Les carabines scolaires, notamment le modèle "La Nationale", représentent un pan important de l'histoire de l'éducation et du patriotisme en France, particulièrement après la défaite de 1870. Ces armes, conçues pour l'entraînement des jeunes au tir, ont connu leur apogée entre 1875 et 1890, contribuant à la préparation militaire de la jeunesse française.
Après le désastre militaire de Sedan en 1870, les Républicains ont mis en avant l'idée que l'école devait initier les jeunes enfants au devoir militaire et au respect de la patrie. Les hommes politiques et les chefs militaires encourageaient les enseignants à former des conscrits vigoureux, patriotes et moralement énergiques. Cette vision a conduit à l'institution des bataillons scolaires par un décret du 6 juillet 1882.
Ces bataillons scolaires avaient pour but de rassembler les élèves pour des exercices gymnastiques et militaires. L'objectif était d'apprendre aux jeunes la manœuvre et les positions réglementaires, le plus souvent à l'initiative des instituteurs, surnommés les Hussards Noirs de la République. Vers 1880/90, avec la création de nombreuses sociétés sportives de préparation militaire, l'accent s'est déplacé vers le tir stricto sensu pour une jeunesse moins enfantine.
Les carabines scolaires étaient conçues pour être utilisées par les jeunes élèves dans les écoles. Elles étaient souvent des reproductions miniatures d'armes réglementaires, comme le fusil Lebel, mais chambrées pour des calibres plus petits, tels que le 6mm Flobert ou le .22 court. Ces fusils étaient déposés à l'école.
En 1883, il fut même décidé que les armes pourraient être munies d'épées-baïonnettes à pointe arrondie. Le tir scolaire se pratiquait avec des armes de type "Flobert", fusil système Gras, modèle 1874, calibre de 6 mm à 12 mètres, et à l'aide du fusil en calibre de 11mm avec une cartouche spéciale.
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Près d’une centaine de fabricants différents ont été répertoriés. Chaque catalogue avait la sienne, de Verney-Carron à Manufrance, en passant par les aciéries du Nord. S’y retrouver dans toutes les appellations commerciales dithyrambiques ou patriotiques, et parfois sans même inscriptions du fabricant, peut s’avérer ardu.
En août 1894, la carabine réglementaire "La Française", présentée par l'Union des Sociétés de Tir de France, a été adoptée. Conçue par l'armurier Pidault, elle était une version réduite du fusil Lebel modèle 1886, sans baïonnette ni système à répétition. Bien que ne faisant pas partie de l'armement militaire, elle était considérée comme une arme réglementaire pour l'instruction du tir dans les écoles.
L'enthousiasme pour les bataillons scolaires a commencé à décliner vers 1884/1885, en raison de la crise du boulangisme, de la lassitude des parents et des critiques concernant l'efficacité de cette formation. L'expérience a pris fin en 1892, mais le tir est resté une activité populaire dans les stands de tir jusque dans les années 1930, voire 50. Les carabines scolaires, comme "La Nationale", ont ainsi contribué à l'éducation, au patriotisme et à la préparation militaire de la jeunesse française pendant plusieurs décennies.
Il existait deux types principaux de fusils scolaires destinés à préparer les jeunes pour la revanche de 1870.
Le premier type est un fusil de tir réduit copiant le Gras. Il ne reçoit jamais de baïonnette et n'en possède jamais le tenon. Ces fusils étaient stockés dans les locaux de la gendarmerie locale avec leurs munitions.
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Le second type est un fusil de maniement destiné uniquement à l'ordre serré, aux exercices de visée et au maniement d'armes. Selon les moyens de la commune, il est entièrement en bois, en bois et fonte, ou est un Gras modèle réduit de belle facture. C'est le cas de ce beau petit fusil Andreux à Paris : canon en tôle épaisse, culasse fonctionnelle mais vide sans aucun mécanisme de percussion.
Voici un autre fusil de maniement, d'une facture plus simple : crosse et canon en bois, culasse et boitier en fonte. Seul le levier d'armement peut pivoter, il ne peut même pas reculer. Fabrication Huart Bender à Argenteuil. Seul un numéro d'ordre y est frappé, laissant supposer une trentaine de fusils dans cette école.
Voici maintenant le plus simple possible, et aussi le moins coûteux : il est entièrement en bois et fine tôle. Culasse monobloc en bois, levier de même, boitier consistant en 2 bandes de tôle. L'enfant pouvait néanmoins le faire fonctionner comme un vrai.
Comme tous les fusils de tir réduit, il n'a pas de tenon de baïonnette, mais une belle baguette. Les fusils bois et tôles pour la manipulation, les autres pour le tir réduit (cartouche plus courte au calibre 11mm).
Des fusils, carabines et mousquetons étaient vendus par Manu de St Étienne dans les années 1900. Les bagues ne sont plus en laiton et sur le canon est marqué "Manufacture Française d'arme St Étienne avec le poinçon, sur le haut du boitier en avant de la hausse 1/6 choke.
