Dans ces tranchées reconstituées, mitrailleuse française et allemande se font face.
À l’été 14, les deux camps engagent 2000 mitrailleuses sur le front. Avec la guerre de position, elle joue un rôle défensif de premier plan. Son utilisation est codifiée : le tir est dense, profond mais étroit. Les mitrailleuses sont disposées en profondeur et cachées.
Les Français sont formels : ces armes ne conquièrent pas le terrain. Pourtant, en 1918, les Allemands démontrent le contraire. Les mitrailleuses deviennent l’ossature de l’attaque. Les communiqués victorieux citent toujours le nombre de machines prises à l’ennemi. Elles sont montrées aux politiques, comme ici le président Poincaré.
Les pantalons rouges sont décimés par les tirs ennemis. La Maxim utilisée par les troupes du Kaiser peut tirer jusqu’à 600 coups par minute.
Médecin auxiliaire affecté au 11e régiment du génie, Jacques Tournadour d'Albay (1885-1963) a photographié avec un Vest Pocket, appareil alors très en vogue parmi les Poilus, son environnement immédiat. Portraits de camarades, restitutions des paysages dévastés par les bombardements, représentations intérieures et extérieures des cantonnements sont complétés par des photographies plus inattendues. En effet, inventeur ingénieux, Jacques Tournadour d'Albay a ainsi mis au point un transporteur de gravats pour évacuer la terre des galeries par wagonnet, dont le mode d'emploi visuel est relaté en photos.
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Après la Grande Guerre, Jacques Tournadour d'Albay procède à la mise en ordre de ses photographies. Numérotés de 1 à 597, les négatifs bénéficient d'un conditionnement en pochettes cristal tandis que les tirages sont disposés de manière insolite sur des albums de fortune, plus précisément des cartes de correspondance militaire et des carnets. 126 cartes, méticuleusement numérotées de 1 à 126, nous sont ainsi parvenues, sur lesquelles sont insérées les photos 101 à 478.
Pendant le conflit, les autorités militaires avaient mis à disposition du soldat un grand nombre de cartes, tant pour sa correspondance avec l'intérieur qu'avec l'arrière. A partir de la photographie n°479, Jacques Tournadour d'Albay choisit de disposer ses tirages, quatre sur chaque page, dans deux carnets manuscrits (18 x 12 cm). En marge des photographies dûment légendées, il convient de relever la présence de 230 négatifs en pochettes, non numérotés.
Légendes d'origine écrites sur les pochettes, dans l'attente d'un traitement documentaire approfondi. On remarquera certaines incohérences entre ces intitulés des pochettes et les photographies correspondantes qui, par un souci de respect du fonds, n'ont pas été modifiées. En l'absence d'informations, les légendes entre crochets sont des restitutions, établies grâce à un travail de recoupement avec les tirages légendés sur les cartes de correspondance (voir référence D171).
Depuis l’automne 1914, les troupes allemandes et françaises se font face sur le plateau de Vauclerc. Janvier 1915 y voit des combats violents mais ce secteur du Chemin des Dames devient une zone relativement calme jusqu’ à l’offensive de 1917. L’attaque des positions allemandes du plateau de Vauclerc est confiée par l’état-major français à la 162e division d’infanterie.
Celle-ci est composée de trois régiments : le 43e (caserné à Lille en 1914), le 127e et le 327e RI (tous deux casernés à Valenciennes en 1914), avec en support le 72e Régiment d’infanterie territoriale (caserné à Cholet en 1914). Tous ces régiments ont débuté la guerre dès 1914 et ont participé notamment aux batailles de Champagne en 1915, Verdun et la Somme en 1916 et ont comme particularité d’avoir tenu des secteurs du Chemin des Dames, à Berry au Bac ou à Paissy, à la fin de l’année 1914 et en 1916.
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La 162e division a été créée à l’automne 1916 avec ces régiments expérimentés dont les lourdes pertes subies à Verdun et dans la Somme ont été comblées par des renforts de la classe 1917 ou des soldats sortant de convalescence.
Le 9 avril 1917 à 7h30 du matin commence la préparation d’artillerie française en vue de détruire ou d’affaiblir l’organisation défensive allemande. La réaction de l’artillerie allemande est notée comme moyenne par les observateurs français. Ce même jour, tous les régiments d’infanterie sont déjà en ligne. Toutefois le mauvais temps gêne la préparation d’artillerie et va continuer de rendre difficile la destruction, mais aussi la reconnaissance et l’observation aérienne des positions allemandes.
