Les bons films de survival sont rares. Depuis les années 70, la violence au cinéma s'est démocratisée, incitant de nombreux réalisateurs à produire des films de série B de plus en plus violents. Les imitations de Peckinpah et Boorman ont proliféré, et leurs conséquences se font encore sentir aujourd'hui.
Walter Hill n'est pas un réalisateur souvent mis en avant, souvent plus connu comme scénariste de la saga Alien que comme réalisateur, malgré des films sympathiques à son actif. Sans Retour est un bon survival car il n'est pas vain.
Bien que l'héritage de Délivrance soit palpable, Sans Retour a sa propre identité et son propre message. En 1981, il témoigne d'une Amérique se remettant du traumatisme du Vietnam. La qualité d'écriture de Sans Retour repose sur deux piliers : son propos sous-jacent et la qualité de son aspect survival.
La peur est un élément central, notamment celle de se faire tuer par des péquenauds dégénérés. La scène dans le village des péquenauds, avec son ambiance festive et malsaine, rappelle le final de Scènes de Chasse en Bavière, partageant un contraste similaire et un malaise comparable.
Sur le plan de la réalisation, le film est très propre. Moins axé sur la nature que chez Boorman, Sans Retour se concentre davantage sur les hommes. Certains choix de découpage mettent en avant le traitement mental des personnages, tant par rapport au groupe de soldats qu'aux autochtones dangereux. Des procédés de mise en scène atypiques ajoutent une touche agréable. Bien qu'il puisse y avoir une légère baisse de rythme vers les trois quarts du film, cela n'affecte pas significativement l'ensemble.
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Un regret notable concerne la scène de la fusillade à blanc qui déclenche les événements. Il aurait été intéressant de ressentir davantage la puissance de ce coup qui scelle le destin des personnages.
Sans Retour insistant sur le rapport à l'humain, il est essentiel de pouvoir compter sur ses acteurs. De ce côté-là, l'escouade est fonctionnelle, tant au niveau du casting que de l'écriture des personnages. Powers Boothe, avec son physique et son jeu carré autant que mystérieux, crée une tension palpable. Keith Carradine, moins, mais son personnage n'est pas conçu pour cela. Il est intéressant de retrouver l'acteur des Duellistes dans un rôle complètement opposé.
La musique est composée par Ry Cooder, guitariste légendaire. Sa partition contribue grandement à l'atmosphère du film, rappelant parfois le "Dualing banjo" de Délivrance par son ambiance sonore et sa dimension culturelle.
Ry Cooder avait eu une première expérience avec le cinéma dans les années 70 sur Watermelon Man (Melvin Van Peebles) ou Performance avec Mick Jagger. Le guitariste devient le compositeur attitré de Hill et composera neuf fois pour lui (Sans retour, Johnny Belle Gueule, Revenger...).
Certains ont vu dans Sans Retour une métaphore de la guerre du Vietnam, avec la présence de soldats, l'époque de l'intrigue (1973) et un décor rappelant les rizières et la jungle. Walter Hill a cependant catégoriquement démenti cette interprétation.
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Le film dépeint un choc de cultures entre l'Amérique citadine et l'Amérique rurale, à travers la difficile cohabitation entre ces deux mondes. Dès les premières images, le bayou installe un climat inquiétant, sublimé par la photographie d'Andrew Laszlo. Les soldats réservistes sont montrés comme de purs citadins sudistes, avec des comportements de male en rut, prêt pour une partie de soft air entre potes, avec putes, whisky et blagues bien graveleuses a l’humour plus que douteux.
Sans Retour marche sur les traces boueuses du Délivrance de Boorman (1972), œuvre séminale du survival movie en mode red neck. Hill va dépeindre ce choc de culture à travers cette difficile cohabitation entre ces deux mondes, l’Amérique citadine et l’Amérique urbaine.
Le film joue habilement sur un cliché prégnant de la mythologie red neck, celui des rites macabres, aux frontières de la sorcellerie. Du coup on a beaucoup de mal à faire la part des choses entre réalité et illusion, subtile ambigüité sur laquelle Hill prend un réel plaisir de ne jamais lever le voile.
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