Pour bien comprendre le MCO (Maintien en Condition Opérationnelle) appliqué au secteur missilier, il est avant tout nécessaire de garder à l’esprit la nature même de l’objet concerné. Véritables avions miniatures équipés de charges militaires, les missiles sont soumis à des environnements aussi variables que tourmentés.
Les missiles sont des munitions au caractère vital et, à ce titre, il est impératif que leur emploi soit sûr et leur fonctionnement fiable même après de longues périodes de stockage. Objets à très forte densité technologique, les missiles partagent de nombreuses spécificités avec les avions et ce, tout en incluant des technologies qui leurs sont propres.
Les équipements de missiles subissent un vieillissement différencié selon leurs technologies (pyrotechnie, joints d’étanchéité, composants électroniques de plus en plus empruntés au civil et souvent utilisés aux limites de leurs plages de fonctionnement, etc.
Les missiles sont aujourd’hui fortement sollicités par les opérations extérieures où ils endurent des conditions de stockage qui ne sont pas toujours celles pour lesquelles ils ont été spécifiés. Leur vieillissement individuel est donc devenu beaucoup plus difficile à prédire.
En plus de recaler les modèles de vieillissement des missiles en fonction de leurs conditions réelles d’emploi au cours de leur vie opérationnelle, il devient donc pertinent d’effectuer un suivi individualisé des munitions et de leur profil de vie.
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Cette approche, que les Britanniques appellent le Stockpile Management, est rendue possible grâce à l’émergence de nouvelles technologies. Avec la démocratisation des algorithmes d’intelligence artificielle capables de traiter des quantités massives de données (deep learning), il devient pertinent pour les clients de mettre en commun les données relevées par leurs data loggers afin de tracer une photo d’ensemble plus précise dont les acteurs peuvent bénéficier mutuellement.
Les clients restant propriétaires de leurs données, ils déterminent quels éléments peuvent ou non être partagés avec leurs homologues.
Le concept de Stockpile Management représente une véritable voie d’avenir pour le MCO des missiles car il permet de sécuriser au mieux l’emploi des munitions et de planifier au plus près les interventions techniques (révisions, remplacements, rénovations) en fonction de l’état réel du stock. Il implique cependant une gouvernance stricte, tant du côté de l’industriel qui détient l’autorité de conception et peut s’engager sur des aspects de disponibilité opérationnelle, que du côté du client qui doit exprimer sa stratégie de gestion des munitions et la mettre en place.
Si le Stockpile Management induit une révolution pour le MCO, il ne peut répondre à toutes les problématiques liées aux profils de vie quelquefois tourmentés des missiles qui rendent la seule maintenance préventive insuffisante pour assurer une totale fiabilité lors du tir.
Intégrés directement dans les missiles, systèmes de missiles ou simulateurs, les data loggers permettent de recueillir un large spectre de données visant à affiner le diagnostic de l’état général du système. En se basant sur des informations telles que la température, l’hygrométrie ou la pression, les ingénieurs peuvent alors recouper les données entre elles afin de garantir la fiabilité des informations recueillies sur l’ensemble du parc ou de mieux comprendre l’articulation entre les informations issues d’un même missile.
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Ces derniers mois, le Missile Moyenne Portée [MMP], développé par MBDA, a connu plusieurs « premières ». Ainsi, en décembre 2020, une telle munition a été tirée, avec succès, par un véhicule Sabre destiné aux forces spéciales. Puis ce test a été suivi, le mois suivant, par un nouveau tir effectué par une tourelle téléopérée IMPACT, montée sur un Sherpa 4×4.
« Tiré depuis le pod déployable de la tourelle du Jaguar en configuration à deux missiles, le MMP a atteint sa cible », a en effet annoncé Nexter Systems, via un communiqué publié ce 11 mai. « Lors de cette démonstration, le système missile était opéré en interface avec le viseur PASEO d’Optrolead. Ce tir a été réalisé en vue de la qualification du Jaguar par la DGA.
« Ce tir vient marquer une première étape importante des activités menées avec Nexter pour le développement de la tourelle Jaguar et l’intégration du MMP dans un système d’armes aux solutions technologiques les plus modernes.
Pour rappel, missile dit de 5e génération, le MMP est doté d’une charge militaire polyvalente et d’un autodirecteur bi-bande visible/infrarouge non refroidi lui permettant de « traiter » les cibles chaudes ou froides [abris durcis, véhicules blindés, etc]. Utilisant plusieurs technologies, dont la charge multi-effets, la liaison de données haute performance par fibre optique, le traitement d’image, les interfaces homme-machine, ce missile affiche une portée maximale de 5.000 mètres.
Afin de pouvoir démanteler plusieurs tonnes de matériel chaque année et ce dans le plus strict respect des normes de sécurité, MBDA a fait appel au Carnot Icéel en vue de mobiliser ses compétences les plus en adéquation. Le procédé permet ainsi au groupe de pouvoir proposer à ses clients, l’ensemble de la chaîne de valeur de munitions complexe, de la fabrication jusqu’au démantèlement.
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ICÉEL s’est appuyé sur toutes ses composantes pour construire une proposition. Une recherche collaborative s’est engagée entre TJFU (Techniques Jet Fluide et Usinage) et trois des laboratoires académiques membres de l’Institut Carnot : le Laboratoire réactions et génie des procédés (LRGP), le Laboratoire de chimie physique et microbiologie pour l’environnement (LCPME) et le Laboratoire d’énergétique et de mécanique théorique et appliquée (LEMTA). Alors que le TJFU a étudié la faisabilité d’une découpe du missile non génératrice d’étincelles, le LRGP s’est occupé de la fabrication d’un polymère modèle.
