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C'est avec un certain recul que nous allons aborder quelques calibres de chasse exotiques dont les plus extraordinaires relèvent même quasiment des légendes urbaines. Au XIXe siècle, quand l'Afrique s'ouvrit aux premiers « chasseurs blancs », un des plus célèbres d'entre eux, Frédéric Selous tirait les éléphants avec un gigantesque calibre 4 de 6,3 kgs qui, à chaque tir...le jetait à terre. Le soir venu, il fallait longuement lui masser l'épaule pour qu'il puisse tirer le lendemain.

L'Ère des Calibres Nitro Express

L'avènement de la cordite en 1890 accompagna la vogue des premiers « safaris » pour des Britanniques fortunés principalement équipés d'express juxtaposés à bascule Holland-Holland dans des très gros calibres pour notre époque : 416 Rigby (version améliorée du 404 Jeffery), 577 et 600 Nitro Express.

Toutes ces armes employaient des grosses balles de plus 30 grammes qui, sans aller très vite (jamais plus de 650 m/s) fournissaient une grosse énergie (autour de 6000 joules) pour tirer pachydermes et grands fauves, il est vrai, souvent de près, voire de très près. En France à la même époque dite « des Colonies », le catalogue de la Manu proposait des pétoires similaires sous les noms évocateurs de « Formidable », « Géant » et autres « Colosse ».

L'Évolution des Calibres Exotiques

Encore dans les années 60, la célèbre firme stéphanoise proposait une carabine à répétition, la Rival, en 10,75X68. Elle préfigurait les armes à répétition exotiques qui se sont développées autour du calibre « africain » par excellence, le 375 Holland-Holland et que l'on réserve au « big five » : 378 WM, 460 W, 458 WM, etc.

C'est aussi des années 80, instillée par les militaires à usage antimatériel au début que date une montée en puissance pour des armes d'épaules de munitions de très gros calibre, notamment du 50 BMG, c'est-à-dire la cartouche de la mitrailleuse de 12,7. Là on tape les 12 000 joules. C'est en 1993 aux USA que naquit, fabriqué par A Square, le 577 T Rex qui a longtemps tenu le rôle d'arme d'épaule la plus puissante du monde.

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Il s'agit d'un fusil très lourd qui tire une balle de presque 60 grammes, assez rapide (750 m/s), qui dépasse même un peu (13 000 joules) le 50 BMG. En safari, au mains d'un guide expérimenté, elle est sans doute capable d'affronter toutes les situations, même les plus scabreuses soient-elles. Mais il faut s'appliquer car le recul est tel qu'il est sûrement difficile de doubler !

Depuis, cette arme déjà extraordinaire a été battue par le 950 JDJ de SSK Industries qui lui, envoie encore plus fort : balle de 230 grammes (dix fois nos balles Brenneke) à 670 m/s, et une colossale énergie de 52 000 joules. C'est la même puissance, mais en deux fois moins rapide que les anciens canons de 20, antichars et avions ! Autre record, la balle à 32 euros la bête, et le poids de l'engin (36 kgs) qui oblige donc à tirer couché...pour coucher tout ce qui arrive en face !

Le Thompson Center Contender : Une Innovation Américaine

C’est de cette idée, baroque chez nous, qu’est pourtant née l’histoire d’un des favoris des stands de tir dans le monde entier, le Pistolet Thompson Center modèle Contender. En 1945, un certain Kenneth W. Thompson monte un petit atelier d’usinage dans son garage de Long Island. L’affaire prit un peu d’ampleur et devint la K.W. Thompson Tool Company. La petite entreprise d’ajustage/montage n’était pas un fabricant d’armes à feu.

Elle produisait néanmoins des pièces pour plusieurs sociétés d’armement. Ken Thompson et son équipe rêvaient aussi d’une arme « à leur marque » pour ne plus être « que » sous-traitant. Mais il y avait peu d’espoir de concurrencer ex nihilo les « gros » de l’armement sur le terrain de l’arme à feu standard. Il rêvait à une sorte de pistolet, permettant un tir à plus longue distance qu’une arme de poing classique (pour chasser), et dont on aurait pu rêver qu’elle existât en plusieurs calibres aisément interchangeables. Pour pouvoir chasser un peu tous les gibiers. Et peut-être faire un peu de tir aussi.

