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La figure idéalisée du cinéaste amateur semble garante de liberté et de créativité, mais la posture et le statut de celui-ci sont d’une définition complexe. Ainsi, l’amateur reflète ou pas le conformisme social et esthétique à travers des démarches cinématographiques diverses qui ne se limitent pas au film de famille. Il s’agit ici d’aborder, à différentes échelles, les principales étapes et approches de l’histoire du cinéma amateur, essentiellement en France et en Europe.

Le Cinéma Amateur Pendant la Seconde Guerre Mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les images d’amateurs sont rares. Cela s’explique par le rationnement et l’interdiction de l’occupant. Certaines pellicules vierges conservées servirent à filmer la Libération. Le premier film, d’abord intitulé Sous le manteau, est constitué d’images tournées clandestinement par des officiers français, avec une caméra fabriquée sur place et dissimulée dans un faux dictionnaire. Ce film amateur documentaire sur le quotidien, l’évasion et l’évacuation de prisonniers de guerre, s’oppose ainsi à la propagande nazie. Diffusé au cinéma en 1955, Sous le manteau est produit par Fred Orain-Armor Films.

Les troublantes images tournées à Westerbork sont restées, quant à elles, à l’état de rushes muets de 95 minutes. Toutefois, en 2007, le documentariste allemand Harun Farocki monte et travaille certains plans pour le film Aufschub (En sursis), qui interroge l’acte de filmer. En 1944, le commandant SS du camp, soucieux d’en défendre l’existence et l’efficacité auprès de l’administration nazie, confie le tournage à un photographe interné, Rudolf Breslauer. Dans ce camp, les nazis sont surtout visibles lors des angoissants départs hebdomadaires de trains de déportés « vers l’Est » ; dans la promiscuité, le bruit et la boue, le quotidien est constitué de travail physique.

Il y a une proximité entre les internés et le cinéaste amateur, lui-même en sursis avant la déportation, qui se garde de filmer les visages en gros plans, sauf celui d’une enfant sintetsa au regard inquiet. Le fait de filmer le départ du convoi du 19 mai 1944, et auparavant le visage de la fillette sintetsa, peut-il être interprété, avant son assassinat dans le camp d’extermination d’Auschwitz et celui des personnes filmées, comme un acte de résistance du cinéaste face à la propagande et aux crimes nazis ?

Le Cinéma Amateur des Années 1950 à 1980

Dans les années 1950, le cinéma amateur n’a pas bonne presse auprès des cinéphiles, notamment Raymond Borde ou André Bazin. Il est jugé médiocre, limité à des souvenirs de voyage ou des anecdotes familiales. On s’en prend aux origines sociales des amateurs, souvent aisés mais incultes en matière cinématographique. Si le cinéma industriel est aussi un art, cela ne pourrait être le cas du cinéma amateur. L’explication est, selon Raymond Borde, sociologique : « Par la démultiplication de la production à l’échelle individuelle, l’amateurisme bourgeois s’identifie au plus près avec le public : le producteur est son propre client, le metteur en scène son spectateur.

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Aussi n’est-il pas étonnant que ces films plaisent. Fulbert Flash est un personnage créé par Pierre Guérin et Lucien Seroux, paru en 1969-1970 dans Flash, le bulletin d’information du Caméra Club Nantais. Cette analyse précède celle de Roland Barthes, qui voit « la bourgeoisie comme une société anonyme » : tout « dans notre vie quotidienne est tributaire de la représentation que la bourgeoisie se fait et nous fait des rapports de l’homme et du monde ». La fonction sociale de communication du cinéma amateur de club primerait sur la fonction artistique, transgression pour atteindre l’universel.

Tout au plus, il reproduirait le processus créateur, les valeurs culturelles communes du moment. Pourtant, certains films d’amateurs montrent que le cinéma amateur, cinéma de loisir, « peut aussi donner naissance à un cinéma d’expression, d’opinion, sans toutefois tomber dans le cinéma militant avec tous les excès que celui- ci sous-entend ». C’est Pierre Michel, cinéaste amateur breton averti et investi dans la réalisation et les instances de la fédération nationale du cinéma amateur, qui l’écrit en s’appuyant sur l’exemple de son film La Solution (1978), entre reportage et fiction.

Non-conformisme et engagement (1960-1980)

Années 1960-1980 : non conformistes, non professionnels, indépendants et militants. Jack Maupu, Michel Ringenbach et Lucien Seroux sont membres du Caméra club nantais (CCN), au premier rang des clubs français, soucieux d’éducation populaire, dynamique et créatif dès l’origine. Ils proposent à partir de 1967 une démarche plus radicale et créent, non sans remous internes, le Festival international du film insolite et non-conformiste (FIFINC). Les fondateurs annoncent : « Le Caméra club nantais se propose d’inciter les cinéastes à s’affranchir de la tyrannie des bons sentiments, des bonnes manières, des bons principes et, pourquoi pas, du bon goût, qui devaient traditionnellement, jusqu’alors, présider à toute création. ».

