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Cet article explore divers faits divers survenus en France, mettant en lumière des affaires criminelles impliquant des armes à feu, notamment des carabines, et les contextes sociaux et judiciaires de l'époque.

L'affaire Joseph Dormoi

Joseph Dormoi, trente-cinq ans, titulaire du grade de "facteur-chef", a comparu devant la cour d'assises des Yvelines pour avoir tué, d'un coup d'un seul le 27 août 1984, un ex-enfant de la DDASS au chômage, sur le parking d'une cité de Trappes. Le postier Joseph Dormoi a entendu pour la première fois le son de sa carabine lorsqu'il a tué Pascal Dair, dix-neuf ans. Il n'était que débutant, il a tiré à bout portant, dans la nuque.

Il avait acheté la 22 long rifle modèle dix-huit balles après avoir aperçu un stand de tir sur la nationale 10. Mais il était trop pris par sa voiture pour avoir le temps de s'entrainer. Dormoi allait être nommé conducteur de travaux à l'ancienneté et se remarier. Remis en liberté sous contrôle judiciaire en janvier 1986, après seize mois de détention, il travaille comme veilleur de nuit dans une usine, armé seulement d'un téléphone. L'accusé Dormoi à la larme facile et un complet gris perle de martyr. Il n'est même pas alcoolique. Avant de se coucher, il prépare ses vêtements pour le lendemain.

Il dépose, à côté de la pile, les clefs de la voiture, garée dans le bon sens. C'est un " homme de rangement ", resté au premier stade, dit le psychologue, de l'obsession : une pathologie " banale " et " une qualité d'ailleurs chez les comptables ". Le père de Joseph Dormoi, un pêcheur martiniquais, né en 1893, a déclaré, sur commission rogatoire, que son fils était " bon garçon, bon élève ", ce qui fait l'admiration du président Bernard Daeschler. A Fort-de-France, un professeur de français conserve, depuis 1968, les rédactions du futur postier, la gendarmerie les a retrouvées. Joseph Dormoi, qui ne sait pas faire de vélo, débarque en 1972 au bureau de poste du Chesnay, près de Versailles.

De Trappes, il se lève à 3 heures du matin pour arriver à l'heure, bien qu'à pied. Il gravit les échelons. En novembre 1983, il achète une R 18, neuve. Le 4 août suivant, il trouve les portières forcées, les sièges lacérés, et, surtout, des trous de cigarette dans la moquette. La veille du crime, l'autoradio et les cassettes disparaissent et on " assassine " le déflecteur.

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Le Double Homicide de Belhade

Cette ferme joliment restaurée qui sert de relais à la vaste chasse privée de La Leyre, où l’on tire principalement, sur quelque 500 hectares, la caille et le faisan à la journée, a brûlé dans la nuit. L'affaire fera la une de « Sud Ouest », le 16 décembre et les jours suivants : dans les décombres de la bâtisse encore fumantes, on a découvert trois cadavres carbonisés. Le corps de Jean-Claude Bonnefon, 44 ans, le gérant du club de chasse, a été retrouvé dans la cuisine. Originaire de Langon, avant de prendre la gérance de la chasse de Belhade, il tenait un bureau de tabac à Bordeaux, rue Nancel-Penard. « Un garçon gentil, serviable, sans histoire », raconte l’un de ses amis d’enfance qui dit son incompréhension.

« S’est-il laissé embarqué parce que trop brave? » Son amie, Lucienne Cousse, gisait dans sa chambre, étendue sur le sol, face contre terre. Elle était beaucoup plus âgée que lui : 68 ans, peut-être davantage. « Au village, tout le monde l’appelait Mme Bonnefon, mais je ne pense pas qu’ils étaient mariés », indique à « Sud Ouest » un habitué du club de La Leyre, en précisant : « Il était déjà avec elle à l’époque du bureau de tabac, à Bordeaux ». Quant à Michel Linder, la troisième victime, il était allongée sur son lit. C’était l’homme à tout faire du couple. Âgé d’environ 25 ans, ce Bordelais originaire du Pont-de-la-Maye, décrit lui aussi par le voisinage comme d’une grande discrétion et toujours prêt à rendre service, assurait la garde de la réserve de chasse.