Center était un vrai passionné d’armes. Il fabriquait d’ailleurs fréquemment des armes de sa conception, totalement artisanales, dans son sous-sol. Mais il avait aussi une nette conscience des contraintes industrielles liées à une production en série. Center jouissait d’une excellente réputation professionnelle chez les fabricants pour lesquels il avait travaillé. Mais son concept d’arme de poing de chasse à canons multiples dépassait largement le cadre de « l’acceptable » pour l’industrie américaine traditionnelle des armes à feu.

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Thompson sentit bien tenir enfin un concept novateur. Mais sans trop savoir ce que ce serait et surtout à qui on le vendrait. Ce qui est toujours assez dangereux en matière de business. Center rejoignit néanmoins l’entreprise de Thompson désormais relocalisée à Rochester, dans le New Hampshire. Et on se mit au travail.

Bien que moins courantes qu’aujourd’hui, les armes à canon interchangeable n’étaient pas une nouveauté dans l’histoire des armes. L’idée existait déjà depuis longtemps, en matière de carabines de chasse notamment, disposant de deux canons le plus souvent (et pas 4,8 ou 15!), et sans être aussi à la mode qu’aujourd’hui. Les armes basculantes n’étaient certainement pas des nouveautés non plus. Mais l’arme de Warren Center était, elle, une arme conçue spécifiquement pour le changement de canon.

Son ingénieux mécanisme consiste à séparer la partie mécanique chargement et extraction du bâti de l’arme pour l’adjoindre au canon lui-même. Ce qui permet de changer de calibre en un clin d’œil juste en collectionnant les canons de la marque ! Pour ça, il suffit de pousser une grosse goupille qui désolidarise l’arme basculante en deux en une fraction de seconde. Le sélecteur ne doit juste pas être en position « Safe ».

Le bâti/carcasse lui conserve juste l’ensemble détente/départ. Tous les calibres ? Ce pistolet de Center comporte une autre différence, assez brillante à mon sens: l’arme, à chien externe et à simple action, possédait non pas un, mais deux percuteurs. L’arme peut donc être à la fois en percussion centrale ou en percussion annulaire simplement en installant le canon approprié et en sélectionnant le « bon » percuteur. La conjonction de la simplicité du changement du canon, de l’excellente robustesse du verrouillage de l’arme quel que soit le canon et le calibre, et de ce système de double percussion était juste… géniale.

Un Succès Foudroyant

Proposé résolument dès le départ comme un pistolet à canon interchangeable, les premiers canons offerts au public comprenaient donc le 22LR, le .22WMR, le .22 Remington Jet (aujourd’hui oublié), le .22 Hornet, le .38 Special et le .357 Magnum (voir 1ière publicité de 1967). Mais Center tenait à son idée. Et le succès fut foudroyant. Y compris chez les chasseurs ! A bonne distance et au mono-coup.

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Désormais, un pistolet à canon interchangeable très simplement existait. Canons dont il est possible de trimballer plusieurs exemplaires dans sa musette ou son sac dos sans souffrir le martyr. Ce pistolet pouvait tout aussi facilement recevoir une lunette, un tas de guidons et de tunnels spéciaux, des poignées diverses. Le Thompson Contender offrait de plus une portée et une puissance supérieures à tout ce qui existait alors dans le commerce comme armes de poing concurrentes. Le tir à longue distance (100 mètres et bien plus) au pistolet venait de naître.

L’offre de canons (tant en calibres qu’en longueurs) augmenta rapidement. Des demandes particulières, voire très particulières, furent servies par T/C sur commande. Citons les .30 et .357 Herret, le .10 Eichelberger Long Rifle (une 22LR à balle de diamètre 2,5mm!), le 5.7mm Spitfire (une 30-30 à projectile de 5.56!), le sur-réaliste et totalement anecdotique .22 Eargesplitten Loudenboomer (basée sur une .378 Weatherby Magnum modifiée, elle sort à 1.500m/s -mach 4,2!