Grâce notamment au progrès technique, aux coûts relatifs du Super 8, les professions intermédiaires salariées ont davantage accès au cinéma amateur et sont de plus en plus présentes dans les clubs. En 1970, vingt-trois films sont présentés au FIFINC, dont des peintures filmées et animées, un film américain underground, des visions comico- surréalistes ou érotico-sadiques, Les Temps morts de Lalou et Topor, le film allemand V für Vietnam axé sur un jeu entre l’alphabet et les images de la guerre du Vietnam. Recherche pure, subjectivisme, cinéma « politique » qui s’éloignent « du cinéma comme pur “spectacle” » sont les caractéristiques du festival.

Son existence et l’action menée par les trois animateurs attirent alors au club de nombreux étudiants contestataires. Deux ans auparavant, des jeunes ont créé leurs propres rencontres, les Rencontres du jeune cinéma non professionnel, ainsi que l’Atelier de réalisation cinématographique regroupant des jeunes cinéastes de la région Ouest ; en 1971 est créé le groupe Négatif. Les jeunes cinéphiles rejettent alors le mot amateur. Il faut distinguer ici le cinéma non professionnel, qui rejette la terminologie de cinéma amateur, trop connoté, mais reste affilié à la Fédération française des clubs de cinéma amateur (FFCCA), et le cinéma indépendant, non affilié à la FFCCA et à la recherche d’un système de diffusion auprès d’un public qu’il souhaiterait le plus vaste possible.

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De plus en plus souvent, pour le second, il n’y a pas de distinction à faire entre amateur et professionnel, dès lors qu’ils sont hors du circuit commercial. Les Groupes des cinéastes indépendants de Toulouse, Marseille et Nantes sont créés à partir de 1963 et organisent d’emblée des rencontres sans esprit de compétition. Au gré des programmations, on y croise un film de Raymond Borde de la cinémathèque de Toulouse, du réalisateur Chris Marker ou de l’instituteur contestataire Jules Celma. Cinéma parallèle aux cinémas amateur et professionnel commercial, le cinéma indépendant se veut aussi cinéma de recherche et expérimental, reflet vivant d’une expérience active.

Un troisième cinéma, le cinéma militant, qui se développe dans les années 1960 par le Super 8 et dans les années 1970 par la vidéo, ne fait pas non plus de distinction entre amateurs et professionnels. Les films militants, dont le rapport avec les problèmes et l’action politiques est direct, sont réalisés par des organisations politiques, syndicats, comités d’entreprises, maisons de jeunes… De plus, les cinéastes militants, par un cinéma d’intervention, permettent aux ouvriers eux-mêmes de filmer tout ou partie des séquences (comme c’est le cas dans Quand tu disais Valéry de René Vautier en 1975, Le Lion, sa cage et ses ailes d’Armand Gatti en 1975-1977).

Les autorités policières, inquiètes d’un Super 8 et d’une vidéo « au service de la propagande révolutionnaire », surveillent un cinéma amateur contestataire lors des festivals du Super 8 du Ranelagh à Paris puis de Grenoble, en 1973-1974. Dans la fête de la parole d’après 1968, de nouveaux débats sont ouverts : l’impression de beauté est-elle réactionnaire ?

Le Cinéma Amateur et la Télévision

En France, le développement du cinéma amateur doit beaucoup plus dans son histoire à l’ouverture de la télévision qu’aux institutions industrielles et culturelles cinématographiques. La télévision est une aventure qui rassemble, à ses débuts, des hommes venus de tous les milieux, particulièrement les cameramen. Ajoutons à cela qu’en 1958, le journal télévisé cherche, dans chaque département, des amateurs susceptibles d’être désignés comme « correspondants » avec mission de filmer des actualités locales. Le remboursement de la pellicule et le paiement de 400 francs par mètre de film passé sur l’antenne en sont les conditions.

Marcel Jouanneau, un des fondateurs du Club des cinéastes amateurs de Brest en 1949, a travaillé, comme pigiste, pendant de nombreuses années pour la télévision française et occasionnellement pour la chaîne américaine CBS. L’amateur raconte : « Paris m’appelait pour me demander de couvrir tel ou tel incident, catastrophe, ou événement marquant de la région, parfois jusqu’à Pontivy. Le montage se faisait à Paris, puis à Rennes à partir de 1964, lors du lancement du journal télévisé régional. Les équipes de Paris ne se déplaçaient que pour des évènements inhabituels comme la venue du Président de la République ou pour des reportages de plusieurs jours pour lesquels le son demeurait indispensable.