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Le Ministre de la Guerre indique qu’il y aurait intérêt a mettre entre les mains des élèves des écoles des fusils de petites tailles destinés a l’apprentissage du tir. Ces fusils devront avoir la taille réduite des armes en service dans l’armée (fusil d’Infanterie Mel 1874).
Des commandes sont passées avec les manufactures nationales d’état et l’industrie civile pour la fabrication des fusils destinés au tir dans les écoles (fusils de cadet). Discours de Paul Déroulede pour l’encouragement de l’instruction militaire dans les écoles : "L’enfant est le citoyen de l’avenir et dans tout citoyen il doit y avoir un soldat toujours prêt".
Création d’une instruction militaire obligatoire par le ministre de l’instruction publique, Jules Ferry, créateur de l’école publique, laïque et obligatoire. Ces bataillons sont destinés à apprendre aux élèves le maniement des armes et à se familiariser avec celles-ci.
Deux types d’armes sont alors en service : Les fusils destinés a l’instruction et a la manipulation, ne pas être trop lourd, comporter le mécanisme du fusil de guerre actuel (Mel 1874), être inapte au tir. Les fusils dessinés au tir. Les fusils scolaires destinés au tir, à raison de trois par école, seront à tir réduit avec la munition du Modèle 1874. La cartouche Mel 1874 est raccourcie de 1cm, balle sphérique en plomb de 8,7 gr., charge de poudre de 0,74 gr., amorce et couvre-amorce. Exercices de tir a la cible, 14 ans est l’age minimum.
Le ministre demande que les fusils d’instruction soient munis de baïonnette a la condition que la lame soit en acier ou autre matière et avec le bout arrondi.
La chute des Bataillons scolaires coïncide avec la dissolution de la Ligue des Patriotes, la poursuite de ses dirigeants et la fuite du Général Boulanger.
Le ministre de l’instruction publique rend obligatoire aux élèves de 10 ans et plus, l’instruction du tir a 10 mètres à la carabine Flaubert.
Les bataillons scolaires disparaissent mais le tir est maintenu au sein des écoles avec le concours de Sociétés de Tir, supervisés par des militaires. Une commission ministérielle est chargée d’ouvrir un concours pour la fabrication d’une carabine tirant la cartouches 6mm a double culot bosquette du nom de son inventeur.
L’instruction du tir dans les écoles, supervisée par un militaire agrée par l’armée perdurera jusqu’en 1914. L’ Union Sportive des Tirs de France crée le championnat de tir des écoles primaires.
Ce n’est plus une discipline purement militaire avec la recherche technique pour la compétition.
Il existe un type de carabines appelées soit La Française ou La Préférée. Leur particularité est qu’elles ont la date de 1921 sur la crosse. Fusil Gras scolaire mle 1874 de tir réduit. A existé en 11 mm gras de cadet, calibre 6 et 5,5 mm.
La carabine scolaire La Préférée est une arme d'initiation au tir qui était utilisée à la fin du XIXe et au début du XXe siècles, notamment dans les bataillons scolaires et la préparation à la revanche de 1870.
La grande famille des armes scolaires « modernes » a connu son apogée, en nombres utilisés, juste après la défaite de 1870, de 1875 à 1885/90 en gros, avec bien plus d’armes de pure manipulation, totalement inertes avec baïonnette à bout rond, que d’armes de tir stricto sensu. Elles visaient surtout à apprendre « la manœuvre » et les positions réglementaires.
Puis vers 1880/90, avec la création de nombreuses sociétés sportives de préparation militaire, on se concentra plus sur le tir stricto sensu pour une jeunesse moins enfantine. De très nombreux clubs de Tir en France sont les héritiers directs de cette période d’avant 1914.
Vers 1900, nos belles petites carabines scolaires en 6mm Bosquette (proche du 22 court moderne) pour former les plus jeunes au tir, complétaient fusils Gras et revolvers gracieusement « prêtés » à ces sociétés de préparation par l’armée selon l’Instruction de 1892 .
S’il avait fallu, autrefois, et compte tenu des circonstances historiques, accélérer la formation des conscrits en les préparant dès l’école primaire aux bases du tir afin qu’ils soient prêts un jour à faire leur devoir pour leur Pays, ce type de carabines resta néanmoins très populaire dans les stands de tir jusque dans les années 1930 voire 50.
Les carabines scolaires étaient souvent des copies miniatures assez conformes d’armes réglementaires, d’autres s’en éloignant plus ou moins. Celles en forme de fusil Berthier sont plus rares que celles en formes de Lebel. Il en existe « mousqueton ».
Principalement chambrées en 6mm Flobert ou en 22 court, rares sont celles que l’on peut nourrir au 22 Long Rifle, le calibre Roi moderne. Souvent fabriquées aussi par une foule d’artisans travaillant pour eux-mêmes et plusieurs distributeurs.
Le tir, école de rigueur, de responsabilité, de maitrise de soi, du souffle, du geste et avant tout de la pensée, est un excellent exercice pour la jeunesse.
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