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Les experts de l’Agence européenne des produits chimiques préconisent de modifier la composition des munitions utilisées par les chasseurs et les tireurs, car l'Agence européenne des produits chimiques (EChA) a publié une étude démontrant les risques pour l'environnement et la santé, des munitions au plomb utilisées par les chasseurs et tireurs sportifs.

Utilisation et dispersion du plomb

Chaque année, selon les experts, 21 000 tonnes de cartouches et balles au plomb sont utilisées par les chasseurs, dont environ un tiers dans les zones humides, et les deux autres sur la terre ferme. Le tir sportif disperse de son côté de 10 000 à 20 000 tonnes de plomb par an. En France, seuls les stands de tir policiers semblent pour l'instant très sensibilisés au problème. La répartition par pays de l'UE n'est pas donnée, mais la France compte un quart des 5,2 millions de chasseurs européens. Les poids utilisés par les pêcheurs sont aussi montrés du doigt, sans être évalués.

Impacts sur l'environnement et la santé

Selon l'EChA, un à deux millions d'oiseaux meurent chaque année de saturnisme, soit en picorant les grenailles, soit, pour les rapaces, carnivores, en se nourrissant d'animaux intoxiqués.

Or le plomb est un puissant neurotoxique, ce qui explique que la teneur en plomb dans l'eau du robinet ait été revue à la baisse par une directive européenne de 1998. « De récentes recherches suggèrent que des fragments de plomb se dispersent largement dans les tissus, sous forme de particules microscopiques, potentiellement de taille nanométrique, écrit l'EChA. Enlever la chair autour de la blessure ne suffit pas à ôter tout le plomb qui pourrait être absorbé par le consommateur. »

En outre, l'accumulation de plombs dans la nature contamine les ressources en eau. En Finlande, où est basée l'Agence européenne des produits chimiques, la concentration de métal lourd est dix fois supérieure aux valeurs réglementaires dans les formations géologiques poreuses proches de champs de tir.

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L'ECha fait donc une préconisation simple : cesser d'utiliser du plomb dans les munitions, au profit d'une autre substance.

Sources de rejets de plomb dans l'environnement

Le principal secteur source de rejets ponctuels de plomb dans l'environnement au sein de l'UE, dans l'air, l'eau et le sol est la production et transformation des métaux.

Les principales sources de plomb dans l'eau sont les suivantes :

  • les retombées atmosphériques (les émissions atmosphériques proviennent en particulier de l'industrie, notamment du secteur des métaux) ; Ces retombées, ajoutées aux autres sources diffuses (engrais notamment), expliquent que les rejets dans l'eau sont majoritairement le fait des eaux de ruissellement sur les zones urbaines et sur les sols agricoles (AESN, 2008) ;
  • les rejets aqueux de l'industrie des métaux ;
  • les eaux usées domestiques ;
  • l'épandage des boues ;
  • les autres rejets aqueux industriels.

Les émissions atmosphériques de plomb ont énormément baissé, de plus d'un facteur 30 sur la période 1990-2013 (CITEPA 2015); essentiellement grâce à la suppression du plomb dans l'essence. Toutefois le transport routier reste l'un des principaux contributeurs aux émissions du plomb, avec l'industrie. Les émissions du secteur des transports hors routier proviennent essentiellement du carburant utilisé par l'aviation. Les émissions du secteur résidentiel/tertiaire sont imputables, en majorité, à la consommation de bois.

La fabrication de papier et carton est la principale source des rejets du plomb (via les boues d'épuration), suivie par le traitement des eaux usées non-industrielles. La teneur en plomb dans les boues d'épuration d'après le projet AMPERES (Choubert et al. 2011) est en moyenne de 57 mg de plomb/kg de boue traitée.

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Environ 1 000 t de plomb sont apportées annuellement en moyenne sur les sols agricoles en France (Bottin, Joassard, et Morard 2014).

Tableau 1. Rejets de plomb de l'UE dans l'environnement par secteur économique en 2007 et 2013

Secteur économique Rejets dans l'air (tonnes) en 2007 Rejets dans l'air (tonnes) en 2013 Rejets dans l'eau (tonnes) en 2007 Rejets dans l'eau (tonnes) en 2013
Production et transformation des métaux [Données non fournies] [Données non fournies] [Données non fournies] [Données non fournies]
Autres secteurs [Données non fournies] [Données non fournies] [Données non fournies] [Données non fournies]

Impact du plomb sur la faune

Les plombs de chasse, quand ils sont accessibles, sont souvent pris pour de la nourriture et/ou pour des graviers (le « grit ») stocké dans le gésier -partie musculaire de l’estomac- pour faciliter le broyage de graines. Le taux d’ingestion est variable selon les espèces et selon les lieux de chasse. Les concentrations les plus élevées se retrouvent en Camargue. Sur 20 études menées en France, le pourcentage de canards trouvés avec au moins un plomb dans le gésier est en moyenne de 22 % (moyenne d’une fourchette entre 0 et 53 %) qui ne prend pas en compte les oiseaux ayant déjà ingéré et dissous les plombs. En Camargue, la moyenne est de 31,8 % (entre 18 et 53 %).

En premier lieu, la mortalité est directement corrélée avec l’ingestion de plomb. En second lieu, l’ingestion de plombs a des effets sur les comportements des animaux. Certains effets sont immédiats. L’oiseau qui a ingéré du plomb se nourrit, vole moins bien, s’oriente moins bien. D’autres effets, décalés dans le temps, affectent la reproduction. La réduction de la taille des pontes est évaluée à un tiers chez les canes ayant ingéré des plombs.