La plus petite cartouche, connue de moi, tirée dans un Contender est peut-être la .17 Mach II (1.1 gramme et 4.4 mm en ogive pour 530m/s en sortie de bouche quand même. La 9 para c’est 350 à 400 m/s. Munition qui fut aussi employée en anti-sniping en 1915-1916 car elle perçait les sur-plaques de protection des casques d’acier (les fameuses stirnpanzer) des snipers allemands comme du beurre. C’est de la percussion centrale celle-là.

Au delà de ces extrêmes réservés à des tireurs passionnés, force est de constater que la bonne grosse .45-70 Gvt est encore aujourd’hui une option assez standard dans les canons Thompson Contender aux USA. C’est parfaitement gérable. Car le boiter, même basculant, a quand même une limite de pression raisonnablement conservatrice de 48 000 psi. Ça laisse de la marge. Pour rappel, la 600 Nitro dont je parlais au dessus, c’est 40 864 PSi en pression Max CIP et 46 194 en pression d’épreuve.

L'Expansion du Concept

Pour tirer en chasse, encore plus loin, et à la carabine en munition lourde, T/C développa une carabine dite « Encore » reposant sur le même système de canons multiples interchangeables que le pistolet Contender. Mais elle a un boitier plus large, plus solide et un groupe détente différent dit aussi groupe détente « Encore ». Et c’est toujours un grand succès aux USA. Les canons d’Encore ne sont pas interchangeables avec ceux du Contender. A noter que ces carabines n’acceptent pas non plus la percussion annulaire. C’est donc une autre histoire.

Warren Center n’avait peut-être pas initialement envisagé ces usages pour son arme de poing. Mais c’est son pistolet qui a ouvert ces nouveaux horizons. Il reste véritablement un visionnaire. A mon sens, le Contender est vraiment fait pour les amoureux purs du tir et de la balistique. Une arme d’amateur éclairé.

Le pistolet Contender est TRÈS précis. Ce n’est bien évidemment pas une arme de défense, de combat, ni même de compétition sur cible papier. C’est une arme pour le tireur qui veut explorer les frontières extrêmes de la précision, de la portée et de la performance balistique dans le domaine de l’arme de poing. C’est une arme de sport dans toute l’acception du terme. Arme d’une qualité de fabrication irréprochable et d’une précision remarquable, elle est aussi idéale pour s’entrainer au tir dans toutes les positions.

Les Générations du Contender

Excellente dès la naissance, l’arme évolua peu. Le Contender de première génération dit G1 a connu trois variantes qui se rapportent à des modifications de dessin du mode de passage Percussion annulaire /Percussion Centrale. La variante 1 a petit un bouton poussoir transversal sur le chien qui nécessite une petite pointe pour choisir entre les deux modes de percussion et n’a pas de mode « sécurité ».

La variante 2 a une sélection horizontale simplifié par tige en bâti de chien en trois positions (centrale-sécurité-annulaire). Le Generation 2 ou G2 du Contender, introduite en 1998, utilise un boitier-culasse dont les dimensions sont strictement identiques à celles du Contender original ou G1. Mais il utilise le groupe de détente de l’Encore (carabine T/C). Seules les poignées et devants de pistolet ne sont généralement pas interchangeables entre G1 et G2 en raison des modifications du bloc détente justement.

La principale différence mécanique de fonctionnement entre G1 et G2 est que le G2 ne doit pas être percuté à sec. En revanche, l’interchangeabilité des canons est quasi totale entre les Contender G1 et G2.Et c’est bien là le principal intérêt de la chose.

Le Canon en 30-30 : Un Choix Ludique

Voilà donc un beau canon de Contender dans un calibre des plus ludiques car il est en calibre d’épaule. Et dans un des calibres parmi les plus répandus et les plus polyvalents. C’est du 30-30. Vous pourrez donc y loger, avec votre Contender actuel, les cartouches de votre Winchester. Et ça donne bien, vous verrez. Une bête de combat qu’il faudra dompter pour beaucoup de plaisir et de précision. Tranquille, Bill, jusque 150/200 mètres! A la silhouette, vous vous ferez plaisir et repousserez vos limites. Excellent entrainement au poing longue distance en prime pour d’autres calibres aussi.