Au sol, plusieurs patrouilles françaises vont être aussi effectuées pour étudier les effets des tirs de l’artillerie, et aussi sonder la capacité de résistance allemande. Ce même jour vers 19 heures, deux sections de la 18e Compagnie du 327ème RI effectuent une reconnaissance offensive lorsqu’un tir de barrage allemand inattendu contrarie la progression des soldats français. Les sous- lieutenants Jahan et Duterte intiment alors l’ordre à leurs sections de poursuivre leur marche en avant.
Si les soldats de la patrouille de Jahan parviennent à revenir dans les lignes françaises sans trop de difficultés, la section de Duterte est contre-attaquée par les Allemands après avoir pénétré leurs lignes. Un combat rapproché s’engage, notamment à coup de grenades. Les Français se défendent, mais le sous-lieutenant Georges Duterte est grièvement blessé à la tête et aux jambes en tirant sur les Allemands. Seuls quelques hommes de la section Duterte parviennent à se replier dans les tranchées françaises .
Une tentative de reconnaissance est aussi menée dans la nuit du 13 au 14 avril 1917 par des soldats du 43e RI. Leur patrouille parvient elle-aussi à entrer dans le dispositif allemand mais se trouve elle-aussi bloquée par des tirs dans sa progression et finit par se replier en ramenant une carte postale adressée à un soldat allemand de la Garde. D’autres reconnaissances permettent aussi de constater que la première ligne allemande et ces barbelés ont subi des destructions notoires. En revanche la seconde ligne de défense allemande ne parait pas affaiblie.
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Les défenseurs allemands du plateau de Vauclerc appartiennent à la 5ème Division de la Garde. Organisée en février 1917, cette division se compose notamment du 207ème Régiment d’Infanterie du Brandebourg, du 3ème Grenadiers à pied et du 3ème Régiment de la Garde à pied. Ces unités sont originaires du Royaume de Prusse et tiennent le secteur depuis le 20 mars 1917. Leurs positions se composent de trois lignes de tranchées dont deux sur la contre-pente nord, invisibles aux yeux des fantassins français.
Si, sur la contre-pente nord de nombreux abris et creutes existent aussi, les soldats allemands ont en plus créés des galeries souterraines baptisés Wald Tunnel et Kaiser Tunnel avec dans son prolongement une autre galerie appelée AltSoldat (Vieux Soldat) Tunnel. Le Kaiser Tunnel, en particulier, forme une galerie unique avec deux sorties au-dessus du village de Craonnelle et une autre dans la tranchée du Moulin de Vauclerc. Dans ces tunnels cantonnent des troupes prêtes à contre-attaquer.
A la mi-mai 1917, le docteur Chagnaud , médecin attaché au 152e régiment d’infanterie, visite le Kaiser Tunnel et en rapporte la description suivante : « C’est un long couloir creusé par l’ennemi et étayé solidement, avec une voie pour wagonnets et des escaliers tellement arides et étroits qu’il est impossible d’y descendre de grands blessés sur brancards.
Le dispositif d’attaque est le suivant : le 127e RI attaquera le flanc gauche en liaison avec un régiment de la 10e division d’infanterie coloniale, le 327e RI sera au centre et le 43e RI attaquera sur le flanc droit en liaison avec le 201e régiment d’infanterie attaché à la 1ère division d’infanterie. Les régiments de la 51e division d’infanterie, en seconde ligne, se tiendront prêts à intervenir pour les renforcer.
« Nous avons des vivres pour six jours, nous n’avons emporté que le nécessaire. Linge, couvertures, nous en avons fait des petits colis qui sont restés à l’arrière, gardés par des soldats désignés et qui ont leur père ou frère tués aux armées. Les vivres que nous emportons constituent six jours, boites de bœuf, porc, sardines, chocolat, pain, biscuit, pâté, café, sucre, haricots et farine, pomme de terre en fécule etc. Également du pinard, le café, la goutte mêlée d’éther. Moi, je porte mes vivres, un bidon de goutte, un bidon de café que j’ai préféré au vin, quatre grenades citron, un pistolet automatique, trois chargeurs, une poignée de balles, un couteau poignard dans une gaine pendue à la gauche de mon équipement et, enfin, mon fusil Lebel et ses cartouches, les deux masques à gaz sans oublier mon casque.
A 6 heures du matin, les soldats français de la 162e DI se lancent à l’assaut. Rapidement, la première ligne allemande composée, à gauche, de la tranchée Von Schmettau, et de l’ouvrage triangulaire à droite, sont pris et dépassés. Mais, comme le note le journal de marche de la division : « L’infanterie éprouve assez vite des résistances aux tranchées du saillant, Von Luttwitz et des Friches. Il est aussitôt évident que la vitesse de progression envisagée dans les plans d’engagement et d’ordre d’attaque subirait un retard considérable. On se rend tout de suite compte qu’il faut conquérir pied à pied le plateau de Vauclerc.
