Une fois de plus, en ce qui concerne les armes concernées par l'épopée de la Bête, nous avons hélas constaté la plus grande ignorance à leur sujet et les très mauvaises déductions qui étaient faites sur leurs effectivité dans les chasses.
Monsieur Alain Parbeau, que tous les passionnés de l'affaire de la Bête connaissent bien, a fait tout son possible pour tenter de palier à ce défit de connaissance et instruire les ''mordus'' et autres ''bestieux'' dans l'affaire de la Bête avec les moyens dont il disposait, à savoir des répliques d'armes à poudre noire dont on sait aujourd'hui que leur qualité, leur précision et leur puissance sont bien moindres par rapport aux véritables armes d'époque.
Les conclusions de rapports balistiques à partir de ces armes, sont donc imprécis voire erronés. Il faut davantage se référer aux essais que fit l'indispensable Pierre Lorain de la Gazette des Armes pour obtenir de conformes et précis rapports balistiques réalisés dans les meilleures conditions, sur de bons supports et au moyen des véritables armes d'époque.
Mais tout près de nous, différents essais balistiques ont été réalisés par MM. Ces tirs ont été réalisés à une distance d'une cinquantaine de mètres et au moyen d'un véritable fusil d'infanterie Charleville modèle 1777 de l'époque, dérivé des précédentes versions en service au temps de la Bête, et qui était très proche des carabines Charleville des premiers chasseurs de la Bête, bien que moins précis sur une longue portée.
Les résultats détaillés de ces différents essais balistiques ont été publiés par Monsieur Christian le Noël dans différents bulletins de l'AFRC, et n'ont jamais été égalés, même si certains plagiaires ont très maladroitement essayé de faire croire dans leurs livres que ces essais n'avaient jamais été réalisés avant les leurs.
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Le souci étant qu'ils n'ont pas fait un dixième de cette analyse et qu'ils ont employé pour cela des répliques à poudre noire dont le modèle originel datait des années 1730-40 et qui fut seulement en dotation au début pour des troupes (les Compagnies Franches de la Marine qui servaient surtout au Canada en ce temps) qui n'existaient plus à l'époque de la Bête (dissoutes en 1762).
C'était donc un très mauvais exemple, et surtout réalisé avec une arme inadaptée n'étant qu'une simple réplique actuelle qui n'apporte rien face aux essais précédents effectués avec un fusil du XVIIIe siècle. Parfois, il est bon de se renseigner sur ce qui a déjà été fait par d'autres avant soi et de ne pas se croire le premier du lot quand on est en réalité le dernier à pratiquer ainsi.
Disons que c'est juste un conseil pas une critique, et que nul n'est parfait ni à l'abri d'une erreur de jugement. Aujourd'hui, l'affaire de la Bête du Gévaudan a changé de public et se trouve face à l'arrivée d'une ''gleure'' juvénile qui croit que nos ancêtres ont chassé le monstre anthropophage avec des sucres d'orges !
Oui, car les militaires comme leurs équipements uniformologiques directement liés, tout comme les louvetiers, les chasseurs, les nobles poudrés et les curés sont pour eux à jeter à la poubelle !?
Mais il existe encore avant ce courant stérile, bien des personnes agréables et cultivées pour qui nous allons laisser les informations nécessaires sur les véritables armes employées au temps de la Bête du Gévaudan, lors de ses traques et de ses chasses.
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Les modèles présentés, devenus rares voire inexistants pour beaucoup d'entre eux, sont figurés par l'illustration informatique pour l'ensemble, dans un but homogène. Nous allons tout d'abord vous présenter les différents modèles réglementaires de fusils, de mousquetons, de carabines et de pistolets de la fin du XVIIe siècle aux années 1760, qui ont pu trouver leur emploi voire leur réemploi auprès des particuliers, des forces des cités et autres sergents de villes, des milices locales ou bourgeoise de Mende, des commis des brigades de la Ferme Générale, etc, durant la traque des bêtes de 1764 à 1767 et des diverses et imposantes battues lancées à leur poursuite.