Un canon seul en 30-30 (ou 30 WCF son autre appellation) est peu courant sous nos climats. Le fût est présent. Il porte peu de marques de traces de manipulation (toujours très exagérées par mes GROS plans). Beau bronzage noir à reflets glacés d’origine présent à 100% sans griffure vraiment visible. Ce canon est aussi un 10 pouces. Et c’est mieux car, en 30-30, le recul est sensiblement plus élevé qu’en 44 Mag par exemple, calibre qui fonctionne bien en 6 pouces et plus traditionnellement. Ici, en 10 pouces, il sera non seulement gérable mais l’occasion de ce faire plaisir au poing à belle distance.

Si vous parvenez à loger de la 30-30 avec une précision certaine à 80 mètres ou 100 mètres en poing dans ce joyeux calibre il y a fort à parier que le 38 Sp à 25 mètres au revolver vous semblera un peu fade après ça. Aucune comparaison ici de ma part. Ce n’est juste pas la même chose. 10 à 14 pouces c’est la bonne longueur pour du 30-30 au poing. Ce sont d’ailleurs les tailles les plus vendues au USA.

École de précision, objet ludique, outil d’entrainement de qualité, ce canon de Contenter en 30-30 fera votre bonheur. Et puis, ce sera l’occasion d’offrir à votre Contender d’autres accessoires. Et si vous y prenez goût, ce dont je ne doute pas, de collectionner d’autres tubes ...

Le Système Heeren et les Armuriers Européens

Le bloc tombant était connu depuis plusieurs décennies quand en 1881 le comte Arturo Massa-Heeren (1844-1920) conçut avec l’ingénieur Beck, cette action courte, à grande force de verrouillage pour un faible poids et encombrement, le groupe de déclenchement étant regroupé autour du pontet faisant aussi office de levier d’ouverture, de sécurité, voire de stecher à l’occasion. Etant dans le domaine public, ce système pour armes à un coup fut repris par beaucoup d’artisans de Suhl ou de Ferlach (1) avec plus ou moins d’améliorations comme ressorts hélicoïdaux, passages à de bien plus gros calibres (2) que le populaire 5,6X52 R de l’entre-deux guerres (3), ou que les européens classiques en 6-7-8mm.

Au plan armurier, on comprend bien pourquoi, au tournant des années 1890 personne ne fit le saut de tenter de convertir à deux coups le système du bloc tombant qui existait depuis au moins 1865 avec Farquharson et ses prédécesseurs. Il fut tenté par G.Kersten en 1902, et par Miller-Greiss un peu avant (1894 : en forgeant ensemble deux canons) puis plus tard par Kaletzy, mais on se heurta toujours à la difficulté de régler la convergence de deux canons vissés face au bloc tombant.

D’autres problèmes ont même été soulevés, tenant compte de la technologie moderne, illustrés par exemple chez l’armurier texan Bailey-Bradshaw comme l’extraction des étuis, et le retrait des percuteurs avant le déplacement du bloc. Les carabines à système Heeren ont l’avantage d’être assez disponibles sur le marché du neuf et de l’occasion mais onéreuses, parfaites vu leur compacité (96 cm de longueur HT avec un canon de 60 cm), pour la chasse en montagne, l’approche-affût, avec une grande qualité et diversité du fait qu’elles sont l’œuvre d’armuriers artisanaux de haut niveau.

Etabli depuis 1985 en Colombie britannique au Canada, l'artisan propose 4 actions allant jusqu’au 600 Nitro Express. Cet artisan exerce toujours et son site internet permet de bien comprendre son travail. Il a lui aussi tenté le coup et montré qu’il était capable de faire un bloc tombant à deux coups (en 7X57 R), mais le coût prohibitif aurait limité la commercialisation, autour de 30 000 euros.

Tableau Récapitulatif des Calibres Mentionnés

Calibre Energie (Joules) Utilisation
416 Rigby ~6000 Pachydermes et grands fauves
577 Nitro Express ~6000 Pachydermes et grands fauves
600 Nitro Express ~6000 Pachydermes et grands fauves
50 BMG 12 000 Usage antimatériel
577 T Rex 13 000 Safari
950 JDJ 52 000 Extrême

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