MBDA se rêvait en champion européen des missiles hypersoniques (vitesse supérieure à Mach 5), concurrent direct des groupes américains, russes ou chinois sur ce segment ultra-stratégique. La défaite du groupe, battu par un consortium dirigé par l’espagnol Sener dans la grande compétition pour le développement d’un missile intercepteur hypersonique (projet EU HYDEF), est un énorme coup d’arrêt aux ambitions du missilier codétenu par Airbus (37,5%), BAE Systems (37,5%) et Leonardo (25%).
Sur le papier, MBDA était le favori évident. Leader européen du secteur des missiles (4,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 13.000 salariés), le groupe est le seul acteur du Vieux continent à rivaliser avec les géants mondiaux (les américains Raytheon et Lockheed Martin, l’israélien Rafael, le russe Almaz-Antei), avec 16% de part de marché mondiale et 43% en Europe. Il est également en pointe sur le sujet de l’hypersonique.
Le missilier européen avait même été sélectionné, en 2019, comme pilote du projet européen TWISTER (Timely Warning and Interception with Space-based TheatER surveillance), qui ambitionnait déjà de développer un intercepteur hypersonique. MBDA avait dévoilé en avril le nom de ce missile, Aquila. Six pays étaient embarqués dans le programme: la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, l’Espagne et la Finlande.
La sélection du consortium dirigé par MBDA pour le programme HYDEF, suite logique de ces travaux, ne faisait donc guère de doute, surtout face à un relatif inconnu sur le segment des missiles, l’espagnol Sener.
Certaines sources évoquent des efforts insuffisants de la part du missilier. Celui-ci aurait, en gros, péché par orgueil, un peu comme le géant spatial Astrium (Airbus), battu en 2010 par le challenger allemand OHB sur le contrat de satellites Galileo, alors qu’il était le grandissime favori de la compétition. "A l’inverse, Sener et ses partenaires ont su être extrêmement agiles auprès de la Commission", assure un familier du dossier.
Une autre explication serait l'équilibre général des projets soutenus par le Fonds européen de défense: la Commission doit veiller à ce que tous les Etats membres soient soutenus. Or la France a bien été servie: 178 acteurs français sont présents dans les projets retenus, ce qui fait de Paris le premier Etat-membre soutenu, devant l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne.
D’autres familiers de la compétition ont une autre explication: le consortium mené par Sener aurait fait une offre technique extrêmement ambitieuse, séduisante pour la Commission, mais peu crédible techniquement.
Le choix du consortium mené par Sener a, en tout cas, de quoi interpeller. D’abord, Sener Aeroespacial est un quasi-inconnu dans le monde des missiles. Il s’agit en fait de la division aérospatiale du groupe d’ingénierie Sener, présent dans le BTP, l’énergie et le secteur maritime. Selon son dernier rapport annuel publié, qui date de 2019, le groupe Sener réalisait 434 millions d’euros de chiffre d’affaires au total, dont 99,3 millions d’euros dans l’aérospatial (systèmes électromécaniques, et de communications pour la défense, antennes pour le secteur spatial...) Un chiffre modeste, très proche du montant de la subvention européenne sur le projet HYDEF.
Le véritable leader technique du consortium semble être l’allemand Diehl Defence (571 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020). Celui-ci, à l’inverse de Sener, est un véritable acteur des missiles: il fabrique sous licence américaine les missiles air-air Sidewinder, le missile israélien Spike, et conçoit le système anti-aérien IRIS-T SLM, qui doit être livré aux forces ukrainiennes en septembre. C’est ce dernier qui semble être la base technique de l’offre du consortium piloté par Sener.
Autre sujet d’étonnement: les acteurs français ne sont pas représentés dans le consortium retenu, qui intègre des acteurs espagnols, allemands, polonais, norvégiens, suédois, tchèque et belges. La France est pourtant le seul Etat de l’UE qui développe des programmes hypersoniques: le missile ASN4G (MBDA), et le planeur hypersonique V-MAX (véhicule manœuvrant expérimental), confié à ArianeGroup, et dont le microcosme militaire attend impatiemment le premier vol.
Le scénario apparaît envisageable, voire probable. Selon nos informations, la France a bien l'intention de poursuivre les travaux avec le champion européen, considéré comme le seul acteur crédible sur les technologies hypersoniques. D'autres Etats-membres du projet Twister mais exclus du consortium retenu, comme l'Italie, pourraient suivre.
Il pourrait ainsi y avoir deux projets concurrents dans l'hypersonique: celui financé par la Commission, et celui de MBDA, que financeraient certains Etats-membres. Une duplication des compétences pas forcément très bénéfique pour le poids de l'Europe.
Ces deux dernières années, Dassault a signé des contrats pour livrer 36 avions de chasse Rafales à l’Inde, et 24 à l’Égypte. Or de quoi est constitué un Rafale ? Les ailes sont faites de titane, d’aluminium, de cuivre, de manganèse… Son moteur contient du nickel, du cobalt, du molybdène, du tantale, du tungstène, entre autres.
En 2016, le groupe européen producteur de missiles MBDA a engrangé pour 4,7 milliards d’euros de commandes. Dans un missile, on trouve encore du titane, du carbone, du nickel, du lithium, du tungstène, du cuivre, du cobalt, du néodyme, du tantale. Dans les chars, c’est le tungstène qui est utilisé pour le blindage.
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