Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) a mené une importante carrière scientifique dans le domaine de la géologie puis de la paléontologie. En même temps, Teilhard est jésuite. Voici l’une des figures majeures de la théologie chrétienne du XXe siècle, qui fut tout à la fois homme d’Église, voyageur, et savant de la préhistoire.
Dans le même temps, il se livre en amateur à des recherches de géologie et de paléontologie. En Angleterre, il effectue de nombreuses explorations géologiques et collecte des fossiles qu’il envoie à des naturalistes professionnels pour identification et publication. Lors de son séjour en Egypte, il recueille et publie des fossiles éocènes des environs de Minieh. Ses études sont interrompues par la guerre de 1914-18, il est brancardier et infirmier sur le front. Ils lui permettent d’accéder, en 1922, au grade de docteur ès sciences. Là, à partir de 1911, il assiste aux recherches de Boule sur le squelette du Néandertalien mis au jour à la Chapelle-aux-Saints (1908).
En 1923, il répond à l'invitation du Père Licent (comme lui jésuite et affilié au Muséum de Paris) à venir travailler à Tien-tsin. D'avril 1923 à octobre 1924, il fait partie d'une mission qui a pour objet d'explorer le grand loess de Chine, au pays de I'Ordos, dans la boucle du Hoang-Ho, en Mongolie, aux confins du désert de Gobi. A partir de 1929 il est associé au National geological Survey of China et conseiller honoraire au « Laboratoire Cénozoïque » formé au Medical College de Pékin avec le financement de la fondation Rockefeller, et sous la direction du médecin canadien Davidson Black, en collaboration avec des chercheurs chinois. Teilhard est responsable de la géologie et de la paléontologie des sites.
Les fouilles de Chou-Kou-Tien (aujourd'hui Zhoukoudian) aboutissent à la découverte des vestiges de plus de quarante individus datés du Pléistocène inférieur, les Sinanthropes. Surtout, à partir de 1929, il est associé au Service Géologique National de Chine et au Laboratoire cénozoïque de Pékin et participe à ce titre à la découverte majeure, à Zhoukoudian, des Sinanthropes - Homo erectus pekinensis -. Quelques années plus tard, il se voit associé aux fouilles sur le site de Choukoutien où il participe à la découverte du Sinanthropus pekinensis.
Lors de l’invasion de la Chine du Nord par l’armée japonaise en 1940, Teilhard organise à Pékin avec Pierre Le Roy un Institut de Géobiologie destiné à sauver les collections du Laboratoire Cénozoïque (qui seront finalement perdues) et celles du Musée de Tien Tsin.
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Paléontologue, il étudie en France les Mammifères de l’Eocène inférieur des phosphorites du Quercy, explore en Chine vingt et un sites du Carbonifère au Pliocène : il définit une nouvelle famille (les Siphnéïdés), 14 nouveaux genres et 93 nouvelles espèces fossiles. Géologue, il contribue à l’établissement de l’histoire géologique de la Chine du Nord-Est, effectuant « une coupe complète Est-Ouest, allant de l’extrémité du Shantung aux confins du Pamir » et « une autre section Nord-Sud, presque aussi complète, descendant de Mandchourie jusqu’en bordure d l’Indochine ». Mais ce sont surtout les recherches en paléoanthropologie qui mobilisent ses compétences de géologue et de paléontologue : Teilhard s’applique à l’étude des niveaux Pléistocène dans les loess du désert de l’Ordos, où sont mis au jour les premiers sites quaternaires de Chine.
Teilhard de Chardin est nommé à l’EPHE en 1938 Directeur d’un laboratoire de « Géologie appliquée aux origines de l’Homme » créé pour lui à l’Institut de Paléontologie Humaine. Au moment de cette nomination, Teilhard, âgé de 57 ans, a déjà effectué une longue carrière de paléontologue et de géologue. Au rapport élogieux de Paul Rivet rendant compte de ses travaux scientifiques s’ajoutent de nombreuses interventions très favorables. Il reçoit l'autorisation de rentrer en France en décembre 1945, et retrouve une certaine assiduité à ces réunions entre 1946 et 1949. Il restera membre de l’EPHE jusqu’en décembre 1951, ayant atteint la limite d’âge. Le père Teilhard avait été élu correspondant de l’Académie des sciences en 1947.
Teilhard fut, surtout peut-être, un penseur de l’évolution, qui tenta de concilier une vision religieuse, voire mystique, du monde avec les sciences de la Vie et de la Terre. En cette première moitié du XXe siècle où les idées évolutionnistes restent débattues en France, Teilhard conçoit l’évolution comme une téléologie, orientée vers le « point Oméga », rencontre de la matière et de l’esprit, de l’Homme avec Dieu. Il n’y a pas de séparation réelle entre ses travaux scientifiques publiés de géologie, de paléontologie et de paléoanthropologie, et leur substrat théorique et évolutionniste, qui reste inédit de son vivant, mais dont une partie est diffusée sous la forme de brochures ronéotypées.
Penseur chrétien, passionné de spiritualité autant que de science, Teilhard était convaincu que l’accord "se ferait tout naturellement entre la science et la foi sur le terrain brûlant des origines humaines". En 1926, il écrit le Milieu divin, un petit livre de piété qui sera publié bien plus tard, pilier de son œuvre de foi. Le Phénomène humain constitue l’autre pilier de cette Œuvre. Mais, entre science et foi, quelle est la place du Phénomène humain ?
Cependant, rapidement, ses idées qui tentent de concilier évolutionnisme et religion sont mal reçues, tant par la hiérarchie de son ordre que par le Vatican. Elles comportent des implications (refus de croire à l'historicité du récit de la Genèse, critique du péché originel) irrecevables au regard des dogmes de l’Église catholique. En 1947, alors que la chaire de Paléoanthropologie du Collège de France lui est proposée, il attend en vain l’autorisation de Rome de l’accepter, et se voir renouveler l’interdiction de publier son ouvrage sur l’évolution humaine, Le Phénomène humain. Teilhard de Chardin, décédé le 10 avril 1955, ne connaîtra pas le devenir de cette œuvre ni la vogue qu’elle suscite, le teilhardisme.
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