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L'histoire de l'armurerie est riche et complexe, entrelacée avec l'évolution des sociétés, des technologies et des cultures. Des ateliers ancestraux aux manufactures modernes, l'art de la fabrication des armes a connu des transformations profondes, tout en conservant un lien fort avec le savoir-faire artisanal. Cet article explore l'histoire de l'armurerie, en se penchant sur des exemples concrets d'ateliers et de figures emblématiques qui ont marqué cette profession, tout en abordant les défis contemporains auxquels elle est confrontée.

Les Ateliers Parisiens : Un Aperçu Historique

Paris fut, indéniablement, une capitale armurière avec ses grands noms : Lepage, Lefaucheux, Vidier, Modé, Flobert, Devisme, Houllier-Blanchard, Léopold Bernard, Gastinne-Renette et tant d’autres… Sur place, il se fabriquait des bascules, des canons, des crosses, et l’on y inventait même de nouveaux mécanismes d’armes à feu. Les armuriers faisaient aussi venir des armes de Saint-Etienne et de Liège. De nos jours, plus aucune arme de fabrication récente ne porte le poinçon de Paris. Vers 1900, il existait plus de 120 de commerces dans le secteur de l’armurerie dans Paris intra-muros.

Quelques armureries parisiennes emblématiques

  • Fauré Le Page: Au 8 rue de Richelieu, dans le premier arrondissement, se tenait la boutique de Fauré Le Page, célèbre armurier parisien connu, notamment, pour avoir distribué des armes à la foule pendant la révolution de 1830. Le magasin a changé plusieurs fois d’adresse : d’abord rue Baillif (actuellement rue des Bons Enfants), ensuite rue de Richelieu et maintenant 21 rue Cambon.
  • Gastinne-Renette: Au 39 avenue Franklin Roosevelt, dans le 8e arrondissement, l’armurerie Gastinne-Renette était connue pour son club de tir, ses pistolets de duel et sa réputation de luxe.
  • Callens & Modé: Au 5 avenue de la Grande Armée, dans le 16e arrondissement, le magasin de Callens & Modé était placé dans la contre-allée. Il avait ouvert ses portes en 1956 pour fermer au début des années 1990.
  • Modé-Pirlet: Au 91 avenue de Richelieu, dans le 2e arrondissement, se situait la maison Modé-Pirlet. Cette armurerie était installée dans un hôtel construit par Cartault pour le financier Pierre Crozat.
  • Pirlet: Au 24 rue du faubourg Saint-Honoré dans le 8e arrondissement, non loin du palais de l’Elysée, se situait l’armurerie Pirlet. Dans les années 1900, M.
  • Léopold Bernard: Nicolas Bernard, ancien chef ouvrier de la Manufacture d’Armes de Versailles, s’établit à Paris en 1821. Son fils aîné Albert Bernard s’installera à son tour dans la capitale en 1823, et sera le premier canonnier parisien à s’intéresser à la fabrication de canons au moyen de machines.
  • Houllier-Blanchard: Houllier-Blanchard, arquebusier, s’était installé à Paris au milieu du 19e siècle. Sa fabrique était installée au 36-38 rue de Cléry.
  • Vidier: En 1902, le fabricant Vidier était installé au 1 bis, rue de Chaillot. Il proposait à sa clientèle le fusil Czar, qui comportait une nouveauté exceptionnelle pour l’époque : le canon monobloc.
  • Lefaucheux: Pour la plupart des chasseurs, le nom de Lefaucheux évoque d’abord le fameux fusil de chasse basculant tirant des cartouches à broche.
  • Geerinckx: Dans les années 1860, Geerinckx, successeur de Gauvain arquebusier, tenait boutique au 93 boulevard de Montparnasse.
  • Aux armes de Saint-Jean: Au 126 rue Lafayette dans le 10e arrondissement, à quelques pas de l’ancien siège du Parti Communiste, Aux armes de Saint-Jean existait depuis au moins 1936.
  • Ateliers Saint-Eloi: Fondés en 1978, les Ateliers Saint-Eloi produisirent des armes fines et de luxe pendant un quart de siècle.
  • Armes Gambetta: Armes Gambetta se trouvait 8 bis rue Belgrand dans le 20e arrondissement de Paris.