Nous prolongerons ensuite ce cheminement vers les armes blanches et les armes réglementaires des chasseurs.
Fusils Réglementaires pour l'Infanterie
De haut en bas, fusils réglementaires pour l'infanterie :
- Modèle vers 1690 - 1700, calibre 18 mm, première et seconde version.
- Fusil réglementaire modèle 1717, calibre 17,5 mm, longueur 1, 593 m. Ce premier modèle réglementaire du XVIIIe siècle était issu du choix des prototypes présentés au Conseil de Guerre par les Manufactures de Charleville, de Maubeuge et de Saint-Étienne.
- Fusil modèle 1728 préfigurant les modèles des 138 années à venir, dit ''de Vallière'', du nom de son inventeur (Jean-Florent de Vallière, général d'artillerie), calibre 17,5mm, longueur 1,593 m, poids 4 ,100 kg, embouchoir, grenadière, capucines en acier et crosse dite en ''pied de vache''. Il fut fabriqué à 375.000 exemplaires.
- Modèles 1746 (non figuré) et 1754 avec seulement quelques modifications de détails par rapport au mle 1728. 200.000 exemplaires de chacun de ces fusils ont été fabriqués par les manufactures.
- Fusil modèle 1763 dit ''Stainville'' car il fut initié par le ministre de la Guerre, le Duc de Choiseul de Stainville (famille de l'évêque de Mende). Il pesait 4, 280 kg et fut qualifié de ''pesant'' (lourd). Il mesurait 1,53 m de long avec un calibre de 17,5 mm. Il fut produit à 90.000 exemplaires. Jugé trop lourd il sera remplacé par le modèle 1763 léger (fabriqué à 200.000 exemplaires) puis par le mle 1766. Disparition de la crosse dite en ''pied de vache''.
Fusils pour le Service à Cheval et des Dragons
De haut en bas, fusils pour le service à cheval et des dragons :
- Modèle de fusil produit pour les troupes royales montées vers 1720. Le canon était plus court que celui des fusils d'infanterie.
- Fusil de dragon modèle 1733-34. Longueur 1,530m, longueur du canon 1,150m, calibre 0,0171m, poids, plus de 4,000 kg, garnitures et embouchoir en laiton, grenadière en laiton ou fer comme pour l'infanterie (une des primordiales caractéristiques du fusil de dragon à cette époque), crosse plus courte et plus fine que sur le fusil du fantassin, baguette en bois à douille puis en fer à tête de clou. Forte production de 1741 à 1743. C'est l'arme d'épaule qui équipait les dragons du roi à l'époque de l'affaire de la Bête du Gévaudan, mais qui n'a jamais été utilisé en ces lieux puisque pas un seul dragon des dix-sept régiments du roi n'est intervenu pour chasser la Bête en Gévaudan : il s'agissait de cavaliers de troupes légères confondus avec les dragons par les auteurs de l'affaire de la Bête qui n'ont montré en plus de 200 ans aucune compétence dans l'approche de ces domaines, et qui racontent donc les pires âneries et les pires mensonges historiques sur ce point, comme sur bien d'autres encore.
- Fusil de dragon modèle 1754 avec sa caractéristique grenadière de métal inversé (fer pour équipement en laiton), longueur 1,543m, longueur du canon 1,151m, calibre 0,0171m, poids 4,180 kg. Modèles établis à la manufacture de Maubeuge en 1754-55. Fabrication à la manufacture de Charleville en 1765. Il a équipé les dragons de la Légion Royale et les Volontaires du Dauphiné. D'autres modèles comme ceux conçus pour les officiers de dragons, tel le modèle 1752, sont tout proches par l'allure générale du mle 1754.
- Fusil de dragon modèle 1763-66 qui n'était pas en service chez les dragons au temps des chasses à la Bête, bien que de la même époque. Longueur 1,529m, longueur du canon 1,137m, calibre 0,0175m, poids 3,860kg, embouchoir à deux bandes, capucine et garnitures en laiton, grenadière en fer à deux bandes. 4000 exemplaires fabriqués en 1769.
