement de base du fantassin.
On voit apparaître aujourd'hui des arbalètes toujours plus compactes, puissantes et rapides. En 2019, le Musée de l’archerie et du Valois a consacré sa première exposition à la thématique des arbalètes. L’occasion d’exposer ses collections et d’aborder l’usage de cette arme en temps de guerre et comme équipement de chasse mais aussi comme objet de loisir et de pratiques sportives.
L'arbalète se compose d'un arc, fixé par son milieu sur un fût de bois nommé arbrier. L'arbrier est creusé, dans une partie de sa longueur, par une rainure qui sert à diriger la flèche; il est terminé par une espèce de crosse que l'on appuie à l'épaule comme celle d'un fusil, pour viser dans la direction de la rainure; il est muni, vers son milieu, d'un disque d'os, d'ivoire ou de métal, appelé noix, dont le contour porte deux encoches : l'une pour recevoir la corde de l'arc, quand elle est tendue; l'autre pour arrêter l'extrémité d'un ressort de détente.
Dans certaines armes, le fût se trouve évidé en demi-cylindre pour servir de direction aux différentes espèces de trait. On se sert le plus souvent d'arbalètes à jalet, dont le fût porte un canon ou tube dans lequel on met une balle ou un caillou rond, et qui est fendu de chaque côté, de manière à laisser passer la corde.
L'arbalète se tient comme un fusil : on l'élève de la main gauche et l'on appuie la crosse à l'épaule droite. L'index de la main droite appuie légèrement sur une gâchette, placée en dessous. Le projectile touche le milieu de la corde tendue; on vise : et en tirant la gâchette; on met en liberté la corde qui se détend violemment et lance au loin le projectile.
Le nom latin de l'arbalète au Moyen âge était balista. Le trait ordinaire lancé par l'arbalète était une flèche courte et solide appelée au Moyen âge carrel ou carreau, à cause de la forme carrée de son fer.
Bien que l'arbalète, c.-à-d. l'arc monté sur affût, paraisse avoir été en usage dans l'Antiquité, au moins comme machine de guerre de grande dimension et non portative, ce n'est qu'à une époque relativement récente que nos ancêtres ont employé cette arme telle que nous venons de la décrire. Il n'en est fait mention pour la première fois dans les armées européennes que vers la fin du Xe siècle.
Le Moyen âge vit de nombreux modèles d'arbalètes; nous allons donner une idée des plus employés. L'arbalète à pied de biche portait un appareil de tension qui peut être regardé comme le plus ancien de tous. Un cric ordinaire formait l'appareil de tension de l'arbalète à cric ou à cry, et en faisait une arme plus puissante que l'arbalète à pied de biche. Dans l'arbalète à tour appelée aussi de passe ou de passot, c'est au moyen d'une moufle que le soldat portait à sa ceinture, que s'opérait la tension de la corde. Pour cette opération, le fût présentait à son extrémité un étrier dans lequel le soldat soldat mettait le pied, afin de prendre un point d'appui.
Comme cela a été très souvent le cas dans l'histoire, une évolution technologique fait le bonheur des uns et le malheur des autres. La diffusion de l'usage de l'arbalète modifia en effet les rapports de force entre les groupes de guerriers.
Les chevaliers, qui étaient considérés comme l'élite des guerriers, se sentirent menacés dans leurs prérogatives. Ils détestaient l'arbalète car elle tuait à distance, ne permettant pas à l’adversaire de se défendre en corps à corps, ce qui était leur spécialité. De plus, l'usage de l’arbalète ne nécessitait aucune formation de haut niveau.
Considérée comme une arme déloyale par les nobles, l'arbalète fut dénoncée comme une arme immorale par le clergé, en raison du peu de courage et de formation que demandait son usage. En 1139, le deuxième concile du Latran interdit son utilisation. Quelques années plus tard, le pape Innocent II menaça même les arbalétriers, les fabricants d’arbalètes et ceux qui en faisaient le commerce, d’anathème et d’excommunication.
Cela n'empêcha pas les princes qui se faisaient la guerre de recourir de plus en plus à cette arme nouvelle. L’efficacité de ces armes permit à ceux qui les manipulaient de devenir des soldats d’élite. Il semble que les troupes d'arbalétriers étaient les mieux payées des armées occidentales, et parfois mieux équipées que certaines classes de chevaliers.
L'arbalète, supérieure à l'arc comme arme de siège, lui était inférieure comme arme de campagne. Pendant qu'un archer lançait dix ou douze traits, l'arbalétrier n'en pouvait guère tirer plus de trois. En temps de pluie, l'archer pouvait abriter facilement la corde de son arc, ce qui était beaucoup plus difficile à l'arbalétrier et cette circonstance eut une certaine influence sur la défaite des Français à Crécy en 1346.
Il existe plusieurs types d'arbalètes modernes, chacune conçue pour des utilisations spécifiques :
En France, la possession d'une arbalète est légale, mais elle est soumise à une réglementation stricte car elle est classée en catégorie D. Tout d'abord, pour une arbalète, il faut être âgé d'au moins 18 ans. La vente et la cession d'arbalètes à des mineurs sont strictement interdites.
Bien que l'achat et la détention soient autorisés pour les personnes majeures, il est interdit de porter ou de transporter une arbalète sans motif légitime. L'utilisation d'une arbalète est également encadrée par la loi. Elle ne doit pas être utilisée dans les espaces publics, en particulier dans les zones urbaines où elle pourrait constituer un danger pour la sécurité publique.
L'arbalète occupe une place fascinante dans l'imaginaire collectif et les légendes. Elle est souvent associée à des récits de héros et d'exploits guerriers. Le plus célèbre est sans doute celui de Guillaume Tell, un héros suisse légendaire réputé pour avoir utilisé une arbalète pour abattre une pomme placée sur la tête de son fils. Aujourd'hui, l'arbalète est fréquemment représenté dans les films, les jeux vidéo et les séries télévisées.
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