Alternatives aux munitions au plomb

L’intoxication au plomb étant révélée, pour certaines espèces et certaines chasses, des solutions de munitions alternatives ont été recherchées (cartouches en fer, en étain, au bismuth…).

L’accord sur la conservation des oiseaux d’eau migrateurs d’Afrique-Eurasie, dit AEWA, dispose que « les parties s’efforcent de supprimer l’utilisation de la grenaille de plomb de chasse dans les zones humides pour l’an 2000 » (Annexe 3 de l’AEWA relatif au plan d’action - paragraphe 4.1.4. Plusieurs pays ont d’ores et déjà interdit l’utilisation des plombs dans les zones humides : les Etats-Unis, le Danemark, la Hollande, la Norvège, la Finlande, la Suisse, le Royaume-Uni (en 1999).

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En premier lieu, les chasseurs mettent en doute l’efficacité des munitions de substitution à billes d’acier. La densité inférieure à celle du plomb doit être compensée par l’augmentation de la vitesse au départ du coup qui entraîne à son tour un risque de dispersion des projectiles, rendant le tir moins efficace. En second lieu, l’argument du coût est non négligeable, puisqu’on trouve aujourd’hui des cartouches à plombs à 1 franc l’unité (0,15 euros), en provenance de l’Europe de l’Est, alors qu’il faut compter de 2 à 5 francs pour une cartouche à grenaille d’acier. Ce coût peut être encore accru s’il faut procéder au remplacement des armes.

Dans les pays qui ont procédé à cette substitution, aucune usure ni aucun gonflement des tubes n’a été constaté. Les tirs à l’aveugle -sans connaître l’origine des munitions, en ball-trap- n’ont révélé aucune différence entre les munitions. Le risque de blessure par ricochet, éventuel en zone rocailleuse, est quasi nul lorsque la chasse a lieu en marais. Seul le coût des cartouches reste problématique.

La substitution des cartouches à plomb par des cartouches non toxiques doit être progressive afin de permettre le cas échéant de changer d’armes (le changement d’armes n’est pas impératif mais les conditions de tir sont meilleures avec un fusil adapté, à tube étroit).

Solognac travaille sur la conception de munitions de chasse en employant des substituts au plomb, notamment des projectiles en cuivre. Le cuivre a été choisi pour remplacer le plomb, car il est dense et suffisamment mou pour se déformer par les rayures.

Toxicité du plomb et mesures de prévention

Le plomb peut pénétrer dans l'organisme par le nez (poussières, fumées) ou la bouche (mains sales, aliments souillés). En revanche, il ne passe pas à travers la peau. Il provoque des maladies graves en s’accumulant dans l’organisme, en particulier dans les os, où il peut rester plusieurs dizaines d’années.

Le Code du travail fixe pour le plomb et ses composés une valeur limite d'exposition professionnelle (VLEP) réglementaire contraignante de 0,1 mg/m3, à ne pas dépasser en moyenne sur 8 heures dans l’atmosphère des lieux de travail (article R. 4412-149). Les valeurs limites biologiques (VLB) réglementaires contraignantes à ne pas dépasser sont fixées à 400 µg de plomb par litre de sang pour les hommes et à 300 µg/l de sang pour les femmes (article R.

Un suivi individuel renforcé est assuré si l’exposition à une concentration de plomb dans l’air est supérieure à 0,05 mg/m3 (calculée comme une moyenne pondérée en fonction du temps sur une base de 8 heures), ou si une plombémie élevée (supérieure à 200 µg de plomb par litre de sang pour les hommes et 100 µg/l pour les femmes) est mesurée chez un travailleur (article R.

Plusieurs rapports de synthèse soulignent que les études les plus récentes menées pour des plombémies inférieures à 100 µg.L-1 mettaient encore en évidence certains des effets (EFSA, 2010 ; Académie Nationale de Pharmacie, 2011 ; Santé Canada, 2011 ; ANSES, 2013).

Chez l’adulte, les intoxications chroniques qualifiées de sévères (plombémies > 1 500 µg.L-1) se traduisent par une encéphalopathie saturnine grave, devenue très rare en milieu professionnel (Gilioli et Grazia-Cassitto, 1978 ; Lauwerys, 1998). Les symptômes précoces se développent en quelques semaines et comprennent l’ennui, une certaine irritabilité, une difficulté à maintenir son attention, des maux de tête, une perte de mémoire et des hallucinations.

Chez l’enfant, un effet sur le développement cérébral et les fonctions cognitives a été observé. Ce sont les études épidémiologiques qui ont mis en évidence les conséquences à long terme de l'intoxication chronique par le plomb (plombémie inférieure à 400 µg.L-1) sur le développement psychomoteur ou intellectuel et sur le comportement scolaire des enfants. Les méta-analyses donnent par ailleurs une fourchette de 1 à 3 points de baisse de QI pour une augmentation de la plombémie de 100 µg.L-1, et ceci pour des niveaux compris entre 100 et 400 µg.L-1 (Bellinger et al., 1994 ; Needleman et al., 1990).

La toxicité neurologique du plomb est particulièrement préoccupante chez l’enfant (Thacker et al., 1992), d’autant plus que les études récentes sur ce sujet suggèrent l’absence de seuil pour les effets du plomb sur les fonctions intellectuelles des enfants (Lidsky et Schneider, 2003 ;Bellinger, 2004 ; Chiodo et al., 2004 ; Koller et al., 2004; Jedrychowski et al., 2008 ; Needleman, 2004).

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