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Toutefois, dans le Ciné Amateur de mars 1958, la FFCCA écrit : « Nous devons rester amateurs dans toute la force du terme, c’est-à-dire libres et sans recherche d’un but lucratif. Par contre, la FFCCA donne à chaque fois son aval lorsque la télévision diffuse des films d’amateurs considérés comme œuvres. Encore faut-il que cela se fasse dans une démarche non-lucrative. Ainsi, la télévision participe à l’éducation populaire tout en étant un moyen de diffusion intéressant pour des films amateurs. L’idée d’un Critérium du film d’amateur bénéficie du concours de la FFCCA.

Dix émissions, de 60 à 80 minutes chacune, sont prévues à partir de juillet 1961. Or, 24 films seulement sont diffusés. La Fédération, à laquelle adhèrent 220 clubs, déplore la dureté de la sélection, motivée selon la Radiodiffusion Télévision Française par les défauts techniques des films et le caractère familial de l’émission. On ne respecte donc pas la liberté de l’amateur, pourtant si chère au cinéaste professionnel, Marcel L’Herbier, créateur et animateur de l’émission.

Toutefois, dans les années 1970 et 1980, Antenne 2 propose avec un certain succès La Télévision des amateurs de Jacques Locquin et Armand Jammot puis La Télévision des téléspectateurs d’Armand Ventre, à laquelle la fédération se réjouit d’être associée, et qui, dans le format du Super 8, fait la part belle autant aux documentaires qu’aux fictions. Canal+ emboîte le pas dans les années 1990 tandis que la vidéo se développe. De leur côté, les journaux télévisés ont pu assez rapidement se servir d’images d’amateurs.

L’utilisation des 24 secondes d’images uniques de l’amateur Abraham Zapruder lors de l’assassinat du Président Kennedy en 1963 est fondatrice. Par exemple, le 15 mai 1981, Antenne 2, dans son journal télévisé du midi, diffuse des images Super 8 de l’attentat dont le pape a été victime. La télévision a aussi intégré dans ses magazines des images d’amateurs, des films de famille, dès lors que cela nourrit le thème abordé.

Il peut s’agir d’intimités de vedettes et de stars : l’emploi dans un reportage de France Roche pour Cinq colonnes à la une (9 janvier 1959) d’un film familial tourné en 1939 par la mère de Brigitte Bardot ; la diffusion de home movies d’Hollywood pour Cinéma cinémas (octobre 1984). Cela se poursuit de nos jours. Il peut s’agir aussi d’identifier et de rechercher une jeune femme disparue, dans l’émission Plein cadre (février 1972), via un petit film amateur tourné lors d’un mariage.

La Vie filmée des Français : 1923-1954

C’est lors de cette émission que naît le projet de La Vie filmée des Français : 1923-1954, récit d’histoire populaire, à partir d’archives d’amateurs, sur FR3, en juillet-septembre 1975. Il s’agit d’écrire l’histoire de la vie quotidienne des Français à l’aide de films d’amateurs reconnus comme patrimoine vivant car supports de mémoires, individuelle et collective. Pour les sept émissions de 52 minutes, qui suivent la chronologie, il est fait appel à des réalisateurs, notamment Alexandre Astruc et Agnès Varda, et des écrivains tels que Roger Grenier ou Georges Perec.

Jean Baronnet, réalisateur-producteur de l’émission, raconte son expérience dans le cadre de l’émission Les quatre vérités avec l’historien Philippe Ariès : « Avec Jean-Pierre Alessandri, le producteur, nous nous sommes dit qu’il serait bien d’insérer des home movies. Sa secrétaire nous a alors parlé d’un film sur lequel son père avait pris ses premiers pas au bois de Boulogne. C’était vers 1942, elle marchait de façon hésitante et il y avait derrière elle deux soldats allemands qui passaient.

Un peu plus tard, le même type d’émissions fut créé sur les télévisions belge par André Huet avec Inédits, ouest-allemande par Michael Kuball avec Familienkino et britannique par David Collison avec Caught in time. Dans ces années 1990 où l’on découvre la valeur inédite des images d’amateurs en contrepoint des images et des discours officiels d’époque, ces émissions rendent visible une mémoire commune utile à la construction de l’Union européenne, et rappellent souvent la réalité destructrice et effroyable de la Seconde Guerre mondiale, avec un regard critique et humaniste.