- Fusil de dragon modèle 1766-70 avec sa nouvelle crosse (deuxième fabrication du 1763-66 avec adaptation aux normes du modèle 1770). Longueur 1,529 m, longueur du canon 1,137m, calibre 0 ,0175m , poids 4 ,300kg. Embouchoir plus petit , capucine et garnitures en laiton , grenadière en fer . 5000 exemplaires fabriqués de 1774 à 1775. Encore produit par la manufacture de Charleville jusqu'en 1778. Là non plus, il n'était très certainement pas en service durant l'affaire de la Bête en raison du décalage de la dotation qui était toujours éloignée de l'année du modèle.
Mousquetons Réglementaires
De haut en bas, mousquetons réglementaires pour la cavalerie, les dragons des troupes légères et les hussards :
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- Mousqueton modèle 1733-1734, longueur 1,077 m, calibre 0,0167 m, poids 3,000kg, garnitures en laiton sauf l'écusson, platine d'après le fusil mle 1728, baguette en bois avec calotte de fer, crosse en pied de vache, importante fabrication. Tringle à anneau fixée sur la contre platine destinée à la suspension au crochet (mousqueton) de la bandoulière du cavalier. Le règlement avait aussi prévu une version carabine de semblable aspect, mais avec un canon rayé à partir de 8 pouces (0,216m) de la bouche et d'un calibre diminué d'une demi-ligne par rapport à celui du mousqueton. Baguette en fer avec ressort de maintient à la sortie du canal. 1100 carabines de ce type ont été fabriquées de 1742 à 1743. C'est ce modèle de carabine version ''hussard'', montée à Charleville en 1760, qui équipait les chasseurs militaires de la Bête du Gévaudan et à qui les écrits erronés ont toujours donné des fusils de dragons mle 1733 ou 1754 à âme lisse et imprécis quand ce n'était pas des fusils d'infanterie et ainsi élaboré des déficiences de précisions de tirs totalement imaginaires. C'est ce qui arrive quand des personnes ignorantes de ces spécialités ne tiennent pas compte des travaux des meilleurs experts français du sujet, comme ceux de l'ingénieur Jean Boudriot, publiés dans ses cahiers des armes anciennes, qui reste la meilleure source de tous les temps.
- Mousqueton modèle 1733-34 avec les garnitures en fer pour les corps particuliers, les troupes légères et les hussards. Mêmes spécificités que le modèle précédent.
- Mousqueton modèle 1763-66 du premier type, longueur 1,149 m, calibre 0,0171m, poids 2, 900 kg, garnitures, grenadière et embouchoir à deux bandes, en laiton. Tringle à anneau fixée sur la contre platine destinée à la suspension au crochet (mousqueton) de la bandoulière du cavalier. A peine arrivés au service à la fin de l’affaire de la Bête du Gévaudan en raison de la lenteur de la dotation.
- Mousqueton modèle 1763-66 du deuxième type. Le principal changement au niveau de l’apparence se limitait à la modification de l'embouchoir et de sa mire.
- Mousqueton de hussard modèle 1767 premier type, longueur 1,149 m, calibre 0,0168 m, poids 2, 650 kg, embouchoir et garnitures en laiton, sans tringle de suspension, avec ou sans capucine. Selon Jean Boudriot, ce serait le modèle monté à mi-bois en 1760 pour les cavaliers de Clermont-Prince qui aurait inspiré ensuite la création de ce modèle de mousqueton pour le hussards. Nous n'en sommes pas vraiment étonnés car nous savons aujourd'hui que ces cavaliers qui chassèrent la Bête du Gévaudan étaient à 90% des hussards et n'avaient rien à voir avec des dragons si ce n'est par leur couvre-chef qui s'approchait du modèle que coiffaient les dragons réguliers du roi.