Tous trois sont morts non pas des suites de l’incendie manifestement criminel, mais abattus à coups de fusil par des « tueurs déterminés », avant que « l’on mette le feu à la maison pour qu’on ne retrouve aucun indice », murmure-t-on dans le village. Une explication confirmée par le substitut du procureur de Mont-de-Marsan, M. Ilbert, présent sur place avec le commandant du groupement de gendarmerie des Landes, le colonel Clion. Le drame est-il survenu après une violente dispute ? Une bande de malfrats a-t-elle débarqué pour venir régler ses comptes ? A Belhade, dans la nuit, on a entendu des coups de feu. Les langues vont bon train et privilégient la seconde hypothèse. Tout comme les enquêteurs. En apprenant la nouvelle, des chasseurs du Bordelais qui viennent de temps à autre tirer le faisan à Belhade, se souviennent dans « Sud Ouest » avoir été surpris par l’atmosphère particulièrement tendue, presque explosive, qui régnait dans la maison du garde le dimanche précédent.

Suite à un coup de fil, une altercation d’une violence inouïe avait éclaté entre Bonnefon et le jeune garde chasse, qu’il avait menacé de renvoyer à Bordeaux. Bordeaux… C’est autour de la capitale girondine que l’enquête sur ce massacre froidement organisé s’oriente très vite. Drogue, prostitution, grand banditisme ? Le témoignage de la sœur du gérant, Marie-France Le Berre, présente sur les lieux et seule rescapée du carnage, n’apporte aucun éclaircissement aux enquêteurs. Arrachée au sommeil par les premiers coups de feu, elle s’est enfuie par la fenêtre et réfugiée pied nus et en chemise de nuit, chez des voisins, les Ladeira. Elle n’a vu que de vagues silhouettes. Pour la police, tout indique des tueurs chevronnés et bien organisés. Et pas de simples amateurs de la chasse au faisan.

« La bâtisse a été aspergée d’essence et incendiée à l’aide de grenades aux phosphore », précise le journal les jours suivants. Drogue, prostitution, grand banditisme ? Remise entre les mains du Service régional de police judiciaire (SRPJ), l’affaire quitte la Haute Lande pour s’intéresser à l’entourage du couple Bonnefon-Gousse qui menait grand train : voitures de sports, bateaux, restaurants de luxe, appartement loué à Arcachon…. En mai 1986, au bout de six mois d'une patiente enquête dans le milieu bordelais puis parisien, la PJ cueille une douzaine de truands du milieu bordelais, tous plus ou moins impliqués dans la tuerie, à Bordeaux, Grignols, Lacanau,Tarbes et en Charente-Maritime.

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Parmi eux, deux caïds et leurs porte-flingues. Ces derniers, « deux jeunes voyous à la mie de pain », écrit « Sud Ouest » le 29 mai, ont avoué être les auteurs du triple crime de Belhade. Ils désignent comme « cerveaux » du massacre Francis Ardanny, 36 ans, un ancien videur de boîte de nuit, soupçonné de vivre de racket et de proxénétisme, et Jean-Jacques Horvath. Natif de Lacanau, ce souteneur a déjà comparu devant les assises de la Gironde pour hold up. « Balancé » à son tour, un troisième tueur à gage, Jean-Pierre Alario, 20 ans, aide-cuisinier au restaurant bordelais « Le Petit Chef », près de la gare Saint-Jean, signe des aveux complets. Tout ce joli monde se connaissait bien.

Celui qui a mis la puce à l’oreille des enquêteurs, c’est Barthélémy. Un peu trop bavard, quelques semaines après le crime, il s’est vanté d’être l’auteur du « coup de Belhade », lors d’une soirée alcoolisée au bar Le Couche-Tard, près des Grands-Hommes, à Bordeaux. C’est encore lui qui, une fois arrêté, a donné les noms de ses complices. Arrivés à 2 heures du matin au relais de chasse dans sa voiture, une R 12, les trois « demi-sels » ont tiré à la 22 long rifle sur tout ce qui bougeait, en moins de vingt minutes. Y compris sur le chien. « Comme au cinéma », commente le journal. « Ce fut une boucherie », résume un policier. Pour quel mobile ? Ardanny et Horvath ont beau nier farouchement, les cinq meurtriers sont mis sous les verrous, inculpés d’assassinat et de complicité.