Rares sont les émissions de réflexion sur la nature du cinéma amateur. En juillet 1976, FR3, encore, diffuse la réalisation en vidéo des cinéastes Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville, Six fois deux, une série documentaire sous-titrée Sur et sous la consommation. Il s’agit d’une réflexion sur les moyens de communication, qui dénonce « ceux qui étouffent le vrai » pour proposer en contrepartie une télévision autre, plus proche des réalités sociales et plus critique.

Certains cinéastes amateurs ont pu dans le passé critiquer la télévision et légitimer ainsi leur démarche dans le milieu régionaliste, avant ou après la création de la télévision régionale. Par exemple, en Bretagne, au début des années 1960, Roger Laouénan, clerc de notaire de 29 ans, a l’idée de l’association Treger Film, qui, sans se limiter aux reportages, cherche à montrer par les neventioù (actualités) à la population rurale trégorroise une actualité bretonne insuffisamment traitée selon lui par la télévision française.

Cette dénonciation explique en partie une dizaine d’années plus tard la production du cinéaste amateur Robert Kernez, dont La Bretagne n’est pas à vendre en 1972. Ce que Laurence Allard appelle le TV-cinéma amateur est une rencontre entre professionnels et amateurs, les professionnels reconnaissant aux amateurs de produire des images dont l’authenticité ferait défaut aux leurs. En même temps, cela génère un ajustement du cinéma...

Amatrice : Reconstruction et Cinéma Amateur

Une école pour 120 élèves plus un préau de sport et le tout à Amatrice ! Rappelez-vous, en août 2016, Amatrice avait été dévastée par un tremblement de terre.Treize mois plus tard, l'inauguration de cette école est donc une excellente nouvelle ! Surtout quelques jours après la rentrée des classe : elle signifie le retour à la normalité. Tout un symbole donc et en plus, un record en soi ! Cet ensemble scolaire a été construit en 24 jours ! Une vraie réussite pour une architecture simple mais vraiment antisismique. Le seul problème, c'est qu'il n'y a pas d'élèves pour la remplir.

Parce que pour qu'il y ait des élèves, il faut qu'il y ait aussi des maisons dans lesquelles vivent des familles. Or ces fameuses maisons promises par l'Etat italien aux sinistrés au lendemain du séisme ne sont toujours pas sorties de terre. Elles devaient être livrées au printemps ces fameuses maisons. Sauf que tout a pris du retard, que la légendaire bureaucratie italienne s'en est mêlée, sans même parler des élections locales qui ont tout ralenti : conclusion, le terrain est à peine nivelé.

L'école, elle, n'a pas été construite par l'Etat italien : elle a été offerte par un pool d'entreprises et de fondations. A priori, c'est vite vu : la leçon de cette histoire c'est que l'Etat promet beaucoup et tient peu, alors que le privé, lui, est efficace et rapide. Si l'Etat italien est si lent, c'est qu'il a retenu les leçons de la reconstruction de L'Aquila, en 2009. En voulant faire vite, en supprimant des contrôles, les subventions s'étaient retrouvées entre les mains d'entreprises liées à la mafia.

Pas question donc de reproduire les mêmes erreurs : les maisons d'Amatrice seront reconstruites mais on n'épargnera à aucun entrepreneur les contrôles tatillons et donc protecteurs de l'administration italienne. Lent mais juste ! On reste en Italie dans la ville natale de Umberto EcoLa ville d'Alessandria, non loin de Turin, où l'auteur du Nom de la rose est né et où il a vécu jeune. Justement, un an et demi après sa mort, ces habitants d'Alessandria ont voulu lui rendre hommage en rebaptisant en son honneur le lycée où il a étudié.

Le Séisme d'Amatrice en 2016

On assiste ces dix ou quinze dernières années en art contemporain à une prolifération de pratiques relevant du re-enactment, qui consiste en la répétition performative ou la ré-création de situations et d’événements historiques connus ou moins connus de l’histoire. Jeu de rôle grandeur nature mettant en scène la plupart du temps des batailles et faits d’armes, le re-enactment est avant tout une pratique amateur avant d’être une forme artistique.

À la différence des re-enactments populaires portant la plupart du temps sur les grandes batailles historiques - les premiers ont eu lieu à l’occasion de la commémoration de la guerre civile américaine en 1960 -, les re-enactments artistiques ont la particularité de se pencher sur des événements récents perçus comme étant encore importants pour notre présent. Forme artistique de reprise parmi d’autres, le re-enactment, puise dans différents registres et a pour particularité d’en proposer une modalité intermédiaire entre la représentation et la performance.

tags: #amatrice #histoire #et #reconstruction

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