Issy-les-Moulineaux et la Cartoucherie Gévelot

La ville d’Issy-les-Moulineaux, à proximité immédiate de Paris, était extrêmement liée au monde de l’armurerie parisienne, d’une part à cause de la présence du Banc d’Epreuve de Paris, mais aussi de la cartoucherie Gévelot. L’invention de la cartouche à fulminate remonte aux années 1820 avec Joseph Marin Gévelot. Depuis 1816, il s’était établi à Paris en qualité de « armurier, arquebusier, fourbisseur et ceinturonier » rue Saint Denis. Il produit des amorces en série à partir de 1820. En 1823, il pose le brevet de l’amorce au fulminate de mercure. En 1867, la cartoucherie emploie 500 ouvriers. En 1898, elle dispose de 50 bâtiments répartis sur 7 hectares. En 1901, une explosion fera 18 morts dans l’atelier de chargement des cartouches de guerre. L’usine sera également inondée lors de la crue de la Seine de 1910.

Saint-Étienne : Un Centre Historique de Production d'Armes

Il serait difficile de parler de l’armurerie parisienne sans faire mention de la Manufacture d’Armes et Cycles de Saint-Etienne, tant elle fut incontournable pendant près d’un siècle, à partir de 1885. En 1970, 65 % de la production d’armes de chasse en France était assurée par Manufrance. Les fusils Simplex, Robust, Idéal et Falcor marquent les années d’or de la manufacture stéphanoise. En 1976, l’entreprise employait 3800 personnes et disposait d’une centaine de magasins. Malheureusement, des problèmes financiers graves apparurent dans les années 1975, conduisant au dépôt de bilan en 1985. En 1988, Jacques Tavitian rachète l’essentiel des marques et brevets. Grâce à son impulsion pendant plus d’une vingtaine d’années, Manufrance a connu un renouveau avec l’ouverture d’un magasin rue de Lodi à Saint-Etienne en 1993, un site internet et un catalogue de vente par correspondance.

Joseph Marin Gévelot [1786-1843]

Joseph Marin Gévelot [1786-1843] développe au début du 19e siècle, une activité de fabrication d'armes blanches et d'équipements militaires à Paris. En 1816, il est installé "Fourbisseur", puis "Armurier, Arquebusier, Fourbisseur et Ceinturonnier" à Paris. En 1820, Gévelot produit en série des amorces pour armes de chasse et pistolets. En 1826, Joseph Gévelot rachète le matériel de la fabrique d'amorces Leroy, après le décès du fils de M. Daguerre Leroy. Il construit alors une nouvelle usine aux Moulineaux. À partir de là, il développe son activité, notamment en rachetant ses concurrents, en fédérant les fabricants d'armes et en rationalisant la production. Son attention portée à la sécurité le met à l’abri des nombreux accidents dont sont victimes les autres fabricants. En 1839, Joseph Marin Gévelot est considéré comme « le plus habile de nos fabricant », chef de file de la profession qui exporte la moitié de la production française d'amorces. Il est même consulté en tant qu'expert par le conseil de salubrité pour définir les règles de préventions. Il utilise alors les méthodes de production les plus modernes, comme la machine à vapeur, alors que ses concurrents (comme Gaupillat) en sont encore aux manèges à chevaux. Avec Gaupillat, il assurera la suprématie Française en matière d'amorce, jusque dans les années 1860, avant d'être imité par les Belges, les Allemands et les Anglais. Joseph Marin Gévelot décède en 1843, laissant sa veuve Joséphine et son fils Jules Gévelot qui n'a alors que 18 ans, le soin de développer l'entreprise. Après quelques déménagements, l’entreprise commence à se développer, pour atteindre les 500 salariés en 1867.