Reste à déterminer le mobile du monstrueux règlement de compte. Ce sera une autre paire de manches. En septembre 1986, la seconde arme de la tuerie, une carabine 30-30 volée dans le relais de chasse, qui sert à tirer le gros gibier, est découverte dans le canal de La Réole. Après le démantèlement par la police du camp du Poteau, entre Captieux et Roquefort (Landes), le 17 mars 1987, Horvath sortira momentanément de prison en octobre suivant. Mais seulement pour répondre en justice de « proxénétisme aggravé », en même temps qu’un commerçant marmandais, Jean-Etienne Carbois, 42 ans. Marie-France Le Berre relate la menace proférée à l'encontre de son frère : « Ton frère, c’est une balance. Il mérite la mort, je le tuerai. »

Le 11 octobre 1988, après près de trois ans d’instruction, le dossier est enfin bouclé par le juge Christian Vennetier : huit inculpations à la clé, dont trois pour assassinats et incendie volontaire. Quand le procès de Belhade s’ouvre pour deux semaines d'audience aux assises de Mont-de-Marsan, le 13 novembre 1989, l’affaire n’a pas livré tous ses secrets. Parmi les 14 avocats de ce procès fleuve où comparaissent cinq accusés, plusieurs ténors du barreau bordelais : Me Blazy, Rio, De Caunes, Rumeau, Ducos-Ader... Plus de 40 témoins sont entendus.

Parmi eux, la sœur de Bonnefon, Marie-France Le Berre, la rescapée du massacre, qui livre un témoignage accablant contre Horvath, entrecoupé de larmes. Quatre jours avant le triple assassinat, raconte-t-elle, il s’était violemment disputé avec son frère qu’il accusait d’être « une balance », et l’avait menacé de mort. Le mobile du triple assassinat de Belhade reste une inconnue : s’agissait-il de faire de Belhade un lieu de transit pour prostituées ou de voitures volées, ou encore de le transformer en officine de fausse monnaie ? Aucune hypothèse n’a pu être validée. Et le jugement n'avait pas mis un point final au dossier de Belhade. Le scandale du faux expert Paysais : l'affaire dans l’affaire de Belhade Coup de théâtre : le 4 décembre 1990, la Cour de cassation annule le jugement suite à la comparution de deux hommes au tribunal de Périgueux pour escroquerie.

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Criminalité et Armes à Reims

Quatre armes protégeaient le petit chiffre d'affaires de la boulangerie-pâtisserie-confiserie de la rue Lesage à Reims, réalisé grâce aux croissants de l'aube et du week-end, puisque les personnes âgées du quartier ne mangent plus de baguettes. La carabine 22 long rifle dormait sous le lit de la boulangère, le pistolet à grenaille surveillait le tiroir-caisse de l'intérieur, le fusil à pompe était rangé à portée de main, le pistolet automatique était caché dans le four de la cuisine. Un arsenal pour un couple de petits commerçants en état de légitime défense permanent. La rue Lesage court le long de la voie ferrée entre la gare et les quartiers de la banlieue de Reims.

Dans ces quartiers, quelques milliers de harkis, après avoir vécu sous tentes dans le Midi pendant quelques années, ont été émerveillés par l'eau chaude et les sanitaires de la cité des Epinettes du pont de Witry. C'était il y a vingt ans. Leurs enfants, nés à Reims, sont moins admiratifs et le centre social du quartier, tout neuf en 1986, a déjà perdu ses vitres, ses poignées de portes, sa ludothèque et son magnétoscope. On les prend pour des "beurs" alors qu'ils se frottent régulièrement aux jeunes d'origine tunisienne ou algérienne dont les parents sont arrivés après les leurs dans les banlieues rémoises. On leur refuse l'entrée dans les discothèques. Ils ont une copine " française ", des beaux-parents " français ", sans parler de leur carte d'identité, mais cela ne semble jamais suffire.

Les yeux fermés et les pommettes rougies par un jet de bombe lacrymogène expédié par le videur de la boite Le Palace, dimanche dernier, Djamel Abdelkrif, vingt et un ans, tient à signaler qu'il mange pourtant du porc : " Ma mentalité, elle est carrément française. " La boulangère, Marie-Joëlle Garnier, vingt-six ans, vit avec le boulanger, Jacky Toillon, quarante-sept ans, et son fils Patrick, vingt ans, qui fait office de mitron. Selon son avocat, Me Roland Mathieu, la jeune femme n'avait jamais tiré un coup de fusil avant de tuer, le 12 février à 6 h 15 du matin (le Monde du 15 février), Ali Rafa, vingt-trois ans, fils d'un harki devenu agent hospitalier. Elle visait le plafond, elle a atteint le jeune homme en pleine tête du côté droit alors qu'il sortait du magasin. Le juge, Jean-Marie Lion, a sanctionné cette erreur de trajectoire d'une inculpation d'homicide volontaire. Le boulanger a été inculpé de détention illégale d'armes de quatrième catégorie.

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