Pistolets Réglementaires
De haut en bas, pistolets réglementaires pour la cavalerie, les hussards et les dragons :
- Pistolet long issu du Grand Siècle qui restera en service jusqu'à l'apparition du modèle réglementaire suivant.
- Modèle 1733-1734, longueur de 0, 270 m à 0,310 m, calibre 0 ,0167 m, poids 1,230 kg, garnitures laiton sauf l'écusson. Pour les corps particuliers, les garnitures pouvaient être de fer.
- Modèle 1733-34 à crochet pour les dragons. Mêmes caractéristiques que le précédent. La seule différence étant l'ajout du crochet en fer monté sur la contre-platine, qui permettait le port du pistolet au ceinturon alors qu'il était autrement réservé au transport dans la fonte gauche pour les dragons réguliers et dans les deux fontes pour leurs officiers.
- Pistolet de cavalerie modèle 1763-66 du premier type, longueur 0 ,480 m, calibre 0,0171m, poids 1,400 kg, garnitures, embouchoir à deux bandes et capucine à bec en laiton.
- Pistolet modèle 1763-66 du deuxième type. Même distinctives que le précédent modèle en dehors de la disparition de la capucine à bec et l'apport du grand embouchoir. Il prédisposait déjà au modèle 1767 pour les dragons.
Différents modèles de hallebardes, pertuisanes, espontons d'infanterie, piques, faux de guerre, épieux de chasse, fourches fières et piques à loups. Les chasseurs volontaires venus de régions extérieures au Gévaudan ... Chasseurs de Marseille, de Beaucaire et du Comtat (Avignon) . Chasseurs du Dauphiné et du Vivarais (sur le gros rocher en arrière plan). Chasseurs de Marsillargues , de Montpellier, de Nîmes et de Béziers . Chasseurs de Gascogne (Généralité de Pau , Bayonne et Béarn) et du Roussillon (Perpignan) . Chasseurs de Bordeaux , de Guyenne , de Haute-Garonne et Lanusquet des Landes . ''Un petit air de la Mancha'' . Chasseurs espagnols au pays de Saint-Flour et des moulins d'Ally . Chasseurs du Gévaudan et de l'Auvergne ... Equipages des louvetiers , chasseurs officiels de la Bête ... Equipage de la Louveterie provinciale des Vaumesle d'Enneval - Montesson .
Armements Réglementaires des Chasseurs Officiels de la Bête
Armements réglementaires des chasseurs officiels de la Bête :
- Les cavaliers de la Légion de Clermont-Prince. Carabine Charleville des cavaliers du régiment des troupes légères de la Légion de Clermont-Prince. Il s'agissait de la version carabine du mousqueton modèle 1733-1734, revue et corrigée en 1760 par l'armurier M. Laure de la Manufacture de Charleville. L'arme était dite ''montée à mi-bois''. Cela signifiait que le fût de bois de la carabine était en retrait du canon laissant une bonne partie de ce dernier dégagé. Nous ne savons pas au centimètre près sur quelle longueur exacte le canon et la baguette de métal dépassaient du fût. Il semble que cela était bien moins prononcé que sur le modèle octroyé aux dragons des Volontaires du maréchal Maurice de Saxe qui disposaient d'un fusil court propre à cette unité. Toutefois, un tableau datant des années 1770 nous dévoile cette légion de Clermont-Prince, devenue en 1766 Légion du prince de Condé, et plus particulièrement ses dragons au premier plan, qui nous laissent entrevoir ce modèle de carabines toujours en service dans l'unité et dont le fût était juste dégagé du canon pour permettre l'ajout d'une courte baïonnette. Cette source, jugée comme très fiable et qui fut reprise par le grand peintre des armées Lucien Rousselot, nous montre en gros les mêmes distances de dégagement que nous avons fait figurer sur l'illustration de l'arme ci-dessus. Selon l'expert Jean Boudriot, c'est cette carabine qui fut à l'origine de l'inspiration du mousqueto...
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