Du côté allemand, des mitrailleurs installés en seconde ligne, sortis des tunnels ou abrités dans des casemates bétonnées, fauchent les attaquants. L’artillerie allemande se dévoile aussi et cause des pertes parmi les assaillants et les troupes de seconde vague. A 7h15, les Français progressent lentement sur la droite mais la gauche de l’attaque est arrêtée par les tirs de mitrailleuses adverses. De chaque côté aussi, l’usage des grenades est un facteur déterminant pour la conquête ou la reconquête d’un bout de tranchée ou d’un trou d’obus.
A 10h30, les fantassins allemands lancent une violente contre-attaque. En fin de matinée, le commandement de la 162e DI sait que les hommes du 43e RI ont dépassé le Chemin des Dames et se sont emparés du Kaiser Tunnel où environ 200 prisonniers allemands ont été capturés. De leur côté, les 127e RI et 327e RI sont finalement arrivés sur le bord nord du plateau et tiennent le boyau d’Offenburg, les tranchées Limbourg et de l’Abri. Mais le centre appelé Bois B1 et la tranchée de Fribourg résistent toujours.
L’artillerie allemande est toujours active et rend difficile l’évacuation des blessés, l’arrivée de renforts et le réapprovisionnement en munitions, en vivres et matériel. De plus, des tirs allemands venant de la gauche du plateau gênent aussi considérablement les Français. Des ordres sont alors donnés pour poursuivre la progression.
« C’est le premier bataillon qui part le premier, puis le nôtre. Hélas, nous sautons sur les parapets et arrivons sur la petite route d’Oulches à Craonnelle où aucune circulation n’a lieu depuis quatre ans, puis nous sautons dans les champs ; nous heurtons des morts de la première vague, ainsi que de notre régiment parti il y a 15 minutes.
Toutefois des tirs trop courts de l’artillerie française et les tirs des mitrailleuses allemandes empêchent toute progression et obligent même certains éléments du 127e RI à se replier.
« Nous remplaçons un bataillon qui n’a presque plus personne, mon escouade va remplacer une escouade de grenadiers qui furent tués par un obus allemand. Ils étaient blottis dans l’entrée d’un gourbi allemand. L’obus tomba malheureusement dans le groupe. Pas un seul n’échappa à la mort. Quelques -uns agonisèrent lamentablement, sans que dans cet enfer, il fût possible de les secourir. Quelques-uns, avant de rendre le dernier soupir, eurent la force de se trainer 5 à 6 mètres. Ils sont tous là, pêlemêle, je garde le souvenir de l’un d’eux, mort, tombé sur le dos, le bras gauche en l’air comme s’il faisait voir les cieux ; il a au poignet une montre-bracelet.
La percée n’a pas eu lieu et la défense allemande a tenue face au choc de l’assaut. Les pertes estimées de la 162e DI s’élèvent à 37 officiers et 1538 hommes. La 51e division d’infanterie quant à elle comptabilise un total de pertes de 28 officiers et 896 hommes tués, blessés ou portés disparus du 15 au 21 avril 1917. Il n’existe pas de rapport précis concernant les pertes allemandes.
« Le temps passe, bientôt le jour pointe. Nous en profitons pour aller à la première section chercher une caisse de grenades. Pour traverser en face de la mitrailleuse, nous marchons à quatre pattes et même nous rampons. Nous arrivons à 80 mètres environ. Quel spectacle ! Des tas de morts du 127e, 73e et 276e. Nous en sommes écœurés, nous avons les larmes aux yeux. Quelques sénégalais morts eux aussi plus à gauche. Le jour arrive, mardi 17 avril, nous sommes gelés et une eau glaciale a succédé à la neige.
Le « No Man’s Land » est devant vous, vous entrez dans ce lieu atypique telle une fraîche recrue. Vous pénétrez dans la tranchée via la seconde ligne de front et vous remontez à travers les boyaux jusqu’à la première ligne. Là, vous découvrez les lieux de vie des soldats : les abris, un poste d’observation, un poste d’artillerie ou encore le poste de mitrailleuse.
« Les décors, construits en résine de polyester, sont identiques à ce que l’on pouvait retrouver dans une tranchée durant le conflit, avec des objets similaires ou authentiques et une immersion sonore.
« Après les dix années d’existence du musée, nous avons réfléchi à comment aller de l’avant. C’est en 2022 que l’agglomération a confirmé ce projet. Nous travaillons encore à trouver l’équilibre pour que ce lieu ne soit pas là pour le divertissement, mais reste dans une démarche pédagogique et scientifique », explique Bernard Lociciro, vice président délégué à la culture, à l’enseignement culturel, au patrimoine et à l’enseignement secondaire et supérieur du Pays de Meaux. La visite, comprise dans le billet du musée, est d’une durée de 40 minutes.
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