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Jules Gévelot et la Société Française des Munitions

En 1884, Jules Gévelot s'associe avec Victor Gaupillat qui possède également une société de cartouche pour créer la S.F.M. (Société Française des Munitions de chasse, de Tir et de Guerre) qui développe la fabrication des amorces, des cartouches de chasse et des munitions de guerre. En 1898, la production occupe alors 50 bâtiments répartis sur 7 hectares, sur le site d’Issy-les-Moulineaux. L'exportation représente 50 %. L'entreprise se dote alors d’ouvrages de prestige, dont un grand portail. Jean Gaupillat, petit-fils de Victor, crée en 1928 la « Société Étampage de Précision Gaupillat», dont l’objet est le matriçage et l’usinage de métaux non ferreux. Jules Gévelot décède en 1904. Sa veuve, Emma, assure la présidence de l'entreprise pendant 23 ans. À son décès, Lucien Biennaimé, alors Directeur général, devient président. Quelques années plus tard, Robert Bienaimé s'associe à René Moineau pour créer PCM Pompes, qui deviendra l'un des principaux fabricants mondiaux de pompes volumétriques. En 1935, à la mort de Jean Gaupillat, qui se tue au Grand Prix Automobile de Dieppe, la S.F.M.

L'apogée et le déclin

En 1938, pressentant la Seconde Guerre mondiale, la société envisage d'éloigner de l'agglomération parisienne la production de cartouches et construit à Laval une usine susceptible de servir de repli. Finalement, la guerre se déclenche avant que le transfert n'ait lieu. En plein apogée de 1920 à 1955, ses effectifs se multiplient par six et atteignent les 3 000 employés. En 1950, la S.F.M. prend le nom de Gévelot. En 1973, un incendie éclate dans l'usine d'Issy-les-Moulineaux. Il s'agit du plus important incendie qu'ait connu Paris en temps de paix, qui détruira la moitié des bâtiments. Le gouvernement tirera les enseignements de cette journée noire du 11 juillet 1973 en fondant les bases du Plan rouge. Cet épisode ainsi que l'évolution du marché marque la fin de la production de cartouche pour Gévelot qui cessera définitivement 10 ans plus tard, clôturant 150 ans d'histoire des cartouches. Vingt ans auparavant, l'entreprise commence à développer des activités de mécanique de précision. En 1955, dans les établissements de la « Société Étampage de Précision Gaupillat» à Meudon, elle lance de nouvelles fabrications : accessoires de cycles (pompes), articles en fil de fer et tubes, meubles et présentoirs de magasins… et des pièces en laiton. Deux années plus tard, Gévelot rachète la société Gurtner créée 50 ans plus tôt par Jules Gurtner à Pontarlier, spécialisée dans la fabrication de carburateurs. À Laval, elle lance une activité d'extrusion à froid des métaux. En 1960, la partie « extrusion » devient le secteur dominant de l’entreprise. En 1962, le site de Laval commence la production de pistons de frein, pièces forgées à froid pour l'automobile.

Grossistes et Importateurs : Un Réseau Essentiel

Pour mémoire, voici une liste non-exhaustive d’importateurs et de grossistes en armes de chasse et de tir qui étaient à Paris. Manufacture franco-belge, J.A Carrat, maison fondée en 1900, 1 rue de Compiègne à côté de la Gare du Nord. René Cosson S.A, 16 rue des Tournelles, fondé en 1878 et fermé vers 1991. Franchi-France était installé dans la zone industrielle Silic à Rungis et a fermé en 1993. Browning-Winchester France, implanté dans la zone industrielle de la Cerisaie à Fresnes (94), a fermé en 1994. Flobert, rue des Mathurins à Paris, a fermé en 1997.

Défis Contemporains et Perspectives d'Avenir

En France, plus de la moitié des armuriers ont disparu depuis les années 1950, notamment à cause du cadre législatif qui s’est progressivement durci. De plus, dans le cadre de l’Union européenne, il faut ajouter « l’évolution » de la réglementation sur les armes, ce qui ajoute des incertitudes.

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